Le jardinage est une activité qui rime avec détente et retour à la terre. Pourtant, derrière l’appellation « bio » se cache une réalité parfois complexe, où le consommateur, en quête d’une pratique plus respectueuse de l’environnement, se retrouve face à un marché opaque, des réglementations floues et des impacts insoupçonnés sur la santé. Jardineries et grande distribution proposent de plus en plus de produits écologiques pour le jardin. Mais difficile de se repérer parmi tous ces engrais et traitements, car on ne sait pas toujours à quoi ils servent exactement.

La complexité du marché des produits de jardinage
L’univers des produits de jardinage bio n’a rien à voir avec l’enfer des produits laitiers ou des téléphones portables ! D’abord, les gammes sont assez restreintes, si bien que, face à un rayon, on en a assez vite fait le tour, car les jardineries sont loin de vendre tout ce qui se fait. Pour autant, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver. L’emballage n’indique pas systématiquement de façon évidente à quoi sert le produit ou quelle est sa nature. Quant aux appellations, elles peuvent varier pour une même substance. La bouillie bordelaise peut, par exemple, s’intituler « solution bordelaise » ou encore « préparation bordelaise ».
Les gammes d’engrais et de traitements antimaladies comportent un produit pour chaque problème. Or c’est souvent artificiel. De la même façon, un fongicide (un produit antichampignons, comme le soufre mouillable) permet de traiter toutes les maladies de cette catégorie. Autre difficulté : les conditionnements actuels ne sont vraiment pas adaptés pour les balcons et les terrasses. Les quantités disponibles correspondent souvent à des jardins de taille moyenne et à une utilisation épisodique des produits. Un produit polyvalent pour lutter contre les champignons des feuilles et des fruits et un autre contre les insectes suffiront dans bien des cas. Dans les grands jardins, avec de nombreux types de plantes différentes, il faudra sûrement compléter cette gamme avec des pièges spécifiques et un produit antichenilles (si on a un verger).
Stratégies d’achat et transparence des prix
Comme dans la grande distribution, les produits bio se trouvent sous des emballages différents, qui correspondent en fait à un même produit. Parfois, le produit sous marque de distributeur est moins cher que l’« original ». Parfois, c’est l’inverse. En réalité, il existe peu de fabricants de produits de jardinage biologique en France. Il faut donc prendre le temps de comparer les prix au kilo, et choisir le produit le moins cher. Les surfaces de vente, notamment les jardineries, qui visent une clientèle plus aisée que celle de leurs concurrents, en profitent également pour augmenter leurs marges. Heureusement, à marques et conditionnements identiques, les prix varient beaucoup d’une enseigne à l’autre. Les différences peuvent atteindre 25 %. Lorsqu’on compare les matières actives, les variations peuvent aller du simple au double dans les cas les plus extrêmes.

Réglementation et précautions d’usage
Les produits de jardinage bio du commerce n’échappent pas à la réglementation en matière de mentions devant figurer sur l’emballage. Une exception : les extraits végétaux, comme le purin d’ortie, qui ne sont toujours pas reconnus par les pouvoirs publics (le ministère de l’Agriculture les assimile à des produits chimiques, en résumé). Respectez bien le mode d’emploi indiqué sur l’emballage. Ne dépassez pas les doses indiquées : à trop fortes doses, certains produits, bien que bio, peuvent avoir des effets néfastes sur l’environnement. Respecter un délai d’au moins dix jours entre la date de la dernière application et celle de la consommation. Rincez bien les légumes. Car, si les traces de certains produits ne sont pas toxiques pour la santé (un extrait de prêle, par exemple), ces produits peuvent tout simplement… donner mauvais goût à la récolte !
Le paradoxe des produits « naturels » et la santé
Le dernier hors-série de « 60 millions de consommateurs » s’intéresse au business du « naturel », et se penche notamment sur les produits dangereux autorisés pour jardiner et dans l’agriculture bio. Ils sont autorisés, naturels, présents dans l’agriculture biologique, et pourtant ils sont mauvais pour la santé comme pour la terre.
Le magazine de l’Institut national de la consommation dévoile « L’envers du décor du naturel ». Quantité d’articles s’attardent sur les dangers masqués des cosmétiques bio, antimoustiques, compléments alimentaires, jus de fruits ou le vin en biodynamie. Parmi cette montagne d’informations, petit zoom sur ces fertilisants autorisés dans l’agriculture biologique ou pour les particuliers, qui reçoivent un carton rouge aussi bien pour la santé de l’homme que celle de la planète.
Le risque du Cadmium dans les engrais
« L’industrie a déjà commencé à remplacer des produits chimiques par des substances naturelles, assure Adeline Trégouët, rédactrice en chef déléguée des hors-série. Sauf que certains de ces produits, bien que naturels, ne sont ni bénéfiques pour l’environnement ni pour la santé ! ». Avec en ligne de mire, le phosphore naturel, présent dans la plupart des engrais autorisés dans l’agriculture biologique. Problème : il contient du cadmium, un métal pauvre, classé par l’OMS comme cancérogène certain. « On nage donc en plein paradoxe : ceux qui jardinent et qui recherchent à se préserver des polluants peuvent se retrouver contaminés. Le cadmium va se retrouver dans la terre, puis dans les racines jusqu’aux assiettes du consommateur. » Où va-t-on trouver ce produit ? Dans le riz, le blé, les végétaux à feuilles vertes. « Cette exposition alimentaire augmente le risque de développer un cancer hormono-dépendant, sein et prostate », ajoute l’article. L’Institut national de consommation conseille aux agriculteurs et jardiniers de privilégier les engrais qui contiennent du phosphore d’origine organique (donc éviter les étiquettes qui spécifient « engrais organo-minéral »).
La problématique du cuivre
Derrière ce nom alléchant de « bouillie bordelaise » se cache un péril insoupçonné. Utilisée par tous les jardiniers de France et de Navarre, la bouillie bordelaise est un des rares fongicides autorisés pour l’agriculture biologique. Dont le principal composant n’est autre que du cuivre. Très efficace pour lutter contre le mildiou de la vigne et un champignon. Mais très polluant également… Car les sols saturés de cuivre deviennent stériles. Pire, ce cuivre détruit tout sur son passage : « il n’y a plus la faune et les fibres qui retiennent les polluants en surface et ce métal ruisselle jusqu’aux nappes phréatiques en cas de pluie. On fait donc face à une incohérence entre pratiques et principes. C’est un non-sens ! »
Quelles peuvent être les conséquences ? Des problèmes pulmonaires et des lésions du foie. Un rapport de l’INRA de janvier 2018 alerte sur la pollution massive des sols… et propose des alternatives : adopter des variétés résistantes à la maladie, utiliser des biostimulants, espacer les plants et choisir la rotation des cultures. « Souvent, les jardiniers ont du mal à changer leurs habitudes », sourit la spécialiste. Aucune étude n’a pu quantifier pour le moment le cuivre résiduel dans les aliments. Selon Adeline Trégouët, le véritable danger réside plutôt dans l’épuisement des sols et des nappes phréatiques riches en cuivre.
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L’impact écologique du terreau et la question de la tourbe
Terreau efficace, la tourbe domine dans nos pots de fleurs. Qui pense participer à la destruction des zones humides en rempotant ses géraniums, ou en replantant des rosiers ? Pas grand monde. Tirée des tourbières, cette terre vieille souvent de plusieurs milliers d’années est aujourd’hui reconnue pour ses intérêts écologiques exceptionnels. Les tourbières limitent les inondations, en retenant de grandes quantités d’eau. En France, la moitié des tourbières a disparu depuis 1950.
Aujourd’hui, leur protection s’étend et la tourbe française ne représente plus que 4 % des terreaux vendus dans l’Hexagone, selon l’Afaïa. Mais les importations des Pays baltes continuent d’approvisionner le marché. Ces produits tardent à s’imposer sur le marché français. Blonde ou brune, la tourbe reste la matière idéale pour les industriels : elle retient l’eau et les nutriments et sa composition fossile est sans pathogènes ni graines parasites. Et elle reste peu chère. Pourtant, « les meilleures formules « sans tourbe » atteignent une qualité tout à fait satisfaisante pour l’utilisateur », estime Laurent Largant, délégué général de l’Afaïa. Le Pôle-relais tourbières, qui veut sensibiliser les consommateurs en France, propose une liste des terreaux sans tourbe. À chacun aussi de regarder la composition des terreaux vendus en magasin. L’Écolabel garantit un produit sans tourbe. Mais la tourbe n’en reste pas moins une ressource non renouvelable à l’échelle humaine (elle se crée à la vitesse de 1 millimètre par an), remarque Francis Muller.

Vigilance alimentaire : les tests de 60 Millions de Consommateurs
Au-delà du jardinage, le magazine 60 millions de consommateurs a testé 74 produits estampillés bio. Résultat, 10 % d’entre eux contiennent des doses de produits chimiques « insatisfaisantes » voire « très insatisfaisantes ». Le numéro d’avril a passé au crible quelques 74 produits alimentaires (chocolat, huile d’olive, sucre, miel, riz, café…).
Ainsi, parmi les quatre huiles d’olive hors des clous, trois proviennent de Tunisie, l’autre d’Italie. Le magazine précise ainsi : « Les huiles de Tunisie sont globalement les plus contaminées en plastifiants et en HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) ; elles arrivent par ailleurs en seconde position (derrière les huiles d’Espagne) pour les solvants ». Pour rappel, le label bio que l’on retrouve sur les produits n’est pas distribué au hasard. En effet l’agriculture biologique répond à un cahier des charges très précis, vérifié de manière indépendante.
En outre, la marque française de quinoa, Rochefort, est elle aussi épinglée pour « une concentration dix fois supérieure à la limite maximale de résidu pour le quinoa conventionnel ». Quant aux dix marques de riz examinées, deux n’ont pas répondu aux attentes de 60 Millions, respectivement « insatisfaisant » et « très insatisfaisant » pour les teneurs en pesticides.
Vers des pratiques de jardinage alternatives
Si les produits à base de glyphosate sont interdits aux particuliers, les rayons des jardineries n’ont pas désempli… des désherbants « à base de substances naturelles » ont rapidement remplacé les pesticides de synthèse. En résumé, l’article rappelle que si un produit désherbant est efficace, c’est qu’il est toxique ! En concluant « en raison de leur efficacité limitée, les désherbants à base d’acides naturels sont à utiliser en complément d’autres méthodes. Pour désherber, sortez vos binettes ! ».
Il est primordial de se rappeler qu'une approche holistique, privilégiant la rotation des cultures, l'utilisation de variétés résistantes et le travail manuel du sol, reste la meilleure garantie pour un jardin sain et une consommation responsable. L'éducation du consommateur et la remise en question des habitudes de jardinage intensif sont les leviers nécessaires pour transformer nos pratiques et préserver durablement notre environnement.