La sphaigne, un terme très courant dans la littérature liée au jardinage, représente un végétal un brin mystérieux, mais d'une importance capitale, notamment dans le monde du bonsaï. Issue du genre Sphagnum, qui fait partie des mousses et comporte des milliers d'espèces réparties dans le monde, la sphaigne est bien plus qu'un simple support de culture. Elle est une matière vivante, structurante et protectrice, qui agit à tous les étages du pot, offrant des avantages considérables pour la santé et le développement des bonsaïs.

Qu'est-ce que la Sphaigne et d'où provient-elle ?
La sphaigne est un végétal bien particulier qui pousse très lentement dans les milieux humides, tels que les landes, les marécages, les marais, et surtout les tourbières. Elle a une grande importance dans les écosystèmes grâce à sa capacité à filtrer l'eau et à la stocker. En France, on en compte 35 espèces, dont de nombreuses dans le massif armoricain. Au cours des siècles, voire des milliers d'années, la sphaigne peut former des couches de plusieurs mètres d'épaisseur.
La sphaigne se caractérise par sa structure unique. Sa partie supérieure porte des feuilles et des tiges vivantes composées de cellules chlorophylliennes (vertes). Ces dernières recouvrent des tiges longues et ternes, composées de cellules mortes appelées hydrocystes. Ces cellules mortes ont une capacité de stockage d'eau exceptionnelle, pouvant retenir jusqu'à 20 fois leur volume. Ainsi, 1 dm³ (1 litre) de sphaigne pourra contenir 20 litres d'eau. Cette caractéristique est fondamentale pour comprendre son utilité en bonsaï.
Dans les tourbières, cette mousse joue un rôle majeur en servant de couverture à ce milieu humide bien particulier. Lorsqu'elle entre en décomposition dans les couches profondes, elle donne naissance à la tourbe blonde. Il est crucial de noter que cette ressource doit être préservée, car elle n'est pas inépuisable.
La sphaigne que l'on utilise en bonsaï provient souvent du Chili, plus précisément de l'île de Chiloé, dans les forêts humides du sud, où elle pousse depuis des siècles dans des conditions extrêmes. Là-bas, elle est récoltée à la main, sans détruire les milieux, en ne prélevant que ce qui peut repousser, lentement mais sûrement, garantissant ainsi une gestion durable de cette ressource précieuse.
Les Intérêts Multiples de la Sphaigne pour le Bonsaï
La sphaigne offre une multitude d'avantages, la positionnant comme un indispensable à tous les stades de culture du bonsaï. Son pouvoir de rétention d'eau exceptionnel, combiné à ses propriétés uniques, en fait un allié de taille.
Rétention d'Eau et Régulation de l'Humidité
L’une des qualités les plus remarquables de la sphaigne est sa capacité à retenir l’eau. Elle retient jusqu’à vingt fois son poids en eau, tout en laissant l’air circuler librement. Autrement dit, elle garde l’humidité, sans créer d’asphyxie. Cette propriété assure une humidité constante sans asphyxier les racines, ce qui est crucial pour les bonsaïs, en particulier pour certaines espèces durant les mois d'été.
Lorsqu'elle est utilisée en surface aux pieds des bonsaïs, elle les protège du soleil et conserve l'humidité, favorisant ainsi la formation des racines. En mélange avec d'autres matériaux (Akadama, terreau, etc.), elle aère le substrat et favorise la rétention de l'eau d'arrosage. Sa grande capacité de rétention peut cependant fausser le ressenti de l'humidité du substrat : un pot recouvert de sphaigne peut sembler sec en surface alors qu'il reste gorgé en profondeur. Il est donc essentiel de toujours surveiller l'humidité en profondeur.
Aération du Substrat et Santé Racinaire
Bien qu'elle retienne l'eau, la sphaigne permet également une excellente aération. Sa structure fibreuse, légère et aérée favorise un enracinement dense et sain, tout en maintenant une humidité stable autour des radicelles les plus sensibles. Un substrat inorganique, en grains et bien structuré permet un drainage rapide et laisse l'air frais entrer en continu dans le substrat. La sphaigne, même si elle est organique, contribue à cet équilibre en améliorant la rétention d'eau d'un mélange très drainant, sans le rendre compact. Pour que ses fibres restent aérées, il est important de ne pas la tasser. Si elle est comprimée, l'air ne peut plus circuler, l'eau est bloquée et l'asphyxie peut survenir.
Protection contre les Maladies et les Moisissures
La sphaigne est reconnue pour ses propriétés antibactériennes et antifongiques. Son pH naturellement acide (autour de 4,5) en fait un rempart intéressant contre les moisissures et les champignons pathogènes. Elle contribue ainsi à protéger les arbres des maladies cryptogamiques, un avantage non négligeable en culture en pot. Cette caractéristique permet d'éviter la pourriture et les maladies, ce qui est particulièrement bénéfique pour les systèmes racinaires fragiles.
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Stimulation de l'Enracinement et du Développement du Nebari
Véritable perle pour les amateurs de bonsaï, la sphaigne du Chili concentre toutes les qualités d'un substrat haut de gamme. Elle est l'alliée idéale pour la réussite des marcottes, greffes et boutures. Elle stimule également la production de radicelles fines à la surface, essentielles au développement d'un nebari large et harmonieux, qui est une caractéristique esthétique très recherchée en bonsaï.
Stabilisation du Substrat et Facilitation des Soins
La sphaigne contribue à stabiliser le substrat, ce qui facilite les arrosages sans déranger les racines de surface. Elle diffuse lentement les minéraux, sans engorger, créant un milieu stable, doux et régulier que les racines aiment coloniser. Elle temporise, adoucit les transitions et régule les excès, permettant un enracinement plus profond et une culture douce, saine et respectueuse du vivant.
Utilisation pour la Cicatrisation des Plaies
Un remède méconnu mais redoutable, la sphaigne peut être utilisée pour cautériser les plaies fraîches des résineux après une taille ou un jin. Appliquer généreusement sur la plaie puis attacher avec un bout de raphia. La sphaigne absorbera la résine jusqu'à ce que la plaie (ou le jin) arrête de "pleurer", tout en aidant à la cicatrisation. Une fois retirée, l'application de mastic est conseillée.
Comment Utiliser la Sphaigne dans la Culture du Bonsaï ?
L'utilisation de la sphaigne dans la culture du bonsaï est variée et dépend des besoins spécifiques de l'arbre et de l'étape de culture.
Préparation de la Sphaigne
Avant toute utilisation, la sphaigne doit toujours être réhydratée en la laissant tremper 12 heures dans de l'eau à température ambiante. Pour une utilisation optimale, elle peut être émiettée à sec sur un tamis afin d'obtenir des fibres fines et régulières avant d'être disposée sur ou dans le substrat.

Pour les Marcottes, Boutures et Semis
Utilisée pure et humide, la sphaigne crée un cocon racinaire parfait. Elle maintient l'humidité sans colmater, sans pourrir et sans excès. Elle est fréquemment employée pour les marcottes aériennes et les boutures, où elle est disposée telle quelle autour de la zone à enraciner. Sa capacité à retenir l'eau tout en permettant une bonne aération est idéale pour ces processus délicats.
En Mélange au Substrat
La sphaigne peut être intégrée au substrat à hauteur de 5 à 10 %, finement émiettée. Elle améliore la rétention d'eau d'un mélange très drainant et l'acidifie légèrement. Cela est particulièrement utile pour les espèces nécessitant un substrat légèrement acide ou pour ceux qui ont des difficultés à maintenir une humidité constante. Des espèces différentes demandent des substrats différents. Il est essentiel de vérifier un guide des espèces en bonsaï pour trouver le mélange optimal pour chaque arbre.
Deux mélanges de substrats principaux sont souvent définis : un pour les espèces caduques et l'autre pour les conifères. Ces mélanges peuvent et devraient être adaptés aux conditions locales. Par exemple, si l'on ne peut pas s'occuper de ses arbres deux fois par jour, ajouter plus d'akadama (ou même du terreau organique) au mélange, et donc de la sphaigne, permet d'augmenter sa capacité de rétention d'eau.
En Surface du Substrat
La sphaigne peut être placée en surface du substrat. Outre son aspect esthétique, très souvent mis en valeur lors des expositions, elle protège le substrat contre la déshydratation en conservant l'humidité et en protégeant les racines superficielles du soleil. Il est important de bien nettoyer la mousse juste récoltée afin d'enlever tous les petits déchets et parasites avant de la transplanter sur les bonsaïs. On peut la ramasser et la transplanter directement en créant des petites boules de mousse, ou la semer en la séchant, puis en l'émiettant sur le substrat.

Substrats pour Bonsaï : L'Importance d'un Bon Mélange
L'utilisation du bon mélange de substrat pour son bonsaï est primordiale. Le substrat est important pour subvenir aux besoins de l'arbre en nutriments, mais il doit aussi drainer convenablement, permettre suffisamment d'aération et retenir l'eau.
Bon Drainage
L'eau en excès doit être immédiatement drainée hors du pot. Les substrats qui manquent de faculté de drainage sont trop rétenteurs en eau, manquent d'aération et sont sujets à une concentration de sels. La sphaigne, utilisée avec discernement, contribue à l'équilibre en retenant l'eau nécessaire sans compromettre le drainage général du substrat. Le gravier fin a une grande importance pour obtenir un substrat de bonsaï bien drainant et aéré.
Bonne Aération
Les grains utilisés dans un substrat pour bonsaï devraient être de taille suffisante pour permettre la présence de minuscules trous, ou poches d'air entre chaque grain. Un substrat inorganique, en grains et bien structuré permet un drainage rapide et laisse l'air frais entrer en continu dans le substrat.
L'Akadama, une argile japonaise dure spécialement produite pour les besoins du bonsaï, est disponible dans la plupart des magasins de bonsaï. Il doit être tamisé avant utilisation. Il est important de garder en tête qu'après deux ans environ, l'akadama commence à se déliter, diminuant sensiblement l'aération. Ce qui implique qu'un rempotage régulier est nécessaire. L'Akadama est assez cher et par conséquent remplacé parfois par des argiles similaires que l'on trouve aisément dans les jardineries.
La pumice est une roche volcanique tendre qui absorbe assez bien l'eau et les nutriments. Les roches volcaniques plus dures retiennent l'eau et apportent une bonne structure si utilisées dans un mélange de substrat pour bonsaï. Le substrat organique comprend aussi la sphaigne, la perlite et le sable, tous contribuant à l'équilibre idéal.
Précautions et Alternatives
La sphaigne est puissante, mais pas miraculeuse. Il est crucial de comprendre ses limites et les bonnes pratiques pour son utilisation.
Ne pas la Tasser
Ses fibres doivent rester aérées. Si on la comprime, on empêche l'air de circuler, on bloque l'eau, et on crée de l'asphyxie. Elle doit être posée, pas entassée.
Ne pas en Faire un Substitut de Substrat
Elle n'est pas faite pour remplacer l'akadama ou la kanuma dans un pot entier, sauf cas très spécifiques comme les boutures ou les marcottes. La sphaigne n'est pas une recette miracle, c'est une matière d'accompagnement. Elle intervient là où le système racinaire a besoin de soutien, là où le substrat demande un équilibre plus fin.
Surveillance de l'Humidité
Sa grande capacité de rétention peut fausser le ressenti de l'humidité. Un pot recouvert de sphaigne peut sembler sec en surface alors qu'il reste gorgé en profondeur. Il ne s'agit pas d'en mettre partout, ni tout le temps.
Alternatives à la Sphaigne
Pour préserver les précieux écosystèmes liés à la sphaigne, il est possible de la remplacer par de la fibre de coco, voire des rétenteurs d'eau. Cependant, la sphaigne, réutilisable, imputrescible, biodégradable et naturelle, possède un million de qualités non négligeables et peut se vanter de favoriser une culture douce, saine et respectueuse du vivant. Quand on a trouvé une matière aussi généreuse, on n'en change plus.
En conclusion, la sphaigne agit en profondeur et devrait être considérée comme une alliée de taille pour les bonsaïs. Cultiver avec de la sphaigne, ce n'est pas tricher, ce n'est pas protéger à outrance, c'est créer les conditions d'un enracinement plus profond. C'est inviter le vivant à s'installer, sans brusquer.
