
Le concept d’"adventice" est intrinsèquement lié à l’histoire de l’agriculture. Depuis que les hommes ont commencé à cultiver la terre et à favoriser certaines plantes, ils ont dû faire face à d'autres, non désirées, qui entraient en compétition avec leurs cultures. Cette lutte est une constante de l'activité agricole, comme le montrent des textes anciens tels qu'Estienne et Liébault (1565) qui décrivaient déjà la nécessité de "tirer les herbes qui par l’abondance des pluies & luxure de la terre, abondent et surmontent le grain nouvellement levé". La parabole du bon grain et de l’ivraie, tirée de l'Évangile de Matthieu, est sans doute l'histoire de mauvaise herbe la plus célèbre en Occident, dépeignant ces plantes comme l'œuvre d'un "ennemi" et soulignant leur persistance.
Pendant longtemps, ces plantes ont été qualifiées de "malignes" ou "méchantes", non seulement parce qu'elles étaient nuisibles, mais aussi parce qu'elles semblaient impossibles à éradiquer, comme le suggère le proverbe espagnol "mala hierba nunca muere". Ce caractère "diabolique" de surgir sans avoir été semé et de contrecarrer les efforts humains pour subvenir à leurs besoins a ancré une perception négative profonde. Toutefois, au XVIIIe siècle, le terme neutre d’"adventice" est apparu, désignant simplement les plantes qui "croissent sans avoir été semées" (Diderot, 1776), reconnaissant ainsi que ces espèces végétales ne sont pas intrinsèquement "mauvaises" mais des plantes qui se disséminent par divers mécanismes.
Vidéo Couverts Gestion des adventices
Une définition nuancée des adventices
La notion de "mauvaise herbe" est subjective et dépend du point de vue de l'humain cultivateur. Il n’existe pas de définition stricte de ce qu’est une mauvaise herbe, et de nombreuses plantes qualifiées d'adventices sont en fait des plantes sauvages intéressantes ou des bio-indicatrices dans d'autres contextes. Pour les jardiniers amateurs, le terme décrit les plantes indésirables qui poussent dans le jardin ou sur la pelouse, souvent caractérisées par leur résistance extrême et leur capacité à se propager rapidement, même dans des conditions météorologiques difficiles. La notion de mauvaise herbe vient du latin fatuus pour extravagant, et est définie comme une plante "non valorisée pour son usage ou sa beauté".
Le terme "adventice" dérivé du latin adventicius signifie "qui s’ajoute comme un accessoire", "à l’origine extérieur et étranger à la personnalité". Cette distinction lexicale révèle une évolution de la perception : d'une vision purement négative à une reconnaissance de leur rôle dans l'écosystème.
Les différents types d'adventices et leurs caractéristiques
Les adventices peuvent être classées selon différents critères, notamment leur cycle de vie et leur mode de propagation. C’est au début du XIXe siècle qu’apparaissent des classifications fonctionnelles, distinguant principalement les vivaces et les annuelles. Pictet (1801) différenciait déjà les "mauvaises plantes" (vivaces se propageant par leurs racines) des "mauvaises graines" (annuelles dont les semences mûrissent et se répandent avant la récolte).

Adventices annuelles
Les adventices annuelles germent, fleurissent et meurent en une seule saison. Leur point faible est un système racinaire superficiel. Un désherbage précoce est crucial pour éviter leur dissémination.
Parmi les annuelles courantes, on trouve :
- Moutarde des champs (Sinapis arvensis) : Feuilles lobées, dentées et couvertes de poils rêches, fleurs jaunes en grappes. Produit jusqu'à 2 000 graines par plant, viables 50 ans dans le sol.
- Chénopode blanc (Chenopodium album) : Feuilles triangulaires, farineuses au revers. Comestible (jeunes pousses).
- Séneçon commun (Senecio vulgaris) : Feuilles découpées, alternes, petites capitules jaunes sans pétales apparents. Toxique pour le bétail et les humains.
- Amaranthe réfléchie (Amaranthus retroflexus) : Tige rougeâtre et velue, feuilles ovales. Produit jusqu'à 100 000 graines par plant, viables 40 ans.
- Stellaire intermédiaire (Stellaria media) : Petites feuilles ovales et tendres, fleurs blanches en forme d'étoile. Indicatrice d'un sol compacté et humide.
- Lamier pourpre (Lamium purpureum) : Feuilles en forme de cœur, dentées et teintées de pourpre, fleurs roses à pourpres. Attire les pollinisateurs.
- Renouée persicaire (Persicaria maculosa) : Tige rougeâtre, feuilles lancéolées souvent marquées d'une tache noire. Fleurs roses en épis.
- Bourse-à-pasteur (Capsella bursa-pastoris) : Feuilles en rosette basale, fleurs blanches minuscules, fruits en forme de cœur.
- Mouron des oiseaux (Stellaria media) : Tiges rampantes et fragiles, petites feuilles ovales et pointues, fleurs blanches.
- Coquelicot (Papaver rhoeas) : Feuilles très découpées, fleurs rouges avec un cœur noir. Produit jusqu'à 50 000 graines par plant, viables 80 ans.
- Galinsoga à petites fleurs, mouron blanc, chélidoine, digitaire filiforme, digitaire sanguine, panic pied-de-coq, eleusine pied-de-poule, euphorbe maculée, luzerne lupuline, renouée des oiseaux, paturin annuel.
La dominance des annuelles est frappante dans les champs cultivés, car le milieu sélectionne les espèces à cycle court qui survivent grâce à leurs graines. Ces plantes peuvent être détruites lors des perturbations agricoles mais "renaissent" au cycle suivant via leurs graines tombées au sol ou venues de l'extérieur. Leur cycle court leur permet d'atteindre la fructification avant les perturbations majeures, comme la moisson.
Adventices vivaces
Les vivaces survivent d'une année sur l'autre grâce à leurs racines profondes, leurs rhizomes ou leurs tubercules. Leur élimination demande de la persévérance.
Parmi les vivaces courantes, on trouve :
- Pissenlit (Taraxacum officinale) : Grande rosette basale de feuilles dentées, fleurs jaunes, racine pivotante longue et charnue. Se propage extrêmement rapidement et loin grâce aux graines disséminées par le vent, mais aussi par ses racines.
- Chiendent (Elytrigia repens) : Rhizomes blancs et traçants, feuilles étroites et rigides. Très agressif avec un système racinaire puissant, peut s'étendre sur un mètre en une saison. Résiste à la sécheresse et aux sols pauvres.
- Liseron des champs (Convolvulus arvensis) / Liseron des haies : Tiges volubiles s'enroulant autour des plantes voisines, fleurs blanches ou roses en entonnoir, racines pivotantes pouvant atteindre 2 mètres de profondeur.
- Ortie dioïque (Urtica dioica) : Feuilles dentées couvertes de poils urticants, pousse en grands bouquets. Indicatrice d'un sol riche en azote.
- Plantain lancéolé (Plantago lanceolata) : Feuilles longues et étroites en rosette, fleurs en épis bruns. Résiste au piétinement et aux tontes fréquentes.
- Rumex (Rumex obtusifolius) : Larges feuilles en forme de flèche, racine pivotante robuste.
- Prêle des champs (Equisetum arvense) : Tiges creuses et articulées, rhizomes noirs et profonds (jusqu'à 1,5 mètre). Plante préhistorique, quasi indestructible.
- Oxalis (Oxalis corniculata) : Feuilles composées de 3 folioles en cœur, fleurs jaunes, bulbilles souterraines se multipliant rapidement.
- Céraiste commune, lierre terrestre, plantain majeur, petite oseille, trèfle blanc ou rampant, véronique filiforme, souchet comestible, lamier embrassant, égopode podagraire, patience à feuilles obtuses, renoncule rampante, chardons, renouée du Japon.
Les adventices vivaces, avec leurs rhizomes robustes, peuvent se répandre sur une vaste zone et une plante entière peut se développer à partir de petits fragments de racines. Déchiqueter ou tondre ces mauvaises herbes en petits morceaux ne les détruit pas, et peut même aggraver le problème en multipliant les points de croissance.
Autres classifications
Outre les annuelles et les vivaces, les adventices peuvent être classées selon leur spécificité :
- Espèces spécialistes (messicoles) : Celles qui ont coévolué étroitement avec les plantes cultivées, imitant leur morphologie et leur cycle de vie. Beaucoup sont devenues très rares et font l'objet de plans de conservation. Exemples : renoucule des champs.
- Espèces généralistes : Présentes à la fois dans les champs cultivés et dans d'autres habitats herbacés ouverts non cultivés. Exemples : gaillet gratteron, lampsane commune, petite ciguë ou centaurée scabieuse. Ces espèces sont souvent communes et jouent un rôle écologique essentiel dans les agroéécosystèmes.
La forte pression de sélection exercée par l'agriculture a conduit à l'adaptation de certaines espèces, dont certaines ont adopté définitivement cet environnement comme seul milieu de vie. Les champs cultivés représentent un milieu de vie avec des conditions extrêmes pour les plantes sauvages, caractérisé par des perturbations brutales et régulières.
Les facteurs favorisant la présence des adventices
La présence des adventices sur un terrain est influencée par plusieurs facteurs.
Conditions édaphiques et climatiques
Les espèces présentes sont adaptées au milieu naturel (climat et sol). Les matricaires, par exemple, sont indicatrices de sols limoneux, et la prêle de sols humides. Une modification radicale du milieu, comme le drainage ou le chaulage, peut réduire l’infestation par des espèces inféodées aux anciennes conditions. Un sol acide favorise la croissance de la mousse. Une zone très ombragée et un sol humide ne conviennent généralement pas à une pelouse, ce qui permet à la mousse d’y prendre plus facilement le dessus.
Le système de culture
Le système de culture a un impact majeur sur la flore adventice.
- Rotation des cultures : La répétition d’une même culture permet la multiplication des mauvaises herbes adaptées à son cycle. Inversement, la succession d’espèces cultivées de cycles différents fait que chaque espèce adventice ne peut pas grainer tous les ans. Les rotations, bien qu'un temps délaissées au profit des herbicides, redeviennent primordiales en raison des préoccupations environnementales et de la multiplication des souches résistantes.
- Techniques culturales : Les labours et façons superficielles avant le semis détruisent les adventices levées. À l'inverse, le passage au non-labour ("Techniques culturales simplifiées") peut entraîner l'infestation par des Bromes, auparavant négligeables car très sensibles à l’enfouissement par le labour.
- Dates de semis et de récolte : Le colza, le blé d’hiver, la betterave et le maïs n’ont pas les mêmes mauvaises herbes car ils ne sont pas semés et/ou récoltés aux mêmes dates, et la plupart des espèces adventices ont des périodes de levées limitées dans le temps.
La dissémination
Les adventices se reproduisent et se répandent de différentes façons :
- Vent et eau : Le ruissellement et les inondations transportent de grandes quantités de graines. Les pissenlits sont un exemple classique de mauvaises herbes qui se propagent de cette façon.
- Animaux : Les graines de certaines espèces s’accrochent au pelage d’animaux (Römermann et al., 2005) ; d’autres résistent à la digestion et se retrouvent dans les déjections, rejetées à un autre endroit (Pleasant & Schlather, 1994).
- Activités humaines :
- Fumier : Contient des graines que le passage dans le tube digestif du bétail n’a pas détruites.
- Semences mal triées : Une source importante de dissémination, même entre l’Ancien et le Nouveau Monde.
- Engins agricoles : Les pneus ou les outils de travail du sol transportent des graines mêlées à de la terre. Les moissonneuses-batteuses non nettoyées sont les principaux outils disséminateurs, pouvant transporter des dizaines de milliers de graines. Des moissonneuses-batteuses équipées de systèmes de triage des graines, qui étaient ensuite brûlées, ont existé autrefois, et certains constructeurs en proposent à nouveau malgré le poids de tels dispositifs sur les très grosses machines actuelles.
- Déchets de tonte : Les morceaux de tige des déchets de tonte de la Véronique filiforme, qui ont des nœuds, produisent des racines et se reproduisent.
Résistance aux herbicides
L’apparition de populations résistantes aux herbicides résulte le plus souvent de la sélection par des traitements répétés d’individus qui, par hasard, intègrent des gènes de résistance. Des croisements interspécifiques entre plantes cultivées et espèces adventices taxonomiquement proches (colza et crucifères sauvages, par exemple) sont également une cause possible d’acquisition de la résistance à ces herbicides, notamment là où des variétés génétiquement modifiées, intégrant des gènes de tolérance aux herbicides non sélectifs, sont cultivées.
Les impacts des adventices sur les cultures et les jardins
Les adventices sont souvent perçues comme nuisibles principalement en raison de leur concurrence avec les espèces cultivées.
Compétition pour les ressources
La compétition s’exerce sur différents facteurs essentiels à la croissance des plantes :
- Lumière : Les mauvaises herbes peuvent "surmonter le grain nouvellement levé" (Estienne, 1565) ou "prendre le dessus du blé" (Duhamel du Monceau, 1750), privant les cultures de lumière.
- Eau : Si les mauvaises herbes absorbent toute l'eau, il n'en restera plus pour la nourriture de la plante cultivée.
- Nutriments : En agriculture biologique, lorsque la disponibilité en azote est limitée, la compétition pour la nutrition minérale peut être intense. Le chardon crépu, le plantain et le pissenlit sont des exemples d'espèces qui entrent en compétition avec les autres végétaux (y compris le gazon) pour les nutriments.
Les mauvaises herbes réduisent la quantité récoltée. "Entant que bien souvent les méchantes herbes suffoquent les bleds, (…). Par ainsi ne faut s’ébahir si la plupart des épis sont vides, & sans grain quelconque, & si les autres ne viennent à leur perfection, & maturité." (Gallo, 1572). La présence de ces plantes indésirables peut réduire jusqu'à 30 % les rendements des légumes et affaiblir le gazon.
Impact sur la qualité de la récolte
Les adventices peuvent également affecter la qualité des récoltes :
- Goût et santé animale : Les graines étrangères mêlées à l'avoine "dégoûtent le cheval" et "diminuent beaucoup de sa bonté", voire sont "pernicieuses à la santé du cheval, & qu'on doit regarder comme autant de poisons" (Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, 1757).
- Fermentation et moisissures : L’humidité d’adventices encore vertes peut faire fermenter ou moisir les grains avec lesquels elles sont récoltées, pouvant produire des mycotoxines.
- Exigences techniques : Certaines productions exigent une propreté particulière de la récolte. La présence d'un fragment de mauvaise herbe dans une boîte de haricots peut remonter jusqu'à l'agriculteur.
Maladies et parasites
Certaines espèces de mauvaises herbes abritent des maladies ou parasites dont elles permettent la multiplication ou le maintien d’une année sur l’autre.
Esthétique et sécurité
La verdure qui pousse dans les joints des dalles de votre terrasse ou des allées de votre jardin a le chic pour défigurer votre extérieur. La végétation peut également compromettre la sécurité (sol glissant, visibilité) ou causer des problèmes de santé (pollens allergènes, plantes irritantes). Les plantes envahissantes ou traçantes peuvent empêcher le développement d’autres espèces, nécessitant alors leur confinement ou leur élimination complète.
Les bienfaits insoupçonnés des adventices
Malgré leur réputation, les adventices ne sont pas toujours "mauvaises" et peuvent avoir des côtés positifs et bénéfiques pour les humains et l'environnement.
Protection du sol et amélioration de sa structure
Les adventices peuvent protéger le sol contre l’érosion en le couvrant. Par leurs racines profondes, elles peuvent ouvrir la voie à celles des cultures et faciliter le drainage. Certaines remontent des oligo-éléments à la surface. Le saviez-vous ? Les adventices se développent sur des sols nus, leur rôle est de ne pas laisser un sol sans couvert végétal. Ainsi, elles évitent le phénomène d'érosion, le lessivage du sol, des changements physiques dus aux intempéries.
Abri et ressources pour la biodiversité
Ces plantes peuvent abriter des auxiliaires des cultures, leur floraison peut constituer une ressource pour des insectes pollinisateurs, et leurs graines peuvent être consommées par des carabes (dont certaines espèces sont à la fois granivores et prédateurs de limaces). Elles sont une ressource alimentaire essentielle pour la biodiversité (papillons, autres insectes, oiseaux). Le lamier pourpre, par exemple, attire les pollinisateurs comme les abeilles et les bourdons. Les abeilles et autres créatures apprécient la variété qu'offrent les mauvaises herbes.
Bio-indicateurs du sol
Les mauvaises herbes sont de très bonnes indicatrices de la nature et de la qualité du sol. Leur caractère spontané les rend très intéressantes.

- Sol fertile : Ortie, gratteron, lamier, bourrache, véronique, mouron des oiseaux, cirse champêtre, fumeterre, laiteron, pissenlit, séneçon.
- Sol pauvre : Coquelicot, oseille.
- Sol acide : Espargoutte, oseille, plantain, renouée des oiseaux.
- Sol alcalin : Pensée sauvage, oreille de mulot, coquelicot, sanve.
- Sol compacté : Graminée, camomille sauvage, potentille ansérine, rumex. Ces plantes poussent en terre tassée, souvent piétinée.
- Sol mal drainé : Prêle des champs, chardon, renoncule rampante, potentille ansérine, tussilage, oseille, fleur-de-coucou, langue d'oie, fausse morgeline, sauge, mousse.
- Sol riche en azote : Chiendent, céraiste commun, lamier pourpre, liseron.
Apports nutritifs pour le sol
Ces plantes bio-indicatrices peuvent également enrichir la terre en nutriments indispensables.
- Pissenlit : Fer, sodium, potassium, phosphore.
- Fougère : Azote, potassium, soufre.
- Prêle des champs : Potassium, phosphore, calcium, silice, fer, magnésium.
- Potentille ansérine : Fer, calcium, magnésium.
- Grande ortie : Calcium, cuivre, fer, potassium, azote.
- Camomille sauvage : Fer, calcium, phosphore, soufre.
- Chiendent : Potassium, silice, chlore, molybdène.
- Achillée millefeuille : Fer, calcium, potassium, cuivre, phosphore, azote, soufre.
Stratégies de gestion des adventices
La gestion des adventices est un défi constant pour les jardiniers et les agriculteurs. Les moyens d'action doivent varier selon la nature du sol et surtout selon le mode de végétation des plantes.
Prévention de l'apparition
La prévention est la première étape pour limiter la croissance des plantes indésirables.
- Paillage : Une couche de paillis de 5 à 10 cm bloque la lumière et étouffe les jeunes pousses. Différents matériaux peuvent être utilisés : copeaux de bois (durée : 2-3 ans), paille de lin (durée : 1 an), BRF (bois raméal fragmenté, durée : 3 ans), carton non imprimé (durée : 6 mois). Pour les allées de jardin, un paillis minéral (galets, graviers) limite l’entretien.
- Rotations de cultures : Alterner les familles de légumes perturbe le cycle des adventices. Par exemple, tomates (solanacées) une année, carottes (apiacées) l'année suivante, puis courges (cucurbitacées).
- Couverture du sol : Un sol nu est une invitation aux mauvaises herbes. Il est essentiel de couvrir le sol avec des engrais verts (moutarde, phacélie) en automne, des plantes couvre-sol (lierre terrestre, pervenche) dans les zones ombragées, ou un gazon dense (semis de regarnissage après scarification). Pour un massif fleuri facile à entretenir, associer des vivaces couvre-sol comme les géraniums vivaces est efficace.
- Intervention précoce : Intervenir dès l’apparition des premières feuilles est crucial. Un désherbage hebdomadaire pendant la saison de croissance réduit de 90 % le stock de graines dans le sol en 2 ans.
- Équilibre du sol : Un sol équilibré favorise les plantes cultivées. Analyser son sol tous les 3 ans permet de corriger les déséquilibres : apport de sable et compost pour les sols argileux, tourbe ou compost pour les sols sableux, chaulage pour les sols acides.
- Choix judicieux : Lors de la conception du jardin, un choix bien réfléchi des surfaces dures, des associations de plantes et des densités de plantation peut fortement limiter la croissance des plantes indésirables.
Méthodes d'élimination mécaniques
Ces techniques sont souvent efficaces, durables et peu coûteuses.
- Désherbage manuel : Retirer autant que possible les plantes indésirables avec leurs racines, de préférence avant qu’elles n’aient formé des graines. Cette méthode est très efficace et durable. Pour les pissenlits, l'utilisation d'outils spécialisés comme l’arrache-racines en spirale est recommandée. Pour les orties, une fourche de jardin est utile pour ameublir la terre et soulever les racines. Le chiendent peut être arraché à la main, bien que laborieux. Le mouron blanc, avec ses racines peu profondes, s'arrache facilement.
- Binage et taille régulière : Affaiblissent les mauvaises herbes, surtout celles qui se propagent par graines, en les attaquant avant qu'elles ne fleurissent ou que les fleurs n'arrivent à maturité.
- Tonte :
- Tonte régulière : Évite la formation de graines, notamment pour la renoncule rampante et les pâquerettes.
- Fauche différenciée : Consiste à varier la fréquence et les zones de tonte. Les zones moins utilisées sont tondues moins souvent, tandis que les zones plus fréquentées le sont plus régulièrement. En laissant certaines zones non tondues, des fleurs restent disponibles en permanence pour les pollinisateurs.
- Tonte haute (6-8 cm) : Pour le trèfle blanc et le lamier pourpre, elle permet d'affaiblir les plants.
- Outils mécaniques : Balayeuses ou brosses rotatives, herses fixes ou rotatives, débroussailleuses sont conçues pour enlever ou couper mécaniquement les plantes indésirables. Elles sont efficaces sur des surfaces planes et peu encombrées, principalement sur des surfaces imperméables ou peu perméables (pavés, klinkers).
Méthodes d'élimination thermiques
Ces techniques visent à provoquer un choc thermique aux plantes et dessécher leurs parties aériennes.
- Eau bouillante : Verser de l'eau bouillante (de cuisson des pâtes, pommes de terre, légumes) sur de petites surfaces suffit à détruire quelques plantes en 2 secondes par plante.
- Désherbeur thermique : Efficace contre les plantes basses sur des surfaces durcies comme les allées en gravier. Nécessite souvent plusieurs passages par an. Attention aux risques d'incendie en période de sécheresse.
Amendements du sol
La modification du pH ou de la structure du sol peut limiter la croissance de certaines adventices.
- Chaulage : L'épandage de chaux peut stimuler la croissance du gazon et affaiblir les mauvaises herbes (comme la renoncule rampante) en modifiant le pH du sol. Un amendement calcaire est recommandé pour lutter contre la prêle des champs.
- Aération du sol : Améliorer l'aération et prévenir l'engorgement du sol empêche la propagation de certaines mauvaises herbes.
Autres stratégies
- Bâche noire : Recouvrir des zones envahies de morceaux de carton pour priver de lumière les rhizomes (comme le chiendent). Un paillis de carton recouvert de compost bloque la germination de l'amaranthe réfléchie. Une bâche noire pendant 6 semaines peut épuiser les réserves de la renouée persicaire.
- Compostage : Les racines des mauvaises herbes doivent être compostées avec prudence. Il est recommandé de les jeter dans une poubelle de jardin destinée au compostage industriel ou de s'assurer qu'elles sont déchiquetées avant le compostage pour éviter la germination. Les mauvaises herbes qui ont fleuri peuvent également produire des graines capables de germer. Pour de grands volumes non compostables, la mise au rebut dans un centre de recyclage ou un point de collecte local des déchets verts est appropriée.
Utilisation des légumineuses dans la gestion des adventices
Les légumineuses, en tant que plantes, ont des caractéristiques spécifiques qui peuvent les rendre intéressantes dans la gestion des adventices. Le trèfle blanc, une légumineuse, est un excellent exemple. Il fixe l'azote dans le sol, ce qui est bénéfique pour les pelouses pauvres en cet élément. Une tonte haute peut l'affaiblir, mais un apport de fer chélaté peut également donner de bons résultats. Pour une approche naturelle, semer du ray-grass anglais peut être une solution.
Les légumineuses sont également parmi les familles les plus représentées dans la flore adventice, avec 184 espèces recensées. Cela souligne leur capacité d'adaptation aux milieux cultivés et leur rôle dans la biodiversité des agroécosystèmes.

Les légumineuses parmi les adventices : un cas particulier
Les Fabacées ou Légumineuses représentent une famille importante parmi les adventices, comptant 184 espèces recensées. Leur présence n'est pas anodine et révèle des interactions complexes avec l'environnement et les pratiques culturales.
Caractéristiques des légumineuses adventices
Les légumineuses ont la capacité de fixer l'azote atmosphérique grâce à une symbiose avec des bactéries rhizobiums, enrichissant ainsi le sol en azote. Cette caractéristique peut être un avantage compétitif dans certains environnements.
Le trèfle blanc ou rampant (Trifolium repens) est un exemple emblématique de légumineuse adventice. Il se distingue par ses feuilles à trois folioles souvent marquées d'une couronne blanche et ses fleurs blanches en pompons. Il est vivace et se reproduit par graines et stolons, formant un tapis. Il est particulièrement présent dans les zones pauvres en azote et tolère les tontes rases, ce qui explique sa dominance dans certaines pelouses. Sa capacité à fixer l'azote est bénéfique pour les pelouses pauvres, mais il peut être considéré comme une mauvaise herbe s'il envahit le gazon.
La luzerne lupuline (Medicago lupulina) est une autre légumineuse annuelle d'été rampante, avec des feuilles composées de 3 folioles en forme d'œuf et des fleurs jaunes en grappes. Elle préfère les zones pauvres en nutriments, sèches et en friche.
Gestion des légumineuses adventices
Pour le trèfle blanc, une tonte haute (6-8 cm) peut l'affaiblir. Un apport de fer chélaté peut également donner des résultats en 2 semaines pour limiter son développement. Pour une approche naturelle, semer du ray-grass anglais peut aider à concurrencer le trèfle.
La présence de légumineuses comme le trèfle dans le gazon peut indiquer une surfertilisation en azote dans certains cas, ou au contraire, compenser un déficit en azote en fixant cet élément dans le sol. Il est important d'identifier correctement les causes de leur présence pour adapter les méthodes de gestion.
Identification des adventices courantes dans les pelouses françaises
Pour une lutte ciblée et efficace, la reconnaissance des types de mauvaises herbes est fondamentale.
Graminées indésirables
- Digitaire filiforme : Annuelle d'été, feuilles étroites et couchées, inflorescence en grappes spiciformes. Se reproduit par graines uniquement.
- Digitaire sanguine : Annuelle d'été, croissance dense et étirée, feuilles larges avec poils dressés. Se reproduit par graines et enracinement aux nœuds. Indicatrice d'un sol compacté et sec.
- Panic pied-de-coq : Annuelle d'été, graminée semi-couchée formant une rosette touffue, croissance érigée. Résistante à la sécheresse. Se reproduit par graines. Généralement présente dans les sols humides et riches.
- Eleusine pied-de-poule : Annuelle d'été, rosette prostrée, feuilles minces et argentées. Se reproduit par graines, germe avec des températures du sol supérieures à 18°C. Présente dans les zones sèches, sols compactés et gazons tondus ras.
- Chiendent : Vivace, croissance érigée, feuilles étroites, système racinaire puissant à base de rhizomes. Se reproduit par graines et de multiples rhizomes. Présente dans les pépinières, jardins, pâturages, friches et champs.
- Paturin annuel : Cycle annuel d'hiver ou vivace à cycle court, feuilles vert clair, système racinaire superficiel. Se reproduit par graines. Se retrouve fréquemment dans les pelouses.
Dicotylédones indésirables
- Euphorbe maculée : Annuelle d'été, croissance en tapis dense et plat, feuilles opposées avec tache pourpre au centre. Se reproduit par graines. Préfère les sols secs et sablonneux, sols déformés et compactés.
- Renouée des oiseaux : Annuelle d'été, tiges rampantes et ascendantes, feuilles vertes/bleues alternes. Se reproduit par graines. Se développe dans les sols compactés, particulièrement dans les zones piétinées.
- Céraiste commune : Vivace, tiges formant un tapis dense, feuilles oblongues couvertes de poils, petites fleurs blanches. Se reproduit par graines. Présente avec tonte rase de la pelouse et à l'ombre.
- Lierre terrestre : Vivace et rampante, tiges longues et carrées avec racines aux nœuds, petites feuilles en forme de rein ou de cœur. Se reproduit principalement par les tiges qui s'étendent et prennent racine. Présente dans les pelouses, champs, bords de routes, jardins, forêts, vergers et friches.
- Oxalis : Vivace et turgescente, feuilles composées de 3 folioles en forme de cœur, petites fleurs jaune vif. Se reproduit par graines et rhizomes. Présente dans les pelouses et les endroits pauvres, tolère un large éventail de sols et de conditions.
- Plantain lancéolé : Vivace, feuilles étroites en rosette basale, inflorescences cylindriques. Se reproduit principalement par les graines et les nouvelles tiges de la base. Présente dans les pelouses, champs, vergers, bords de routes, prairies et friches.
- Plantain majeur : Vivace, rosette basale avec feuilles ovales, hampes florales dressées. Se reproduit par graines et division de la souche. Présente dans les zones avec un entretien faible à élevé, champs, pépinières et vergers. Préfère un sol humide riche en nutriments.
- Petite oseille : Vivace, feuilles formant une rosette basale (jeunes ovales, vieilles en forme de flèche), racines et rhizomes très développés. Se reproduit par graines. Souvent dans les pelouses avec un pH bas, un mauvais drainage et faible fertilité.
- Pissenlit commun : Vivace, grande rosette basale avec longues feuilles dentées, racine pivotante, fleurs jaunes vives. Se reproduit principalement par les graines volantes et parfois par les racines. Présente dans les pelouses, pâturages, routes, vergers, jardins, friches et champs cultivés.
- Trèfle blanc ou rampant : Vivace, feuilles à trois folioles, fleurs blanches, tiges rampantes à stolons. Se reproduit par graines et stolons. Présente dans les zones pauvres en azote, dominante dans les zones sèches, tolère les tontes rases.
- Véronique filiforme : Pérenne et couchée à croissance latérale, feuilles opposées, petites fleurs bleu clair ou violettes. Se reproduit végétativement par les morceaux de tige. Présente dans les pelouses, terrains de golf, parcs, préfère les zones d'ombre, humides et fraîches.
- Souchet comestible : Ressemble à une graminée, feuilles de base brillantes, étroites et jaunâtres, tiges triangulaires. Se reproduit principalement par les tubercules et produit également des graines viables. Présente dans les pelouses, champs, bords de routes, jardins et friches. De préférence dans les sols sablonneux et les zones humides.
- Lamier embrassant : Annuelle et vivace sous certaines conditions, feuilles supérieures entourant la tige, fleurs en forme de trompette, rose à pourpre. Se reproduit par graines. Présente dans les pelouses, champs, vergers, pépinières, jardins, pâturages, prairies, bords de routes et friches. Préfère les sols fertiles, riches et frais du début du printemps à l'automne.
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