Le XXe siècle, hélas, ne fut pas une ère de paix, et les conflits mondiaux ainsi que les nombreuses guerres coloniales ont profondément marqué la société française. En réponse aux souffrances et aux besoins des vétérans, un mouvement de solidarité a émergé, se concrétisant notamment par la création de lieux dédiés aux anciens combattants. La ville du Vésinet, en tant que pionnière dans l'édification de tels bâtiments, a joué un rôle significatif dans cette démarche.

La Maison du Combattant du Vésinet : Un modèle national
La "Maison du Combattant" du Vésinet fut inaugurée le 13 juillet 1930, marquant un événement historique en France puisqu'il s'agissait de la première du genre. Cette initiative fut saluée par une imposante manifestation organisée par les anciens combattants, qui tinrent ensuite un congrès national. L'ampleur de ce geste symbolique témoignait de l'intérêt que la grande famille des anciens combattants attachait à l'initiative de M. J. Domont, alors président de l'Association des A.C.M.R. Pour mieux marquer encore l'importance d'une telle œuvre, dont l'exemple serait, souhaitons-le, bientôt suivi dans toute la France, toutes les associations d'anciens combattants avaient décidé de se faire représenter à la cérémonie d'inauguration qui eut lieu en juin précédant l'ouverture officielle.
Édifiée rue du Général Clavery, une figure dont la famille est une des plus anciennes du Vésinet et qui était mort quelques mois auparavant dans une embuscade, cette maison fut conçue par l'architecte R. et Hardy. Avant même son achèvement, le gouvernement avait déjà reconnu la Maison du combattant du Vésinet d'utilité publique. Les avantages d'une telle œuvre étaient jugés incontestables, puisque la "Maison du combattant", telle qu'elle fut conçue par M. J. Domont, prévoyait une salle de réunion. Dans cette salle, les membres de l'association pouvaient tenir leurs assemblées plus dignement qu'en une arrière-salle de café.
Témoignages d'anciens combattants sur les viols durant la guerre d'Algérie | Archive INA
Services et symbolisme de la Maison du Combattant
La Maison du Combattant ne se limitait pas à un simple lieu de rassemblement. Elle offrait également un service médical, avec une salle de consultations gratuites, afin d'assurer les soins les plus éclairés à ceux qui souffraient encore des grandes misères de la guerre. De plus, une bibliothèque était mise à la disposition de ceux qui cherchaient dans la lecture un repos attrayant.
À l'intérieur de la Maison du Combattant, trois tableaux ornent les murs, dont deux grandes toiles de Maurice Dubois, peintre aux armées ayant vécu au Vésinet. Ces œuvres, intitulées "Compagnons de gloire" (1912) et "La mort du trompette" (1914), s'inspiraient de la retraite de Russie de 1812. Ces représentations artistiques soulignent le lien entre les conflits passés et le vécu des anciens combattants, ancrant la mémoire historique au cœur du lieu.

Lors de l'inauguration, un cortège composé de plusieurs sections d'anciens combattants et de la musique du 23e Colonial se rendit à la Maison du Combattant. Devant le bâtiment, des discours furent prononcés successivement par de nombreuses personnalités, dont M. Champetier de Ribes, ministre des pensions. Une soirée de gala eut lieu ensuite, au cours de laquelle fut jouée la pièce "L'Ami Fritz", avec le concours de M. Roger Monteaux et de Mlle Suzanne Rouyer, de la Comédie-Française. Le détail de la ferronnerie de l'imposte et des portes de la maison du combattant était particulièrement soigné. La Maison du Combattant fut conservée, témoignant de son importance.
L'évolution des associations d'anciens combattants au Vésinet
Historiquement, dès les lendemains de la guerre de 1870, à qui le sort des armes fut contraire, les victimes du conflit commencèrent à s'organiser pour faire valoir leurs titres ou droits. Progressivement, ces associations ont eu tendance à se regrouper pour ne penser qu'à la défense des victimes de la guerre. Les combats en Maroc, Levant, Syrie, Indochine, Algérie ont également généré de nouveaux groupes de combattants aux buts semblables.
Au Vésinet, le groupement des Anciens Combattants, Mutilés, Veuves et Orphelins de Guerre était l'un des plus anciens. Il était affilié à l'une des grandes confédérations d'Anciens Combattants et fonctionnait grâce aux cotisations de ses membres, ainsi que par les subventions de la commune et les dons. Chaque localité comptait une section d'Anciens Prisonniers de Guerre (PG). M. Breitenstein, en tant que président, anima la section du Vésinet avec compétence et dévouement.

Les souvenirs des guerres de 1940 à 1945 ont eu tendance à s'estomper avec le temps, mais les anciens combattants ont dû affronter de nouvelles réalités. Pour ces hommes et femmes, il était essentiel de ne pas rompre avec le civil les amitiés nouées dans leur baraque ou en Kommando, et de trouver un soutien dans la peine ou le besoin. La Maison du Combattant a donc conservé toute son utilité, agissant comme un ancrage pour ces liens et un point de référence pour l'entraide mutuelle.