
Le rôle des abeilles est d'une importance cruciale pour la survie des écosystèmes et de l'humanité. Outre le fait qu’elles produisent du miel dans les ruchers, ces fascinants insectes participent activement à la pollinisation entre les différentes espèces de fleurs. Ce processus, indispensable à la reproduction de la plupart des plantes à fleurs, qu'elles soient sauvages ou cultivées, est une fonction écologique fondamentale. Les abeilles, apparues il y a 65 millions d’années, ont progressivement tenu un rôle irremplaçable dans l’équilibre des écosystèmes, en assurant la reproduction végétale.
Pourquoi les abeilles sont-elles importantes pour la planète ?
Le mécanisme complexe de la pollinisation
La pollinisation est un mode de reproduction qui concerne un grand nombre de plantes, notamment les gymnospermes et les angiospermes. Il faut savoir que la reproduction des plantes peut être sexuée, asexuée ou par clonage. La pollinisation est donc une opération qui consiste à transporter les grains de pollen, par l’intermédiaire d’un pollinisateur, d’une plante à l’autre de la même espèce (un cas d’autofécondation) ou d’une espèce différente (un cas de pollinisation croisée).
Pour comprendre ce mécanisme, il est essentiel de connaître l'anatomie florale. La plante mâle est constituée d’une étamine, qui sont les organes de reproduction mâles, et d’une anthère. Elle n’a pas d’ovaire. L’appareil de reproduction des fleurs femelles est le pistil. Il est constitué d’un stigmate, qui capte le pollen masculin, et d’un ovaire, où a lieu la fécondation.
Lorsque l'abeille butine une fleur, elle se couvre de pollen provenant des anthères, la partie mâle du végétal. En se déplaçant d'une fleur à l'autre, elle dépose les gamètes mâles sur le pistil femelle de la fleur. Le pollen, une fois déposé sur la partie réceptive du pistil, le stigmate, germe et forme un tube pollinique qui permet aux gamètes mâles de plonger jusqu’à l’ovule et de le féconder. C’est en se déplaçant d’une fleur à l’autre que l’abeille concrétise l’opération de pollinisation. Elle recueille le pollen et le nectar, éléments fondamentaux de son alimentation.
Les différents acteurs de la pollinisation
Les pollinisateurs ne se limitent pas aux plantes à fleurs, et leur diversité est remarquable. Le vent participe à la pollinisation de 10 % des plantes, mais les pollinisateurs animaux sont bien plus variés et nombreux. Ces pollinisateurs sont plus ou moins spécialisés dans le type de plantes ou de fleurs à polliniser : ils ne récoltent pas tous le pollen des mêmes plantes. Par exemple, l’andrène de la bryone (Andrena florea) est une petite abeille de couleur noirâtre, marquée de rouge, qui est spécialisée.
Contrairement à ces insectes spécialisés, l’abeille mellifère (Apis mellifera) ne se limite pas à une seule plante à fleurs. Elle peut butiner le nectar sucré de centaines d’espèces de plantes. Seul obstacle face à cette prouesse, la taille de sa langue (5-6 mm de long). L'abeille est connue pour être le meilleur pollinisateur et pour cause. Elle est capable à elle seule de butiner le pollen de 250 fleurs par heure et de stocker sur une seule patte 500 000 grains de pollen. L'abeille domestique et les abeilles sauvages sont les premiers pollinisateurs de nos jardins, devant le bourdon, la guêpe et le papillon.
L’insecte pollinisateur repère la fleur à butiner par son odeur et sa couleur. Pour ce qui est de l’abeille, elle est dotée d’une vision trichromatique qui lui permet de percevoir les couleurs vives (le bleu et le jaune) et le chemin à suivre pour localiser les endroits les plus riches en nectar. Ainsi, la fleur du châtaignier, dont la couleur varie entre le jaune et le rouge, ne manque pas de se faire polliniser par l’abeille, même si cette dernière ne voit pas le rouge.
L'importance vitale des abeilles pour la biodiversité et l'alimentation humaine

Le rôle des abeilles est un service écosystémique inestimable. Tout d’abord, elles aident à préserver la biodiversité, notamment grâce à la pollinisation croisée des espèces dans les jardins ou les parcs sauvages par exemple. Elles rendent donc un grand service à l’être humain, en permettant à la nature de se développer. L’insecte pollinisateur participe également au rendement des cultures, aussi bien privées comme le potager que pour les éleveurs professionnels, ils sont donc très utiles et appréciés par les agriculteurs.
En effet, les trois quarts des cultures mondiales dépendent des insectes pollinisateurs. Environ 70 % des 6 000 espèces de plantes recensées en France, sauvages et cultivées, sont pollinisées par les insectes pollinisateurs et certaines plantes en dépendent totalement. La reproduction par pollinisation croisée de nombreuses espèces dépend des abeilles sauvages. Les abeilles contribuent directement à la sécurité alimentaire. Près des trois quarts des plantes qui produisent 90 % de la nourriture mondiale ont besoin de cette aide extérieure.
Sans les abeilles, environ 35 % des aliments d’origine végétale que nous mangeons, dans le monde, notamment les fruits, les légumes et les oléagineux, n’existeraient pas. En cas de disparition des pollinisateurs, il ne saurait y avoir de production de graines ou de fruits essentiels à notre alimentation. Les équilibres alimentaires mondiaux seraient profondément modifiés pour trois catégories : les fruits, les légumes et les stimulants (café, cacao). Ainsi, notre source d’alimentation (et celle des animaux dont nous nous nourrissons) se limiterait aux seules plantes ou cultures non dépendantes de la pollinisation, principalement les céréales.
L'activité pollinisatrice des insectes, essentiellement des abeilles, représente une valeur économique considérable. Des chercheurs d'INRAE ont estimé cette valeur à 153 milliards d’euros pour l'ensemble de la production alimentaire mondiale, soit 9,5 % en valeur de cette production. Les cultures qui dépendent des pollinisateurs assurent plus d’un tiers (en tonnes) de la production mondiale de nourriture.
En plus de la pollinisation, les abeilles sont célèbres pour leur rôle qu'elles jouent dans la fourniture d'aliments de haute qualité : miel, gelée royale et pollen, ainsi que d'autres produits tels que la cire d'abeille, la propolis et le venin d'abeilles mellifères. L’abeille est le seul insecte dont l’homme consomme la production : pollen, propolis, gelée royale… et surtout le miel !
La diversité des abeilles et leur organisation sociale
L’abeille est un insecte pollinisateur présent partout dans le monde, excepté en Antarctique. Selon les espèces, ce fascinant petit animal peut vivre quelques semaines seulement à une bonne dizaine de mois tout au plus. Ce fascinant petit animal se décline en de multiples espèces rassemblées sous deux catégories, à savoir les abeilles domestiques, qui vivent en colonie très organisée au sein d’une ruche, et les abeilles sauvages, solitaires et qui représentent près de 80 % des effectifs. Près de 1 000 espèces d’abeilles différentes sont recensées en France, soit plus que le nombre de mammifères, oiseaux et reptiles réunis !
L’abeille domestique (Apis mellifera) est celle qui est utilisée en apiculture. Elle mesure un peu plus d’un centimètre de long et on la reconnaît à son corps velu principalement brun. En effet, seuls les premiers segments de son abdomen sont jaune orangé alors que son thorax est jaune brun. L’abeille domestique est dotée d’un proboscis, une petite langue de succion qui lui permet d’aspirer le nectar des fleurs, et de mandibules pour mâcher et sectionner la cire et diverses substances plus dures. Ses pattes arrière lui permettent de ramasser le pollen qu’elle stocke ensuite dans les poils qui ornent l’extrémité de ses pattes. Sur sa tête, ses deux gros yeux à facettes et ses trois ocelles (de petits yeux simples sensibles à la lumière) lui permettent de disposer d’un large champ de vision. Ses antennes segmentées lui sont utiles pour percevoir plus aisément les odeurs de son environnement et explorer le monde par le toucher.
Plusieurs sous-espèces d’abeilles domestiques sont recensées, les plus connues en apiculture étant l’abeille caucasienne (Apis mellifera caucasica) et l’abeille italienne (Apis mellifera ligustica), car elles sont les plus faciles à manipuler et elles s’avèrent relativement productives. Toutefois, l’abeille noire (Apis mellifera mellifera), devenue plus rare, est de plus en plus choisie pour sa meilleure rusticité et sa bonne résistance.
Les abeilles domestiques forment une ruche au sein de laquelle elles vivent en microsociété parfaitement bien organisée. Cette petite société est très organisée. La reine, seule femelle féconde de la ruche, est plus grande que ses congénères (150 à 200 mm) et vit également plus longtemps. Elle est plus imposante en taille que ses congénères, puisqu’elle mesure entre 1,5 cm et 2 cm de long. Par la suite, elle ne fera que pondre, et jusqu’à 2 500 œufs par jour ! La reine vit entre 3 et 5 ans tout au plus.
Les ouvrières ont un rôle multiple : elles nourrissent les larves en sécrétant la gelée royale, transforment le nectar en miel, entretiennent la ruche et la ravitaillent. Robustes, elles sont faites pour nourrir leur nid et le défendre. Pour collecter et transporter le pollen, leurs pattes postérieures sont dotées d’une scopa, une petite corbeille bien utile. Contrairement à la reine, leur dard est barbelé. De fait, les ouvrières meurent après une piqûre et leur courte vie ne dépasse pas 4 à 6 semaines. Du jour 11 au jour 20, elle collecte le nectar apporté par les butineuses et elle aide à stocker le pollen. Le faux-bourdon est un mâle, qui a pour seule fonction de féconder la reine.
L’abeille sauvage, souvent solitaire, est quant à elle la meilleure pollinisatrice et elle représente environ 80 % des individus. Solitaire, elle ne forme pas de colonies et on dénombre près de 1 000 espèces en France métropolitaine. La reproduction par pollinisation croisée de nombreuses espèces dépend des abeilles sauvages.
Le service de pollinisation : enjeux et pratiques

La pollinisation animale, notamment par les insectes, est une fonction écologique indispensable. Elle peut prendre la forme d’une prestation, assurée par des agents économiques, en particulier les apiculteurs. Ce service de pollinisation, peu connu en France, comporte divers enjeux économiques, sociaux et environnementaux.
Le service de pollinisation, en tant qu’activité économique, occupe une place relativement modeste en France. Il existe en France métropolitaine depuis les années 1960, en tant que prestation généralement payante. Pour autant, cette activité reste peu documentée. Les travaux sont principalement qualitatifs et concentrés sur des zones spécifiques, à l’instar de ceux menés par Robin Mugnier, selon une démarche anthropologique, dans la vallée du Rhône.
L’étude coordonnée par l’Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation (ITSAP), dans le cadre du projet FLEUR (Favoriser l’émergence d’usages pour répondre aux enjeux apicoles et arboricoles régionaux), a permis d’analyser des exploitations réalisant des prestations de pollinisation, offrant ainsi une bonne vision du déroulement de cette activité. Elle ne concernait toutefois qu’une trentaine d’apiculteurs-pollinisateurs, ce qui limite la portée et la généralisation des conclusions obtenues.
Les derniers résultats de l’Observatoire de la production de miel et de gelée royale (FranceAgriMer), issus d’une enquête à l’échelle nationale (244 répondants), permettent de dégager quelques caractéristiques. À titre d’exemple, 13 % des apiculteurs détenteurs de plus de 50 colonies pratiqueraient cette activité, qui mobilise en moyenne 54 ruches par apiculteur.
De son côté, le recensement agricole (RA) a le mérite de couvrir quasiment tout le champ et une question spécifique, relative au service de pollinisation, a été introduite dans le questionnaire 2020. D’après le recensement agricole, près d’un millier d’exploitations possédant en 2020 un atelier apicole ont proposé un service de pollinisation, ce qui représente 12 % de l’ensemble des exploitations recensées élevant des abeilles mellifères. Elles ont mobilisé au total un peu plus de 70 000 colonies pour assurer un service de pollinisation sur le territoire métropolitain.
Les trois quarts d’entre elles avaient une orientation technico-économique (OTEX) apicole : au sein de cette OTEX, les prestations de pollinisation sont un peu plus fréquentes et concernent 18 % des exploitations. 53 % de ces exploitations détiennent au moins 200 colonies, alors que cette classe d’exploitations ne représente que 27 % de la population apicole dans le RA2020. Par ailleurs, 84 % des abeilles employées pour assurer ce service proviennent d’exploitations de plus de 200 colonies. Le service de pollinisation reste donc principalement assuré par des exploitations apicoles professionnelles, au sens du seuil administratif défini par la Mutualité sociale agricole (200 colonies). Ces résultats confirment ceux de FranceAgriMer, qui rapportait qu’un tiers des détenteurs de 400 colonies et plus avait assuré ce service en 2020. Ils confirment aussi les études de Robin Mugnier pour qui « les colonies d’abeilles louées dans ce but [le service de pollinisation] sont dans l’immense majorité détenues par des apiculteurs professionnels ».
Ces apiculteurs pollinisateurs sont présents principalement dans le sud-est et le sud-ouest de la France, et dans une moindre mesure dans le Centre-Val de Loire. En revanche, il est difficile de cartographier les flux des prestations de pollinisation car certains apiculteurs font transhumer leurs colonies d’un territoire à l’autre. L’une des exploitations apicoles étudiées dans le cadre du projet FLEUR a ainsi utilisé 21 % de ses 1 400 colonies aussi bien pour des miellées que pour la pollinisation de cultures, avec des parcours qui varient d’une année à l’autre.
Les résultats du RA2020 permettent de nuancer le postulat suivant lequel les apiculteurs récemment installés (5 ans ou moins) auraient tendance à proposer ce service de pollinisation pour se constituer rapidement une trésorerie, en début de saison, comparativement aux apiculteurs plus anciens. Ces chefs d’exploitation récemment installés ne représentent que 28 % des exploitations individuelles ayant assuré un service de pollinisation (et 26 % de celles n’en ayant pas proposé).
Ces résultats nécessitent d’être appréciés avec prudence. Tout d’abord, ils sont circonscrits aux seuls chefs d’exploitation, l’année d’installation de l’ensemble des coexploitants (dans le cadre d’un GAEC par exemple) n’étant pas connue dans le RA. En outre, l’approche reste restrictive en se cantonnant aux seules exploitations agricoles détenant un atelier apicole recensées au titre du RA. Elle ne permet pas d’apprécier le service de pollinisation assuré par des apiculteurs amateurs. Enfin, ces données statistiques mériteraient d’être mises en regard du parcours de ces apiculteurs, et en particulier de la structure capitalistique de l’exploitation au moment de l’installation de l’apiculteur.
Les apiculteurs ne sont pas les seuls acteurs à proposer un service de pollinisation. Une récente étude a ainsi recensé cinq entreprises qui opèrent sur ce segment (et qui proposent, outre la pollinisation, des services de protection des cultures). La principale activité de ces entreprises non agricoles est la pollinisation de tomates sous serres au moyen de bourdons. Les données technico-économiques concernant ce marché restent assez fragmentaires. Elles indiquent néanmoins, sur le plan technique, que le taux de charge par hectare varie en fonction de la culture considérée, allant de deux ruches pour le colza à huit pour le kiwi, en passant par quatre ruches pour le poirier, l’abricotier ou le cerisier. Sur le volet économique, les tarifs ont été étudiés pour le colza et le tournesol, avec un prix moyen de 33 €/colonie.
Si le potentiel économique du service de pollinisation n’est pas négligeable, il demeure peu exploité, pour quatre raisons principales. La première est liée à la pénibilité du travail, mentionnée par certains apiculteurs, du fait d’un accès parfois difficile aux parcelles. En outre, des tensions en matière d’organisation du travail peuvent surgir, en raison du chevauchement du calendrier de certaines miellées avec celui de la floraison de certaines productions. À titre d’exemple, en Rhône-Alpes, la miellée de châtaignier est concomitante avec la pollinisation sur carotte durant le mois de juin. Ensuite, la rentabilité de cette prestation est inférieure à celle de la production de miel ou d’élevage de reines ou d’essaims. Enfin, le marché reste faiblement structuré et peu attractif, pour plusieurs raisons, comme la crainte d’une intoxication des abeilles.
Plusieurs initiatives visent néanmoins à assurer une meilleure compréhension entre mondes agricole et apicole. On peut citer par exemple le projet DEPHY-Abeille, mené entre 2013 et 2018 par l’ITSAP, qui cherchait à établir un réseau de systèmes de grandes cultures économes en pesticides et favorables aux abeilles, dans une démarche de co-construction entre agriculteurs et apiculteurs.
Malgré ces différents freins, certains apiculteurs intègrent ce service dans le modèle de développement économique de leur exploitation. Il permet un apport de trésorerie en début de saison, ce qui est leur principale motivation pour proposer cette prestation. Elle n’est toutefois qu’un complément de l’activité apicole et constitue au mieux un tiers du chiffre d’affaires de l’exploitation apicole. 73 % des exploitations agricoles qui proposent ce service sont ainsi également productrices de miel et éleveuses de reines ou d’essaims, selon les données du RA2020. Le caractère complémentaire s’apprécie également à travers le taux de mobilisation du cheptel, corrélé à la taille du rucher. Plus l’exploitation détient de colonies, moins la part du cheptel mobilisée est importante.

L’industrialisation de cette activité et son intégration au système productiviste agricole nord-américain interrogent donc sur la pertinence de la marchandisation de ce service à une telle échelle. L’organisation de ce service écosystémique, à une échelle nationale et industrielle, est sujette à controverses. Pour certains, accorder une valeur économique à l’environnement permettrait de sensibiliser les acteurs économiques à la nécessité de préserver la biodiversité. La pratique du service de pollinisation pourrait notamment conforter l’homogénéité du paysage agricole (en installant sur les parcelles les pollinisateurs nécessaires à la production fruitière), plutôt que le maintien de paysages hétérogènes favorisant la présence d’une diversité de pollinisateurs. Elle génère en outre plusieurs stress pour les abeilles, en particulier nutritionnel. Or, les travaux de De Groot, dans les années 1950, avaient déjà démontré l’importance de la diversité des pollens pour la santé des abeilles. L’appauvrissement nourricier des écosystèmes, en ne proposant qu’un seul pollen, peut conduire à des disettes. La transhumance des colonies favorise également la transmission d’agents pathogènes (comme le virus de l’aile déformée), qui sont plus nombreux parmi ces colonies transhumées que dans celles qui restent sédentaires. Enfin, cette pratique expose les abeilles aux pesticides employés par les agriculteurs, comme dans le cas des producteurs californiens d’amandes.
Les menaces qui pèsent sur les abeilles et l'apiculture
Malheureusement, le nombre des pollinisateurs régresse de plus en plus, notamment dans les pays industrialisés et ceux qui ont opté pour une agriculture industrielle ou intensive, très portée sur les pesticides. Certaines espèces de pollinisateurs ont carrément disparu. Et pourtant, on compte 45 % de ruches en plus au niveau mondial, au cours des 50 dernières années. En Europe, en Amérique du Nord ou en Asie, les populations d’abeilles diminuent. En moins de dix ans, sur le continent européen, par exemple, 30 à 40 % de ces insectes ont disparu.

Le frelon asiatique : un prédateur redoutable
Apparu pour la première fois en France en 2005, le frelon asiatique (aussi connu sous le nom de frelon velutina) est la plus grande menace d’origine animale pour les abeilles. Importés de Chine au début des années 2000, les frelons asiatiques se sont acclimatés à leur nouvel habitat étant donné la nourriture à profusion dont ils disposent (fruits, insectes) et la faible présence de prédateurs pouvant leur nuire (quelques oiseaux comme la Pie-grièche écorcheur, le Guêpier d’Europe ou la Bondrée Apivore).
Le frelon velutina est une espèce très agressive et virulente qui n’hésite pas à attaquer les humains, comme les animaux. Pour s’en prendre aux abeilles, il reste en vol stationnaire devant une ruche, attendant qu’une abeille butineuse en sorte pour l’attaquer et, soit la dévorer, soit s’en servir pour nourrir ses larves. Il peut également entrer directement dans la ruche s’il a grand besoin de nourriture, alors le frelon cause des dégâts irréparables afin de repartir, repu.
Malheureusement, les abeilles n’ont que peu de mécanismes de défense face à ces prédateurs redoutables, leurs piqûres ne font que ralentir les frelons sans pour autant les affecter. Elles possèdent néanmoins une solution qui requiert beaucoup d’énergie et d’individus pour stopper cet ennemi : les abeilles étouffent le frelon en formant une “boule d’abeille” autour de ce dernier, puis elles se mettent à vibrer grâce à leurs ailes et à leur abdomen afin d’augmenter la température à l’intérieur de cette boule. Le frelon ne peut supporter une telle température, il est littéralement cuit. Cependant, cette technique est efficace uniquement lorsque la ruche affronte quelques individus. Face à plusieurs dizaines de frelons, elle ne peut généralement rien faire et se retrouve presque toujours vaincue.
À ce jour, il n’existe aucune solution complètement fiable pour éradiquer ce nuisible sans affecter d’autres espèces innocentes, car les pièges et les pesticides pourraient risquer de toucher les abeilles, bourdons ou autres espèces pollinisatrices.
Le varroa destructor : un parasite dévastateur
Proche du frelon, le varroa destructor est un parasite qui touche les abeilles en leur provoquant des maladies. En effet, cet acarien se présente sous la forme de pou, ce dernier se fixe sur la larve d’abeille ou bien sur l’abeille adulte pour se nourrir de son sang. Cette maladie entraîne la mort subite des abeilles en seulement quelques semaines. L’acarien reproduit la même enveloppe externe que l’abeille afin de se confondre avec elle pour les tromper. Cet acarien varroa destructor affaiblit et désoriente le précieux petit insecte. Il lui transmet aussi des virus divers qui fragilisent l’espèce et entraîne la mort de nombreux individus.
Les pesticides et insecticides : une menace chimique
Autre menace liée cette fois-ci à l’Homme, il s’agit des pesticides et insecticides. En effet c’est en 1995 que l'on trouve l’apparition des insecticides en Europe. Depuis ce jour, plus de 300 000 ruches meurent chaque année, ce qui divise par deux la production de miel, et ce qui peut donc expliquer son coût qui augmente de plus en plus. La France est le premier pays producteur de miel de l’Union Européenne mais se place en troisième position pour ce qui est de l'utilisation des pesticides. Cela a un effet alarmant sur la mortalité des abeilles. Les produits chimiques, encore beaucoup utilisés dans l’agriculture intensive, les intoxiquent.
Il n’est pas sans importance de rappeler que les abeilles sont très importantes dans notre écosystème et que 75 % de la production de nourriture dépend entièrement des animaux pollinisateurs, et donc en grande partie les abeilles. De plus, il faut savoir qu’il existe désormais un “cocktail chimique”, c’est-à-dire un mélange puissant de différents pesticides. Par exemple, une abeille peut être touchée par 7 pesticides différents dans un même pollen. De plus, il existe de très nombreux insecticides, et certains peuvent être beaucoup plus puissants que d’autres. C’est le cas des Néonicotinoïdes, une famille de pesticides 100 fois plus puissants et donc meurtriers que d’autres. Pourtant, ce sont eux que l'on retrouve le plus couramment. Selon Greenpeace, 80 000 abeilles peuvent être tuées d’un coup avec un seul grain de maïs enduit de ces pesticides.
Enfin, si le fait de tuer de nombreux animaux (car il n’y a pas que les abeilles qui sont touchées par des pesticides) ne semble pas déranger certains agriculteurs, qu’en est-il des humains ? Il existe aujourd’hui des lois et des labels, comme le label Bee Friendly par exemple, qui permet aux grandes distributions de sélectionner des produits respectant ce label. Cela est donc un début de protection des abeilles, pourtant, l’Europe tarde tout de même à prendre des mesures afin de les protéger. Certains produits ont été interdits en 2018, mais il semble qu’ils pourraient être remplacés par d’autres produits tout aussi néfastes. Depuis 2013, il existe notamment un guide, mais qui n’a encore aucune valeur légale, faute d’accord de la part de l’UE pour le reconnaître officiellement. Ce guide permettrait un “test” des nombreux pesticides et de certifier leurs dégâts sur les animaux.
Le dérèglement climatique : bouleversements environnementaux
La dernière menace dont souffrent les abeilles est le dérèglement climatique. Les abeilles, comme grand nombre de pollinisateurs, se repèrent par le biais de signaux visuels et olfactifs dans le but par exemple de mémoriser un parfum pour l’associer à une plante. La mémoire olfactive de l’abeille lui permet de savoir juste grâce au parfum si une fleur contient un nectar riche ou pauvre en sucre ou même si la fleur ne contient pas de nectar du tout.
Le changement climatique sur Terre provoque un changement d’odeurs florales sur certaines plantes à cause notamment de la sécheresse ou d’une forte hausse de température. Ce changement d’odeur florales (en général il s’agit d’une augmentation de molécules ce qui fait que l’odeur s’amplifie) est dû à un stress ressenti chez les plantes à cause du changement climatique. Cela entraîne une perte de repère chez les abeilles qui n’arrivent plus à correctement assimiler une odeur à une plante. Ces changements climatiques affectent la production de ressources florales dans un premier temps et ainsi la récolte des abeilles dans un second temps. Si la floraison des plantes est moins fructueuse, la récolte des abeilles ne pourra qu'en pâtir. À terme, cela peut entraîner des carences en pollen, réduire voire cesser sa ponte.
Concernant leur ruche, les abeilles sont à la merci de la météo. En effet en cas de fortes pluies, leurs ruches peuvent facilement être inondées et détruites à cause d'inondations. De plus, si un incendie se déclare à proximité de la ruche, les abeilles n’ont aucun moyen de se protéger face aux flammes, la ruche sera alors carbonisée si elle est touchée. Lors des périodes de très fortes canicules, il est possible que la cire fonde engluant ainsi la reine des abeilles et sa colonie.
Les abeilles et autres pollinisateurs, tels que les papillons, les chauves-souris et les colibris, sont de plus en plus menacés par les activités humaines. On pense également que la pollution atmosphérique menace les abeilles. Des recherches préliminaires ont montré que les polluants atmosphériques interagissent avec les molécules odorantes émises par les plantes dont les abeilles ont besoin pour localiser leurs aliments. La déforestation et l’urbanisation galopante contribuent à détruire son habitat, les milieux naturels au sein desquels elle évolue et ses sources végétales alimentaires. La diminution des zones humides, le manque de diversité des cultures et les dérèglements climatiques font également du tort aux abeilles.
Les ondes électromagnétiques : une menace potentielle
En parallèle à ces quatre menaces déjà prouvées, une cinquième menace pour les abeilles pourrait exister, mais les études sur le sujet manquent encore pour en être tout à fait sûr. Il s'agit des ondes électromagnétiques. Dans notre société actuelle, les ondes électromagnétiques sont omniprésentes avec toutes les technologies que l’homme a domestiquées et inventées.
Daniel Favre (collaborateur scientifique au sein du Laboratoire de Biotechnologie Cellulaire de l’Institut Fédéral Suisse de Lausanne) a publié un article scientifique entre Juin 2009 et Avril 2010 après avoir effectué une expérience sur une ruche d’abeilles. Ce dernier a disposé deux téléphones portables, communicants ensemble toutes les cinq minutes à proximité d’une ruche et a enregistré le son qui émanait à l’intérieur de la ruche lorsque les ondes étaient émises. Les audiogrammes ont montré que les abeilles réagissaient fortement à ces ondes (elles devenaient nerveuses et s’agitaient) de par le chant des abeilles ouvrières (signal d’une ruche perturbée ou du début du processus d’essaimage) qui émanait de la ruche. Il a réitéré son expérience à la saison hivernale où le trafic téléphonique était le plus fort et a accusé le même résultat.
Cependant, la théorie selon laquelle les ondes électromagnétiques seraient fatales aux abeilles reste controversée. D’autres études ont plus tard été développées sur la pollution électromagnétique vis-à-vis des insectes et montrent que les ondes leur nuisent. C’est notamment le cas des blattes (cafards) qui, exposées à des émissions d’ondes téléphoniques sur une période importante perdent de l’énergie, augmentent leur quantité de déchets dans l’organisme et bloquent leur agent transmettant les informations au niveau neurologique. Marianne Tschuy, travaillant pour le service sanitaire apicole à Berne explique qu’il existe également des études démontrant que les ondes ont des effets sur la danse des abeilles (système de communication propre aux abeilles servant à diffuser au sein de la colonie un ensemble de messages).
Préserver les abeilles pour un avenir durable
Afin de préserver la biodiversité, aussi bien de la nature que de notre jardin ou notre potager, il est primordial de veiller à la survie des insectes. Pour ce faire, il faut prendre soin de leur ruche et des ruchers. En plus de permettre la production d’un miel de qualité, cela augmente le rendement de tout un tas d’autres cultures. Nous ne devons pas modifier l’écosystème en voulant « contrôler » la nature. Il faut que les bourdons et autres pollinisateurs puissent effectuer leur travail si essentiel pour les animaux. Si une ruche ou des ruchers se trouvent à proximité de votre jardin, cela ne vous apportera que des avantages.
Pour assurer leur protection et leur survie, il faut donc préserver la diversité des sources de pollen en recourant à des jachères florales en zones de grande culture, sur les bordures des routes, dans les jardins des particuliers… Dans son jardin ou sur son balcon, on supprime les produits chimiques et nocifs. On peut aussi planter des fleurs différentes, très riches en pollen et en nectar, qui attirent et nourrissent les abeilles. C’est ce que font l’équipe municipale et les jardiniers en choisissant les fleurs, appelées mellifères, que tu vois pousser à Lille. Ils ont aussi éliminé tous les désherbants chimiques dans les parcs et jardins.
« Renforcer la diversité des cultures et des exploitations régionales, ainsi que la conservation, la gestion ou la restauration d'habitats ciblés, sont des moyens de lutter contre les changements climatiques et promouvoir la biodiversité », affirme Marieta Sakalian, spécialiste de la biodiversité au PNUE.
Pourquoi les abeilles sont-elles importantes pour la planète ?
Pour sa deuxième édition, la journée mondiale de l'abeille sensibilise le public au rôle essentiel que les abeilles et les autres pollinisateurs jouent dans la préservation de la santé des personnes et de la planète. Malgré son rôle ô combien essentiel pour la nature et pour l’homme, et après avoir traversé deux ères géologiques, voilà nos ouvrières menacées par le comportement et l’activité humaine. Notre survie en dépend pourtant !
tags: #abeille #insecte #pollinisateur #sont #importance