Agriculteur et arrosage : stratégies face aux heures chaudes et à la sécheresse

Le tandem sécheresse-canicule, avec des mois de juillet sans pluie et des flambées de températures en début août, met régulièrement à rude épreuve les exploitations agricoles, causant prairies grillées, maïs desséché et réserves fourragères mises à mal. Face à cette situation, il n'existe pas de solution miracle, mais une combinaison de solutions relevant de l’agronomie, des techniques d’irrigation et de la gestion de la ressource en eau. Cet article explore diverses approches pour les agriculteurs afin de mieux gérer l'arrosage et la résilience de leurs cultures et de leurs animaux face aux défis climatiques.

Effets de la sécheresse sur les cultures agricoles

Diversifier les cultures pour un sol vivant capable de retenir l’eau

La pratique qui consiste à garder les sols couverts toute l’année en diversifiant les cultures et en limitant au maximum le travail du sol est essentielle. Cette approche améliore la structure du sol, permettant aux plantes de s’enraciner plus profondément et d'utiliser l’eau avec plus d’efficacité. L'agriculteur vendéen François Mandin, des Magnils-Reigniers, pratique depuis vingt ans l’agriculture de conservation des sols, une méthode qui témoigne de l'efficacité de ces principes.

Les débris des couverts végétaux jouent un rôle crucial en nourrissant la microflore du sol, notamment des protozoaires et des petits nématodes. Ces organismes creusent des interstices dans le sol, créant une porosité idéalement calibrée pour stocker l’eau, comme le décrit un agronome. Le non-travail du sol permet aux champignons du sol de tisser leur réseau de filaments, lesquels sont interconnectés avec les racines des plantes. Dans cette relation symbiotique, les champignons apportent l’eau et les nutriments dont les plantes ont besoin.

L'effet parasol des semis à l'abri des couverts végétaux

Lorsque la température franchit la barre des 35 °C, la température dans un sol transformé en farine par le travail du sol peut atteindre 60 °C. En revanche, dans un sol non travaillé, elle se limite à 35-40 °C. Cette différence est significative pour la survie et le développement des cultures.

François Mandin explique que semer le maïs sous un couvert de légumineuses, telles que le pois fourrager ou les féveroles, écrasé au sortir de l’hiver et transformé en paillage, diminue l’exposition du sol au soleil. Cette technique limite l’évaporation de l’eau et permet aux pluies du printemps de s’infiltrer en douceur. Les espèces prairiales se fortifient à l’abri de ce couvert végétal, ensilé en juin, avant d’affronter leur premier été, ce qui renforce leur résilience.

Schéma de l'effet parasol des couverts végétaux

Planter des arbres pour créer un microclimat plus humide

L'agroforesterie représente une solution efficace pour atténuer les effets de la chaleur et de la sécheresse. Philippe Guillet, spécialiste de l'agroforesterie à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, observe que les animaux sont visiblement plus confortables sous les arbres durant l'été. Des relevés montrent qu'un arbre d’une quinzaine d’années, isolé dans un champ, peut réduire la température de 12 °C par rapport au plein soleil.

Cette réduction de température est vitale pour le bien-être animal et la productivité agricole. La température de confort est de 19 °C pour une vache laitière et de 24 °C pour une poule pondeuse en plein air. Sans ombrage, un coup de chaleur peut entraîner une chute de production de 4 % pour les vaches et de 8 % pour les pondeuses, selon les calculs de Philippe Guillet.

Les arbres atténuent également l’impact de la sécheresse sur les cultures. Leurs racines tiennent le sol, favorisent la migration de l’eau en profondeur et améliorent le stockage de l’eau. Le feuillage des arbres limite l’effet desséchant du vent. Dans les vignobles du sud de la France, face à des vendanges de plus en plus précoces et des taux d’alcool de plus en plus élevés dans les vins, les viticulteurs intercalent des haies dans les rangs de vignes. Les prairies entourées de haies sont moins pelées, démontrant l'efficacité de ces aménagements.

La résilience en agroforesterie, c’est quoi ?

Semer des prairies à flore variée plus robustes

La diversification des espèces est une stratégie clé pour renforcer la résilience des prairies. Le principe de la prairie à flore variée, expérimentée depuis 20 ans à Thorigné-d’Anjou, illustre cette approche en évitant de mettre tous ses œufs dans le même panier.

La ferme expérimentale angevine préconise un mélange de cinq espèces prairiales aux qualités complémentaires. Bertrand Daveau, ingénieur recherche et diffusion à la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou, souligne que ce pack de cinq plantes a traversé sans encombre un mois de juillet sans eau et la canicule du début août. Ces prairies ont même reverdi rapidement avec le retour des pluies, prouvant leur robustesse face aux épisodes de sécheresse.

Tirer profit des pluies du printemps et de l’automne

Pour compenser les pertes de maïs causées par la sécheresse estivale, la ferme expérimentale des Trinottières (Maine-et-Loire) s’apprête à tester une nouvelle stratégie. Manon Gillier, responsable de la ferme, envisage l’implantation d’un couvert végétal, comme le ray-grass de 18 mois ou l'avoine, après la moisson. Ce couvert serait ensuite pâturé par les vaches à l’automne et au sortir de l’hiver, permettant d'optimiser l'utilisation des ressources en eau et en biomasse disponibles en dehors de la période estivale.

Cycle de l'eau et saisons

Introduire de nouvelles espèces fourragères résistantes à la sécheresse

L'introduction de nouvelles espèces végétales adaptées aux conditions arides est une piste prometteuse. La ferme expérimentale des Trinottières a testé le sorgho pendant quatre ans, de 2009 à 2012. La conclusion a été claire : cette plante tropicale est beaucoup plus résistante à la sécheresse que son cousin le maïs. Sur une exploitation non irriguée, le sorgho permet de sécuriser l’alimentation du troupeau, comme l'affirme Manon Gillier.

À Thorigné d’Anjou, la ferme expérimentale continue d'innover en testant de nouvelles espèces fourragères prairiales résistantes à la sécheresse, telles que la chicorée, afin d'offrir aux agriculteurs des alternatives viables pour maintenir la production face aux aléas climatiques.

Mesure et optimisation de l'humidité du sol pour un arrosage ciblé

L'efficacité de l'arrosage repose en grande partie sur une connaissance précise de l'humidité du sol. Les sondes capacitives, par exemple, sont des outils précieux qui mesurent la réserve d’eau utile pour les plantes à différentes profondeurs du sol. Cette information permet aux agriculteurs d'adapter leurs pratiques d'irrigation, en apportant l'eau seulement quand et où c'est nécessaire, évitant ainsi le gaspillage.

En complément de ces mesures, l'innovation dans les systèmes d'irrigation est constante. L'enfouissement des tuyaux goutte à goutte à 40 cm de profondeur permet un arrosage directement sous les racines des plantes, optimisant l'apport en eau et réduisant l'évaporation de surface.

Bien que ces technologies soient prometteuses, des défis subsistent. La nouvelle génération des enrouleurs programmables en fonction des prévisions météo et de la vitesse du vent n’est pas encore largement commercialisée. De plus, la programmation d’un arrosage nocturne, bien que bénéfique pour réduire l'évaporation, pourrait mettre sous tension le réseau d’irrigation, nécessitant une infrastructure adaptée.

Schéma de l'irrigation goutte à goutte enterrée

L'irrigation avec les eaux usées issues des stations d’épuration

La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) est une solution innovante pour la gestion de la ressource en eau. À Montpellier, l’Inrae expérimente une filière de réutilisation des eaux usées traitées issues de stations d’épuration pour l’irrigation de cultures spécifiques telles que les vignes, la luzerne et les arbres fruitiers. Cette approche offre une source d'eau alternative précieuse, particulièrement dans les régions soumises à des stress hydriques importants.

Cependant, comme le souligne le chercheur Bruno Molle, il est crucial de ne pas négliger le volet de la gestion optimisée et parcimonieuse des ressources existantes. Plutôt que de s'engager dans une course à l'armement technologique coûteuse et énergivore, il est essentiel de privilégier l'efficacité et la sobriété dans l'utilisation de l'eau. Cela implique une combinaison de pratiques agronomiques résilientes, d'innovations technologiques ciblées et d'une gestion rigoureuse des ressources disponibles.

La résilience en agroforesterie, c’est quoi ?

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