L'Affaire Prunier : Entre symboles sportifs et polémiques administratives

L'histoire des « Prunier » dans la sphère publique française révèle deux facettes distinctes de la gestion des crises, qu'elles concernent le milieu du sport professionnel ou celui de la haute administration policière. Ces deux dossiers, bien que portés par des homonymes aux parcours radicalement différents, illustrent la manière dont une décision individuelle ou un comportement perçu comme inapproprié peut cristalliser des tensions sociales, corporatistes et médiatiques.

Le TFC et l'ombre de William Prunier : Une rupture mal vécue

Samedi soir au Stadium. Le Mans est là mais ça ne tourne pas au rond dans l'enceinte. L'atmosphère est même carrément pesante avant la rencontre. Un supporter de longue date, triste comme un TFC sans victoire, nous glissera d'un ton empreint de mélancolie : « la sono devrait passer la chanson de Gold : capitaine abandonné. » William Prunier n'est pas là. Mais son nom est sur toutes les lèvres.

Les supporters n'ont pas digéré « l'accord à l'amiable » et on peut ainsi lire : « merci l'hypocrisie : un air de famille ? », « Entre tristesse et colère », « Mombaerts rends-nous la Prune », « 15 minutes de silence pour un mec en or ». Ces quinze minutes dureront en fait 13 minutes 55. Une grève des encouragements comme cela se pratique de plus en plus souvent dans les stades.

Ambiance dans les tribunes d'un stade de football lors d'une manifestation de supporters

Jean-Philippe Dinh, président du Viola club toulouse, le club de supporters le plus important, s'explique : « on a tenu à exprimer notre mécontentement. On a l'impression qu'on s'est débarrassé de William Prunier. Il a tant donné au club qu'il méritait autre chose. C'est scandaleux. Quand je l'ai vu partir avec ses poches plastiques, on aurait dit un intérimaire qui vient de finir sa mission. Ce n'est pas la notion de respect que l'on a. Sur ce coup, les dirigeants ont été dignes de leurs prédécesseurs. Il y a des choses qu'on n'admet pas. »

Les supporters n'ont en fait pas oublié le parcours de William Prunier dans le club. Cette fonction de protecteur et d'éducateur qu'il a développé auprès des pitchouns au fil des rencontres de National, de Ligue 2 et Ligue 1. Un mécontentement qui a été général dans les associations de supporters et qui s'est organisé sans aucun mot d'ordre. Les motifs techniques évoqués ces derniers temps pour justifier sa mise à l'écart ne suffisent pas à calmer les supporters.

Mais Jean-Philippe Dinh a travaillé avec les supporters pour ne pas déstabiliser son remplaçant Issou Dao : « quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu'il a la gale. Depuis un mois et demi, on s'est privé de quelqu'un qui a été une des forces vives du club. Issou Dao, on le respecte, c'est l'avenir. Je suis allé voir Dao pour lui expliquer que le message, ce n'était pas : Dao dehors, William sur le terrain. Issou l'a bien compris. » « Prunier méritait-il ça », c'est lundi prochain au Café des sports.

La gestion de l'espace public et les privilèges : Le cas Philippe Prunier

À l'opposé de l'émotion sportive, une affaire administrative dans le XVe arrondissement de Paris a suscité une indignation d'un tout autre ordre. Nature de l'affaire : fuite d'eau. Elle est racontée par un procès-verbal que nous nous sommes procuré, dressé samedi 18 novembre. Ce matin-là, Philippe Prunier, inspecteur général de la police nationale, est contrarié : il ne peut pas prendre sa douche. Il file chez sa gardienne, qui lui confirme que l'arrivée d'eau a dû être coupée dans tout l'immeuble - un beau bâtiment du quartier Convention, dans le XVe arrondissement de Paris - à cause d'une fuite dans un appartement du septième étage.

Le procès-verbal précise que « l'eau coulait depuis 3 heures du matin », s'infiltrant dans les parties communes et dans un appartement du sixième étage. Le ou la locataire n'était pas joignable et la gardienne n'avait pas de double des clés. Philippe Prunier ne compte pas en rester là. Directeur adjoint de la DSPAP (Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne), il contacte un équipage du commissariat du XVe.

Schéma illustrant l'intervention de services de secours dans un contexte résidentiel

Agacé, le directeur adjoint de la DSPAP, à la tête de 18 000 policiers, demande alors à un équipage du commissariat du XVe d'intervenir pour régler la situation. « Sur ordre hiérarchique », précise le procès-verbal, les trois fonctionnaires se rendent sur place et constatent que la fuite est si légère que « les sapeurs-pompiers ont refusé de se déplacer ». Les policiers auraient cherché en vain une vanne extérieure pour couper l'arrivée d'eau dans l'appartement d'où partait la fuite. Durée de l'intervention : 25 minutes. Finalement, la situation ne sera rétablie qu'aux alentours de 19 heures.

Le tract du syndicat Alliance, qui s'est saisi de l'affaire, a été cinglant. Contacté par nos soins, l'intéressé n'a pas répondu à notre demande d'interview. Le syndicat a dénoncé la situation : « Tu auras la chance d'avoir 4 fonctionnaires (3 en réalité, NDLR) de police mobilisés pour venir couper l'arrivée d'eau d'un appartement (…) dont les dégâts ne génèrent même pas le déplacement des sapeurs-pompiers. A coup sûr, tout l'immeuble pourra prendre sa douche ! » Le tout coiffé d'un titre assassin : « L'abolition des privilèges, c'est pas pour

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