Papillons dans le ventre, coup de foudre, passion et mains moites… L’amour nous en fait voir de toutes les couleurs. Mais qu’est-ce qui se cache derrière tous ces tourments ? Un enchantement puissant ou un combo de réactions chimiques et de circuits neurologiques bien huilés ? Pour les thérapeutes et professeurs de l’université de médecine, Richard Schwartz et Jacqueline Olds, la version pragmatique prévaut. L’amour n’est pas qu’une affaire de sentiments, la chimie du cerveau y joue aussi son rôle. Richard Schwartz et Jacqueline Olds ont ainsi observé, au travers de scanners cérébraux, que lorsque nous parlons d’un être aimé des zones primitives de notre cerveau s’activent et s’illuminent.

On compare parfois l’amour à une drogue. En faisant cela, on n’est pas si loin du compte. Car l’amour fonctionne comme une récompense pour notre cerveau. En cause : deux hormones. La première est le cortisol, qui augmente lors de la première phase de l’amour romantique alors que la sérotonine baisse, ce qui cause « des pensées intrusives, des inquiétudes, des espoirs et des angoisses. » La seconde, bien connue aussi, est la dopamine. Cette dernière est celle qui active le système de récompense. Selon l’étude, cela fait de l’amour une expérience similaire à la consommation d’alcool ou de cocaïne. C’est l’attente d’une personne qui, lorsqu’on la voit ou l’entend, calme notre esprit.
Les fondements biologiques du coup de foudre
Comme beaucoup d’émotions qui nous traversent, le coup de foudre relève en partie d’un phénomène chimique et hormonal. En l’occurrence, lorsque l’amour frappe brutalement, plusieurs substances sont produites par l’organisme. Dans l’ordre, le cerveau produit d’abord de la phényléthylamine. On la trouve aussi dans certains aliments comme - sans grande surprise - le chocolat et le vin. Elle améliore l’humeur et lutte contre la dépression. Une sensation de bien-être intense intervient donc lorsque l’on tombe amoureux d’un coup.
Ce n’est pas tout. L’organisme produit ensuite de la dopamine. « Surnommée la “molécule du plaisir”, la dopamine […] joue un rôle essentiel dans le mouvement, la motivation, le plaisir et la récompense », décrit l’institut du Cerveau. Elle rend euphorique dans le cas d’un coup de foudre. La sensation d’hébétude s’intensifie. De l’ocytocine, la molécule de l’attachement, est également produite. Mais une autre molécule est produite qui explique pourquoi tomber amoureux produit aussi des effets puissants. Il s’agit de l’adrénaline. Connue comme étant la molécule de la peur, elle augmente la température corporelle et le rythme cardiaque. Le cœur bat la chamade, on rougit, on a chaud.
L'architecture cérébrale : Le système limbique aux commandes
Passionnel, romantique ou physique, l’amour est le résultat d’une mécanique complexe, mêlant pulsions et envie, colorée d’interdits et d’inhibitions. De l’attirance à la passion puis à l’attachement, de l’envie au sexe, de l’obsession au manque, notre cerveau déclenche, module et active un système de circuits de neurones compliqué dont les scientifiques s’efforcent de décrypter le fonctionnement. Dès 1937, James Papez, neuranatomiste, décrit et matérialise le circuit des émotions, qui met en jeu les régions du cerveau impliquées dans la répulsion ou l’attirance, dans le désir ou le refus.
Les émotions que l’on perçoit, c’est le corps qui parle. Les sentiments que l’on ressent, c’est le mental qui juge. La petite musique qui rythme la danse de ces partenaires étroitement enlacés est efficacement orchestrée pour faire tendre la rencontre vers son but ultime : la reproduction de l’espèce. Le cerveau chorégraphie cette évolution, intégrant, évaluant, réagissant et modifiant les nombreuses informations qu’il reçoit via les sens pour adapter nos comportements en conséquence. Pour ce faire, les neurones sont sa baguette de chef d’orchestre. Via des messagers chimiques (les neurotransmetteurs), ils activent, ralentissent ou bloquent certaines voies de communications nerveuses, afin de permettre au cerveau de s’adapter aux stimulations extérieures, et de modifier nos comportements en conséquence : faire savoir que l’autre nous plaît, nous indiffère, nous séduit. Ces réseaux de neurones constituent le système limbique, aussi appelé « cerveau émotionnel ».
Les Émotions 1 : Les émotions sont gérées de façon automatique par le système limbique
L'hypothalamus : La "cave aux plaisirs"
L’acteur central de cette réponse involontaire de nos organes, que l’on ressent, littéralement, dans nos tripes, se trouve au cœur du cerveau : c’est l’hypothalamus. Cette petite région de la taille d’une noisette est impliquée dans d’importantes fonctions physiologiques, telles les sensations de faim et de soif, le sommeil, ou encore la régulation de la température corporelle. Lors de la rencontre, c’est l’hypothalamus qui envoie aux glandes surrénales le signal de production de noradrénaline et d’adrénaline. Et donc, qui nous stresse, tant le cerveau est pressé que ça marche !
Lors de l’orgasme, le lobe de l’insula, situé près du cerveau des émotions, un carrefour de l’intégration de multiples informations sensorielles, se met à activer fortement tout un réseau de neurones. Si la relation déclenche une relation sexuelle, celle-ci met en jeu un cocktail chimique : testostérone et dopamine se conjuguent, chez les deux partenaires, pour déclencher l’acte sexuel. La mécanique de l’acte n’est commandée que par quelques neurones situés dans l’hypothalamus, encore lui. D’où le surnom que lui donnent parfois les neurobiologistes : « la cave aux plaisirs » !
La transition vers l'attachement durable
Une fois cette première phase d’obsession et de manque passée, que se produit-il ? Cette première étape, que l’on nomme « amour passionnel » ou « état amoureux », dure environ un an. L’amour « attachement » s’enclenche ensuite. Celui-ci peut paraitre moins intense, menant certains couples à re-questionner la nature de leurs sentiments. On peut aussi avoir tendance, à ce moment de transition, à voir les défauts de l’autre que l’on avait jusqu’à lors pas remarqué. L’étude note en effet : « Outre les sentiments positifs qu’apporte la romance, l’amour désactive également le circuit neuronal responsable des émotions négatives, comme la peur ou le jugement social. Lorsque nous sommes amoureux, la machinerie responsable de l’évaluation critique des personnes, y compris celles avec qui nous entretenons une relation, s’éteint. »
L’amour rend bel et bien aveugle. Mais si soudainement vous observez les défauts de votre cher·e et tendre, c’est certainement parce que vous êtes passés sur le versant plus durable de la relation. Une fois le couple formé, une intimité s’établit et le cerveau active les circuits du plaisir. Il inhibe toute réaction de stress, et favorise une relation calme, apaisée, mais encore mêlée de désir. Le principal messager chimique déclencheur est l’ocytocine, véritable hormone de l’intimité. Elle supprime le stress, et active à son tour des hormones libérées par différentes régions du cerveau pour percevoir le plaisir : les endorphines (littéralement des « morphines endogènes »), l’anandamide et la sérotonine.
Influence de l'environnement : Pourquoi la chaleur augmente la libido
Avec l’arrivée en force des beaux jours, de la chaleur et du soleil estival, la bonne humeur fait son grand retour. Adieu mélancolie hivernale et grises mines : place au bronzage, au repos et… à la libido en feu ! Plusieurs sondages estiment qu’un peu plus d’un·e Français·e sur deux rapporte ressentir un regain de libido durant l’été. Un phénomène qui résulte d’un véritable alignement des planètes du désir. La première explication est d’ordre biologique. En été, nous sommes davantage exposés à la lumière du soleil. Cette exposition influence directement la production de sérotonine, l’hormone du bien-être et du bonheur, étroitement liée à la libido.
Tandis que les journées s’allongent et sont plus lumineuses, notre organisme sécrète davantage cette hormone, boostant notre humeur et notre envie de plaisir charnel. La vitamine D et la testostérone connaissent en effet une légère hausse avec l’exposition à la lumière et à la chaleur. Un véritable cocktail d’hormones « muy caliente » ! Par ailleurs, en été, nous transpirons davantage. Loin d’être un simple désagrément, la transpiration stimule certaines zones érogènes et libère des phéromones, ces messagers chimiques qui participent à l’attirance sexuelle.

De plus, en été, les couches de vêtements se réduisent au minimum, laissant le vent caresser la peau, le sable titiller les pieds nus, ou encore les rayons du soleil chauffer le visage. Autant de stimuli sensoriels qui mettent notre système nerveux en alerte. L’été, qui rime souvent avec vacances et détente, est aussi une parenthèse durant laquelle le stress du quotidien s’évapore. Les agendas se libèrent, la charge mentale diminue. Ce relâchement physique - et surtout mental - laisse place au désir, qui revient au premier plan. On prend le temps pour des caresses plus longues, des câlins improvisés. Plus rien ne vient empiéter sur la vie intime et les moments de complicité sensuelle avec son ou sa partenaire se multiplient.
Quoi qu’il en soit, à la passion, qui s’épuise après quelques années, succède un comportement de confiance, d’empathie et de relation longue : c’est l’amour des couples qui dure. Confiance et empathie, qui alternent avec la tendresse, stimulent et maintiennent une libération régulière d’ocytocine, véritable messager cérébral de l’attachement. La biologie n’est pas romantique, mais heureusement notre cerveau invente, colorie, habille et construit le sentiment d’amour !
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