Les mécanismes ingénieux des plantes volubiles : à la recherche du support et au-delà

Les plantes grimpantes, et en particulier les volubiles, captivent par leur capacité à s'élever, transformant les paysages et défiant la gravité grâce à des mécanismes sophistiqués. Leur croissance n'est pas aléatoire ; elle est le fruit d'adaptations hormonales et structurales qui leur permettent de s'accrocher et de prospérer en quête de lumière et de nouveaux horizons.

Une diversité de grimpantes et leurs cycles de vie

Le monde des plantes grimpantes est vaste et varié, englobant des espèces aux cycles de vie distincts. Il existe tout d’abord les lianes annuelles qui sécheront après l’automne, par exemple les ipomées tricolores, les plumes d’indien et les pois de senteur. Le houblon est une plante très connue qui meurt également pendant l’hiver. Ces plantes accomplissent leur cycle de vie complet en une seule saison de croissance, souvent avec une floraison exubérante et une production de graines avant de disparaître avec les premières gelées.

À l'opposé se trouvent les plantes pluriannuelles, dont les tiges ont la particularité de se lignifier, c'est-à-dire de devenir ligneuses et persistantes d'une année sur l'autre. Parmi elles, on retrouve des spécimens tels que la pipe des hollandais, l’akébie, certaines plantes persistantes, les chèvrefeuilles, ou encore les kiwis. Ces plantes construisent une structure plus pérenne, capable de résister aux rigueurs de l'hiver et de reprendre leur croissance au printemps suivant. Elles peuvent atteindre des tailles considérables et vivre de nombreuses années, devenant des éléments structurants du jardin ou du paysage. Certaines, comme la glycine, la renouée grimpante ou encore le bourreau des arbres, sont particulièrement vigoureuses et doivent être étroitement surveillées pendant leur croissance en raison de leur force et de leur potentiel à étouffer d'autres végétaux ou à endommager les structures.

Illustration des différents types de plantes grimpantes, annuelles et pluriannuelles

La quête du support : un instinct fondamental

La capacité des plantes volubiles à grimper est intimement liée à leur recherche de support. La tige principale de ces plantes a une propension naturelle à s’enrouler comme une hélice autour des câbles et autres supports pour soutenir leur croissance. Ce comportement est crucial pour leur développement, leur permettant de s'élever au-dessus de la concurrence pour capter la lumière du soleil.

Un phénomène fascinant dans cette quête est le rôle des hormones, notamment les auxines, concentrées dans l'extrémité des tiges volubiles. C’est ce qu’on appelle la dominance apicale. Tant que la tige grimpe, certaines de ces auxines se trouvent concentrées dans sa partie supérieure et stimulent sa croissance. À ce stade, la tige poussera dans le sens contraire de la lumière, une action appelée phototropisme négatif, ce qui est normalement une chose très inhabituelle pour une tige. Ce comportement, bien qu'atypique pour une plante qui cherche normalement la lumière, est en fait très logique pour une grimpante à la recherche d’un support. L’ombre profonde est souvent causée par un tronc d’arbre ou un autre objet dressé sur laquelle la tige pourrait éventuellement grimper. Ainsi la tige se dirige vers l’objet le plus sombre des alentours. Une fois qu’elle l’a atteint, elle reprend sa croissance dressée, s’appuyant sur son nouvel hôte. Et elle recommence à faire du phototropisme positif comme n’importe quelle plante normale, dirigeant sa croissance vers la source de lumière. Cette ingéniosité démontre une adaptation évolutive remarquable.

Phototropisme

L'impact du support sur la morphologie et la physiologie

Le choix de laisser une plante grimper plutôt que de la laisser retomber a des conséquences profondes sur son développement. Si vous changez de tactique et laissez vos plantes grimpantes grimper, peut-être sur un treillis, un poteau de mousse ou un mur, plutôt que de retomber d’un pot, attendez-vous à des changements de comportement. De nombreuses Aracées (philodendrons, pothos, monsteras, etc.) commenceront graduellement à produire des feuilles plus grandes - nettement plus grandes - quand elles peuvent grimper. Par exemple, un philodendron grimpant (Philodendron hederaceum) qui file le parfait bonheur, car on le laisse grimper. On peut également observer un pothos (Epipremnum aureum) aux feuilles géantes découpées.

Cette augmentation de la taille des feuilles est souvent reliée à la maturité sexuelle de la plante : une fois qu’elles atteignent leur pleine taille, ces Aracées commenceront à fleurir et à produire des graines. On pourrait penser que le philodendron grimpant ne fleurit pas, mais c'est bien une possibilité. Le figuier rampant (Ficus pumila) est un autre exemple frappant, il change complètement d’apparence, avec des feuilles plus grosses et plus coriaces, quand il atteint la maturité. D’autres grimpantes continuent de produire de petites feuilles quand elles grimpent, souvent pendant des années. Puis, quand elles arrivent à une hauteur suffisante, elles passent soudainement de cette forme juvénile à leur forme adulte, avec des feuilles beaucoup plus grandes souvent de forme très différente. De plus, elles commencent aussi à fleurir et à produire des graines.

Cependant, les plantes grimpantes volubiles ont tendance à se dénuder à leur base, mais les jeunes pousses tendent à retomber et à cacher les zones dénudées.

Comparaison visuelle des feuilles d'une même plante grimpante retombante et grimpante

Les supports adaptés aux plantes volubiles

Le choix du support est un élément crucial pour assurer la croissance optimale des plantes volubiles. Vous trouverez sur la page de chaque plante grimpante des indications sur les supports à utiliser. Les supports aux lignes verticales sont parfaits pour les plantes grimpantes volubiles. En effet, la nature même de leur croissance hélicoïdale s'adapte parfaitement à ce type de structure. Les systèmes avec plusieurs lignes verticales parallèles pourront conduire plusieurs tiges d’une même plante ou plusieurs plantes depuis le sol, offrant ainsi une solution polyvalente pour les aménagements paysagers. L’adjonction d’éléments horizontaux plus courts permettra d’encourager les pousses à s’emmêler, créant un maillage plus dense et un meilleur maintien de la plante.

Pour des annuelles, un système de support en version simple ou légère sera suffisante dans la majorité des cas, compte tenu de leur durée de vie limitée et de leur croissance moins vigoureuse. En revanche, pour les volubiles pluriannuelles, on préférera un système en version moyenne, ou encore mieux un système en version lourde ou massive, notamment pour couvrir la hauteur atteinte par la plante. Les lianes volubiles, de par leur force et leur potentiel de croissance, nécessitent des structures robustes. Certains systèmes de câble peuvent être adaptés dans certains cas spécifiques, mais il est impératif de prendre des précautions.

Il est possible de laisser pousser librement la plupart des plantes grimpantes annuelles, mais pour les volubiles les plus vigoureuses, par exemple la glycine, il faudra impérativement dérouler les pousses pour les conduire en parallèle au câble de support, au risque qu’il soit sinon arraché du mur par la force de la plante ! L’alternative consiste à mettre en place des supports extrêmement massifs avec un espace mural de 15 cm, qui coûteraient une fortune.

Les volubiles n’ont pas besoin de câbles horizontaux, les pousses devront y être palissées à la main. Cela implique un effort de soins plus important pour le jardinier. Les systèmes aux câbles beaucoup trop courts sont totalement inadaptés pour les plantes volubiles, ils ne pourront pas faire face à la croissance de la plante, sauf en ce qui concerne les plantes cultivées en pot ou en bac. En revanche, les plantes grimpantes à faible croissance ne se développent pas complètement dans les rangées trop hautes. Pour ces plantes, même si les câbles sont tendus à la verticale mais trop rapprochés, la taille et l'entretien seront très difficiles.

Schéma illustrant différents types de systèmes de support pour plantes volubiles

Les effets néfastes de la retombée forcée

Si les plantes volubiles sont faites pour grimper, les forcer à retomber, comme c'est le cas dans de nombreux paniers suspendus, peut avoir des conséquences négatives sur leur développement et leur apparence. De nombreuses grimpantes commencent à produire des feuilles de plus en plus petites quand elles retombent. Et plus elles retombent, plus les feuilles sont petites. C’est notamment le cas de la plupart des Aracées, y compris les philodendrons, les monsteras, les syngoniums et les pothos, et de nombreux Cissus aussi.

Chez d’autres espèces, les feuilles ne rapetissent pas, mais les tiges pendantes atteignent une certaine longueur, puis cessent de pousser. Et chez d’autres encore, les tiges retombantes ne produisent plus de fleurs, perdant ainsi un aspect décoratif essentiel. Il y a des grimpantes qui se battent férocement contre tout effort pour les faire retomber. Les gloires du matin susmentionnées, par exemple, et aussi les thunbergies, commenceront rapidement à s’entortiller autour de leurs propres tiges dans un effort pour se redresser. Ces comportements sont tous le résultat des hormones appelées auxines, concentrées dans l’extrémité des tiges volubiles, et de leur rôle dans la dominance apicale et le phototropisme négatif initial.

Distinguer les vraies grimpantes des rampantes et épiphytes

Il est important de noter que toutes les plantes qui retombent ne sont pas des grimpantes. Et ce ne sont pas toutes les grimpantes qui réagissent mal quand on les permet de retomber. Il y a des cas de plantes rampantes que nous utilisons dans les paniers suspendus, comme la misère (Tradescantia spp.) et le lierre suédois (Plectranthus australis). Bien que nous pourrions les prendre pour des grimpantes, en fait, elles ne le sont pas : il s’agit de plantes couvre-sol. Dans la nature, les plantes rampantes s’étendent latéralement, s’enracinant au contact avec le sol et forment ainsi un tapis de verdure.

Il en va de même pour les plantes épiphytes (celles qui poussent sur les branches d’arbres dans la nature), comme la plante de rouge à lèvres (Aeschynanthus spp.) et la plante poisson rouge (Nematanthus spp.). Elles sont magnifiques en panier suspendu, car leurs tiges s’arquent tout naturellement vers l’extérieur et le bas et elles fleurissent sans problème de cette manière. Comprendre cette distinction est essentiel pour choisir les bonnes plantes pour les bonnes utilisations et leur offrir les conditions de croissance les plus adaptées.

Infographie présentant la différence entre plantes grimpantes, rampantes et épiphytes

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