Le parasitisme digestif constitue une préoccupation constante pour les propriétaires de chevaux. S'il est souvent recommandé de vermifuger quatre fois par an, à chaque changement de saison, une approche plus précise et adaptée à chaque cas nécessite de connaître les différents vers parasites affectant nos équidés. Comprendre leur cycle de vie, les symptômes qu'ils provoquent et les méthodes de détection est crucial pour maintenir la bonne santé de l'animal.
Les Vers Ronds (Nématodes) : Les Envahisseurs les Plus Courants
Les vers ronds, ou nématodes, représentent la majorité des parasites digestifs chez le cheval. Leurs adultes vivent généralement dans la lumière intestinale, tandis que leurs larves peuvent migrer à travers divers organes, causant des dégâts importants.
Les Petits Strongles (Cyathostomes)

Les petits strongles, ou cyathostomes, sont les principaux parasites des équidés, particulièrement présents chez les chevaux au pré. Leurs adultes résident dans la muqueuse du petit intestin. Une caractéristique majeure de ces vers est leur capacité à s'enkyster dans la paroi intestinale, où ils peuvent rester des années en attendant des conditions favorables pour en sortir. Une fois réintégrées à l’intérieur du corps du cheval, elles peuvent traverser la paroi intestinale, migrant ainsi à travers d’autres organes et y faisant des dégâts.
Les symptômes associés à une forte infestation incluent la diarrhée et l'amaigrissement, étant très pathogènes chez les jeunes chevaux. Un cheval sur trois est concerné par les petits strongles, et il existe environ 50 espèces différentes. Ils sont la cause principale des diarrhées chroniques du cheval et peuvent parfois passer inaperçus, ne provoquant qu'un amaigrissement. Le pronostic vital du cheval peut être engagé en cas d'infestation massive. La notion d’hypobiose est importante pour cette espèce : les larves peuvent s’enkyster dans la muqueuse de l’intestin, stoppant la formation d’adultes ou d’œufs. Cette forme est très difficile à éliminer. Suite à un stress, ces larves peuvent sortir massivement de leur état d’hypobiose, entraînant une baisse soudaine et grave de l’état général.
Les Grands Strongles

Les grands strongles sont des vers ronds dont les adultes vivent dans le cæcum et le colon du cheval et s'y reproduisent. Ils pondent des œufs qui sont excrétés dans les crottins et se transforment en larves. Les chevaux s'infestent par l'ingestion de ces larves disséminées dans l'environnement. Une fois ingérées, elles vont continuer leur développement dans le foie, l'artère qui irrigue l'intestin, le pancréas, la paroi du cæcum et du colon, en fonction de l'espèce concernée.
La particularité des larves de grands strongles est leur capacité à migrer dans les grosses artères, fragilisant leur paroi et formant alors une lésion appelée « anévrisme vermineux ». Cette migration artérielle peut entraîner des coliques graves, voire la mort subite du cheval, les rendant très pathogènes. Les chevaux au pré sont particulièrement à risque. La prévalence est variable, mais les conséquences peuvent être dévastatrices. Il est crucial de noter que l'anévrisme vermineux et la cyathostominose sont souvent confondus, mais il s'agit de deux affections totalement différentes, chacune avec ses propres risques.
Les Ascaris (Parascaris equorum)

Les ascaris sont des vers ronds qui parasitent principalement le petit intestin, touchant particulièrement les jeunes chevaux. Une infestation vermineuse impressionnante peut être observée dans l’intestin grêle d’un poulain. Les symptômes courants incluent l'amaigrissement, un retard de croissance et des coliques, car ils sont très pathogènes chez les jeunes. La fréquence d'infestation est très forte chez les jeunes animaux.
Les Oxyures (Oxyuris equi)

Les oxyures sont des vers ronds qui résident dans le gros intestin. La femelle vient pondre ses œufs au niveau de l'anus du cheval, créant d'importantes démangeaisons. Lorsque le cheval se gratte, les œufs se collent dans l'environnement (paroi du box, mangeoire…). Le cheval se ré-infeste en ingérant ces œufs. Les chevaux au box sont plus susceptibles d'être touchés. Les signes cliniques se manifestent principalement par un prurit péri-anal (démangeaisons autour de l'anus), bien que ces vers soient considérés comme peu pathogènes. La fréquence d'infestation est très forte.
Les Vers Plats (Cestodes et Trématodes) : Les Ténias
Les ténias sont des vers plats. Leurs adultes vivent dans le gros intestin des chevaux au pré et peuvent provoquer des coliques. Les œufs sont libérés dans le milieu extérieur et ingérés par un hôte dit intermédiaire, un acarien (de la famille des poux). La fréquence d'infestation par les ténias est très forte.
Les Gastérophiles : Un Cycle de Vie Inattendu

Les gastérophiles ne sont pas des vers à proprement parler, mais des insectes. Ce sont leurs larves qui parasitent les équidés. La mouche adulte, dont l’une d’entre elles est nommée Gasterophilus intestinalis, ressemble à un bourdon. La mouche est active en été et pond des œufs, souvent jaunâtres, accrochés aux poils, surtout des antérieurs des chevaux. Les chevaux se contaminent par léchage ou frottements de la bouche, ingérant les œufs, qui se développent en larves. Ces larves se fixent au niveau de l'estomac des chevaux, où elles se développent pendant une période d'environ 10 mois. Après cette période, les larves se détachent d'elles-mêmes et sont entraînées hors de l'intestin avec le crottin. Arrivées au dehors, les larves s'enfoncent dans la terre et se transforment en pupes au bout de 1 à 2 jours, avant d'émerger en mouches adultes.
Les symptômes sont souvent discrets et se manifestent par une baisse de forme. Ils favorisent le développement d’ulcères gastriques. La détection par coproscopie est impossible, sauf en début d'été lorsque les larves sont excrétées. La prévalence est de 10 à 20 % chez les chevaux adultes, mais plus d'un jeune cheval sur deux est concerné.
L'anatomie du système digestif du cheval
Les Filaires (Onchocerca cervicalis) : Une Cause de Démangeaisons Cutanées
Ce parasite est rarement observé chez les chevaux. Les vers adultes sont longs et fins (6 à 30 cm) et logent dans le ligament nucal (ligament du cou), où ils peuvent vivre jusqu’à 10 ans.
Les symptômes d’une infection par Onchocerca cervicalis se caractérisent par un comportement de grattage, principalement au niveau de la tête, du cou, des épaules et parfois sous le ventre. Le grattage provoque une perte de poils, des plaies, des croûtes et/ou des gonflements. Le cycle de vie des vers adultes peut durer jusqu’à 10 ans et leur cycle de vie complet prend environ 4 à 5 mois. Ce processus complexe dépend d’un hôte intermédiaire : le moucheron (Culicoides sp.). Les démangeaisons apparaissent là où les microfilaires (minuscules larves) s’accumulent, attirant le sang et les moucherons piqueurs qui se nourrissent du cheval et absorbent certaines larves d’Onchocerca.
Le traitement de ces vers est spécifique. Les vers n’entrant jamais dans les intestins au cours de leur cycle de vie, ils ne sont pas détectables par une analyse de selles. Une biopsie du ligament nucal peut donc être nécessaire pour confirmer leur présence. Un traitement à l’ivermectine permet de réduire au maximum le nombre de microfilaires, ces minuscules larves responsables des démangeaisons. Cela tue les microfilaires et rend les femelles adultes temporairement stériles pendant plusieurs mois.
Détection et Diagnostic des Parasites Équins
Le diagnostic d’une infection parasitaire dépend de l’espèce de parasite en cause, car certaines espèces sont difficiles à détecter. Un examen vétérinaire est recommandé si le cheval présente des symptômes d’infection parasitaire.
Le test le plus utilisé pour diagnostiquer les infections parasitaires est un compte d’œufs dans le fumier, également appelé « coproscopie ». Il s’agit d’un test simple pendant lequel on compte le nombre d’œufs de parasites présents dans une petite quantité de fumier. La coproscopie permet de quantifier la présence de nématodes adultes chez un cheval, en comptant les œufs contenus dans le crottin au cours d’un examen microscopique. Pour réaliser une coproscopie, il faut prélever du crottin frais et le transmettre rapidement à un laboratoire adapté ou à votre vétérinaire.
Cependant, une analyse de crottin seule ne permet pas toujours de déterminer si un cheval doit être traité. Il peut arriver qu'un résultat positif à la coproscopie ne mène pas à une recommandation de traitement immédiat. C'est le cas par exemple lors d'hypobiose des petits strongles, où les larves enkystées ne produisent pas d'œufs. De plus, pour les gastérophiles et les filaires, la détection par coproscopie est impossible.

La Vermifugation Raisonnée : Une Approche Ciblée
De nos jours, on ne doit plus traiter systématiquement et fréquemment tous les chevaux adultes, car cela favorise l'apparition de résistances des parasites aux vermifuges. Le nombre de molécules disponibles sur le marché pour la vermifugation des chevaux est limité, et la plupart des parasites ont développé des résistances vis-à-vis des vermifuges, en particulier l'ivermectine.
Un protocole de coproscopie et de vermifugation est établi avec le vétérinaire traitant. Le vétérinaire pourra, par exemple dans le cadre d'un bilan sanitaire d'élevage, réaliser un audit parasitaire et établir un protocole personnalisé, selon la pression parasitaire présente dans la structure. Cette pression dépend notamment des pratiques d'élevage, de l'hébergement des chevaux (pré, box ou mixte), du chargement, et de la fréquence des mouvements des chevaux.
On distingue généralement :
- Les jeunes chevaux (1 à 3 ans) qui, du fait de leur faible immunité, doivent être vermifugés de façon systématique 3 à 4 fois par an. Pour les chevaux de moins de 2 ans, les chevaux âgés, et les chevaux affaiblis (maladie intercurrente : Cushing…), il n’est pas recommandé de limiter le nombre de vermifugations. On gardera alors les 4 traitements par an.
- Les chevaux de plus de 3 ans, pour lesquels une vermifugation raisonnée est vivement conseillée. Dans l'idéal, une coproscopie est réalisée avant vermifugation.
- Les poulinières peuvent être vermifugées selon les mêmes principes que les autres chevaux adultes.
L'anatomie du système digestif du cheval
Les Molécules de Vermifuges et les Résistances
Il existe de nombreuses molécules utilisées dans les vermifuges chez le cheval. L’idéal est d’alterner et d’effectuer des traitements ciblés selon les parasites présents. Le but n’est pas de débarrasser définitivement un cheval des parasites, mais d’éviter les infestations trop importantes. De plus, il est important de rappeler que ces traitements ont une action curative à l’instant où ils sont administrés, mais que leur effet ne se prolonge pas dans le temps.
Parmi les principales familles de molécules, on trouve :
- Les lactones macrocycliques (ivermectine, moxidectine) : Cette famille étant plus récente, il y a moins de résistances à ces molécules, notamment à la moxidectine. On en limitera l’utilisation, pour éviter l’apparition des résistances. Cette famille agit sur les larves en plus des adultes. L’ivermectine est très efficace contre les Gastérophiles.
- Les benzimidazoles (fenbendazole) : Efficaces contre de nombreux nématodes.
- Les pyrantels (pyrantel) : Souvent utilisés pour les strongles et les ascaris.
- Le praziquantel : Il élimine uniquement les vers plats (ténias), mais son efficacité est excellente et concerne tous les stades.
On remarque de plus en plus de résistances des parasites aux vermifuges chez le cheval. Ce fait important et grave souligne la nécessité d'une approche réfléchie.
Gestion de l'Environnement et Hygiène
L'action sur le milieu de vie du cheval est un point intéressant et crucial. D'une façon générale, il faut retenir que tous les chevaux sont parasités, mais que notre but est de maintenir la population de vers à un niveau suffisamment faible pour qu’il soit compatible avec la bonne santé du cheval.
La propreté des boxes et des abris est fondamentale. Le nettoyage régulier des crottins permet de limiter la dissémination des œufs et des larves. Dans le cas de chevaux au pré, une rotation des pâtures et une gestion de la charge parasitaire peuvent également être mises en place.
Que Faire en Présence de Vers Inhabituels dans le Fumier ?

Il peut arriver de découvrir des vers dans le fumier ou la terre battue des abris, et de s'interroger sur leur origine. Si de petits vers blancs minuscules ont été vus sous la terre durcie, et qu'ensuite de gros vers orange/rouge se sont formés en surface, il est important de ne pas paniquer.
Il est peu probable que des vers de chevaux puissent se développer en dehors du tractus digestif. Rejetés, les vers vivants, s'il y en a, prennent, s'ils survivent, un état larvaire. Les parasites des animaux ne creusent pas la terre ; ils se trouvent au-dessus ou dans le fumier. Si des vers sont retrouvés profondément dans la terre, c'est qu'ils y ont été enfouis.
Ces "vers" découverts dans le fumier ou la terre peuvent être des lombrics, qui sont des vers de terre bénéfiques pour le sol et l'environnement, ou des larves d'insectes coprophages. Ces insectes colonisent les crottins pour les manger et s'y développer, jouant un rôle essentiel de nettoyeurs dans la nature.
Si les vers ne bougent pas, ressemblent à des corps ronds en longueur et lisses, et ne correspondent pas aux descriptions de gastérophiles (qui sont plutôt crantés), ils ne sont probablement pas des parasites de chevaux. L'absence de pattes sur ces "vers" indique qu'il s'agit d'asticots, d'œufs ou de nymphes d'insectes, et non de parasites équins. Des examens attentifs du crottin des chevaux (coproscopie) ne révéleraient rien si ces "vers" ne proviennent pas des chevaux eux-mêmes.

En conclusion, la vermifugation raisonnée est à retenir et à privilégier. En vermifugeant moins souvent et de façon ciblée, on évite le développement de résistances, ce qui permet de conserver des traitements efficaces. De plus, cette pratique est financièrement intéressante, car la coproscopie n’est pas plus coûteuse qu’un vermifuge. EQUIDEPAPROTECT de ESC est un complément alimentaire composé d’un mélange de plantes aux propriétés antiparasitaires pour soutenir l’organisme des chevaux fortement parasités. Il n’y a pas de protocole pré-établi, chaque cas doit être évalué individuellement.