L’abricot, fruit emblématique des étés français, fait face à une période de turbulences économiques et climatiques. La France, qui se hisse au rang de 5ème producteur mondial, voit sa filière, principalement concentrée dans le sud-est du pays, confrontée à des défis structurels majeurs. Si l’histoire de cet arbre remonte à 5 000 ans en Chine avant son introduction en Occident par les campagnes d’Alexandre le Grand, sa culture contemporaine sur le sol national exige une maîtrise technique et une adaptation constante aux caprices de la nature.

Les défis de la production française : une récolte sous tension
La France devrait récolter environ 84.000 tonnes d'abricots en 2024, une production en baisse de 35% par rapport à l'année précédente. Rude année pour les abricots français. Environ 84.000 tonnes devraient être ramassées dans les vergers de l'Hexagone d'ici la fin de la saison, un chiffre inférieur de 35% par rapport à l'année précédente, selon des estimations du ministère de l'Agriculture. Dans la vallée du Rhône, où l'on cueille la moitié des fruits, la production devrait même dégringoler de 47% en 2024. La situation est également difficile dans les régions méridionales d'Occitanie (-22%) et de Provence-Alpes-Côte d'Azur (-20%), où l'on récolte l'autre moitié des abricots français.
Cette chute n'est pas une surprise. L'année passée ayant été un très bon millésime pour la récolte d'abricots - près de 128.000 tonnes - les producteurs s'attendaient à voir les rendements diminuer par le phénomène d'alternance de la production. Plus concrètement, lorsqu'ils ont produit beaucoup de fruits au cours d'une saison, les arbres fruitiers "se reposent" la saison suivante. C'est le cas de l'abricotier. Ce qui était en revanche inattendu, c'est l'ampleur de la baisse de production, aggravée par les conditions météorologiques saisonnières.
L'impact des aléas climatiques sur les rendements
De même que les melons, ou encore des céréales dont la récolte de blé tendre pourrait être l'une des plus faibles des quarante dernières années, les pluies excessives ont eu raison des bons rendements. Le mauvais temps humide au cours de la floraison a perturbé la pollinisation et causé des dégâts sur les fleurs, entraînant des chutes de fruits. Des orages, des épisodes de grêle et toujours des pluies récurrentes ont provoqué de nouvelles chutes de fruits jusqu'au début de l'été, de quoi réduire encore davantage la production d'abricots sur le sol français.
D'autant que les arbres avaient déjà été affaiblis par les canicules de l'été 2023, puis par le manque de froid au cours de l'hiver suivant. En hiver, les arbres entrent en "dormance", un repos en quelque sorte. Les arbres fruitiers ont besoin d'un certain nombre d'heures de froid (400 à 600 heures à moins de 7,2°C pour l'abricotier) pour garantir une bonne floraison et de bons rendements. Or, avec l'automne chaud et sec que l'on a connu en 2023, les abricotiers sont notamment entrés plus tardivement en dormance et se sont fatigués pour la nouvelle saison. Les principales raisons de cette chute sont liées au climat et aux fortes pluies qui ont provoqué des coulures dans les fleurs puis des épisodes de sécheresse. Durant cet hiver, les arbres n’ont pas subi le froid et donc le temps de latence nécessaire.
protection grêle fruits rouges whailex
Dynamiques de marché et conséquences pour les producteurs
À la baisse de la production s'ajoute une précocité des variétés tardives, un phénomène récurrent ces dernières années, qui a concentré l'offre sur les mois de juin et de juillet. La récolte d'abricots s'écoule normalement jusqu'à la mi-septembre en France pour les dernières variétés de la saison. Mais "nous aurons tout cueilli d'ici la fin de la semaine prochaine", souligne Raphaël Martinez, directeur de l'Association des organisations de producteurs (AOP) Pêches et abricots de France.
La consommation de l'abricot, comme tous les fruits estivaux, est étroitement liée au soleil et à la température: s'il fait beau et chaud, les Français en mangent. Avec le retour des fortes chaleurs en août, la consommation est repartie à la hausse. Cette production a, cette année encore, connu d’importants aléas climatiques ayant un impact défavorable sur la production. Confrontés à ces aléas climatiques récurrents et aux difficultés économiques qui en résultent, certains producteurs se détournent de cette production. Ainsi les surfaces qui y sont consacrées subiraient ainsi une érosion de 4 % en Occitanie et de 2 % en Vallée du Rhône. Selon les prévisions la production européenne resterait stable avec plus de 523 986 tonnes produites.
L'abricotier : biologie et techniques de culture
Prunus armeniaca est un très bel arbre fruitier de taille moyenne, au port étalé ou érigé suivant les conditions et au tronc tortueux lorsqu’il prend de l'âge. Sa floraison délicate fait suite à celle de l’amandier. Bien qu’on l’imagine plus facilement dans les régions les plus méridionales, l’abricot peut être cultivé dans toute la France. On peut en effet trouver aussi bien des espèces adaptées au climat du Nord de la Loire que d'autres aimant plus la chaleur, et certains sont carrément des passe-partout, pouvant être cultivés du nord jusqu'au sud.
Principes de plantation et entretien
Comme la plupart des fruitiers, l’abricotier se plante sous forme de scion greffé, mais les variétés anciennes peuvent être multipliées en semant les noyaux après une stratification. L’abricotier se plaît généralement au soleil, à l’abri du vent, dans un sol très bien drainé et léger. Dans les régions les plus froides, vous l'installerez de préférence contre un mur exposé au sud. Un bon espacement sera nécessaire pour placer plusieurs sujets côte à côte, du fait de son étalement, comptez environ 6 m.
L’abricotier n’a pas besoin d’être arrosé, hormis durant les 2 premières années après la plantation, d’autant moins qu’il n’apprécie pas les excès d’humidité. Des apports de fumier bien décomposé ou de compost peuvent être réalisés à l’automne. La taille de l’abricotier ne se pratique que tous les 2 ou 3 ans sur les sujets de plein vent, par contre sur un arbre palissé elle sera annuelle. Elle vise simplement à équilibrer sa silhouette et à la maintenir aérée, ainsi qu’à nettoyer sa ramure.

La plupart des abricotiers sont autofertiles mais la présence d’un autre Prunus à proximité, qui fleurit en même temps (autre variété, amandier, pêcher), sera gage d’une bonne pollinisation. Les variétés américaines (ou hybrides de celles-ci) sont par contre auto-stériles.
Panorama des variétés cultivées en France
Il est toujours très difficile de choisir une variété d’arbre fruitier. Et l’abricotier n’échappe pas à la règle car ses variétés sont toutes aussi attirantes les unes que les autres ! Heureusement, même si ce fruitier se cultive du nord au sud, toutes les régions ne sont pas adaptées à toutes les variétés d’abricotiers.
- L’abricotier ‘Polonais’ : espèce ancienne courante dans la vallée du Rhône, appelée “Orangé de Provence”. Sa floraison est assez tardive, ce qui lui évite le risque des gelées printanières, mais il est relativement sensible à la bactériose et au monilia.
- L’abricotier ‘Luizet’ : obtenu dans les années 1850 dans le Rhône, il est relativement précoce et gagne à être cultivé dans des régions plus continentales, moins chaudes que sa zone d’origine.
- L’abricotier ‘Muscat’ : variété rustique à floraison précoce, résistante à la moniliose, cultivée dans le sud de la France.
- L’abricotier ‘Farlis’ Carmingo® : variété récente, autofertile, productive et à floraison tardive, très adaptable.
- L’abricotier ‘Vertige’ : assure une production régulière et abondante, idéale comme pollinisatrice pour le ‘Bergarouge’.
- L’abricotier ‘Saumur’ : nommé aussi ‘Précoce de Saumur’, très productif et rustique, idéal pour une culture au Nord de la Loire.
- L’abricotier ‘Bergeron’ : espèce tardive dont la récolte se fait fin juillet à début août, appréciée pour sa floraison qui ne craint pas les gels du printemps.
- L’abricotier ’Goldrich’ : sa précocité joue malheureusement sur son parfum, mais il présente une bonne résistance aux maladies.
- L’abricotier ‘Précoce de Boulbon’ : variété ancienne à gros fruits, très parfumée et juteuse.
- L’abricotier ‘Pêche de Nancy’ : réputé pour son gros calibre, sa vigueur et sa résistance aux maladies.
- L’abricotier ‘Alberge’ : ancienne espèce précoce au fruit de gros calibre, à la chair fine et acidulée.
- L’abricotier ‘Ampuis’ : variété très ancienne de la région lyonnaise, au noyau comestible, appréciée pour les confitures.
- L’abricotier ‘Canino’ : grande vigueur et bonne conservation des fruits, à réserver au sud de la France en raison de sa floraison précoce.
- L’abricotier ‘Aprigold’ : variété naine parfaite pour la culture en pot ou dans un petit jardin.

Qualité, origine et conservation
Depuis 2016, l’abricot rouge du Roussillon bénéficie d’une Appellation d’origine protégée. Quatre variétés bénéficient de ce signe de l’origine et de la qualité, dont le Royal Roussillon et le Rouge du Roussillon. Cultivés dans la plaine du Roussillon, ces abricots très parfumés sont ramassés à la main dans les vergers catalans.
Mieux vaut acheter les abricots mûrs à point : une fois cueillis, ils ne mûrissent plus. Les abricots sont des fruits fragiles, ils doivent être consommés dans les dix jours qui suivent leur récolte. Ils se conservent au frais en évitant toutefois de les mettre au réfrigérateur. On peut aussi en faire des conserves, confitures ou les faire sécher. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, l’abricot, ce fruit gorgé de soleil, peut être cultivé partout en France, à condition bien sûr de lui offrir suffisamment de soleil et une situation protégée dès le nord de la Loire. Il faudra également veiller à ce que la variété d’abricotier choisie soit adaptée au climat, surtout au niveau de la floraison qui peut craindre le gel lorsqu’elle est trop précoce. L’abricotier est un arbre fruitier très ornemental grâce à son feuillage vert brillant, ses fleurs blanches rosées et ses fruits jaune orangé veloutés d’une saveur incomparable.
tags: #abricotier #production #francaise