La Permaculture en Angleterre : Villages Verts et Villes en Transition

carte du sud-ouest de l'Angleterre

L'Angleterre, et plus largement le Royaume-Uni, est un terrain fertile pour l'expérimentation et l'adoption des principes de la permaculture, une approche de conception de systèmes durables et régénératifs. Des initiatives locales aux éco-villages établis, le pays offre une diversité d'exemples qui illustrent la manière dont les communautés s'efforcent de réduire leur empreinte écologique, de renforcer la résilience locale et de repenser leur relation avec la nature et entre elles. Ces efforts, souvent inspirés par une éthique de soin de la planète, de soin des personnes et de partage équitable, transforment des espaces ordinaires en lieux d'innovation et de convivialité.

Findhorn : Un Modèle Écossais de Transition Réussie

Bien que situé en Écosse, le village de Findhorn offre un exemple remarquable de transition écologique qui résonne avec les aspirations des communautés anglaises. En 60 ans, Findhorn a réussi une transition écologique sans pour autant renoncer à une partie du confort moderne. Ce demi-millier de personnes parvient à avoir une empreinte carbone moyenne de 7 tonnes par an et par personne, ce qui est significativement moins élevé que la moyenne britannique et européenne.

Les initiatives mises en place à Findhorn sont multiples et intégrées : énergies renouvelables, mise en commun de biens comme le lave-linge, autosuffisance alimentaire, mobilité douce, partage des tâches et moments de convivialité ensemble, filtration naturelle des eaux, construction en matériaux recyclés. Mis bout à bout, ces efforts ont permis de réduire l'empreinte écologique de ses habitants. La création de cet éco-village remonte à six décennies qui ont été propices aux expérimentations, aboutissant à ce modèle de vie durable.

Totnes : La Première Ville en Transition

panneau Totnes Transition Town

Totnes, située dans le sud-ouest de l'Angleterre, est reconnue comme la toute première des villes en transition, ayant initié ce mouvement en 2007. Rob Hopkins, figure emblématique de l'écologie, s'y est installé en 2005. Grâce à sa personnalité charismatique et son don de convaincre, le mouvement Transition a rayonné dans le monde entier, partant de cette petite commune de 8 000 habitants dans le Devon.

Le centre-ville de Totnes converge autour de la High Street, où se trouvent les bureaux de Transition Town Totnes (TTT), la toute première association de Villes en transition du monde. Environ 45 volontaires font tourner cette importante structure. Parmi eux, Jem Friar chapeaute le projet des « rues de la Transition », un parcours de sept semaines que les habitants d'un même quartier suivent ensemble pour réfléchir à la manière de réduire collectivement leur empreinte carbone. C'est une manière de faire le point sur les pratiques, mais aussi de lutter contre l'écoanxiété, ce sentiment de fatalité vis-à-vis de l'évolution du monde.

Elena Pike, 42 ans, membre d'une « rue de la Transition », témoigne de ces efforts. Elle covoiture avec ses voisins et échange des outils de jardinage et de bricolage. Elle souligne également l'importance de la sociabilisation : "On se croisait souvent avec mes voisins, mais ça n'allait pas plus loin" avant le mouvement.

L'Émergence des Jardins Partagés et de l'Économie du Don à Totnes

La transformation de Totnes en ville potagère a débuté en 2008. De l'autre côté du pont de Totnes, une joyeuse troupe de cinq personnes s'affaire autour de six jardinières en béton remplies d'herbes aromatiques, de plants de tomates, de fenouil. À la tête des opérations, Paul Bradbury, 54 ans, consacre un jour et demi par semaine à l'entretien de ces jardins partagés (six dans la ville), accompagné de bénévoles. Ces jardins fonctionnent en permaculture et s'inscrivent dans le mouvement des Incroyables Comestibles. Le but est que les gens voient les plantes pousser pour qu'ils aient envie d'en faire pousser aussi chez eux, mais aussi de promouvoir l'économie du don.

jardins partagés à Totnes

Vers une Résilience Énergétique Locale

À l'écart du centre-ville, le long du fleuve Dart, une centrale d'énergie hydraulique fait la fierté d'un "vieux de la vieille" de la transition, Ian Bright. Le retraité a fondé la Totnes Renewable Energy Society en 2007. Cette centrale, installée dans un bâtiment qui permettait à l'origine aux poissons de circuler, est capable de produire jusqu'à 300 kilowatts par heure. Cette énergie est utilisée par une école primaire et par une usine locale, mais l'excès de production est aujourd'hui revendu à la National Grid, le réseau national d'électricité. Ian Bright, ancien diplômé en sylviculture, ne peut s'empêcher de répéter qu'il "faut absolument trouver des solutions", soulignant l'urgence de la transition.

Les Défis de la Gentrification et de l'Accès à l'Alimentation Locale

Holly Tiffen, 51 ans, a travaillé plusieurs années pour Transition Town Totnes, menant un travail de fourmi pour établir une cartographie complète de la traçabilité de l'alimentation sur le territoire et lançant un projet de production d'avoine à l'échelle locale. La nourriture est très révélatrice des écarts de niveaux de vie à Totnes. Dans le seul supermarché de la ville, un kilogramme de tomates coûte 1,75 £ (2 euros), contre 4,95 £ (5,78 €) dans une petite boutique bio de la High Street.

L'écart croissant entre les populations locales les plus défavorisées et les nouveaux arrivants, qui ont souvent un pouvoir d'achat plus élevé, se ressent aussi dans les prix de l'immobilier. Avec le Covid, beaucoup de citadins, de Londres notamment, ont choisi de venir s'installer à Totnes pour le cadre de vie. Rob Hopkins reconnaît un gros souci de gentrification, mais des projets sont en cours pour essayer de loger les populations les plus précaires de la ville, notamment la construction d'un village vert sur le terrain d'une ancienne usine laitière. Cependant, des décisions de ce type ne se prennent malheureusement pas au niveau local, mais à celui du district, limitant les prérogatives des mairies locales.

Todmorden : Le Mouvement « Incredible Edible »

Todmorden, une ville anglaise non loin de Manchester, est le berceau du mouvement « Incredible Edible » (les Incroyables comestibles), lancé en 2008. Estelle Brown, Mary Clear et Pam Warhurst, touchées par la crise économique qui sévissait à Todmorden déjà depuis plusieurs années en raison de la désindustrialisation, ont décidé de créer ce mouvement.

L'idée fondamentale est que la ville s'est non seulement améliorée esthétiquement, mais qu'elle a aussi pris une belle dimension humaine. Tous les citoyens de Todmorden sont conviés à l'élaboration des jardins, au partage de savoir et de convivialité, et surtout, au partage de la récolte. Tous les espaces, toutes les plantes, toutes les récoltes sont accessibles à tous et gratuitement. Ce mouvement amorcé par les trois citoyennes anglaises de Todmorden a fait des émules à travers la planète entière, démontrant la puissance de l'action collective locale.

Landmatters : Une Expérience Poussée de Communauté Permacole

yourte et vie en communauté Landmatters

Dans le sud-ouest du Devon, un comté du sud-ouest de l'Angleterre, se trouve Landmatters, une coopérative qui incarne « une expérience poussée de communauté inspirée de la permaculture ». Cachée dans un labyrinthe mouillé de talus et haies, Landmatters est un site de 17 hectares appartenant à une communauté de six familles : neuf adultes (certains seuls) et sept enfants.

Le projet Landmatters est né en 2003, avec l'achat du terrain par un groupe de vingt personnes constitué en coopérative. La structure juridique est telle que si les gens ne s'entendent pas et revendent le terrain, l'argent ira à une association de permaculture anglaise. Depuis la naissance du projet en 1993, la permaculture en est le cœur, car la communauté voulait un système durable, qui se régénère tout seul et s'améliore au fil du temps. La permaculture, basée sur la compréhension et la conception de systèmes qui miment les écosystèmes naturels, répond justement à ce souhait.

Autosuffisance et Économie Locale

La communauté de Landmatters est autonome en nourriture, en eau et en partie en électricité. Ils affirment pouvoir nourrir entre 50 et 100 personnes avec leur production maraîchère, notamment grâce à une serre à l'armature en bois local, conçue par un designer de Totnes, soutenant ainsi l'économie locale. Landmatters accueille aussi des chantiers participatifs (des bénévoles sont venus aider à construire la serre) et des wwoofers (personnes souhaitant travailler la terre en contrepartie du logement et de la nourriture).

serre en bois à Landmatters

Ce qu'ils ne consomment pas, soit entre 30 et 40% des légumes, fruits et œufs (de poules et de canes) produits, est vendu à des pubs et restaurants des environs de Totnes, dans un rayon de 10 km. Les habitants de Landmatters expliquent que les gens de Totnes veulent du local, du bio et du frais, ce qui est "bon pour nous". En plus d'être autonomes en nourriture, ils le sont en électricité et en eau potable. Chaque maison a son propre micro-système d'électricité, avec panneaux solaires sur le toit et petite éolienne. L'électricité qui alimente la maison commune est fournie par des panneaux solaires placés sur le toit d'une grange, grâce à l'aide financière de l'association Transition Town Totnes. Cependant, le pétrole a encore sa place dans les réservoirs des voitures, chaque famille ayant la sienne.

Gestion de l'Eau et des Déchets : Un Rapport Différent à la Nature

Une grande cuve récupère l'eau de pluie, et les habitants ont la chance d'avoir une source sur leur terrain, dont la potabilité de l'eau est contrôlée régulièrement. Boire et se laver ici demande plus d'énergie que tourner le robinet, mais l'effort fourni implique "un autre rapport à l'eau et au temps", comme le souligne Karl Surridge, l'un des hôtes barbus de la communauté.

Cette relation au temps est également visible avec les toilettes sèches. Le caca est mélangé avec une enzyme, puis attend six mois pour être transformé en compost. Pour apprendre à cultiver la terre, les habitants se font régulièrement aider par un spécialiste en permaculture.

La Permaculture : Design, Philosophie et Éthique

Karl Surridge explique que la permaculture n'est pas juste du jardinage ou de l'agriculture, elle repose sur du design et sur une philosophie, elle-même sous-tendue par une certaine éthique. Cette éthique de permaculture repose sur trois branches :

  1. Ne pas faire de mal à la planète, au contraire en prendre soin.
  2. Être juste. Un exercice parfois difficile, puisque justice ne rime pas forcément avec égalité. La question se pose de savoir si l'on partage la tarte en parts égales ou en fonction des besoins de chacun, ce qui nécessite de négocier.
  3. Prendre soin des gens. Il s'agit de toujours se poser la question : si je me préoccupe de moi, fais-je du mal aux autres ? Karl le résume logiquement : "On peut faire du bio mais si on chasse des gens de leurs terres, ce n'est ni bon pour la planète, ni éthique".

Vie Quotidienne et Transmission des Savoirs

La vie à Landmatters n'est pas synonyme de "tournage de pouces". Karl Surridge, qui a cinq enfants et demeure à Landmatters depuis quatre ans, exerce une fois par semaine en tant qu'ostéopathe dans un cabinet pour boucler ses fins de mois, comme la plupart des habitants. Le reste de la semaine est consacré à la culture des légumes, l'entretien du lieu et l'accueil des curieux. Karl souligne l'importance de ce dernier point : "Nous ne nous voyons pas seulement comme des producteurs, mais aussi comme des passeurs. Nous voulons communiquer sur nos façons de faire."

Le site web de Landmatters fournit des informations supplémentaires sur leurs activités et les offres aux visiteurs. Pour ceux qui souhaitent s'initier à la permaculture, "La permaculture au jardin" de Carine Mayo, éditions Terre Vivante, est un bon point de départ. Pour comprendre et s'engager dans la transition, "Le manuel de transition" de Rob Hopkins, éditions Ecosociété, est un indispensable.

Le Réseau LAND (Learning, Action, Network and Demonstration) au Royaume-Uni

logo permaculture association LAND

Le réseau LAND (Learning, Action, Network and Demonstration) a été mis en place pour plusieurs raisons au Royaume-Uni. Premièrement, pour faciliter la recommandation de projets bien gérés, sûrs et adaptés aux visites pour les visiteurs et les volontaires. Deuxièmement, parce que les gens apprennent en voyant et en faisant, et le réseau visait à encourager et soutenir l'apprentissage communautaire.

Un Centre LAND est un site de démonstration de permaculture que les gens peuvent visiter pour avoir une expérience concrète de la conception et des techniques de permaculture en pratique. Il existe désormais de nombreux Centres LAND au Royaume-Uni, tous offrant une expérience d'apprentissage unique. Ils varient en taille, allant des jardins domestiques et des parcelles, aux jardins communautaires et aux vergers, jusqu'aux forêts-jardins établies et aux fermes régénératives à grande échelle.

De nombreux Centres LAND accueillent des visites de groupes, organisent des cours et proposent des espaces à louer. La vision est d'avoir un Centre LAND dans chaque communauté, servant de pôle d'inspiration, de connexion et d'apprentissage.

Expériences de Workawayers dans les Fermes Permacoles

Les témoignages de workawayers, des volontaires qui séjournent dans des fermes en échange de travail, mettent en lumière la richesse des expériences offertes par les sites permacoles en Angleterre. Par exemple, Nick et Mike gèrent une ferme dans les collines du West Yorkshire, offrant une immersion profonde dans la culture britannique et les pratiques de permaculture. Les volontaires comme Quentin, Justus, Galina, Angelique, Fumina, Molly, Celestine, Cian, Eli et Milar décrivent des tâches variées allant de la plantation, la récolte, le désherbage, les soins aux animaux (y compris le nettoyage des poulaillers et la clôture pour les canards et les vaches), l'apprentissage de la faux, et le pelletage de fumier.

Ces expériences sont souvent transformatrices. Des volontaires novices en vie agricole et en permaculture repartent avec une quantité considérable de connaissances en seulement quelques semaines. Mike et Nick sont souvent décrits comme des mentors brillants, partageant leur expertise sur la permaculture, le jardinage, les soins aux animaux, la durabilité et bien plus encore. Le travail est généralement décrit comme agréable, varié, et un bon mélange de labeur physique et de tâches plus détendues, avec un horaire raisonnable (souvent de 9h à 16h avec les week-ends libres).

Les workawayers apprécient non seulement l'apprentissage technique, mais aussi l'aspect communautaire et social. Ils rencontrent des volontaires du monde entier, créant une communauté diversifiée et spéciale. L'environnement est souvent décrit comme magnifique, avec des paysages vallonnés et la proximité de villes locales "hippie" comme Todmorden.

volontaires travaillant dans un jardin permacole

Certains témoignages mettent en avant l'adaptabilité et la résilience nécessaires pour vivre dans ces environnements. Eli, par exemple, a passé deux mois "pendant la partie la plus sombre et la plus froide de l'année", travaillant dur et sans se plaindre malgré des tâches parfois "épouvantables" ou "ennuyeuses". D'autres soulignent l'importance de la communication et l'ouverture des hôtes à de nouvelles idées.

Ces expériences illustrent la capacité des fermes permacoles à devenir de véritables centres d'apprentissage, non seulement pour les compétences agricoles, mais aussi pour les valeurs de durabilité, de collaboration et de respect de l'environnement.

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