Le Greffage : Art Ancestral de la Reproduction Végétale et Apicole

Le greffage est une méthode de reproduction végétative ancestrale qui continue de jouer un rôle clé dans les pépinières modernes. Aux Pépinières Charentaises, cette technique n’est pas seulement un savoir-faire : elle est au cœur de notre identité et de notre exigence de qualité. Dans cet article, nous vous expliquons pourquoi nous pratiquons encore le greffage en interne, comment nous le faisons, et les bénéfices apportés tant aux plantes qu’aux jardiniers.

La pratique du greffage a probablement débuté il y a 2500 ans en Chine. Au IIème siècle avant J.-C., on trouve déjà des descriptions de la greffe en fente, de l’écussonnage et de la greffe en couronne. Le greffage se produit naturellement en forêt lorsque deux branches de deux arbres différents (ou parfois du même arbre) se touchent, fusionnent et continuent de croître. Les premières références précises à la greffe se trouvent dans les écrits grecs anciens, vers le IVe siècle av. J.-C.

Schéma illustrant le principe de la soudure cambiale entre un porte-greffe et un greffon

Les fondamentaux : Pourquoi greffer ?

Contrairement à la multiplication par semis ou bouturage, le greffage permet d’unir deux plantes complémentaires. Le greffage consiste à implanter une portion de végétal appelé greffon sur un autre végétal nommé sujet ou porte-greffe, qui devient ainsi son support et lui fournit la sève nécessaire à son développement. Le premier fournira les racines et la sève brute : c’est le porte-greffe. Le second est un fragment de rameau de la variété que l’on veut multiplier. Le tissu particulier qui permet cette soudure est le cambium. Ce tissu se développe pour former sous l’écorce le liber où circule la sève élaborée et de l’autre côté l’aubier où passe la sève brute.

En raison de la fécondation croisée nécessaire à la pollinisation des arbres fruitiers au sein d’une même espèce, on ne peut obtenir d’arbre identique à la plante mère par le semis. Le pépin ou le noyau semé donnera un arbre avec des caractéristiques génétiques différentes des deux parents. C’est parfois bien pour obtenir une nouvelle variété, mais ça ne va pas si on souhaite reproduire une variété précise avec ses caractéristiques génétiques. Le greffage permet de reproduire fidèlement une variété, en greffant un greffon de la variété souhaitée sur un porte-greffe de son choix.

Le choix des porte-greffes et leur influence

Le rôle du porte-greffe est fondamental : il conditionne la vigueur de la plante, sa tolérance aux sols et sa longévité. Le greffage, contrairement au bouturage, permet de choisir un porte-greffe possédant des caractéristiques particulières : vigueur, adaptation au sol, résistances à des maladies ou sensibilité aux ravageurs.

Par exemple, le poirier aime les sols argileux, tandis que le cerisier préfère les sols calcaires. Le greffage permet d’adapter un fruitier à un sol particulier en greffant un porte-greffe adapté sur le greffon de la variété souhaitée. Certains porte-greffes donnent des arbres de taille plus petite que d’autres. Le greffage permet d’obtenir un arbre de taille adaptée aux besoins du jardinier en greffant un porte-greffe nanifiant sur le greffon de la variété souhaitée.

Comparaison visuelle entre un porte-greffe nanifiant et un porte-greffe vigoureux

Techniques et périodes de greffage

Le greffage suit le rythme naturel des plantes. La greffe en écusson, réalisée en août sur le bas du tronc, consiste à insérer un œil végétatif dans une incision en forme d’écusson sur le porte-greffe. La greffe en incrustation, réalisée en mars sur la partie haute, consiste à insérer le greffon dans une entaille du bois du porte-greffe.

Pour que celui-ci soit le plus efficace possible, le greffage s’inscrit dans un cycle de culture précis. Ce cycle peut durer de 3 à 7 ans selon la technique utilisée et l’espèce travaillée. Il convient d’utiliser des outils très tranchants, propres et désinfectés, de s’entraîner pour être capable d’effectuer une coupe franche rapidement et de travailler vite, en dehors des heures les plus chaudes de la journée et des courants d’air afin d’éviter le dessèchement des tissus.

Le greffage des abeilles : une analogie biologique

Si l’on peut ici aborder la théorie en posant par les mots les différentes étapes du greffage de larves d’abeilles pour assurer le renouvellement des reines dans les exploitations, seuls les temps de partage d’expériences avec les apiculteurs professionnels du réseau Anercea (#ApiProAnercea) peuvent aider à maîtriser les enchaînements et à parfaire la précision des gestes, indispensable à l’obtention de résultats encourageants.

Le processus de greffage consiste à transférer des larves choisies dans des cellules spéciales pour produire des reines. L’utilisation de cupules préfabriquées permet d’économiser du temps et de standardiser le processus. Le prélèvement des larves sur le cadre est une étape délicate. Le cadre ne doit jamais être secoué. Il est transporté en salle de greffage, un milieu humide et froid. L’âge et la santé de la reine souche sont essentiels. Les conditions d’élevage sont cruciales pour la qualité des reines. Les lignées et les colonies utilisées dans les starters et les finisseurs devront autant que possible être saines et peu parasitées par le varroa.

Sélection et transfert des larves d'abeilles pour le greffage des reines

Les défis du greffage : entre fragilité et longévité

Tout n’est jamais rose dans la vie comme au jardin. Il existe quelques menus inconvénients à la pratique de la greffe. Tout d’abord, la greffe nécessite un peu de matériel mais surtout des techniques particulières. Le point de greffe, la cicatrice entre le greffon et le porte-greffe, peut se révéler être un point de fragilité. Cette fragilité peut s’avérer fatale par grand vent, l’arbre risquant de se casser en deux, ou présenter une porte d’entrée pour les maladies ou les ravageurs.

La durée de vie de l’arbre greffé peut-être sensiblement réduite. Sans vouloir faire de généralité, un pommier issu de semis pourrait vivre 250 ans environ, greffé sur MM106 il ne vivra qu’une cinquantaine d’années, et greffé sur M7 20 à 30 ans maximum. En dernier lieu, le porte-greffe peut finalement prendre le dessus sur le greffon. Et vous vous retrouvez avec un pommier franc ou un cognassier en lieu et place de votre variété de pomme préférée.

Perspectives sur la reproduction et la génétique

La graine des arbres fruitiers est, selon l’espèce, un pépin ou un noyau. On peut donc planter une de ces graines pour produire un arbre. Un pépin de pommier, par exemple, donnera bien un pommier. En effet, le pépin résulte du développement d’un embryon issu d’une fécondation sexuée rendue possible par un entremetteur, le pollinisateur. Le bourdon qui visite les fleurs au printemps assure le transport du pollen d’une fleur sur le pistil d’une autre. De cette union naîtra un embryon qui aura pour gènes un assemblage aléatoire de ceux de la mère et de ceux du père.

Pour le savoir, il faut semer la graine et attendre 10, 12, voire 15 ans pour que l’arbre produise ses premiers fruits qui seront obligatoirement différents des parents. C’est pourquoi le greffage influence le temps qu’il faut à un arbre pour produire des fruits : les arbres greffés sont plus précoces que les arbres non greffés. Par exemple, un pommier issu d’un pépin et qui n’est pas greffé mettra presque dix ans à donner ses premiers fruits alors qu’un pommier greffé commencera la production après quatre ans.

La gestion quotidienne du greffage en pépinière

Aux Pépinières Charentaises, nous greffons aussi bien des arbres fruitiers que des végétaux d’ornement. Nous greffons les arbres fruitiers tels que les pommiers, poiriers, pruniers, et d’autres encore. Il est aussi possible de greffer des arbustes d’ornement pour les aider à conserver un type particulier de floraison, une couleur de feuillage ou encore pour les rendre plus rustiques.

Les arbres fruitiers, pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers, … sont systématiquement greffés. Assurer un suivi est crucial : couper la ligature si elle risque d’étrangler le greffon, attention aux pucerons, tuteurer la pousse si nécessaire, supprimer le tire-sève et les pousses situées sous le point de greffe, en cas de reprise multiple ne conserver qu’un greffon. Protéger le tronc de votre jeune arbre est particulièrement important dans le cas des arbres greffés, car si le greffon est

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