La gestion de la fertilité d’un sol est le pilier central de toute pratique de jardinage réussie. Que l’on cultive un potager, un massif d’agrément ou un espace forestier, l’amélioration d’un sol passe d’abord par un bilan agronomique puis, éventuellement, par la mise en place d’un plan de redressement. Si le niveau de matière organique n’est pas suffisant par rapport à l’objectif, un apport de matière organique exogène sera effectué. La matière organique est une composante fondamentale de la fertilité et la durabilité des sols.

Les fondamentaux physiques et biologiques du sol
Pour comprendre l'intérêt du compost, il faut d'abord appréhender la physique du terrain. La densité moyenne d’une terre cultivée varie de 1,3 à 1,5, c’est-à-dire qu’1 m³ de terre pèse près d’1,5 t. En comparaison, la densité moyenne d’un compost est de l’ordre de 0,5, c’est-à-dire qu’1 m³ de compost pèse environ 500 kg. Cette différence de densité est cruciale pour l'aération.
Nous avons distingué la macroporosité de la microporosité. La première est l’œuvre des vers de terre et autres animaux du sol, la seconde celle des bactéries et des champignons. Nourrir les êtres vivants du sol par des apports de matières organiques variées (paillis, engrais verts, composts) permet donc d’augmenter efficacement l’aération du sol. Les matières organiques sont riches en carbone et apportent l’énergie nécessaire aux êtres vivants du sol. Mais elles contiennent également des éléments minéraux qui seront utilisés par les cultures, comme l’azote, le phosphore, le potassium. Ces éléments sont présents en proportions variables selon l’origine des matières organiques.
Stratégies d'apport de compost : calculer pour mieux amender
L’amélioration d’un sol passe par un bilan agronomique, mais il faut savoir raisonner les apports. Les premières questions à se poser pour une stratégie d’apport de compost sur un sol sont : un apport de matière organique est-il nécessaire ? Quel type de compost, quelle dose apporter et à quelle fréquence ?
Calcul des besoins pour un potager
Calculons la quantité de compost nécessaire pour amender un potager de 200 m² permettant de nourrir un couple toute l’année. Pour un apport moyen de 5 kg de compost par mètre carré, soit 10 litres de compost en volume, il faut 2 000 litres de compost pour ces 200 m², soit 2 m³. Le compostage permet bien sûr de recycler les déchets de la cuisine et les restes de cultures, de paillis, mais comme nous venons de le calculer, pour pouvoir bénéficier de suffisamment de compost et amender correctement tout le potager, il est nécessaire de composter d’autres déchets organiques.
Fertilisation d'entretien et pertes annuelles
En fertilisation d’entretien, c’est-à-dire pour maintenir le taux de matière organique, il convient de calculer les pertes annuelles qui sont fonction de la teneur en argile et en calcaire du sol. Sur un sol sableux non calcaire, ces pertes sont les plus importantes (170 g MO /m²/an) alors qu’un sol sableux contenant du calcaire, perdra deux fois moins de matière organique (0,85 g MO / m²/an). Sur un sol argilo-sableux, les pertes annuelles ne sont que de 34 g et de 70 g MO / m²/an pour un sol avec et sans calcaire. Il conviendrait donc d’apporter un compost de déchets verts (terreau horticole) pour une fertilisation d’entretien de 1,3 ou 0,7 L de compost /m²/an pour compenser les valeurs citées ci-dessus pour un sol sableux et de 0,3 ou 0,5 L de compost /m²/an pour un sol argilo-sableux.

Typologie des composts et leurs usages
La qualité d’un compost varie en fonction de nombreux paramètres. Le premier est la qualité des matériaux utilisés (déchets organiques en tout genre, écorces de pin, boues, digestats, effluents…). Le second concerne les techniques de compostage (aération, temps de maturation…) utilisées pour aboutir à un produit stabilisé, hygiénique, semblable à un terreau.
Les composts de déchets verts
C’est du côté des composts de déchets verts qu’il est préférable de se tourner, car ils peuvent être utilisés sans limite et leur tarif est intéressant (autour de 50 euros la tonne en vrac). Les composts de déchets verts, ou composts verts, sont fabriqués à partir des résidus d’élagage, de tailles de haies, de tontes de gazon, sur de grosses plateformes de compostage. C’est le premier gisement de composts produits en France, disponible sur tout le territoire et de bonne qualité, autorisé en agriculture biologique. Les composts de déchets verts sont avant tout destinés à nourrir le sol, et non directement les plantes. Étant fabriqués surtout à partir de déchets ligneux, riches en lignine, ils sont riches en substances humiques.
Les fumiers : une ressource locale complémentaire
Les fumiers sont une ressource locale qui peut être utilisée en complément des composts faits maison et des composts de déchets verts. Il est préférable de composter tous les fumiers que vous vous procurez pour l’assainissement et l’obtention d’un produit plus facile à utiliser. Contrairement aux composts végétaux, il faut limiter les apports de composts de fumier, car ils sont riches en azote, phosphore et potassium. Ainsi, les quantités à ne pas dépasser oscillent entre 1 et 5 kg de produit brut par mètre carré et par an : 1 kg pour le compost de fumier de volaille, 5 kg pour le compost de fumier de vache, et 4 kg pour les autres composts de fumier.
Composter c'est facile !
Le compostage de surface : une approche naturelle
Le compostage de surface consiste à venir directement déposer les déchets organiques sur les planches de cultures. Cela revient à reproduire un cycle bien connu de la nature, celui de la matière organique : une plante pousse, meurt, et tombe au sol. Tout d’abord par observation de la nature. En effet dans la nature, le compostage par la chaleur n’existe pas ou quasiment pas. La quasi totalité des matières organiques sont transformées dans les litières et subissent donc un compostage de surface.
Si vous paillez au jardin, vous pratiquez déjà une forme de compostage de surface. Le compostage de surface nourrit directement toute la petite faune qui grouille sous nos pieds. Dans un mètre cube de sol, on peut compter jusqu’à huit cents lombrics ! Au bout de quelques années de compostage de surface, la texture du sol devient souvent très intéressante. On la compare à du couscous !
Diversité des matériaux organiques disponibles
Vous pensez qu’enrichir la terre de votre jardin nécessite des engrais chimiques coûteux ? Détrompez-vous. De nombreux matériaux naturels, souvent gratuits, sont à votre disposition pour nourrir le sol, améliorer sa structure et favoriser la vie biologique.
- Feuilles mortes : Matériau abondant idéal pour la constitution d’un humus stable.
- Tontes de gazon : Booster azoté pour le sol, à utiliser avec modération.
- Branchages et BRF (Bois Raméal Fragmenté) : Apportent carbone et structure au sol.
- Déchets de cuisine : Petites doses azotées, à intégrer au compost ou sous paillage.
- Engrais verts : Permettent de gérer le volume et la structure du sol sur le long terme.
Pratiques et précautions d'usage
L’équilibre entre les éléments est très important, notamment le C/N considéré comme stable autour de 10 (10 atomes de C pour 1 atome de N). Un apport de compost dans un sol déjà riche en carbone limite la nitrification, ce qui peut s’avérer un facteur limitant de la productivité végétale. Inversement, dans un sol pauvre, cet apport stimule la minéralisation nette de l’azote.
Quand et comment apporter le compost ?
- À l’automne ou en fin d’hiver : En surface avec un léger griffage pour l’incorporer à la terre.
- Au printemps : Entre les rangs de légumes avant de pailler par-dessus.
- Toute l’année : Dans les trous de plantation, en le recouvrant de fines couches de terre.
Il est inutile d’enfouir le compost, c’est le travail des vers de terre et autres organismes du sol ! La vie biologique d’un sol est importante à température modérée, ni trop chaud ni trop froid. Le compost peut alors être assimilé de manière optimale.

Adaptation aux cultures
Concernant les cultures, il est conseillé de ne pas mettre de compost si on envisage une culture de légumes feuilles (laitues, épinards par exemple), car ils sont sensibles aux attaques de champignons du sol. On évitera également un compost de déchets ménagers domestiques sur une culture maraichère racinaire se consommant crue (carotte, radis), car en contact direct avec la partie qui se consomme. Il conviendrait alors d’effectuer une culture intermédiaire après cet amendement organique.
En somme, le compost est bien plus qu’un simple fertilisant. C’est une ressource précieuse pour améliorer la santé des sols, favoriser la croissance des plantes, réduire l’impact environnemental et encourager des pratiques agricoles durables. Le fait que le compost soit annoncé comme utilisable en agriculture biologique est pour le jardinier un gage de qualité intéressant. La dose et la fréquence d’apport de compost doivent être adaptées à un type de culture tout en évitant les risques sanitaires. En France, la valorisation en agriculture des matières fertilisantes et supports de cultures est régie par deux principes fondamentaux : les matières valorisées doivent présenter un intérêt agronomique, être inoffensives pour l’homme, les végétaux, les animaux et l’environnement.