L'agriculture contemporaine traverse une phase de transformation profonde, portée par des enjeux de durabilité, de préservation des sols et de gestion optimisée des intrants. De l'Occitanie aux Hauts-de-France, les exploitants adaptent leurs itinéraires techniques pour répondre aux contraintes climatiques et économiques. Cette analyse explore les dynamiques actuelles, des indicateurs de fréquence de traitement (IFT) aux nouvelles stratégies de couverture végétale et de fertilisation.
Dynamique des pratiques phytosanitaires et indicateurs de fréquence (IFT)
En Occitanie, les indicateurs de fréquence de traitement (IFT) se situent en dessous du niveau moyen de la France pour toutes les espèces. L’IFT total se décompose comme la somme des IFT herbicides, fongicides, insecticides, autres traitements au champ et les traitements de semence. En 2021, le soja est la culture qui est la moins traitée en Occitanie avec un IFT de 0,9. A l’inverse, le colza a le plus fort IFT, 5 en moyenne. Entre 2014 et 2021, les IFT du blé tendre, du triticale, du colza, du tournesol, du maïs fourrage et du soja ont une légère tendance à la baisse ou une relative stabilité.

Pour toutes les espèces cultivées en Occitanie, les produits phytosanitaires les plus fréquemment employés (nombre de traitements) sont les herbicides. Les fongicides sont utilisés principalement pour les traitements sur le blé dur, le blé tendre, les pois protéagineux, le colza et le triticale. Les traitements insecticides sont plus répandus pour le colza, les pois protéagineux et le maïs grain. En 2021, la majorité des surfaces cultivées en grandes cultures reçoit au moins un traitement, qu’il soit herbicide, fongicide ou insecticide. Selon les cultures, la part des surfaces recevant au moins un traitement varie de 63% pour le triticale à 99% pour le colza. Ce ratio est en diminution pour le blé tendre (passant de 93% en 2017 à 87% des superficies en 2021), pour le triticale (de 73% en 2017 à 63% en 2021), le tournesol (de 92% en 2017 à 86% en 2021), le maïs fourrage (de 95% en 2017 à 84% en 2021) et pour le soja (de 72% en 2017 à 50% en 2021).
Stratégies décisionnelles et lutte intégrée
Pour optimiser les pratiques de protection des cultures, la lutte chimique raisonnée est la plus répandue avec 74% des surfaces de grandes cultures. Cette lutte chimique varie de 45% des superficies de soja à 88% pour le colza. La seconde pratique que les agriculteurs mettent en place est le contrôle des rotations pour 68% des surfaces. Cette pratique varie de 86% pour les surfaces de pois protéagineux à 43% pour les surfaces de maïs grain. La part des surfaces avec au moins un désherbage mécanique post-semis en 2021 varie de 1,7 % pour le colza à 47,1 % pour le soja. Parmi les surfaces ayant au moins un désherbage mécanique post-semis, 9 % de celles-ci combinent également un usage d’herbicide pour le soja.
Les exploitants déclarent s’informer sur l’application des traitements phytosanitaires principalement grâce à la presse agricole et les médias spécialisées (71% d’entre eux), à la formation pour l’obtention du certiphyto (64%), le bulletin de santé du végétal (3 sur 10) et le portail écophytoPIC (1 sur 10). En matière d’interventions de protection des cultures, les exploitants réfléchissent en se basant principalement sur leur connaissance historique de la parcelle et leur expérience (88%), l’observation de l’état sanitaire général de la parcelle en cours de culture (87%) et les prévisions météorologiques dont le niveau des précipitations (81%).
Rotation des cultures et base de données
Fertilisants et gestion de l'azote en grandes cultures
La plupart des cultures sont fertilisées avec notamment au moins un apport d’engrais minéral. Le colza, le maïs grain et le blé dur sont des cultures qui ont toutes une fertilisation. A l’opposée, le soja et les pois protéagineux sont fertilisées seulement sur la moitié des surfaces. La fertilisation des surfaces par cultures reste stable entre 2017 et 2021 dans la répartition par type de fertilisant. Pour les surfaces ayant seulement un apport d’azote minéral, les quantités de fertilisant azoté varient entre 181 kg/ha pour le maïs grain (77% des surfaces) et 49 kg/ha pour le tournesol (77% des surfaces). Les apports de minéraux de phosphore, potassium et soufre sont nettement plus réduits que l’élément azoté.
Quand les surfaces sont fertilisées à la fois avec de l’azote sous forme organique et avec de l’azote minéral, les doses se complètent. Pour les surfaces en blé tendre fertilisées par les deux formes, la dose d’azote globale est de 199 kg/ha en moyenne, avec 71 kg/ha pour l’azote minéral et 129 kg/ha pour l’organique (6% de la surface). Pour le maïs grain, l’apport en azote organique vient compléter l’apport minéral, la quantité totale est alors de 304 kg/ha (22% de la sole).
Préservation des sols : attentes et réalités techniques
L'agriculture est un marqueur fort des paysages et de l’économie des Hauts-de-France. Elle valorise 68 % du territoire de la région, 16 points au-dessus de la moyenne hexagonale. Les Hauts-de-France concentrent la moitié des surfaces en betteraves à sucre de l’Hexagone, trois cinquièmes des surfaces en pommes de terre de consommation et deux tiers en pommes de terre d’industrie. Ils regroupent aussi les deux tiers des surfaces françaises en petits pois d’industrie et plus d’un tiers des surfaces françaises en haricots verts.
Trois objectifs principaux ont initialement décidé les agriculteurs interrogés à entrer dans une démarche de préservation des sols ou à s’y intéresser : améliorer le sol pour gagner en autonomie, diminuer les charges de mécanisation, et enrayer une érosion hydrique importante qui pourrait menacer la pérennité de l’exploitation.

L’ACS (Agriculture de Conservation des Sols) pure et parfaite est introuvable chez les enquêtés : on observe plutôt des jeux de pratiques adaptés aux objectifs et au contexte de chaque exploitation. S’ils n’arrêtent pas le travail du sol, les agriculteurs interrogés s’attachent pour la plupart à diminuer le nombre de façons culturales et à remplacer des labours par des opérations sans retournement des horizons. Pour limiter l’érosion lors des pluies d’orage, un producteur de pommes de terre d’industrie essaie le pré-buttage : après un passage de fissurateur, il forme les buttes et sème simultanément un couvert multi-espèces dès août voire dès la dernière décade de juillet.
Diversification des assolements et évolution des surfaces
La diversité des espèces cultivées est le seul pilier de l’ACS au sens de la FAO à être respecté dans toutes les exploitations visitées. Bien que diversifiées, les rotations ne présentent qu’une seule culture récoltée par an, différente d’une année sur l’autre en dehors de quelques cultures de blé sur blé. Un agriculteur engagé dans les pratiques de préservation des sols depuis 26 ans commence à essayer les rotations 2+2 pour tenter de perturber les levées des adventices.
Au 4 mai, les semis de maïs seraient en avance sur le calendrier habituel, avec 86 % de surfaces semées en France. La sole nationale de maïs grain est estimée en recul de près de 11 % sur un an. Des reports ont pu s’opérer vers d’autres cultures comme le tournesol ou le soja, dont les surfaces sont en hausse. Le rebond du tournesol et du soja serait plus mesuré, avec respectivement + 4,7 % et + 4,0 % sur un an. Les surfaces de tournesol seraient particulièrement dynamiques en Aquitaine, en Bourgogne-Franche-Comté et dans le Nord-Ouest, où la production reste toutefois très limitée. A contrario, en Poitou-Charentes et dans le Centre, principaux producteurs après Midi-Pyrénées, les surfaces seraient stables, voire en légère baisse. Cette tendance illustre la capacité d'adaptation des systèmes de culture face aux aléas de marché et aux impératifs agronomiques régionaux.
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