
Les chemins de montagne en Suisse jouent un rôle crucial, tant pour les loisirs que pour la préservation de l'environnement. Ces voies, souvent situées en dehors des zones bâties, présentent des revêtements variés, allant du graveleux au terreux, en passant par des solutions plus artificielles. L'aménagement de ces infrastructures est un équilibre délicat entre accessibilité, durabilité et impact sur la biodiversité, un défi particulièrement pertinent dans le contexte alpin.
L'évolution des revêtements de chemins : du goudron au naturel
Traditionnellement, de nombreux chemins forestiers ou ruraux étaient revêtus de goudron ou de béton. Cette situation est peu favorable à la biodiversité, puisqu'il en résulte une importante perte d'habitat et un effet de cloisonnement entre biotopes. En réponse à cette problématique, des initiatives de "dégoudronnage" ont été menées pour redonner un aspect plus naturel à ces chemins.
En 2008, la DGNP a conduit une opération de dégoudronnage du chemin des Communs. L’action menée sur près de 1,7 km dans les Bois de Versoix a permis de redonner un aspect plus naturel au chemin. Plus récemment, des actions similaires ont été menées lors des grands chantiers de renaturation des cours d’eau, notamment le long de la Seymaz ou aux abords de l’Aire. Le goudron a été retiré et les sentiers recouverts de béton concassé, une solution qui, bien que moins impactante que le goudron, reste une forme d'artificialisation.
L'impact des transports routiers sur l'environnement
L'importance des chemins à revêtement naturel pour la biodiversité
Les chemins couverts d’un revêtement naturel sont moins dommageables à la biodiversité que les routes goudronnées. Leur valeur reste toutefois limitée du fait des contraintes mécaniques importantes auxquelles ils sont soumis, telles que le piétinement et le passage de véhicules. Malgré cela, certaines espèces communes et résistantes au piétinement arrivent à se développer. Parmi elles, on trouve l'ivraie vivace (Lolium perenne), le grand plantain (Plantago major), la renouée des oiseaux (Polygonum aviculare), le pissenlit officinal (Taraxacum officinale) et le trèfle rampant (Trifolium repens).
Ces espèces se rencontrent principalement de part et d’autre du chemin, ainsi que dans la partie centrale où elles finissent avec le temps par former une bande herbeuse. Ce tapis herbacé est souvent colonisé par de petits animaux comme le criquet des pâtures (Chorthippus parallelus) ou l’œdipode émeraudine (Aiolopus thalassinus). Ces zones abritent également des nids-de-poule, recherchés par les hirondelles qui utilisent la boue pour consolider leur nid. Certains oiseaux utilisent les chemins en revêtement naturel pour prendre des bains de poussière, soulignant ainsi leur rôle écologique multiple.
Une comparaison réalisée en 1997 par l’OFEFP démontre que l’impact est moindre lors de la construction de routes graveleuses et que l’amélioration se poursuit lors de la présence d’une bande herbeuse centrale. Cette approche, privilégiant des matériaux et des aménagements plus proches de l'environnement naturel, est essentielle pour minimiser la fragmentation des habitats et favoriser la connectivité écologique.
Cartographie et gestion des chemins : un enjeu de cohérence
La cartographie des chemins est une étape fondamentale pour une gestion efficace et une planification durable. Les chemins libellés «chemins» dans la carte des milieux proviennent de deux sources différentes : une partie d’entre eux correspond aux surfaces détectées lors du processus initial de modélisation semi-automatique sur la base d’une photographie aérienne, ou lors des étapes de photo-interprétation. Ces derniers sont insérés automatiquement dans les données milieux lors de la procédure de génération de la carte.

Cela dit, il apparaît clairement que la cartographie des chemins n’est pas uniforme dans le canton. L’information la plus complète dont nous disposons à ce jour semble être celle fournie par la carte topographique suisse au 1:25’000. Une cartographie plus précise et standardisée est nécessaire pour mieux appréhender le réseau existant et orienter les actions d'aménagement et d'entretien.
Multifonctionnalité des chemins de montagne : loisirs, agriculture et biodiversité
Les chemins de montagne sont loin d'être de simples voies de passage. Ils sont souvent multifonctionnels, servant à la fois aux loisirs et aux sports, tout en traversant des espaces consacrés à l’agriculture. Nombre d’entre eux sont officiellement balisés comme des chemins de randonnée pédestre ou des itinéraires VTT et sont fortement fréquentés. Cette fréquentation, bien que bénéfique pour le tourisme pédestre, impose des contraintes supplémentaires en termes d'entretien et de gestion de l'impact.
Des passages de clôture appropriés sont essentiels pour garantir l’accès dans les pâturages ainsi que pour emprunter les chemins pendant les périodes d’exploitation de manière libre et sûre. La cohabitation entre les activités agricoles et les loisirs de plein air nécessite une planification minutieuse et des infrastructures adaptées pour minimiser les conflits d'usage et assurer la sécurité de tous les utilisateurs.
L'entretien des chemins de randonnée pédestre est une tâche continue et cruciale. Pour optimiser cette gestion, il est parfois envisagé de confier certaines tâches aux communes, à des associations de randonnée pédestre et à des tiers. Cette approche collaborative permet de répartir la charge de travail et de mobiliser l'expertise locale pour maintenir la qualité et la sécurité du réseau de chemins.

Dynamique naturelle et artificialisation : vers des milieux équilibrés
Trop artificialisés pour présenter une dynamique naturelle, les chemins peuvent néanmoins tendre vers des milieux de type prairies sèches ou s’apparenter à la structure d’une toiture végétalisée. Cette observation souligne le potentiel de restauration écologique même dans des environnements initialement dégradés. L'intégration de principes de renaturation dans l'aménagement des chemins peut transformer des infrastructures inertes en corridors écologiques actifs.
Les aménagements qui favorisent l'établissement d'une couverture végétale, même partielle, sur les chemins, contribuent à la création de microhabitats et à la réduction de l'érosion. Ces efforts, combinés à la promotion de matériaux perméables et à la limitation de l'imperméabilisation, sont des étapes clés vers un réseau de chemins de montagne plus résilient et plus respectueux de l'environnement.
En somme, l'aménagement des chemins de montagne en Suisse est un domaine complexe qui requiert une vision intégrée, prenant en compte les aspects environnementaux, sociaux et économiques. La transition vers des revêtements plus naturels, une meilleure cartographie, une gestion collaborative et une attention particulière à la multifonctionnalité sont autant de leviers pour garantir la durabilité de ces infrastructures vitales.