Stratégies intégrées de lutte contre le vulpin : Optimisation des programmes de désherbage en céréales

Le vulpin des champs (Alopecurus myosuroides) représente l’un des défis agronomiques majeurs pour les céréaliculteurs européens, particulièrement dans les systèmes de culture dominés par les céréales à paille. Cette graminée annuelle, capable de réduire significativement le rendement dès les premiers stades de compétition, impose une réflexion stratégique globale. Une forte infestation de vulpins nécessite la mise en œuvre d’un programme de désherbage en deux temps avec application d’automne et, dans certains cas, rattrapage de printemps impératif. Le niveau de salissement de la parcelle est la clé d’entrée du raisonnement des programmes de désherbage du blé tendre d’hiver.

Schéma illustrant le cycle biologique du vulpin et les fenêtres d'intervention agronomique et chimique

Identification et biologie : comprendre l’adventice pour mieux la combattre

La maîtrise du vulpin commence par une connaissance fine de sa biologie. Le vulpin est une graminée annuelle mesurant de 30 à 80 cm à maturité. Il se reconnaît aisément au stade plantule à son aspect : gaines fendues, fréquemment teintées de mauve à la base, absence d’oreillettes, et ligules ovales finement denticulées. Le limbe est glabre et brillant au stade juvénile.

Pour mettre en place une stratégie de désherbage adaptée, il est indispensable de connaître cinq éléments de la biologie du vulpin : l’époque et la profondeur optimales de germination, le mode de levée, la quantité de semences produites par la plante et leur capacité de dormance. Le vulpin affectionne les sols argileux, argilo-limoneux et limoneux. La profondeur de germination est de 1,5 cm et la graine perd au bout d’un an son pouvoir de germination à plus de 80 %.

Leviers agronomiques : la prévention comme socle de la lutte

La protection des cultures ne peut reposer uniquement sur la chimie. Il convient de semer toujours sur une parcelle propre pour éviter tout repiquage précoce ou reprise de talles de vulpin. On raisonnera le désherbage à partir des points de faiblesse de cette adventice à l'échelle de la rotation.

  • Labour occasionnel : Tous les trois ou quatre ans pour réduire le stock semencier en enfouissant les graines profondément dans le sol, ce qui empêche leur germination.
  • Déchaumage et faux-semis : À la fin de l’été ou au début de l’automne pour faire germer les graines avant de les détruire mécaniquement ou chimiquement.
  • Rotation des cultures : L’introduction de cultures d’été ou de printemps (maïs, pois, orge de printemps) permet de casser le cycle du vulpin et d’en diminuer progressivement la pression.
  • Décalage de la date de semis : En reportant de trois semaines la date de semis du blé, la levée concomitante des vulpins avec la culture est bouleversée.

Stratégies de désherbage chimique : raisonner l’alternance

En cas de forte infestation (> 100 vulpins/m²), une application d’automne à base d’urées ou d’anti-graminées foliaires ou de sulfonylurées limitera la nuisibilité de l’adventice. Ces quatre premières situations déterminent le type de traitement (produits, doses) à prévoir en automne. Vous trouverez, notamment dans les publications d’Arvalis-Institut du végétal, des exemples de programmes types par région.

Les solutions de rattrapage seront directement liées à celles appliquées à l’automne, en intégrant bien la notion d’alternance des modes d’action. L’herbicide ne crée pas la résistance ; il la révèle en sélectionnant les mauvaises herbes résistantes qui existent à l’état naturel. Depuis l’apparition des résistances des vulpins aux herbicides de la famille des FOP et DEN dans les années 2000, les herbicides utilisés en sortie d’hiver contre cette graminée sont principalement composés de sulfonylurées (inhibiteurs de l’ALS).

Graphique comparatif montrant l'évolution de l'efficacité des programmes de désherbage selon l'alternance des modes d'action

Le désherbage d'automne : pilier de la protection des céréales

Depuis l’an dernier, les pratiques de désherbage d’automne sur céréales à paille évoluent, avec une augmentation marquée des applications de prélevée. Cette hausse est généralisée au niveau national. MATENO 2L permet une bonne efficacité grâce à l’apport d’aclonifène (900g/ha). Les associations avec du DEFI (Prosulfocarbe) sont solides.

Bien que les niveaux d’efficacité des désherbages d’automne soient souvent corrects, il est rare qu’ils atteignent 100 %. Les niveaux d’efficacités moyens en pluriannuel pour un passage unique se situent autour de 80-85 %. Quant aux programmes « double automne », ils permettent de régulariser les efficacités et d’atteindre des niveaux bien souvent proches du 97-100 %. Il faudra néanmoins rester vigilant à l’alternance des modes d’action dans la construction du programme double automne.

Spécificités de l'orge et gestion des risques de phytotoxicité

Plus couvrante que la culture de blé, l’orge peut limiter le développement de certaines adventices. Cependant, prévient Arvalis-Institut du végétal, la précocité des semis et la liste réduite des herbicides utilisables ne rendent pas le désherbage plus simple. En présence de ray-grass, le désherbage anti-graminées de l’orge d’hiver passe obligatoirement par une application d’automne.

Attention aux risques de phytotoxicité : en cas de forte infestation de ray-grass et dicots, les mélanges Défi + chlortoluron et Défi + Carat peuvent présenter des risques de phytotoxicité en cas de températures froides après l’application. Éviter les interventions d’automne, en particulier l’isoproturon, dans les situations à risque de transfert de phyto.

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Innovations et perspectives : vers une gestion de précision

La technologie offre de nouvelles opportunités. Stephan, agriculteur, a équipé son tracteur d’un GPS pour cartographier précisément les zones de forte infestation. Lors de l'application du traitement, le GPS a guidé le matériel vers les zones nécessitant une intervention. Cette méthode de désherbage localisé a montré une bonne efficacité, particulièrement sur le vulpin.

Parallèlement, la recherche continue de tester des solutions robustes. FOSBURI 0.6L solo est correct mais se classe dernier des modalités testées. Il est indispensable de porter une attention particulière au bon enfouissement des graines pour limiter la phytotoxicité. Pour un contrôle efficace et durable, il est plus que jamais nécessaire de raisonner son désherbage dans le cadre de la rotation, en intégrant les bonnes pratiques agronomiques et en gérant correctement les modes d’action herbicides.

Le désherbage n'est pas une science figée, mais un processus dynamique qui doit s'adapter aux conditions climatiques de l'année, au type de sol et au niveau de pression parasitaire, tout en respectant scrupuleusement la réglementation en vigueur pour chaque produit utilisé.

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