L’évolution de la fertilisation raisonnée : une rétrospective des rencontres COMIFER-GEMAS

La gestion de la fertilité des sols et la nutrition des cultures constituent des piliers fondamentaux de l'agriculture durable. Depuis plusieurs décennies, le Comifer (Comité français d'étude et de développement de la fertilisation raisonnée) et le Gemas (Groupe d'études méthodologiques pour l'analyse des sols) s'associent pour structurer, promouvoir et faire progresser les pratiques de fertilisation. Tous les deux ans, le Comifer et le Gemas organisent les Rencontres de la fertilisation raisonnée. L'association organise tous les deux ans, avec le Gemas, les "Rencontres", deux journées au cours desquelles sont présentées des études, des nouvelles connaissances, et où sont abordées les questions émergentes à traiter dans les travaux à venir du Comifer.

Schéma illustrant le cycle des nutriments dans le sol et l'importance de l'analyse pour la fertilisation raisonnée

Les fondements historiques : de la normalisation à la concertation

L'histoire de cette collaboration remonte aux prémices de la structuration des laboratoires d'analyse en France. Dès 1974, la première chaîne d'analyse est mise en place, marquant le début d'une volonté d'harmonisation. En 1975, une réunion à la Chambre d'Agriculture de La Rochelle rassemble 15 laboratoires pour examiner les résultats des premiers échantillons et élaborer un plan d'action pour harmoniser les méthodes analytiques. Cette dynamique aboutit en 1978 à la mise en place du G.E.M.A.S. (Groupe d'études méthodologiques pour l'analyse des sols).

Les années 80 et 90 ont vu une montée en puissance de ces échanges. En 1987, les premières journées de l'analyse de terres à Blois sont consacrées au phosphore, suivies en 1989 par les deuxièmes journées sur les oligo-éléments. Ces événements ont permis de poser les jalons d'une approche scientifique rigoureuse, essentielle pour répondre aux défis agronomiques de l'époque.

Evaluation visuelle de la structure du sol – Méthode VESS

L'institutionnalisation des Rencontres : un espace d'innovation

À partir des années 90, les rencontres deviennent un rendez-vous biennal incontournable. Les premières rencontres, en 1993, portaient sur les matières organiques et l'agriculture, soulignant déjà l'importance de ce domaine. Au fil des éditions, les thématiques se sont diversifiées : qualité des sols, enjeux territoriaux, fertilisation azotée, ou encore le rôle des sociétés dans le raisonnement de la fertilisation.

L'ITB (Institut Technique de la Betterave) est impliqué dans les activités des groupes et dans la gouvernance de l'association Comifer pour améliorer, développer et promouvoir les bonnes pratiques de fertilisation raisonnée. Cette implication se manifeste concrètement lors des événements biennaux, comme lors de l'édition 2021, où l'ITB présentait l'outil Syst'N, un dispositif d'évaluation et diagnostic des pertes d'azote dans les systèmes de culture. Parallèlement, des études réévaluant les seuils de réponse des cultures au phosphore biodisponible et le projet JDistas, visant à préserver la fertilité physique des sols, illustrent la technicité croissante de ces travaux.

Thématiques contemporaines et perspectives scientifiques

Les rencontres actuelles ne se contentent plus de l'analyse chimique pure ; elles embrassent la complexité des systèmes de culture. Les éditions récentes, avec leurs 7 sessions thématiques et dizaines d'orateurs, couvrent un spectre large :

  • Politiques publiques et réglementation.
  • Valorisation des Produits Résiduaires Organiques (PRO) dans une logique d'économie circulaire.
  • Caractérisation et modélisation de la matière organique.
  • Indicateurs biologiques des sols.
  • Gestion des pertes gazeuses d'azote.

Lors de l'édition 2021, le thème de la préservation de la fertilité physique était également abordé par une présentation de Vincent Tomis (AgroTransfert), dans le cadre du projet SolD'phy dont l'ITB est partenaire. Ces journées permettent de faire le point sur l’évolution des modes de raisonnement de la fertilisation, de s’informer sur l’évolution de la réglementation, de partager des résultats, d’échanger sur de nouvelles pratiques et de découvrir des solutions techniques, des applications scientifiques innovantes de mesure de la fertilité des sols et de la nutrition des cultures.

Graphique montrant l'évolution du nombre de participants aux Rencontres Comifer-Gemas sur les 20 dernières années

Une dynamique de réseau au service de l'agronomie

La force de ces rencontres réside dans la pérennité de l'échange entre scientifiques, techniciens de laboratoires, acteurs du développement agricole et décideurs. Que ce soit lors des assemblées générales tenues aux quatre coins de la France (de Metz à Saint-Lô, de Blois à Clermont-Ferrand), ou lors des congrès thématiques, le Comifer et le Gemas maintiennent une veille active sur les enjeux agronomiques.

Les 14e Rencontres, par exemple, ont rassemblé plus de 400 congressistes, témoignant de l'intérêt croissant pour ces questions. Pour les adhérents au Comifer, les présentations et posters sont déjà disponibles en ligne, assurant une diffusion continue du savoir. Cette structure, qui a su passer d'une simple harmonisation des méthodes de laboratoire dans les années 70 à une approche systémique de la fertilisation aujourd'hui, reste le socle de référence pour les professionnels du secteur. Elle permet d'anticiper les nouveaux fronts de la fertilisation, en intégrant les avancées de la microbiologie du sol, de la normalisation internationale et des impératifs environnementaux liés aux cycles du carbone et de l'azote.

tags: #13emes #rencontres #fertilisation #raisonnee