Gérer la forêt durablement implique de valoriser et d'exploiter la ressource forestière, notamment en bois, tout en assurant la multifonctionnalité des forêts et le renouvellement des peuplements. Au cœur de cette gestion se trouve la plantation, une étape cruciale pour l'avenir des massifs forestiers. Ce guide, s'appuyant sur un important travail collectif et des repères fournis par des organismes tels que l'INRA, l'ONF, le FCBA, RITTMO-Agroenvironnement, l'ARAA et le CRPF, vise à apporter des connaissances sur la manière de prendre en compte la biodiversité dans la gestion durable des forêts, s'adressant aux professionnels et aux propriétaires forestiers.
L'Évolution des Densités de Plantation : Un Débat Constant
Les densités de plantation ont connu une évolution significative au cours des 50 dernières années. Alors qu'elles pouvaient atteindre 10 000 plants par hectare, elles sont aujourd'hui descendues à 2000, voire 1000 plants/ha et moins. Cette transformation a suscité des débats passionnés, et encore aujourd'hui, les partisans des fortes et des faibles densités s'affrontent. Il n'existe pas de méthode unique et universelle applicable partout et par tous, et il est essentiel de se méfier des discours formatés.

Les arbres, en effet, ont des comportements différents selon leur environnement. Isolés, ils ont tendance à développer de grosses branches et, pour les feuillus, à étaler leur houppier, à l'instar des fruitiers dans un verger. Pour les résineux, si la dominance apicale naturelle assure généralement la rectitude du tronc, l'isolement des arbres induit de très grosses branches et des troncs très coniques. C'est la compétition présente au sein d'un peuplement qui permet de pallier cette tendance spontanée et qui conduit les arbres à se développer en hauteur et à s'élaguer naturellement, ou à fabriquer des branches, et donc des nœuds, de plus faible diamètre.
Les Différentes Approches de Plantation et Leurs Implications
La gestion forestière moderne propose plusieurs approches de plantation, chacune avec ses propres avantages et contraintes. Le choix de la stratégie dépend de nombreux facteurs, y compris les objectifs du propriétaire, les conditions du site et les essences choisies.
Plantation à Faible Densité avec Accompagnement par le Recrû
Cette approche consiste à planter à une densité plus faible en tirant parti de la repousse naturelle, ou "recrû". La compétition nécessaire au bon développement des arbres est assurée par cette repousse qui "gaine" les arbres plantés. Les essences présentes dans le recrû peuvent également contribuer à alimenter le peuplement en arbres d'avenir, favorisant ainsi une plus grande biodiversité et une résilience accrue du peuplement. Cette méthode peut être particulièrement adaptée aux sites où la régénération naturelle est abondante et diversifiée.
Plantation à Faible Densité avec Peu de Recrû et Sylviculture Suivie
Dans ce scénario, la plantation se fait à faible densité, mais avec peu de recrû. L'action humaine se substitue alors à l'action naturelle de la compétition. Cela implique de mener une sylviculture d'arbre très suivie, avec une taille de formation et des élagages réguliers obligatoires. Cette méthode nécessite un investissement significatif en temps et en ressources de la part du propriétaire, qui doit appréhender sa capacité à réaliser les tailles et élagages nécessaires, soit lui-même, soit par délégation. Elle est souvent privilégiée pour des objectifs de production de bois de haute qualité, où un contrôle précis de la croissance des arbres est primordial.
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Facteurs Déterminants dans le Choix de la Densité de Plantation
Le choix de la densité de plantation n'est pas une décision à prendre à la légère. Plusieurs éléments doivent être étudiés finement avant de prendre une décision éclairée.
Antécédent Cultural et Qualité du Recrû
L'antécédent cultural de la parcelle influe principalement sur la quantité et la qualité du recrû. Un boisement de terres agricoles, où seule l'herbe sera présente entre les plants les premières années, est très différent d'un reboisement après coupe. Dans ce dernier cas, on peut espérer un accompagnement ligneux plus conséquent, ce qui peut influencer le choix de la densité de plantation et la nécessité d'interventions sylvicoles. Un recrû ligneux peut fournir la compétition nécessaire, réduisant le besoin d'une densité de plantation élevée.
Essences Introduites et Leurs Spécificités
Les feuillus et les résineux ont des réactions différentes face à l'isolement et à la compétition. Comme indiqué précédemment, les feuillus ont tendance à étaler leur houppier en l'absence de compétition, tandis que les résineux peuvent développer des troncs très coniques et de grosses branches. Cette distinction est cruciale pour déterminer la densité de plantation optimale. Pour les résineux comme l'épicéa et le sapin, les densités les plus courantes sont de l'ordre de 1 100 à 1 600 plants par hectare, voire 2 000 pour le sapin. Des plantations inférieures à 1 000 plants par hectare sont considérées comme de basse densité pour ces essences. Pour les feuillus sociaux comme le chêne et le hêtre, les densités avoisinent celles des sapins et épicéas. Cependant, pour certains feuillus, des densités de 400 plants/ha, voire moins, en complément de recrû, peuvent donner de bons résultats. Les cas particuliers des noyers, plantés à des densités faibles, ou des peupliers, plantés à densité définitive (soit 156 à 200 plants/ha selon la richesse du terrain), illustrent la diversité des approches.

Situation de la Parcelle et Disponibilité du Propriétaire
La situation de la parcelle (pente, exposition, etc.), la surface à reboiser, et la disponibilité du propriétaire sont également des éléments déterminants. Une plantation à basse densité, qui oriente vers une sylviculture d'arbre très suivie, nécessite un suivi très régulier. Le propriétaire doit donc être conscient de sa capacité à effectuer les tailles et élagages nécessaires, soit personnellement, soit en déléguant cette tâche à des professionnels. Le temps et l'engagement que le propriétaire est prêt à consacrer à son projet forestier sont des facteurs cruciaux pour la réussite de la plantation. Cette énumération n'est pas exhaustive, et le propriétaire doit consacrer du temps à étudier finement son projet avant de prendre sa décision.
L'Importance Fondamentale de la Qualité de la Plantation
La qualité de la plantation est un facteur très important de réussite. Même à forte densité, la qualité se doit d'être soignée. Une plantation bâclée, même avec un grand nombre de plants, peut compromettre la croissance future du peuplement et entraîner des coûts supplémentaires à long terme pour la correction des problèmes. Cela inclut le choix de plants de qualité, une préparation adéquate du sol, et des techniques de plantation rigoureuses.

La technique « 3B », par exemple, est une méthode efficace pour éliminer la végétation concurrente et décompacter le sol en une seule opération, contribuant ainsi à l'amélioration de la qualité de la plantation. Une bonne préparation du sol assure un meilleur enracinement et une meilleure absorption des nutriments, ce qui est essentiel pour la survie et la croissance des jeunes plants.
Définir les Seuils de Densité : Une Opération Délicate
Lorsque l'on parle de faibles ou de fortes densités, il reste à définir les seuils précis. C'est une opération délicate, car tous les intermédiaires existent, et la réalité du terrain est souvent nuancée. Pour fixer les idées, il est utile de se référer à quelques densités utilisables par grands groupes d'essences.
- Pour les résineux (épicéa, sapin) : Les densités les plus courantes se situent entre 1 100 et 1 600 plants par hectare, et peuvent aller jusqu'à 2 000 plants par hectare pour le sapin. Les plantations inférieures à 1 000 plants par hectare sont généralement considérées comme de basse densité.
- Pour les feuillus sociaux (chêne, hêtre) : Les densités avoisinent celles des sapins et épicéas.
- Pour certains feuillus avec complément de recrû : Des densités de 400 plants/ha, voire moins, peuvent donner de bons résultats.
- Cas particuliers : Les noyers sont plantés à des densités faibles, tandis que les peupliers sont plantés à densité définitive, soit 156 à 200 plants/ha, selon la richesse du terrain.
Cependant, la réflexion ne s'arrête pas au choix de la densité ; il faut ensuite définir le dispositif de plantation. Il n'y a pas de réponse unique en matière de choix de densité, mais il peut y avoir des choix inadaptés à une situation donnée. Le propriétaire a donc tout intérêt à ne pas négliger l'étape d'analyse et de réflexion approfondie, éventuellement en consultant des experts du CRPF ou d'autres organismes forestiers.
Le Rôle du Cemagref et la Stratégie Nationale pour la Biodiversité
Ce guide, réalisé par le Cemagref à la demande du Ministère de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, s'inscrit dans l'année 2010, année internationale de la biodiversité. Il s'est appuyé sur un important travail collectif dans le cadre du plan d'action « forêt » de la Stratégie Nationale pour la Biodiversité. L'objectif est de promouvoir des pratiques sylvicoles qui non seulement valorisent la ressource bois, mais aussi contribuent à la préservation et à l'enrichissement de la biodiversité forestière. Ce projet a été développé par l’équipe MGVF (Mission Gestion de la Végétation en Forêt) et est envisagé sur une période minimale de 5 ans, impliquant de nombreux organismes partenaires. La liste des partenaires a été actualisée au 8 octobre 2012, reflétant l'engagement collectif dans cette démarche de gestion forestière durable et respectueuse de l'environnement.