L’incroyable variété de motifs et tissus en Inde constitue un patrimoine exceptionnel. Le sous-continent indien bénéficie en effet de plusieurs millénaires d’expertise dans le domaine des arts textiles. Aujourd’hui, une myriade d’étoffes traditionnelles illustrent cet héritage culturel riche et métissé, allant des voiles de coton délicats aux soies sauvages les plus précieuses.

Les étoffes artisanales et techniques d'impression
Parmi les créations les plus appréciées, on trouve la magnifique indienne produite à la main à base de teintures naturelles. Sur un voile de coton léger, doux et confortable, ce tissu est conçu par sérigraphie manuelle ou hand block (tampon à main). Il peut présenter de légères différences de couleurs d'un coupon à un autre et des irrégularités ce qui lui donne toute sa singularité.
La fabrication d’un bloc d’impression s’effectue en plusieurs étapes grâce au travail minutieux de plusieurs artisans qualifiés, partant de la planche de bois au bloc finement sculpté. Une fois ciselés, les blocs d’impression de petite taille permettent d’imprimer des motifs floraux répétitifs sur des textiles vestimentaires. Cette technique est souvent associée à d'autres savoir-faire ancestraux comme le Bandhani, qui repose sur la méthode du tye and dye. Ce procédé de teinture par ligatures s’applique à des textiles tissés en soie ou en coton. Pour réaliser un motif Bandhani, le tissu est pincé et noué en de multiples points avant d’être teint à la cuve. Chaque mètre d’étoffe peut compter plusieurs centaines de ces petits noeuds, nommés bheendi.
Broderies et ornements : entre symbolisme et précision
L’Inde est également célèbre pour ses broderies complexes. Originaire du Rajasthan, la broderie Aari est traditionnellement un travail collaboratif confié aux hommes. Cette variété de broderie très raffinée, confectionnée au point de chaînette à l’aide d’un fin crochet, permet de réaliser des motifs complexes avec une grande précision. Les contours des motifs sont d’abord tracés à la craie sur le textile tendu sur un cadre, avant d’être brodés par plusieurs artisans à une allure vertigineuse.
La broderie Shisha, ou broderie miroir, est traditionnellement utilisée pour embellir des costumes et étoffes offertes en dot. Sous la forme de bannière, on lui prête la réputation d’éloigner les mauvais esprits des maisons. Cette variété de broderie très colorée a été introduite en Inde par les Moghols, qui l’utilisaient essentiellement pour orner des textiles décoratifs. Dans le même esprit de raffinement, l'art du Zari, importé par les Moghols, qualifie à la fois les fils de métal (or, argent et parfois cuivre) et les techniques qui reposent sur l’utilisation de ces fils. La variante la plus élaborée de broderie Zari se nomme Zardozi.

Soies sauvages et tissus d'exception
Le paysage textile indien est indissociable de ses soies. La soie Eri, surnommée « Soie de la paix », est produite dans le respect du monde vivant. Aucune chenille n’est sacrifiée pour sa production : les éleveurs attendent patiemment la fin de leur métamorphose pour prélever les cocons vides. Cette soie sauvage délicate originaire du Meghalaya se distingue par ses fibres courtes et sa couleur naturelle, d’un somptueux beige doré mat.
Dans l’état de l’Assam, ce sont les femmes qui tissent la soie sauvage et le coton. On y trouve une soie fine, brillante et très rare, parfois surnommée « Reine des soies » ou « Golden Silk » en raison de ses reflets dorés ou argentés. Peu poreuse, elle a la particularité de ne pas pouvoir être teinte ou blanchie, mais son éclat augmente au fil des lavages. Autrefois, porter cette soie d’exception était un privilège réservé aux membres de la famille royale. Parallèlement, la soie Kuchai, une soie traditionnelle originaire du Jharkhand, est certifiée d’origine biologique depuis 2008. La mode fait les yeux doux à ce tissu au profil durable, qui suscite l’engouement depuis quelques années, en Inde comme à l’étranger, où il est très apprécié par les connaisseurs.
La technique de l'Ikat : l'art du motif par le fil
Particulièrement représentative des tissus en Inde, la technique de l’ikat associe teinture et tissage. Les faisceaux de fils sont préalablement noués et teints, couleur par couleur, avant tissage (tye and dye), pour composer les motifs que l’on souhaite obtenir sur le textile fini. Il en résulte un effet de flou plus ou moins prononcé, lié à la difficulté d’obtenir un « raccord » parfait des motifs au moment du tissage.
Dans l’Andhra Pradesh et le Telengana, où sont fabriqués les célèbres saris Pochampally, les motifs des ikats locaux s’inspirent de toutes les régions d’Inde, mais aussi du Japon et d’Asie centrale. Très populaire pour ses motifs géométriques multicolores, le sari Pochampally tire aussi sa réputation de sa complexité. La confection de ce textile « double ikat » nécessite en effet de transférer les motifs sur les fils de chaîne ainsi que sur les fils de trame avant tissage. L’état d’Odisha est également réputé pour ses saris en soie, coton ou coton mercerisé tissés à la main et réalisés selon le procédé de l’ikat (aussi nommé Bandha kala).
Ikat Fabric Process - (Hyderabad)
Diversité régionale et spécialités locales
Chaque région du sous-continent apporte sa pierre à l'édifice textile. Les Mata-ni-pashedi typiques du Rajasthan sont des textiles peints à la main et ornés de scènes de vie d’une divinité populaire nommée Pabuji. Le Paithani, produit au sud-ouest de l’Inde, dans l’état du Maharashtra, est un textile tissé, uni ou à pois, orné d’une bordure et de motifs de paon. Dans le Pendjab et l’Haryana, on fabrique des Phulkari, châles de mariage traditionnels brodés de motifs floraux.
Dans l’Uttar Pradesh, l'expertise de la région de Vanarasi (Bénarès) bénéficie d’une réputation d’excellence. La réalisation d’un sari vanarasi orné de motifs paisley, de fleurs et de feuilles métallisées peut prendre plusieurs mois. À l'opposé, dans l’état du Sikkim, la communauté Lepcha est connue pour ses tissages traditionnels ornés de fines rayures. Le Phanek est un petit sari qui fait partie de la tenue traditionnelle des femmes du Manipur. Cette étoffe rayée en coton et soie est ornée d’une large bordure brodée. Le Pachra est un vêtement traditionnel féminin tissé à la main dans le petit état du Tripura. Le Puan est un pagne tissé traditionnel aux harures de jupe portefeuille. Ce simple rectangle de tissu originaire du Mizoram appartient à la grande famille des étoffes à draper indiennes.
Tapis, châles et artisanat utilitaire
Aussi connu sous le nom de Panja durries, ce textile très populaire dans le Nord de l’Inde est originaire de l’Haryana. La technique artisanale de tissage Panja est essentiellement utilisée pour réaliser des dhurries, des tapis réversibles en laine ou coton ornés de motifs complexes. Très appréciés pour leurs motifs multicolores, leur légèreté et leur facilité d’entretien, les dhurries se déclinent dans différents styles.
Les châles indiens les plus prestigieux restent les Pashminas, fabriqués à partir du duvet de poils de chèvres du Cachemire élevées dans l’Himalaya. Les châles Kullu sont les pièces tissées les plus représentatives de l’artisanat textile de l’Himachal Pradesh. Enfin, le support de la broderie Kantha est un tissu matelassé composé d’un assemblage de plusieurs épaisseurs de textiles usagés. On le décore ensuite en brodant différents motifs colorés à l’aide de fils récupérés, eux aussi, sur d’anciens vêtements. Ces multiples savoir-faire témoignent de la résilience et de la créativité inépuisable des artisans indiens qui, de génération en génération, continuent de transformer des fibres brutes en chefs-d'œuvre culturels.