
La pollinisation est un mécanisme fondamental pour la reproduction de nombreuses plantes, y compris les tomates. Bien que souvent considérées comme auto-fertiles, les tomates bénéficient grandement de l'intervention des insectes pollinisateurs, en particulier dans des environnements contrôlés comme les serres. Comprendre le rôle de ces auxiliaires naturels et les meilleures pratiques pour les intégrer est crucial pour optimiser les rendements et la qualité des fruits.
Les Tomates : Autogames mais Dépendantes des Pollinisateurs
Les tomates sont des plantes autogames, ce qui signifie que chaque fleur peut être pollinisée par un simple contact entre le pistil et les étamines, assurant ainsi l'auto-fécondation. Cependant, bien que capables de se fertiliser seules, les pollinisateurs jouent un rôle crucial dans l'amélioration de leur fécondation. L'intervention d'insectes peut en effet augmenter la quantité de pollen transféré d'une fleur à l'autre, conduisant à une meilleure production de fruits et une plus grande diversité génétique. Même pour les plantes autogames, les pollinisateurs optimisent donc le rendement et la qualité des récoltes, tout en contribuant à la biodiversité du jardin.
Le manque de pollinisation des tomates peut provenir de plusieurs raisons différentes. En plein air, la pollinisation se fait généralement bien, mais sous serre, ce n'est pas toujours le cas. En cas d'humidité ou de chaleur au-dessus de 30°C, les tomates peuvent également avoir du mal à se polliniser. Enfin, sous serre notamment, une mauvaise pollinisation peut résulter d'un manque de vent, qui joue, en extérieur, un rôle important dans la pollinisation des fleurs de tomates. De plus, au-delà de 35°C, la qualité du pollen se dégrade et la pollinisation se fera très mal, même si les fleurs sont secouées.
La Pollinisation Vibratile : Une Spécialité des Bourdons

Les bourdons se distinguent comme des pollinisateurs particulièrement efficaces pour les cultures de tomates grâce à une technique appelée pollinisation par bourdonnement, ou sonication. Ils s'agrippent à la fleur et produisent des vibrations, via le mouvement rapide de leurs muscles de vol, qui facilitent le transfert du pollen fermement retenu par les anthères. Cette vibration résonnante libère le pollen, qui est alors déposé sur le stigmate. Une seule visite d'un bourdon suffit généralement pour assurer une pollinisation réussie.
Le stigmate de la tomate devient réceptif un jour avant que la fleur ne s'épanouisse, le pollen ne commençant à se répandre que plus tard. Le stigmate reste réceptif et le pollen continue de se répandre tant que la fleur est ouverte, ce qui peut varier d'une journée à une semaine selon les conditions météorologiques.
L'Utilisation Stratégique des Bourdons Commerciaux pour des Rendements Optimaux
Si vous souhaitez optimiser le processus de pollinisation de vos cultures et obtenir des rendements exceptionnels, l'utilisation de bourdons commerciaux peut changer la donne. Les professionnels de la culture ont d'ailleurs souvent recours à des ruchettes de bourdons très tôt au printemps pour assurer une bonne pollinisation, surtout pour les tomates précoces sous abri. Les bourdons sont des pollinisateurs efficaces et fiables et, lorsqu'ils sont utilisés stratégiquement en combinaison avec les bonnes pratiques, ils peuvent améliorer de manière significative la nouaison et la qualité des fruits.
Pour évaluer l'activité de pollinisation des bourdons, il est possible d'observer les "marques de morsure", des empreintes de la mâchoire du bourdon sur la fleur qui deviennent brunes au bout d'une à quatre heures. Ces marques servent d'indicateurs pour évaluer l'activité de pollinisation. Pour évaluer l'état d'avancement de la pollinisation, il est recommandé de récolter environ 20 fleurs fermées dans différentes zones et de vérifier que toutes présentent des marques de piqûre. Un contrôle régulier de la performance des bourdons, au moins une fois tous les deux jours, est essentiel.
Le bourdon et la tomate
Favoriser un Environnement Propice aux Bourdons et Autres Pollinisateurs
Pour maximiser le succès de la pollinisation, il est essentiel de donner la priorité à la santé de vos plants de tomates. Divers facteurs, tels que le manque d'eau, une alimentation déséquilibrée, les virus, les maladies, les ravageurs, une croissance extrême, les conditions climatiques et les influences chimiques, peuvent avoir un impact sur la santé des plantes et réduire le nombre de fleurs saines.
Les bourdons se développent dans des plages de température et d'humidité spécifiques. Leur activité est maximale entre 8 °C et 28 °C, avec une diminution progressive de l'activité au-delà de 28 °C. Il est important de fournir des conditions adéquates aux bourdons, en évitant les températures extrêmes qui peuvent entraver leur activité.
L'installation des ruches de bourdons nécessite quelques précautions. Pour faciliter la communication entre les bourdons et les humains, il est essentiel de placer la ruche dans un endroit visible, permettant ainsi une identification et un accès faciles. La protection de la ruche contre les intempéries est essentielle pour maintenir son efficacité, en la protégeant de la condensation et de l'eau de pluie pour éviter les dommages et assurer le bien-être de la colonie. Pour des performances optimales, évitez de regrouper plus de trois ruches et placez-les de manière à ce que les sorties soient orientées dans des directions différentes, loin de la culture. Il convient d'être prudent lors de l'utilisation de pesticides avant et pendant la floraison, car certains peuvent être nocifs pour les bourdons et avoir des effets à long terme.
Au-delà des Bourdons : Un Écosystème de Pollinisateurs

Lorsque l’on parle de pollinisation ou de pollinisateurs, ce sont tout de suite les abeilles mellifères qui viennent à l’esprit. Pourtant, des centaines d’autres insectes jouent cette fonction centrale pour la nature. On peut citer les abeilles sauvages ou abeilles solitaires, qui n’ont pas été domestiquées par l’homme et ne vivent pas nécessairement en colonie. Les bourdons aussi sont utiles, ce sont ces gros bombardiers qui ne piquent pas et transportent énormément de pollen.
Les pollinisateurs jouent un rôle fondamental dans le maintien de la biodiversité et la production alimentaire. Parmi eux, on retrouve des milliers d’espèces comme les abeilles, les fourmis ou encore les mouches. Un pollinisateur est un animal qui se nourrit de nectar de fleurs en tous genres, permettant la reproduction de nombreuses plantes en déposant le pollen des fleurs sur ses pattes et le transportant d'une fleur à l'autre. La pollinisation peut se faire de plusieurs façons : grâce au vent, à l’eau, à l’humain, ou bien grâce aux animaux. Au-delà de leur rôle dans la reproduction des plantes, les pollinisateurs permettent un meilleur rendement au potager !
L’abeille est sans doute le pollinisateur le plus renommé. Les abeilles européennes (Apis mellifera), en particulier, ont une capacité exceptionnelle à transférer le pollen grâce à leur comportement butineur. Bien que souvent sous-estimées, les fourmis contribuent également à la pollinisation, grâce à une interaction symbiotique avec certaines plantes myrmécophiles. Les guêpes, bien que moins populaires que les abeilles, jouent aussi un rôle essentiel dans la pollinisation, certaines espèces étant particulièrement efficaces pour polliniser des plantes spécifiques comme les orchidées ou les figuiers.
Les diptères, composés principalement de mouches et de moustiques, représentent un autre groupe clé de pollinisateurs. Les mouches, telles que les syrphes, sont des pollinisateurs surprenants mais extrêmement importants. Elles fréquentent souvent les mêmes fleurs que les abeilles et possèdent une technique de vol stationnaire qui facilite leur tâche pollinisatrice. Même les moustiques, souvent perçus négativement, participent à la pollinisation, les mâles et les femelles se nourrissant de nectar floral.
Ce groupe rassemble les papillons dont beaucoup raffolent de nectar qu’ils prélèvent avec leur trompe. Il n’est pas rare de les voir butiner, tout comme les abeilles, déplaçant ainsi le pollen d’une fleur à l’autre au cours de la journée.

Mesures pour Attirer et Protéger les Pollinisateurs
Chaque année, on réalise que le nombre d’abeilles dans nos jardins diminue dangereusement, l’utilisation de pesticides étant notamment pointée du doigt. Pour attirer un pollinisateur, il faut du nectar et donc des fleurs. Les abeilles et autres pollinisateurs sont particulièrement attirés par les fleurs mellifères comme le thym, la sauge ou encore les œillets d’Inde. D’autre part, il faut veiller à ne disperser aucun insecticide ou pesticide sur vos plantes, car cela peut faire fuir les pollinisateurs voire les tuer.
Pour favoriser la pollinisation dans un jardin, il est possible de planter des fleurs. En favorisant une floraison diversifiée au potager, vous allez attirer un grand nombre d’insectes qui vont venir butiner à droite à gauche, y compris sur les tomates. Pour cela, favorisez les floraisons de plantes locales, à floraison longue ou étalée afin d’avoir des pollinisateurs toute la saison au plus près des cultures.
Ouvrir des espaces sauvages en laissant des coins un peu plus « sauvages » dans votre jardin, avec des herbes hautes, des fleurs sauvages et des zones de compost, est également bénéfique. Adoptez une approche sans produits chimiques, car les pesticides et herbicides sont non seulement nocifs pour les pollinisateurs, mais ils détruisent également d’autres insectes bénéfiques et perturbent l’équilibre naturel du jardin. Offrez des abris et des points d’eau : en plus des plantes mellifères, pensez à installer des abris pour les abeilles solitaires, comme des hôtels à insectes. Favorisez la diversité : un jardin varié attire davantage de pollinisateurs. Certaines plantes sont particulièrement efficaces pour attirer et nourrir les pollinisateurs. Les plantes mellifères, riches en nectar et en pollen, comme la bourrache, la phacélie, le trèfle, le cosmos et le souci, sont des classiques. Les herbes aromatiques en fleurs (romarin, thym, lavande, sauge, menthe ou encore aneth) sont de véritables aimants. Laissez quelques légumes (comme les poireaux, les choux ou les navets) monter en graines. Lorsque les plantes montent en fleurs, elles offrent une source de nectar abondante pour les abeilles et autres insectes pollinisateurs.
La contribution des pollinisateurs va bien au-delà de l’entretien du potager. Ils sont essentiels pour le bon fonctionnement des écosystèmes. Cependant, les populations d’insectes pollinisateurs s’effondrent à une vitesse alarmante, menacées par les pesticides, la destruction des habitats, les monocultures et l’agriculture intensive, ainsi que le réchauffement climatique. Des stratégies de conservation des sols, combinées à l'utilisation correcte des pesticides agricoles, à la préservation des fragments forestiers et au maintien de la diversité végétale pour fournir le nectar et autres ressources florales nécessaires à la survie des abeilles, sont essentielles pour maintenir la longévité des populations aux alentours.
La Complexité de la Génétique des Tomates et la Pollinisation

La pollinisation est le mode de reproduction privilégié des plantes angiospermes et gymnospermes. Il s'agit du processus de transport d'un grain de pollen depuis les étamines (organe mâle) vers le stigmate (organe femelle). Ce processus s'effectue soit par fécondation croisée ou allogamie (le pollen d'une fleur se dépose sur les stigmates d'une autre fleur de la même espèce, processus qui fait intervenir la plupart du temps un insecte pollinisateur tel que l'abeille). Le grain de pollen doit "creuser" un petit tunnel pour arriver, via un tube pollinique dans l'ovaire qui contient l'ovule, pour rendre possible la fécondation.
La plupart des plantes étant hermaphrodites, on pourrait penser que l'autogamie est pour elles la solution de reproduction la plus simple. Pourtant, dans bien des cas, elles font tout pour échapper à ce type de pollinisation, qui assure certes la continuité et la stabilité de la race mais au prix d'un appauvrissement comparable à l'endogamie chez l'être humain. On pense en particulier que les plantes autogames seraient incapables de s'adapter à des conditions nouvelles, créées par exemple par des modifications climatiques.
L'androcée est la partie mâle de la fleur, c'est-à-dire l'ensemble des étamines. L'étamine comprend l'anthère, où sont situés les grains de pollen, et le filet, qui se trouve à être le soutien, la partie inférieure de l'anthère. Son opposé est le pistil pour la partie femelle de la fleur.
Le mode de reproduction préférentielle de la tomate est l'autogamie. De nombreuses variétés anciennes ainsi que celles qui ont hérité du gène de Lycopersicon pimpinellifolium (une des neuf espèces connues, originaire du Pérou et également appelée "tomate groseille") et d'autres espèces sauvages ont un pistil qui émerge du cône d'étamines, ce qui a pour conséquence de les exposer aux insectes butineurs et donc d'avoir plus de chances d'être croisées. À contrario, les espèces modernes, hybrides, ont un pistil ne dépassant pas de l'androcée. Les anthères sont situées sur la surface interne du cône et le pollen se répand à l'intérieur ; de plus, les fleurs étant tournées vers le sol par gravité, le pollen tombe sur le stigmate, générant ainsi une autofécondation.
La plupart du temps, les fleurs de tomates n'attirent pas les insectes butineurs, d'autant plus que d'autres sources de pollen sont plus facilement accessibles. On notera pourtant que certaines variétés sont visitées par des insectes. De plus, il est établi que dans certains environnements, les pucerons et aleurodes constituent des vecteurs pollinisateurs des plus efficaces.
En conclusion, on peut estimer que dans les zones tempérées, le taux d'hybridations naturelles se situe entre 2 à 5 % ; par contre, dans les zones sensibles telles que les régions tropicales, ce pourcentage s'élève fortement pour atteindre la fourchette de 12 % à 47 %. Si l'on souhaite protéger la pureté variétale d'une espèce, il est fortement conseillé de protéger les fleurs sélectionnées d'une éventuelle hybridation naturelle, d'autant plus si le taux d'allogamie de l'espèce est élevé. On utilisera un sac en voile de tulle ou, pour les plus méticuleux, on pratiquera une ligature sur les fleurs avant leur épanouissement afin de forcer l'autofécondation. Lorsque les fleurs sont fanées ou les fruits sont formés, on peut alors ôter le voile de protection en prenant soin de repérer le fruit qui servira à récolter la semence.
On notera que l'appellation "OP", qui vient en opposition à l'appellation Hybride, signifie en anglais "open pollinated" (pollinisation ouverte) qui, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ne signifie pas que la variété est de fécondation allogame. Cela caractérise une variété qui est dite fixée (c'est-à-dire que si on la sème, on retrouvera les mêmes caractéristiques : goût, taille, couleur, etc.). D'un point de vue génétique, cela signifie que la variété est homozygote donc qu'elle se reproduit à l'identique. Les variétés hybrides sont des variétés non stables donc non fixées et qui donnent une descendance très variée. Elles sont obtenues en général soit par fécondation artificielle (croisement de deux variétés choisies pour leurs caractéristiques spécifiques), plus rarement par fécondation allogame. D'un point de vue génétique, cet hybride est hétérozygote, par conséquent sa reproduction, même autogame, sera variée du fait de la recombinaison à l'infini des caractéristiques de ses parents.
Il est important de se rappeler qu'une variété fixée était au départ un hybride, lequel, par sélections successives qui peuvent s'étaler sur plusieurs années voire une dizaine, finit par reproduire ses propriétés (goût, forme, couleur, etc.) d'une année sur l'autre, alors on dit la variété fixée. Cela revient à dire que toutes les variétés dites anciennes sont toutes des hybrides, car elles sont toutes issues du genre Lycopersicon qui comprend 9 espèces connues dont Lycopersicon lycopersicum (la tomate), Lycopersicon peruvianum (espèce contenant le plus de vitamine C, résistante aux maladies et la sécheresse), Lycopersicon pimpinellifolium (tomate groseille, espèce résistante à un grand nombre de maladies), Lycopersicon cheesmanii (espèce résistante à l'eau de mer), Lycopersicon hirsutum (espèce originaire des hauts plateaux péruviens donc adaptée à la culture en altitude et aux basses températures, résistante aux insectes et possédant une haute teneur en bétacarotène), Lycopersicon parviflorum (espèce caractérisée par une couleur intense et une teneur élevée en élément sec), Lycopersicon chilense (résistante à la sécheresse), Lycopersicon chmielewskii (teneur en sucre élevé) et Lycopersicon pennelii (résistante à la sécheresse et haute teneur en vitamines A et C), tout ce petit monde s'étant hybridé combinant ainsi leurs gènes caractéristiques pour nous donner à ce jour plusieurs milliers de variétés de tomate toutes différentes.
L'Impact des Pollinisateurs sur l'Écosystème Global
Les insectes pollinisateurs, piliers discrets de la vie sur Terre, jouent un rôle fondamental dans la reproduction de plus de 80 % des plantes à fleurs. Grâce à leur ballet quotidien de fleur en fleur, ils assurent la fécondation, la production de fruits, de graines et donc la survie de nombreuses espèces, dont la nôtre. Ces insectes, souvent discrets, assurent une mission écologique essentielle, bien que menacée par les pesticides, la destruction des habitats et le réchauffement climatique. Environ un tiers de ce que nous mangeons dépend directement de la pollinisation.

Les insectes pollinisateurs ne servent pas qu’à nourrir les humains. Ils sont essentiels pour la reproduction des plantes sauvages, qui nourrissent à leur tour les animaux herbivores, le maintien de la biodiversité florale et la stabilité des écosystèmes (forêts, prairies, haies, zones humides…). Ils permettent donc à toute la chaîne alimentaire de tenir debout.
Protéger les insectes pollinisateurs n’est pas un combat réservé aux écologistes ou aux apiculteurs. C’est une question de survie collective. Leur disparition aurait un impact sur toute la chaîne du vivant. En tant que citoyen, jardinier, agriculteur, élu local ou même entreprise, chacun a un rôle à jouer.