Bienvenue au rayon liqueurs et spiritueux ! Voilà encore un domaine où les moines ont initié de grandes choses, notamment en France. Dès le Moyen Âge, les abbayes étaient bien plus que des lieux de prière. Elles étaient aussi des centres de savoir, notamment dans le domaine de la santé. Ensuite, un peu plus tard au XIIe siècle, la distillation a été introduite en Europe par les érudits arabes. Par la suite, elle a été adoptée dans les monastères pour extraire les principes actifs des plantes. Ainsi sont nées les premières liqueurs monastiques, conçues comme des élixirs thérapeutiques. L'exemple le plus emblématique est bien sûr celui du monastère de la Grande Chartreuse, avec notamment l’élixir végétal de la Grande Chartreuse, la Chartreuse Verte et la Chartreuse Jaune. En effet, ces recettes sont issues d'un parchemin datant de 1605 ! Mais on pourrait aussi citer l'abbaye de Lérins, qui distille des liqueurs depuis les années 1890… Liqueurs & spiritueux d'abbayes à la mandarine ou à la verveine, au citron ou aux plantes : vous en aurez ainsi pour tous les goûts ! Fabriquées dans le silence de la prière des moines : voilà donc des spiritueux…
Les Origines Monastiques de la Distillation
L'histoire des liqueurs monastiques est intrinsèquement liée à l'évolution des savoir-faire monastiques à travers les siècles. Les abbayes, loin d'être de simples refuges spirituels, ont toujours été des foyers de culture, de savoir-faire et d'innovation. Au Moyen Âge, elles étaient des centres d'apprentissage, conservant et transmettant les connaissances anciennes, y compris dans le domaine de la botanique et de la pharmacopée. C'est dans ce contexte que l'art de la distillation, introduit en Europe par les érudits arabes au XIIe siècle, a trouvé un terreau fertile au sein des monastères. Les moines ont rapidement saisi le potentiel de cette technique pour extraire les principes actifs des plantes médicinales, transformant ainsi des remèdes rudimentaires en élixirs plus concentrés et efficaces.
Ces premières créations, conçues dans un but thérapeutique, sont à l'origine des liqueurs que nous connaissons aujourd'hui. Elles étaient le fruit d'une observation patiente de la nature, d'une connaissance intime des propriétés des plantes et d'une maîtrise progressive des techniques de distillation et de macération. Le silence de la prière, loin d'être un obstacle, a favorisé une concentration et une précision essentielles à l'élaboration de ces breuvages complexes.
La Chartreuse : Un Trésor Végétal Hérité des Siècles
La Chartreuse, liqueur emblématique, est le plus ancien et célèbre des spiritueux d’abbayes. Son histoire est enveloppée d'un mystère qui contribue à sa légende. Il trouve ses origines en 1605, lorsque le maréchal d'Estrées aurait remis la recette d’un “élixir de longue vie” aux moines de la Chartreuse de Vauvert, à Paris. Cette recette, d'une complexité remarquable, est restée longtemps inexploitée. Ce n'est que plus tard, en 1737, que le monastère de la Grande-Chartreuse, niché dans les Alpes françaises, entreprend sa fabrication, guidé par les instructions du moine apothicaire du monastère, frère Jérôme Maubec.
L’élixir végétal de la Grande Chartreuse, créé en 1764 selon la recette historique de 1605, témoigne de cette quête d'un remède universel. Au fil du temps, l'usage des liqueurs a évolué. Par exemple, à sa création en 1840, la Chartreuse Jaune se trouvait sur toutes les plus grandes tables d’Europe, y compris celle du tsar de Russie ! C’est de là qu’est venu son surnom : « la Reine des liqueurs ».
La Chartreuse Verte, dont la recette date de 1840, est le fruit de la macération puis de la distillation de 130 plantes et herbes. Elle titre à 55% de volume d’alcool et développe des notes distinctes de menthe, poivre, anis, citron et gingembre. La Chartreuse Jaune, quant à elle, offre une palette aromatique différente, souvent plus douce et florale.

Le Génépi, une autre spécialité emblématique, pousse uniquement entre 1500m et 3700m d’altitude. Toutes les autres armoises (fleurs de haute montagne) utilisées dans cette liqueur proviennent du vallon de la Chartreuse dans les Alpes.
La Chartreuse VEP (Vieillissement Exceptionnellement Prolongé) représente une version vieillie de la Chartreuse, verte ou jaune selon les cuvées. Ce vieillissement prolongé en fûts de chêne révèle des notes encore plus complexes et subtiles, témoignant de la patience et du savoir-faire monastique. La Liqueur du 9e centenaire, créée pour la première fois en 1984, commémore le 900e anniversaire de la fondation de l’Ordre des Chartreux en 1084 par saint Bruno. Sa bouteille rappelle celles utilisées au 19e siècle, tandis que le verre fumé, le bouchon en liège et le design de l’étiquette font référence aux enluminures des vieux parchemins du monastère, renforçant son caractère historique.
En 2005, la “Liqueur d’élixir 1605” a été créée pour commémorer les 400 ans de la remise du manuscrit de l’Élixir de Longue Vie. Cette liqueur s’inspire de la “Liqueur de Santé” ou “Élixir de Table” développée au début du 19e siècle, devenue en 1840 la Chartreuse Verte. La Chartreuse Jaune MOF (Meilleurs Ouvriers de France-Sommeliers) est une création plus récente, datant de 2008, née de la collaboration entre les Pères Chartreux et des sommeliers d’exception. Enfin, la "Liqueur du Foudre 147", commercialisée pour la première fois en 2019, vise à pérenniser le vieillissement de liqueur dans la plus longue cave à liqueur du monde à Voiron. Pour des raisons réglementaires, la production a dû être transférée à Aiguenoire, mais cette cuvée spéciale, issue d'un assemblage, continue son vieillissement dans le Foudre 147, perpétuant ainsi une tradition séculaire.
LA CHARTREUSE, LA REINE DES LIQUEURS ! Spi'Stache #1
L'Abbaye de Lérins : Un Savoir-Faire Insulaire au Service des Plantes
Sur l'île Saint-Honorat, au large de Cannes, se trouve l'abbaye de Lérins, un des plus anciens lieux monastiques de France, datant de l'an 400-410. L’activité historique de l’actuelle communauté de moines cisterciens est l’élaboration de liqueurs, et ce, depuis 150 ans ! Les moines possèdent une distillerie qu'ils font fonctionner depuis les années 1890 grâce à leur savoir-faire unique et à un matériel exceptionnel. Le moine liquoriste travaille encore aujourd'hui avec un alambic datant de 1948, un témoignage de la continuité des traditions.
La production se fait principalement durant l'hiver, période où les températures plus fraîches sont optimales pour la distillation. Deux frères coordonnent le travail, passant de 4h du matin à 16h de l'après-midi à la distillerie. Avant la distillation, les plantes doivent d'abord macérer dans l'alcool, un processus qui peut durer jusqu'à plus de trois mois pour la liqueur de verveine.
Parmi leurs créations, la Lérina Verte, élaborée depuis la fin du XIXe siècle, est composée de 44 plantes, dont une partie provient de l'île elle-même. La Lérina Jaune, créée en 1897, suit une recette similaire, utilisant également 44 plantes, dont certaines récoltées sur l'île. La liqueur de verveine, distillée depuis 1948/1949, met en valeur la verveine récoltée directement sur l'île. La liqueur de mandarine, dont la recette a été inventée en 1994, offre une touche fruitée et ensoleillée. Le Lérincello, une liqueur de citron inspirée du limoncello, est distillée depuis 2005 à partir de citrons de Menton bio, capturant l'essence de la Côte d'Azur. La liqueur Sénancole, bien que son nom évoque l'abbaye de Sénanque, est fabriquée à Lérins depuis 1969, perpétuant un lien historique et spirituel.
L'abbaye produit également de l'Eau de vie de Marc, un spiritueux traditionnel issu du marc de raisin.
Les Sœurs de Helfta : Une Nouvelle Vague de Tradition
En Allemagne, grâce à l'aide d'un frère d'une abbaye voisine, les huit sœurs cisterciennes du monastère d’Helfta se sont lancées en 2021 dans une activité de distillerie. C'est donc une production toute nouvelle et moderne, même si elle s'inscrit dans une longue tradition de distillation dans les monastères. Chez les sœurs, chaque cuvée (environ 600 bouteilles) porte un nom de pape différent, ajoutant une touche d'originalité et de profondeur historique à leurs créations.
Le Monastic Dry Gin est un exemple de leur savoir-faire : un gin classique à 42% d’alcool, frais et doux, avec de belles notes herbacées (basilic) et acidulées (orange/citron). La mélisse et le basilic proviennent du jardin du monastère d’Helfta, tandis que les agrumes sont issus d'un autre monastère cistercien du sud de la France. L'orge utilisé pour la production de l'alcool par distillation vient d'une autre abbaye en Autriche, symbolisant une collaboration et un échange de savoir-faire entre communautés monastiques.
L'Abbaye de la Maigrauge : Entre Tradition et Biologie
Les sœurs cisterciennes de l'abbaye de la Maigrauge, à Fribourg (Suisse), produisent notamment deux liqueurs emblématiques : l'Eau Verte et l'Eau de Noix. L'Eau Verte est un élixir de 20cL titrant à 55% de volume d’alcool. Elle est fabriquée à partir de plantes biologiques soigneusement sélectionnées et cultivées dans le jardin des sœurs. La recette daterait de 1798, une période où les Ursulines se seraient réfugiées à l'abbaye pendant l'invasion de Fribourg par les troupes révolutionnaires françaises, soulignant l'importance historique et la résilience de ces traditions.
L'Abbaye du Barroux : L'Amande Provençale en Liqueur
Certaines abbayes ont encore les forces vives (moines ou moniales), le savoir-faire, les finances ou encore le matériel pour distiller des liqueurs. Mais d’autres ne le peuvent pas, ou ne le peuvent plus ! À l'abbaye du Barroux, les moines bénédictins sont spécialisés dans la production de pain, de vin et d’huile d’olive, des produits fondamentaux qui rappellent les ressources disponibles au temps de Jésus. Cependant, ils proposent également l'Amelino de Madaleno, une liqueur distillée à partir de 65 plantes. Cette liqueur porte de belles notes d'amande, en écho au terroir provençal de l'abbaye. Ce digestif de 50cL titre à 40% de volume d’alcool et est entièrement naturel, sans colorant.
Des Douceurs Chocolatées aux Saveurs Monastiques
Autrefois, les moines de l'abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle (avec -ai- au début) fabriquaient dans leur atelier des sirops et des liqueurs. Aujourd'hui, d'autres abbayes ont développé des produits dérivés qui célèbrent les saveurs monastiques. Les "framboises savoureuses" de l'abbaye de Rosans (Alpes de Haute-Provence) sont composées à 57% de framboises fraîches, à 24% de sucre, et à 19% d’eau de vie de framboise, une explosion de fruits rouges. L'abbaye de Bonneval propose des "bouteilles à la liqueur" en chocolat, fourrées au rhum, à la liqueur de poire, ou à la liqueur d’orange, et enrobées de chocolat noir, une alliance gourmande. Quant aux "gros bouchons de l’abbaye d’Igny", ils sont composés d'un superbe chocolat noir fourré d’une belle ganache à base de gianduja, de marc de Champagne et de fine de la Marne, une expérience gustative riche et complexe.
Le Génépi : L'Étoile des Alpes
Le Génépi est sans doute la liqueur sur laquelle nous ne pouvons pas faire l'impasse lorsqu'il s'agit de spiritueux de montagne. Originellement fabriquée par des moines, sa naissance remonte au Moyen Âge. Toutefois, ce n’est qu’au XIXème siècle qu’apparaissent réellement les premières distilleries des Alpes, et que sa commercialisation se propage. La liqueur de Génépi est fabriquée à partir d’une plante qui appartient à la famille des Armoises, au même titre que l’Absinthe. Fleurissant de juillet à septembre, nous la retrouvons, principalement entre 2500 et 3200 mètres d’altitude, dans les moraines des Alpes. Cette même espèce de plantes regroupe d’autres variétés qui donneront naissance au Génépi Bleu, Génépi Jaune, Génépi Laineux et Génépi des Neiges, faisant ainsi varier sa couleur.

Cette boisson, très appréciée des skieurs, peut atteindre de 20 à 40° d’alcool. Il n’y a pas besoin de se questionner sur le meilleur moment pour la déguster, puisqu'elle est autant appréciée à l’apéritif qu’en digestif, voire même, dans les desserts ! Qui plus est, elle fait un très bon remède des petits maux du quotidien grâce à ses propriétés digestives et antiseptiques. Le génépi est idéalement apprécié en tant que digestif, offrant une expérience gustative unique après les repas. Pour savourer pleinement cette liqueur des Alpes, il est recommandé de la consommer pure et bien fraîche. Servi glacé, le génépi de Distillerie et Domaines de Provence révèle toute sa complexité avec des notes mentholées et épicées qui s’épanouissent en bouche. Cette méthode de dégustation permet de ressentir pleinement la profondeur de goût et la fraîcheur du génépi blanc Artemisia mutellina. Pour une touche originale, le génépi artisanal peut être servi sur un sorbet au citron ou à la poire, créant un "trou provençal" rafraîchissant. Cette association met en valeur la richesse aromatique de la liqueur tout en délivrant une note sucrée et acidulée. Une autre façon de déguster le génépi est de le verser sur un sucre pour réaliser un « canard », une tradition alpine qui accentue les saveurs mentholées et épicées de la liqueur.
Le génépi, associé à vos cocktails, apporte une touche alpine unique à vos créations. Sa saveur épicée et mentholée se marie parfaitement avec des spiritueux tels que le Gin XII, la vodka ou le champagne. Vous pouvez l'utiliser pour élaborer des cocktails originaux qui surprendront vos invités. Essayez des combinaisons innovantes, comme un cocktail génépi-martini ou un génépi fizz, pour une dégustation originale, sophistiquée et rafraîchissante.
L’alcool de génépi peut également être intégré dans diverses recettes révélant les saveurs de nombreux plats et desserts. Traditionnellement, il est utilisé pour relever des sauces et des marinades, en particulier pour accompagner les viandes grillées ou les plats de montagne. Pour une approche plus moderne, incorporez-le dans des desserts comme les glaces au génépi ou les sorbets, où il enrichit les saveurs avec ses arômes uniques et complexes.
Le génépi, incontournable liqueur des Alpes, est principalement composé d'alcool, d'infusions et de distillats de génépi blanc (Artemisia mutellina). Cette composition unique capture l'essence des plantes des Alpes, enrichissant la liqueur aux saveurs mentholées. Le génépi est réputé pour ses vertus digestives et tonifiantes. L’alcool de génépi possède un profil aromatique complexe, dominé par des notes herbacées, mentholées et légèrement florales. En bouche, cette liqueur des Alpes présente une attaque végétale suivie de saveurs épicées et mentholées, avec une longueur en bouche notable. Le génépi pousse principalement dans les régions alpines de France, à des altitudes supérieures à 2000 mètres. Les Hautes-Alpes sont particulièrement réputées pour la culture du génépi blanc, où les conditions climatiques et géographiques sont idéales pour cette plante précieuse. La récolte du génépi se fait généralement à la main, fin juin début juillet, dans les zones alpines où la plante pousse naturellement. Anciennement appelé le « Génépi du Père Matthieu », la recette n’a pas changé, elle est toujours issue de la macération et de la distillation de génépi de nos montagnes. La touche unique apportée par la Distillerie des Aravis réside dans les plantes de Génépi ajoutées dans la bouteille, dont l’apport est à la fois décoratif et gustatif.
La Liqueur des Aravis : Un Savoir-Faire Transmis de Père en Fille
En Haute-Savoie, au pied de la chaîne des Aravis, est produite la liqueur des Aravis. La recette de cette liqueur fut confiée, en 1878, à un marchand de vin d’Annecy qui en poursuivit la production. En 1955, son principal client, un commerçant au col des Aravis, devint acquéreur de la partie “alcool” de l’entreprise, qu’il transféra d’Annecy à la Clusaz. Aujourd’hui, sa petite-fille poursuit cette belle aventure ! Cette boisson au goût unique est issue de la distillation de plantes et de fleurs, d’armagnac et de sucre. Sa teneur en alcool, quant à elle, atteint les 40%. Enfin, la liqueur des Aravis est, le plus souvent, consommée en tant que digestif à la fin des repas. Nez doux, floral et à la fois épicé. En digestif ou allongée avec un jus d’orange frais, cette liqueur offre un voyage gustatif exceptionnel.
La Liqueur de Sapin : L'Essence des Forêts Jurassiennes
La liqueur de sapin se fabrique en Haute-Savoie, mais pas seulement. Les sommets des Alpes laissent ainsi, également, la place à ceux du Jura. La liqueur de sapin est fabriquée à partir des bourgeons de ce même conifère. À l’origine, les bourgeons de sapin étaient utilisés dans le cadre de préparations médicinales. Toutefois, en 1902, un distillateur d’absinthe de la distillerie Pierre Guy de Pontarlier, imagine en faire une boisson festive. Quelques années plus tard, son essor est fulgurant, puisque, les autorités publiques interdisent la consommation d’absinthe. Leur spiritueux préféré supprimé, les habitants de la région partent à la recherche d’un substitut.
Cette boisson à 40° d’alcool est ainsi issue de la distillation de bourgeons de sapin avec un mélange harmonieux de plantes aromatiques. S’ensuit l’infusion de jeunes pousses de sapin, des massifs du Jura ou des Vosges, dans cet alcoolat, qui va alors se charger en sève et se colorer. Pour réduire le volume d’alcool, du sirop de sucre et de l’eau distillée sont ensuite ajoutés. Cette liqueur verte se déguste généralement très fraîche, voire glacée, au moment de l’apéritif. La liqueur de sapin est typique de la Haute-Savoie, elle est réalisée à partir de bourgeons de Sapin récoltés au printemps. Servie à température ambiante ou bien fraîche, la liqueur de sapin est appréciée en période d'automne - hiver pour se réchauffer auprès d'une cheminée. A boire donc en digestif ou en apéritif allongé d’un petit vin blanc ou du jus de pomme !
L'Izarra : L'Étoile Basque aux Arômes Pyrénéens
Du côté des Pyrénées, c’est la fameuse liqueur de l’Izarra qui se retrouve dans les bars de toutes les bonnes stations de ski. L’Izzara, qui signifie « l’étoile » en basque, a été créée en 1906 à Hendaye par Joseph Grattau, botaniste et pharmacien. Il s'est inspiré d'une vieille formule datant de 1835. La liqueur est fabriquée à base de 13 plantes des Pyrénées, d'épices, d'une macération de pruneaux et de brou de noix et elle est devenue l’élixir végétal présent sur toutes les bonnes tables du Pays Basque. Elle connaît vite un succès jusqu'aux années 70. On conseillait les consommateurs en vacances dans les montagnes des Pyrénées de rajouter de la neige pour la refroidir et faire ressortir ses arômes. Aujourd'hui, elle peut être servie en cocktail ou en digestif et se présente sous deux formes : l'Izarra vert (40°) constituée de 16 plantes et l'Izarra jaune (40° aussi) composée de 13 plantes avec du miel et une macération dans l’alcool et l’Armagnac.
La Gentiane Suze : L'Amertume Raffinée des Alpes
Conçue initialement dans le Jura suisse le long de la rivière Suze au 19ème siècle, la liqueur d’origine est réalisée à partir de gentianes jaune (dont la moitié de racines sauvages) et de diverses plantes aromatiques macérées. C'est la gentiane qui lui donne cette couleur jaune très reconnaissable. À l’origine, un herboriste de la région aurait mis au point la formule de cette liqueur en la nommant « l'Or des Alpes » vendue à l’époque comme une eau-de-vie. Pour des questions de santé, l’herboriste ne pouvant plus la commercialiser vend sa formule à un distillateur français, Fernand Moureaux, qui décide de la produire à Maisons-Alfort. Commercialisée par la suite sous le nom de « Gentiane Suze », elle sera renommée « Suze » dès 1922. Elle deviendra ensuite un des emblèmes commerciaux du Tour de France dès 1933. La gentiane est un produit qui demande beaucoup de temps et de travail. Les producteurs de racine de gentiane les récoltent à la main puis elles sont nettoyées et découpées selon la tradition artisanale. La macération des racines de gentiane fraîches va durer 6 mois puis une dernière filtration est effectuée avant le conditionnement. Cette liqueur se sert fraîche avec ou sans glaçon pour profiter de sa douce amertume. Elle exalte aussi ses saveurs en association avec l’eau de Seltz, du tonic ou du jus d’orange. Cette eau de vie a un côté très terreux et amer, typique de cette plante. Idéal pour clôturer un repas copieux. Elle doit être servie très fraîche, presque glacée, pour mieux libérer la délicatesse du parfum des fruits.
L'Art de la Dégustation et la Sagesse Monastique
Si vous avez le bonheur d’avoir une liqueur monastique devant vous, alors votre devoir est de la savourer dans les règles de l’art ! La distillation est une étape cruciale dans la fabrication de ces spiritueux. Ce processus permet d'extraire les arômes subtils des plantes, en concentrant leurs essences pour obtenir une boisson puissante et parfumée. Chez Maison Noirot, par exemple, la distillation est réalisée avec soin par leurs aromaticiens, en respectant des méthodes ancestrales qui garantissent la pureté et l'intensité des arômes. Les fleurs de montagne, telles que celles utilisées dans les spiritueux des Alpes, jouent un rôle essentiel dans la création de ces liqueurs. Ces fleurs, qui prospèrent dans des environnements alpins, apportent des arômes délicats et distinctifs.
Récemment en 2023, les pères Chartreux ont annoncé limiter les volumes de production de leurs liqueurs, et développer davantage l’herboristerie et les tisanes BIO. Cet exemple, emblématique, témoigne de la sagesse monastique qui refuse la croissance infinie, et intègre toujours plus les contraintes de la nature, création de Dieu, dans son schéma économique. À l’abbaye de Lérins, la verveine doit macérer plus de trois mois dans l’alcool avant que la distillation ne puisse avoir lieu… c’est long ! Au monastère de la Grande Chartreuse, les pères ont même le luxe de faire vieillir leurs liqueurs dans de grands foudres de chêne. Pour certaines cuvées, en particulier la Chartreuse VEP, le vieillissement peut durer plusieurs années avant même que les bouteilles ne soient embouteillées.
Sur un marché de l’alcool très réglementé en France, barmen et grands chefs en sont les prescripteurs privilégiés. En montagne, si les liqueurs n’échappent pas à ces nouvelles dégustations, elles n’ont jamais été reléguées au placard. Bien au contraire. Véritables trésors régionaux s’exportant dans le monde entier pour les plus célèbres d’entre elles, à l’image de la Chartreuse Verte qui a plus de 250 ans, les liqueurs aux plantes de montagne font partie de son patrimoine culinaire.
La liqueur de montagne peut être issue de toutes les parties des plantes : fruits, baies, noyaux, fleurs, racines ou écorces. Les liqueurs de tradition française s’illustrent particulièrement par la Chartreuse, l'Izarra et le génépi, mais de nombreuses autres variétés insoupçonnées existent. Elles ont chacune leur originalité et leurs vertus. Petit tour d'horizon de ce qui se fait de mieux en la matière… Dans le massif alpin, le génépi est véritablement la liqueur star ! Elle fait partie du patrimoine régional et tous les montagnards savent très bien où aller cueillir les délicates fleurs jaunes qui serviront à l'élaboration de ce breuvage délicieux. C’est la liqueur alpine la plus populaire. Comme beaucoup de liqueurs de plantes, elle est élaborée par des moines. La formule est scrupuleusement gardée par les religieux depuis quatre siècles. La Chartreuse est une liqueur qui titre à 55° d'alcool. C'est la liqueur phare des stations pyrénéennes. Izarra signifie étoile dans la langue basque. On peut retrouver un peu de tout dans sa formule, selon le liquoriste : plantes variées, armagnac, coriandre, cannelle… C'est la racine de la plante qui est utilisée pour fabriquer cette délicieuse liqueur. L'idée d'en élaborer une liqueur est venue de Suisse à la fin du XVIIIème siècle et s'est vite répandue en France. Elle est particulièrement appréciée dans le Jura et les Vosges. Au début du siècle dernier, on élaborait des remèdes avec les bourgeons de sapin. C'est un distillateur d’absinthe qui eut l’idée d’en faire un produit plus festif : une petite liqueur. Ce breuvage porte le nom d'un charmant petit village de l'Isère réputé pour ses plantes des montagnes savoureuses. Cette boisson traditionnelle remontant à l’antiquité, fabriquée à base de miel est revenue à la mode depuis une vingtaine d’années. Plus l’altitude des ruches est élevée, plus la qualité du pollen est supérieure. C'est une jolie fleur sauvage à la couleur violette aux propriétés antivirales. Selon les herboristes, elle fonctionne très bien en action préventive contre la bronchite chronique. Cette boisson est élaborée par aromatisation d’eau-de-vie à laquelle vient s’ajouter du sucre. Issue des ressources régionales des massifs français, cette subtile liqueur, outre son goût raffiné et résineux, a de nombreux bienfaits curatifs et fortifiants. C'est un ingrédient très utilisé en phytothérapie qui est reconnu pour ses vertus antiseptiques depuis des siècles. Au goût et à la couleur si reconnaissable, cette délicieuse boisson aux touches suaves très féminines est appréciée de tous les connaisseurs. En plus de ses qualités gastronomiques, elle recèle des propriétés thérapeutiques laxatives et diurétiques. Pourquoi ne pas mettre à profit votre séjour à la montagne pour vous initier à la récolte de plantes sauvage. Si vous êtes néophyte, mieux vaut tout de même vous faire accompagner par un herboriste ou un sage local qui saura vous avertir du danger que peuvent représenter certaines plantes. La menthe des montagnes se prête particulièrement bien à l’élaboration de la liqueur. Elle lui confère une odeur agréable et une couleur verte franche très alléchante. Comme chacun le sait, l’abus d’alcool dangereux pour la santé. Avant ou après un bon repas, impossible de se passer d'une bonne liqueur de nos montagnes produite par des artisans locaux ou les distillateurs qui ont gardé le savoir-faire traditionnel.
En résumé, les liqueurs monastiques représentent bien plus que de simples boissons alcoolisées. Elles sont le témoignage vivant d'une histoire millénaire, d'un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération, et d'une profonde connexion avec la nature. Chaque gorgée est une invitation à découvrir l'âme des montagnes et la sagesse des hommes et des femmes qui ont dédié leur vie à la préservation de cet héritage unique.