Le compost de déchèterie, souvent désigné sous les termes de « compost de plateforme » ou « compost de déchets verts », s'impose aujourd'hui comme une ressource incontournable pour les jardiniers et les maraîchers. Face à la nouvelle réglementation sur le compostage obligatoire, cette solution de valorisation des matières organiques prend une dimension nationale, transformant nos déchets en une source de fertilité naturelle abondante et peu coûteuse.

Le processus de transformation : du déchet vert au terreau fertile
Connaissez-vous le compost de déchèterie ? Il est beaucoup utilisé par les maraîchers bio, car c'est une source de fertilité naturelle qui est abondante et peu coûteuse. Ce compost est constitué avec tous les déchets verts apportés en déchèteries par les usagers et par les collectivités. Ces déchets verts sont tout d’abord triés pour en retirer tout ce qui n’est pas végétal, notamment les pots de fleurs et les incontournables sacs en plastique. Ils sont ensuite broyés avant d’être entassés en andains (ce sont des buttes longilignes).
La fermentation va durer environ 3 à 4 mois, elle entraîne une montée en température et est améliorée par des retournements réguliers des matières et par des arrosages. Cette chaleur entraînée par le processus de décomposition doit être de 60° au moins, et ce pendant plusieurs semaines. De quoi détruire les graines présentes et les germes des maladies. À cette étape du processus est obtenu un compost brut formé de grumeaux et de débris qui peut être utilisé pour pailler les cultures. Le processus de décomposition est poursuivi pendant encore 3 mois, puis le compost obtenu est parfois criblé pour avoir pour finir un compost très fin.
À savoir : certaines déchèteries passent par des plateformes de compostage qui disposent d’un matériel technique leur permettant de fabriquer du compost en 3 mois. Certaines de ces plateformes proposent du compost utilisable en agriculture biologique (Ecocert). Le mieux est de se renseigner auprès de votre communauté de communes.
Analyse, qualité et transparence des plateformes
Les déchèteries sont tenues de fournir les analyses du compost qu’elles fabriquent, analyses qui comprennent les taux de métaux lourds, de minéraux, de résidus, de produits chimiques etc. Le compost fourni aux usagers doit suivre la norme NF U 44-051. Même venant d’une déchetterie, le compost s’utilise sans problème dans le jardin, car il est aujourd’hui très réglementé.
Pour autant, il subsiste quelques objections et il est légitime de se poser les questions suivantes : quelle est sa composition végétale ? La composition des composts de déchets verts est variable, voici un exemple que j'ai trouvé pour une agglomération moyenne : en majorité des branches et des feuilles (50 à 70 %), des tontes de pelouse (5 à 30 %), des résineux (5 à 20 %). Trouve-t-on des débris ? Il arrive d'avoir des petits morceaux de bois ou de plastique dans le compost de déchèterie, c'est inévitable. Je ne peux parler que de mon expérience locale : j'en ai très rarement trouvé depuis plus de 20 ans que je me procure ce type de compost.
Fabrication de compost, à l'échelle locale !
Contient-il des résidus de polluants ou de pesticides ? Difficile d'avoir des données récentes et françaises. J'ai pu mettre la main sur une étude datant du début des années 2000, qui concluait qu'il persiste de nombreuses incertitudes, car il existe tellement de composés chimiques différents que le travail serait colossal pour tous les évaluer. On reproche parfois au compost issu des déchèteries d'être chargé en herbicides, insecticides, fongicides, acaricides.
La vie biologique au cœur du processus : le compostage « à chaud »
Le compost de déchèterie est-il stérile et ne contient-il plus aucune vie ? Vu les grands volumes mis en jeu, ce compost a chauffé de lui-même jusqu'à environ 70°C. Il s'agit donc de compostage dit « à chaud », contrairement à celui que nous faisons à la maison qui est la plupart du temps « à froid ». L'avantage est que cette température va inhiber la germination de toutes les graines qui s'y trouvent et détruire tous les agents pathogènes des différentes maladies touchant les légumes.
Le compost obtenu à chaud n'est pas stérile mais bien vivant, car ce sont des bactéries thermophiles et des champignons qui ont fait le travail de décomposition de la matière. Puis ce compost entre dans une phase de maturation, pendant laquelle d'autres bactéries et champignons entrent en jeu. Quand le compost fini est vendu, c'est dans cette phase qu'il se trouve. Il est donc important de noter que le compost, c'est de l'humus en formation.
Stratégies d'utilisation au potager et au jardin
Quelle utilisation dans un potager amateur ? Je vois deux moments où le compost a une grande utilité. Le premier, c'est à la création d'un potager. La terre qui vient d'être défrichée a (dans la plupart des cas) une structure dure et compacte. C'est normal car elle contient peu d'humus. Il est donc très utile de faire un apport massif de compost à cette occasion, on parle de 15 à 20 kg par m2 qui seront incorporés dans la terre sur 20 cm de profondeur.
L'autre moment, c'est chaque année (voire plusieurs fois par an en cas de cultures exigeantes ou de sol sableux) pour entretenir la fertilité de sa terre. Là, les quantités vont varier selon la qualité de la terre (bonne structure ou pas encore). On pourra par exemple apporter 1 kg/m2 en automne, et ceci chaque année. Ou alors 3 kg/m2 tous les 3 ou 4 ans. Comme toujours en jardinage naturel, il n'y a pas de règle stricte, que du bon sens. Et toujours plusieurs solutions différentes (fumier, engrais bio, paillis qui nourrit le sol en se décomposant)… à chacun de choisir celle qui lui convient.
La dose à utiliser est de 1,2 kg par m² en moyenne. Le compost est apporté en couche mais ne doit pas être enfoui, tout au plus demande-t-il un léger griffage du sol. Veillez à ne pas utiliser le compost pour vos plantations tant qu’il n’est pas totalement mûr, il pourrait brûler les racines.

Comme amendement
Le compost de déchèterie est un très bon amendement, comme tout compost qui se respecte. Il va améliorer la qualité de tout sol, il favorise la présence de microorganismes, il limite l’érosion et la sécheresse du sol, entre autres qualités. Il s’applique sur le sol en couche épaisse, en toute saison, excepté lorsqu’il gèle.
Comme engrais
Les minéraux présents dans le compost sont directement assimilables par les végétaux, mais leur relativement faible quantité (par rapport à des engrais du commerce) implique de l’appliquer au moment où les végétaux en ont besoin afin qu’il n’y ait pas de perte (pour les végétaux du moins, car le sol, lui, en profitera toujours). Vous l’épandrez lors de la plantation ou 2 semaines avant les semis, au printemps en entretien pour tous les végétaux.
Au jardin d’ornement
Lors de la plantation de vos végétaux d’ornement, mélangez 25 à 30 % de compost à la terre. Il peut aussi être employé pour le gazon, lors de sa plantation en en épandant 10 L par m², à incorporer superficiellement par griffage ou pour son entretien, à raison dans ce cas de 2 cm (ce terreautage doit avoir lieu en automne ou au printemps). Les rosiers et autres arbustes profiteront d’une couche de 10 cm par pied. Vous pourrez également apporter de ce compost au substrat de vos plantes en pot, sans dépasser 25 % du volume total de terreau, ou bien l’apporter en surfaçage, en couche de 2 cm sur la surface du pot.
Au verger et au potager
Les petits fruitiers seront paillés avec 5 cm de compost, plutôt 10 cm pour la vigne et pour les arbres fruitiers. Au potager, on considère qu’il faut environ 5 à 10 L de compost par m² de potager, en fonction des plantes cultivées. Plus précisément, vous utiliserez ce compost au pied des légumes les moins gourmands sur 1 cm d’épaisseur : salades, haricots et pois, choux de Bruxelles, herbes aromatiques. Pour les moyennement gourmands, épinards, légumes racines, céleris, vous étalerez une couche de 2 cm à leur pied. Quant aux plus affamés, tomates, courges, choux, aubergines, poivrons, vous leur offrirez 3 cm de ce paillage nourrissant.
Exemples régionaux et gestion de la ressource
VALODEA, Syndicat Mixte de Traitement des Déchets Ardennais, organise en collaboration avec ses collectivités adhérentes, la session printanière de l’opération « Retour du compost en déchèterie » 19ème édition. Les déchets verts collectés dans les différentes déchèteries du département sont répartis sur les quatre sites de compostage situés à Chalandry-Elaire, Eteignières, Sorbon et Warmeriville où ils sont compostés par procédé naturel de dégradation. Utilisé dans le potager comme engrais, au pied des arbres, sur les massifs floraux ou encore les pelouses, le compost résulte de ce procédé. En 2024, près de 16 100 tonnes de déchets verts ont été collectés, puis compostés.
Où récupérer du compost de déchèterie ? Il suffit de se rendre à la déchèterie de votre commune, ou bien de vous renseigner par téléphone ou sur leur site web. Comment reconnaître un bon compost ? Il doit être noir, souple et ne pas dégager de mauvaises odeurs. S’il est encore chaud, cela signifie que le processus de dégradation n’est pas terminé, il est alors conseillé de le laisser mûrir.
Différenciation : terreau versus compost
Quelle est la différence entre du terreau et du compost ? Le terreau est un mélange complexe de plusieurs matières organiques et minérales prêt à être utilisé pour une catégorie de plante. C’est un support de culture composé de différents éléments selon les plantes cultivées. Il existe des terreaux pour plantes de terre de bruyère, des terreaux semis et boutures, orchidées, plantes vertes, plantes fleuries, géraniums… Le compost est le résultat de la décomposition de la matière organique, il enrichit la qualité du sol et ne doit pas être employé pur. Il est de couleur foncée, s'utilise dans un potager, un massif de fleurs, un gazon, au pied des arbustes, des rosiers ou des arbres fruitiers, petits fruits ou dans les mélanges pour jardinières, potées ou bacs, etc. Il favorise la croissance des plantes.
Gestion des surplus et maintenance préventive
Avec la nouvelle loi sur le compostage obligatoire qui va entrer en vigueur début 2024, tous les habitants de notre pays (même ceux qui vivent en ville ou dans des immeubles) vont devoir déposer leurs déchets alimentaires dans un composteur. Bon, ça va sûrement cafouiller un peu au début, le temps que la bonne organisation se mette en place, mais je trouve que c'est un pas dans la bonne direction. Et je suis sûr que des filières vont se créer pour valoriser tout ce compost et le redistribuer là où il y en a besoin.
Si votre composteur dégage des odeurs nauséabondes qui incommodent tout le quartier, si des rats ont élu domicile dans votre tas de compost, ou si après des mois d’efforts, votre bac déborde, sachez qu'il existe des solutions. Gérer un surplus de compost mûr ou effectuer une maintenance préventive pour éviter les problèmes futurs est essentiel. Ma recommandation personnelle : avant d’arrêter définitivement, testez le compostage collectif pendant 2-3 mois. Plus de 2 000 communes françaises proposent aujourd’hui des solutions de compostage collectif. Principe de base : un ou plusieurs composteurs installés dans votre quartier, gérés collectivement par les habitants volontaires.
👉 Mon conseil pratique : gardez le contact de votre déchèterie dans votre téléphone avec leurs horaires. Un compost qui produit trop, c’est le signe que vous maîtrisez bien le processus ! ⚠️ L’erreur à éviter absolument : laisser le compost mûr en tas sans protection. La meilleure façon de se débarrasser des problèmes de compost ? Les éviter complètement ! Cette routine préventive représente moins de 2 heures par mois mais évite 95 % des problèmes que je vois régulièrement chez les débutants.
Diagnostic et correction des erreurs courantes
Avant de vous lancer tête baissée dans une solution, prenez 2 minutes pour identifier précisément votre problème. Votre compost dégage-t-il une odeur désagréable à plus de 2 mètres ? Avez-vous observé des animaux ou insectes indésirables ? Votre compost vous semble-t-il prêt mais vous ne savez qu’en faire ? Après avoir testé toutes les techniques existantes, je peux vous affirmer qu’un compost qui sent mauvais se corrige toujours en 7 à 14 jours maximum.
La règle d’or que j’applique depuis des années : 3 volumes de matières brunes pour 1 volume de matières vertes. L’erreur que je vois le plus souvent ? Attendre que les odeurs deviennent insupportables. En 15 ans, j’ai tout vu : des rats qui avaient fait leur terrier sous mon composteur, des nuées de moucherons qui rendaient le jardinage impossible, et même des limaces qui attaquient mes légumes en sortant du tas de compost.
⛔ Aliments à bannir absolument : viande, poisson, fromage, pain, restes de repas cuisinés. Le problème des moucherons m’a longtemps agacé jusqu’à ce que je comprenne leur cycle de vie. Piège complémentaire maison : bol avec 1/3 vinaigre de cidre + 2 gouttes de liquide vaisselle. Maintenez l’équilibre 3 parts matières sèches pour 1 part matières humides, aérez régulièrement en retournant toutes les 3 semaines, et évitez absolument viande, poisson et produits laitiers. C’est interdit dans la plupart des communes et dommage pour l’environnement.
Un compost mûr (couleur brun-noir, odeur de terre) s’utilise comme amendement : 2-3 kg/m² au potager, mélangé à 20 % dans les rempotages, ou en paillis nutritif autour des arbres et arbustes. Après 15 ans de compostage et des centaines de situations résolues, je peux vous assurer qu’il existe toujours une solution adaptée à votre problème. Que vous souhaitiez sauver votre compost ou vous en débarrasser proprement, l’important est d’agir rapidement et méthodiquement. Le compost est une matière sensationnelle pour le jardin et les plantes en pot. Il fertilise le sol, lui rend toute la vie nécessaire à sa santé, le rend meuble, facile à travailler, il nourrit les végétaux. Et le compost de déchèterie ne fait pas exception !

Dans tous les cas, il est plus sage d'être en sous-dosage plutôt qu'en surdosage. Fils de paysan à Givry sur Aisne (08), Hubert Fontaine a fait des études d’horticulture. Il deviendra ensuite chef de culture en Seine et Marne, puis conseiller en jardinerie pour le groupe. Grégory FONTAINE, est le fils d'Hubert ! Il est réalisateur et créateur de contenus. Grégory est passionné par le jardinage et la transmission des savoirs. Avec ces bases, chaque citoyen dispose des outils nécessaires pour transformer ses déchets en une ressource précieuse pour la biodiversité locale.