Pourquoi les fleurs d'abricotier se dessèchent-elles ? Comprendre et agir face aux maladies

L'abricotier, arbre fruitier apprécié pour ses délicieux fruits, est malheureusement sujet à de nombreuses maladies qui peuvent affecter sa floraison, sa fructification et, dans les cas les plus graves, entraîner son dépérissement. Le dessèchement des fleurs est un symptôme alarmant qui indique souvent la présence d'une pathologie nécessitant une intervention rapide. Comprendre les causes de ce phénomène est essentiel pour mettre en place des stratégies de prévention et de traitement efficaces.

Abricotier en fleurs desséchées

La moniliose : le coupable principal du dessèchement floral

La moniliose, engendrée par le champignon Monilia laxa, est l'une des maladies les plus fréquentes et les plus dévastatrices de l'abricotier, frappant fort dès le printemps. Ce champignon apprécie les atmosphères humides et se développe particulièrement les années très pluvieuses et froides. Au stade des fleurs, c'est le tout début de la maladie, qui entre dans l'organisme du végétal. Les fleurs brunissent soudainement mais restent pourtant accrochées aux rameaux. Ce symptôme est un indicateur clé de l'infection. Par la suite, on peut observer un dépérissement de l'extrémité des rameaux, voire des rameaux entiers, et enfin, l'apparition des fruits où la maladie est le plus facilement repérable, bien que souvent trop tard pour intervenir. Les fruits sont marqués de taches concentriques grisâtres qui peuvent recouvrir la totalité du fruit. Les abricots finissent par se momifier et peuvent rester attachés à leur branche, constituant une source d'inoculum pour l'année suivante. Le champignon Monilia laxa est un bioagresseur majeur des fleurs et fruits, selon l'encyclopédie e-phytia de l'INRAe.

Prévention et traitement de la moniliose :

Pour lutter contre la moniliose, plusieurs actions préventives sont cruciales. En fin d'hiver, il est impératif d'éliminer les fruits momifiés et de couper les rameaux atteints pour les brûler, afin de supprimer les sources d'inoculum. Au début du printemps, au stade bourgeon gonflé, une pulvérisation d'une solution cuprique, comme la bouillie bordelaise (à 4 %, soit 40 g/l d’eau), est recommandée. Cette application doit être suivie d'une application de purin d'ortie, qui renforce la résistance de l'arbre. Pulvériser de la bouillie bordelaise est également un moyen efficace pour empêcher les fleurs d'un abricotier de griller.

De plus, il est judicieux de privilégier les variétés d'abricotiers à floraison tardive, moins exposées aux gelées printanières qui fragilisent l'arbre et favorisent l'entrée du champignon. La moniliose pénètre dans l'arbre via les plaies, il est donc essentiel d'épargner l'arbre au maximum des blessures et de mastiquer avec un cicatrisant celles que l'on ne peut éviter. Les apports riches en azote favorisent également ces maladies cryptogamiques, il est donc important de maintenir une fertilisation équilibrée. Durant la fructification, un bon éclaircissage des fruits permet une meilleure aération et réduit la propagation de la maladie. Enfin, une décoction de prêle durant la floraison peut renforcer la cuticule des feuilles grâce à sa silice, offrant une protection supplémentaire.

Autres maladies affectant les fleurs et la santé de l'abricotier

Bien que la moniliose soit un facteur majeur du dessèchement des fleurs, d'autres pathologies peuvent affaiblir l'abricotier et indirectement contribuer à ce problème ou à d'autres symptômes graves.

La bactériose (Pseudomonas spp.) :

La bactériose est une maladie bactérienne due à des bactéries du genre Pseudomonas. Elles profitent d'une plaie, causée par le gel ou la taille, pour pénétrer dans le bois. Il n'existe pas de traitement curatif à cette bactériose. Les signes apparaissent sur le bois entre la fin de l'hiver et l'été, ainsi que sur les feuilles. La base des branches est marquée par des lésions brunes qui laissent écouler de la gomme (gommose), et ces branches touchées en fin d'hiver se couvrent difficilement, voire pas du tout, de feuillage. Certaines peuvent dépérir brutalement. Les feuilles peuvent montrer des taches au contour transparent. En hiver, des chancres gommeux brun rougeâtre apparaissent à la base des rameaux et sur les charpentières. La bactériose est moins connue par les amateurs que la moniliose mais est très fréquente sur abricotier, souvent causée par Pseudomonas syringae. Ce poison végétal, la syringomycine, sécrétée par Pseudomonas syringae, abaisse la résistance au gel hivernal des abricotiers.

Chancres bactériens sur tronc d'abricotier

Prévention et traitement de la bactériose :

En prévention, l'abricotier aime les situations abritées. Il faut éviter les excès d'azote ou de déséquilibres dans les apports d'engrais. Il est crucial de faire particulièrement attention à ne pas blesser l'abricotier au niveau du collet. Un badigeon est à appliquer en automne sur le tronc et sur les branches charpentières, et une pulvérisation à la décoction de prêle peut être bénéfique. Traiter au cuivre les abricotiers qui pourraient être affectés par ce chancre bactérien est également une mesure préventive. En curation, les parties atteintes doivent être supprimées et détruites. Au printemps, les lésions doivent être curées et un badigeon appliqué dessus, ainsi que sur le tronc et les branches principales. Les traitements au cuivre peuvent limiter l'expansion de la maladie.

La criblure à Coryneum (Coryneum beijerinckii) :

La maladie de Coryneum, aussi nommée criblure ou maladie des taches des feuilles et fruits, est due au champignon Coryneum beijerinckii. Elle attaque souvent les arbres fruitiers à noyau comme l'abricotier. Les tâches rouges concentriques sur les feuilles apparaissent rapidement après le débourrement et deviennent ensuite des trous. Ce sont les feuilles qui sont les plus touchées, mais lorsque l'attaque est très sérieuse, branches et fruits peuvent l'être également. Les fleurs et les futurs fruits se dessèchent, rappelant les symptômes de la moniliose, et les rameaux peuvent être marqués de taches violacées.

Prévention et traitement de la criblure :

La taille en vert est à privilégier lorsque l'arbre est adulte et en bonne santé. Lors de la taille, il est recommandé d'appliquer sur les plaies un mastic cicatrisant, ou bien du vinaigre, ou encore des feuilles d'oseille pour favoriser la cicatrisation.

L'oïdium (Podosphaera tridactyla) :

L'oïdium est une maladie fréquente au jardin, elle touche également les arbres fruitiers dont l'abricotier. Elle est due à Podosphaera tridactyla. Sur les feuilles, on observe des taches blanches grisâtres donnant un feutrage blanchâtre. Sur fruits, l'oïdium est caractérisé par des taches blanches grisâtres passant rapidement en une nécrose brune, dure et superficielle qui altère l'aspect du fruit.

Traitement de l'oïdium :

La pulvérisation du traitement bio cloque du pêcher du stade chute des pétales jusqu'au début de la nouaison (apparition du fruit) est un moyen efficace pour soigner l'abricotier.

La verticilliose (Verticillium dahliae) :

Cette maladie cryptogamique se développe à cause du champignon Verticillium dahliae. Sur l'abricotier, la verticilliose occasionne le dessèchement brutal de certaines branches ou de l'arbre tout entier.

Prévenir et traiter naturellement la moniliose

Facteurs environnementaux et pratiques culturales : une influence majeure

Au-delà des maladies spécifiques, plusieurs facteurs environnementaux et des pratiques culturales inappropriées peuvent affaiblir l'abricotier et le rendre plus vulnérable aux attaques, voire provoquer directement des problèmes de dessèchement.

Gelées tardives :

L'abricotier est sensible aux gelées tardives. Si les bourgeons floraux gèlent avant l'éclosion, il n'y aura pas de fruits et les fleurs peuvent se dessécher. Les gelées de début avril sont particulièrement dévastatrices.

Excès d'eau et de nutriments :

Des arrosages excessifs sont néfastes au développement de l'abricotier, surtout en période de repos car il se montre alors plus sensible à l’humidité stagnante. C'est un arbre fruitier qui apprécie un sol filtrant, bien drainé et la chaleur. Si l'arbre est planté sur une pelouse qui reçoit des arrosages automatiques et des apports d'engrais gazon, riche en azote, cela entraîne des suintements de gomme et la coulure des fleurs au printemps. Un excès d'engrais azoté favorise la croissance des feuilles au détriment des fruits et peut affaiblir l'arbre. Un dépérissement brutal évoque souvent l'asphyxie racinaire si l'eau stagne au pied de l'arbre, les racines pourrissent par manque d'oxygène, stoppant net la circulation de la sève. La chlorose ferrique, qui jaunit le feuillage, peut être un signe de carence liée à un pH du sol inadapté ou à un mauvais drainage.

Taille inappropriée et plaies :

Une taille trop sévère ou mal réalisée peut perturber la fructification et créer des portes d'entrée pour les maladies. Éviter les plaies inutiles et appliquer toujours un cicatrisant après la coupe est essentiel. Désinfecter systématiquement les outils entre les arbres prévient la propagation des pathogènes. Favoriser la taille « en vert » sur les arbres, souvent pendant l'éclaircissage des fruits ou après la récolte, permet une cicatrisation plus rapide qu'en hiver. Appliquer un mastic de cicatrisation sur les grosses coupes est une barrière physique indispensable.

Vieillissement et stress de l'arbre :

Le dessèchement de branches peut être le résultat d'un stress (par exemple sur les jeunes sujets replantés), d'un problème de fertilisation déséquilibré (excès ou carence), ou d'un vieillissement des arbres. Un abricotier, même "orange de Provence" qui sèche soudainement après une floraison normale, peut être victime d'un stress ou d'une maladie insidieuse.

Capnodis tenebrionis :

Il est possible que le Capnodis tenebrionis, un insecte adulte, attaque l'abricotier. Les capnodes colonisent de préférence les arbres déjà en souffrance. Si des insectes adultes sont trouvés sur les branches, les enlever manuellement et réduire les branches atteintes peut aider.

Autres symptômes et maladies à surveiller

Il est crucial de prêter attention à tous les signes que l'abricotier peut manifester, car ils peuvent indiquer des problèmes sous-jacents.

La gommose :

L'écoulement de gomme est fréquent sur les abricotiers. Il s'agit d'une réaction de défense de l'arbre face à une agression, signalant souvent un stress, une blessure de taille mal cicatrisée ou une attaque de chancre bactérien. La gommose étant un symptôme et non une vraie maladie, il faut en trouver la cause pour la faire disparaître. Pour stopper la gommose, frottez les plaies avec des feuilles d’oseille. L’infusion de raifort fonctionne aussi.

La fumagine :

La suie noire collante sur les feuilles d'abricotier s'appelle la fumagine. C'est un champignon microscopique qui se développe sur le miellat excrété par les pucerons et autres insectes piqueurs. N'étant pas spécifique à l'abricotier, de nombreux autres arbres peuvent en être victimes.

La maladie de la rouille :

La maladie de la rouille affecte les abricotiers en cours de végétation. De nombreuses ponctuations brunâtres sont visibles sur la face inférieure des feuilles.

La maladie du plomb (Stereum purpureum) :

Les feuilles commencent à devenir grisâtres ou blanchâtres et à se crisper, avant de totalement s’enrouler sur elles-mêmes. Elles se forment mal. L’arbre ne se développe plus et peut mourir au bout de 2 ou 3 ans. Cette maladie cryptogamique due au champignon Stereum purpureum se développe en environnement humide. En prévention, ne taillez que par temps sec. En curation, les parties attaquées doivent être détruites très vite. Si l’arbre est totalement attaqué, il faut l'arracher.

La cloque (Taphrina deformans) :

C'est à la fin de l'hiver, à la sortie des bourgeons, que ceux-ci sont attaqués par le champignon Taphrina deformans. Les jeunes feuilles s'épaississent et s'enroulent bizarrement. Elles prennent une teinte rougeâtre ou vert pâle très caractéristique. Les feuilles en grandissant vont totalement se déformer en montrant des boursouflures et passer du vert tendre au rouge. Les feuilles tombent tôt et les rameaux aussi se déforment, la production est bien sûr diminuée voire absente. Certaines conditions météorologiques favorisent le développement de la cloque : un hiver doux et un printemps humide et froid. En prévention, pulvériser un fongicide à base de cuivre sur la totalité de l'arbre à la tombée des feuilles, puis juste avant l'ouverture des bourgeons. Bien que spectaculaire, il est possible de limiter les dégâts en retirant manuellement les feuilles atteintes avant leur chute.

Feuilles d'abricotier atteintes de la cloque

La Sharka (virus) :

La Sharka est un virus redoutable et gravissime qui déforme les fruits et crée des anneaux sur les feuilles. Elle est incurable et transmise par les pucerons ou par du matériel végétal contaminé. L'arrachage est souvent la seule solution, car c'est une pathologie à lutte obligatoire.

Stratégies de prévention globales

Pour garantir la santé de l'abricotier et éviter le dessèchement de ses fleurs, une approche préventive est indispensable.

Choix de la variété et de l'emplacement :

Choisissez des variétés et des porte-greffe adaptés à la nature de votre sol et à votre climat. Un sol lourd demande de la vigueur. L'emplacement doit être ensoleillé et aéré. Le drainage évite l'asphyxie racinaire. L'exposition plein sud limite l'humidité. L'espace entre les troncs garantit l'aération. La variété d'abricotier "du Roussillon" par exemple, ne réussit bien que dans des vergers professionnels du Roussillon et avec des précautions assez draconiennes.

Bonnes pratiques de culture :

Évitez de trop serrer vos fruitiers et de les garder trop touffus au centre, la circulation de l’air permet souvent d’éviter toutes sortes de maladies. Évitez les plaies inutiles et appliquez toujours un cicatrisant. Désinfectez toujours vos outils entre les arbres et appliquez un cicatrisant après la coupe. Taillez en été, c'est la taille de formation en vert. La cicatrisation est bien plus rapide qu'en hiver. Désinfectez vos lames à l'alcool.

Fertilisation équilibrée :

Ne négligez pas l'entretien et la croissance de vos arbres par la fumure, notamment organique de préférence. Un problème de fertilisation déséquilibré (excès ou carence) peut affaiblir l'arbre.

Traitements préventifs :

Quand la prévention ne suffit plus, il faut agir. Le cuivre reste un allié précieux. Appliquez-le à la chute des feuilles en automne et juste avant le gonflement des bourgeons au printemps. Maîtrisez bien votre dosage de bouillie bordelaise pour 1 litre afin d'éviter de brûler les tissus, car un surdosage abîme l'écorce. La décoction de prêle est efficace. Elle renforce la cuticule des feuilles grâce à sa silice. L'étude du projet MIRAD prouve que la gestion biologique demande une vigilance accrue.

En résumé, la santé de l'abricotier exige un diagnostic précoce des pathologies comme la moniliose ou la criblure. Repérer ces signes dès le débourrement permet d’utiliser des traitements naturels ciblés, évitant ainsi l’arrachage. Le diagnostic précoce est la seule arme efficace du jardinier pour fortifier durablement les arbres face aux maladies qui s'installent sournoisement dans le verger.

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