Les motobineuses DA sur colonne des années 1960 : Identification, mécanique et restauration

Motobineuse vintage

Le monde de la motoculture a connu une évolution remarquable au cours du 20ème siècle, passant de l'outillage manuel à des machines motorisées plus sophistiquées. Les motobineuses des années 1960, notamment celles identifiées comme des modèles "DA sur colonne", représentent une étape clé dans cette mécanisation agricole. Ces engins, souvent robustes et conçus pour durer, sont aujourd'hui l'objet de restaurations passionnées, nécessitant une compréhension approfondie de leur mécanique et de leur histoire.

Identification des modèles et leurs particularités

L'identification précise d'une motobineuse ancienne peut parfois s'avérer complexe en l'absence de plaques signalétiques claires. Cependant, les forums spécialisés et les connaissances d'experts permettent souvent de lever le voile sur ces mystères mécaniques.

Le cas des Roques et Lecoeur : RL750, 230 ou 150 ?

Une motobineuse récupérée "sans les fraises" et sans plaque signalétique sur le moteur, souvent un Briggs, peut être un point de départ pour une restauration. Les informations gravées sur les moteurs Briggs, si elles sont présentes, peuvent donner des indices sur l'année de fabrication, par exemple des séries 130000 ou 132000 pour des moteurs datant des années 90/95.

Concernant un modèle spécifique de motobineuse des années 1960, plusieurs avis peuvent diverger. Certains pensent qu'il s'agit d'une Roques et Lecoeur. D'autres, comme "brunofurlano", maintiennent qu'il s'agit d'une Roques et Lecoeur type RL750, un modèle simple mais "assez costaud" et vendu en grande quantité par le passé. Cependant, cette affirmation est contredite par "MESPAS", qui souligne des différences notables : sur la RL750, le moteur est en travers et la transmission se fait par l'arrière avec une poulie multi-gorges, tandis que la marche arrière est assurée par un galet ferrodo. Pour "MESPAS", le modèle en question serait plutôt une 230. Un autre contributeur, "fred 33", penche pour une 150 plutôt qu'une 750.

Schéma de transmission d'une motobineuse

Ces divergences mettent en lumière l'évolution des modèles au fil du temps et la possibilité de confusions. Une documentation datant du milieu des années 1970 présente les motobineuses et motoculteurs de l'époque, ce qui peut aider à affiner l'identification. L'usine Roques et Lecoeur était située vers Alès, et l'entreprise existe toujours, ce qui peut faciliter la recherche de pièces ou d'informations, bien que l'achat direct de fraises ou d'autres pièces via le fabricant puisse être onéreux. Il est souvent suggéré de chercher des pièces d'occasion en ciblant "Roques et Lecoeur RL 750" ou simplement "Motoculteur Roques et Lecoeur", car le nombre de modèles produits n'était pas très élevé.

La motobineuse Solo 59109 année 1962

Un autre exemple d'identification concerne une motobineuse Solo 59109 de l'année 1962. Les machines de cette époque, bien que conçues pour durer, peuvent présenter des problèmes liés à leur âge et à l'usure des composants. Des soucis de perte de force, de décompression avec claquements au niveau du pot, peuvent indiquer des problèmes de carburateur ou de bougie. L'étincelle et son calage sont également cruciaux pour le bon fonctionnement. Un allumage décalé ou un écartement incorrect des vis platinées peut altérer le comportement de l'allumage. Des explosions à l'échappement sont souvent le signe d'un carburant imbrûlé, suggérant un retard à l'allumage ou un allumage défectueux, potentiellement un câble de bougie poreux.

La motobineuse Terra 1969

Une motobineuse de 1969, de "conception Terra", peut présenter des caractéristiques distinctives comme un pont à deux vitesses avant et une arrière, différant potentiellement d'un modèle T20. Le moteur pourrait être un T114 ou un T116, souvent reconnaissable au pot d'échappement similaire. Les problèmes courants sur ces machines incluent le coude plastique du filtre à air percé, le pot percé, la présence d'huile dans la cloche d'embrayage et un jeu important, ainsi que des soucis d'allumage et des mâchoires d'embrayage usées. Le réservoir peut également être encrassé par de la "bouillie puante".

La mécanisation agricole et l'avènement des motobineuses

L'arrivée des motobineuses s'inscrit dans un processus de mécanisation agricole qui a débuté bien avant les années 1960. Au 19ème siècle, l'agriculture reposait principalement sur la force animale, avec des machines rudimentaires actionnées par l'homme ou les animaux. Les fermes étaient de petite taille, et les tâches agricoles étaient manuelles et pénibles.

Les prémices de la motorisation

La première révolution agricole a eu lieu à partir de 1850, avec l'apparition de machines actionnées par la force humaine (au moyen d'une manivelle) ou animale (au moyen d'un manège). Des inventeurs comme Braud et Célestin Gérard en France ont contribué à cette évolution, avec la fabrication de batteuses dès 1858. L'introduction de la moissonneuse-lieuse en 1877, bien que performante, a eu du mal à s'imposer, car elle nécessitait une énergie animale importante.

L'énergie mécanique, notamment la vapeur, a commencé à se développer au 19ème siècle. Les locomobiles, de gros tracteurs à vapeur, étaient utilisés pour des tâches comme le battage, nécessitant une main-d'œuvre importante pour alimenter les chaudières et assurer le bon fonctionnement des machines. Ces engins, bien que puissants, étaient coûteux et lourds, limitant leur utilisation aux grandes exploitations et aux travaux exigeant une force considérable.

Tracteur à vapeur ancien

L'ère du moteur thermique et la démocratisation de la motorisation

Le début du 20ème siècle a vu l'émergence des moteurs thermiques. Le tracteur International 8-16, introduit en France en 1920, marque un tournant. Il était refroidi par eau et pouvait être équipé d'une prise de force en option. Cependant, la diffusion des tracteurs en France fut plus lente que dans d'autres pays, comme les États-Unis, en raison de la prédominance des petites exploitations et d'une certaine méfiance envers ces nouvelles technologies.

François Jarrige : Les ravages de la modernisation agricole

Après la Seconde Guerre Mondiale, la France a dû reconstruire son agriculture, ce qui a favorisé l'adoption des machines motorisées. Les motobineuses, plus petites et plus abordables que les tracteurs, ont joué un rôle essentiel dans cette transition, en particulier dans les régions de petites exploitations. Elles ont permis de soulager les agriculteurs d'un travail manuel pénible et d'augmenter la productivité. En 1963, le nombre de tracteurs avait considérablement augmenté, mais la traction animale était encore présente, notamment pour les travaux les plus délicats ou comme attelage de secours.

Restauration et entretien des motobineuses des années 1960

La restauration d'une motobineuse des années 1960 est un projet qui allie passion mécanique et connaissance historique. Elle permet de redonner vie à des machines qui ont marqué leur époque.

Diagnostics et réparations courantes

Les problèmes d'allumage sont fréquents sur ces machines anciennes. Le remplacement du condensateur est souvent une première étape, mais l'absence d'étincelle peut aussi provenir de la bobine. Pour vérifier l'allumage, un ohmmètre peut être utilisé. Il est important de s'assurer que les rupteurs, une fois ouverts et débranchés, n'ont pas de continuité électrique à la masse. Si c'est le cas, cela peut être dû à un ressort mal isolé ou à un court-circuit au niveau du boulon de fixation. La bobine, si elle est défectueuse, peut empêcher la vérification correcte des rupteurs. Le réglage de l'avance à l'allumage et l'écartement des rupteurs sont des étapes cruciales pour un bon démarrage et un fonctionnement optimal.

Les explosions à l'échappement, typiques d'un carburant imbrûlé et d'un retard à l'allumage, peuvent être résolues par un réglage précis de l'allumage. Pour les moteurs anciens, il est possible de remplacer l'allumage classique (rupteurs, condensateur) par un allumage électronique pour une trentaine d'euros, ce qui simplifie grandement l'entretien.

D'autres problèmes mécaniques peuvent inclure des pots d'échappement percés, qui peuvent être réparés avec de la pâte à malaxer et une plaque vissée. Les mâchoires d'embrayage usées nécessitent un remplacement. Le nettoyage du réservoir est également une étape importante, et en cas d'encrassement persistant, un réservoir additionnel peut être une solution temporaire. La vidange de l'huile, notamment avec de l'huile de ricin pour certains modèles, fait partie de l'entretien courant.

Composants spécifiques et leur rôle

Plusieurs composants sont essentiels au bon fonctionnement d'une motobineuse :

  • Volant magnétique : Il joue un rôle crucial dans le système d'allumage en générant le courant électrique. Son démontage nécessite souvent un arrache-moyeu spécifique.
  • Condensateur et bobine : Ces éléments travaillent de concert pour créer l'étincelle à la bougie. Un fil fondu reliant la bobine au condensateur indique souvent un condensateur défectueux.
  • Rupteurs : Ils ouvrent et ferment le circuit d'allumage, permettant la production de l'étincelle. Un mauvais fonctionnement des rupteurs peut entraîner une perte de puissance et des problèmes de démarrage.
  • Carburateur : Un carburateur encrassé peut provoquer des problèmes d'alimentation en carburant et une perte de puissance. Son nettoyage est essentiel.
  • Anneau d'aspiration et joints : Ces pièces assurent l'étanchéité du système d'admission d'air et de carburant. Leur bon montage est crucial pour éviter les fuites et assurer un mélange air-carburant correct.

L'évolution des machines agricoles et les services associés

Au fil du temps, le métier de mécanicien agricole, et avant lui celui de forgeron, a évolué pour s'adapter à la complexité croissante des machines. Le forgeron, qui s'occupait des soins aux sabots des chevaux, de la réparation des charrettes et du remplacement des pneus, a progressivement laissé la place à des ateliers spécialisés dans les machines agricoles et les pièces détachées. Ces ateliers disposent de ponts élévateurs, de perceuses, de meuleuses à disque et de compresseurs pour effectuer les travaux mécaniques. Les factures de ces services, qu'il s'agisse du forgeron ou du vétérinaire, étaient souvent annuelles.

La motorisation a également apporté un gain de temps considérable, notamment pour les travaux d'intérieur comme le battage des céréales ou la trépigneuse, remplaçant la force animale par des moteurs thermiques puis électriques. L'arrivée de l'électricité dans les fermes a permis de faire fonctionner des machines plus performantes et de simplifier les tâches.

La méfiance initiale envers les machines agricoles a progressivement disparu, et la motorisation est devenue indispensable. Les motobineuses, tracteurs, moissonneuses-batteuses et autres équipements ont transformé le paysage agricole, permettant une productivité accrue et une réduction significative de la pénibilité du travail. Les exploitations agricoles, autrefois caractérisées par une vie animée par les attelages et les travailleurs manuels, ont vu leur mode de fonctionnement radicalement modifié.

L'impact de la motorisation sur les pratiques culturales

La motorisation des motobineuses et autres engins agricoles a profondément modifié les pratiques culturales, rendant certaines tâches plus efficaces et en introduisant de nouvelles techniques.

Préparation du sol : du labour à l'émiettement

Le labour, essentiel pour préparer le sol, a évolué avec la motorisation. Les charrues, autrefois tirées par des attelages de chevaux ou de bœufs, sont devenues des outils traînés par des motobineuses ou des tracteurs. Le choix de la charrue (ordinaire, brabant simple, ou réversible) dépendait du type de sol et des besoins spécifiques. Les charrues réversibles, apparues plus tard, ont permis de verser la terre alternativement à droite et à gauche, améliorant l'efficacité du labour.

Charrues agricoles anciennes

Les herses, utilisées pour aérer le sol et extirper les mauvaises herbes, ont également bénéficié de la motorisation. Les herses rigides en bois à dents métalliques, utilisées pendant des siècles, ont été remplacées par des modèles plus performants, comme les herses à disques ou les herses croskill, qui permettent d'émietter le sol avant le semis, améliorant la qualité de la préparation.

Semis et entretien des cultures

Le semis, autrefois manuel, s'est mécanisé avec l'apparition des semoirs portés en bandoulière, permettant une répartition plus homogène des graines. L'épandage d'engrais, également manuel, a été simplifié par l'utilisation de semoirs à granulés.

Le désherbage, longtemps réalisé à la houe ou à la faucille, a été en partie remplacé par l'utilisation de motobineuses équipées d'outils de binage. Ces machines ont soulagé les agriculteurs d'un travail long et pénible, bien que certains continuent de faire appel aux services d'un voisin ou d'un parent pour les tâches les plus délicates.

La fenaison et la moisson

La fenaison, ensemble des opérations de récolte du foin, a connu une révolution avec l'introduction des faucheuses mécaniques. Les faucheuses, qu'elles soient tractées ou auto-portées, ont remplacé la faux, permettant de couper l'herbe plus rapidement et avec moins d'effort. L'apparition de la meule à aiguiser, à manivelle ou électrique, a facilité l'entretien des lames.

Les faneuses, comme la "roue faneuse" (de Pèèrdsrèsche), ont permis de retourner le foin pour qu'il sèche uniformément. Les râteaux-andaineurs ont ensuite facilité le regroupement du fourrage en andains, prêts pour le chargement. L'utilisation de motobineuses pour ces tâches a permis de réduire considérablement le temps et les efforts nécessaires.

Faucheuse mécanique agricole

Le chargement du foin, autrefois manuel, s'est mécanisé avec l'arrivée des remorques à échelles et, plus tard, des ramasseurs-élévateurs-chargeurs. Ces machines, associées aux botteleuses, ont transformé la récolte du foin, le rendant plus rapide et moins laborieuse.

La moisson, quant à elle, a été révolutionnée par les moissonneuses-batteuses. Au 19ème siècle, la moissonneuse mécanique est apparue, permettant de moissonner et de former des javelles. La moissonneuse-lieuse, notamment les machines Cormick Deering, a permis de confectionner des gerbes bien alignées, un progrès considérable par rapport à la moisson manuelle.

Moissonneuse-lieuse historique

Le battage des céréales, opération complémentaire à la moisson, a également été mécanisé. Les batteuses, qu'elles soient mobiles ou fixes, ont remplacé les fléaux et les trépigneuses, réduisant considérablement la pénibilité et la durée de cette tâche. Les batteuses, souvent actionnées par des moteurs thermiques ou électriques, ont permis un gain de temps considérable et ont transformé le travail de la ferme.

La motorisation a donc été un facteur majeur de transformation de l'agriculture, en améliorant la productivité, en réduisant la pénibilité du travail et en ouvrant la voie à de nouvelles techniques culturales. Les motobineuses des années 1960, bien qu'aujourd'hui des objets de collection et de restauration, témoignent de cette période de transition et de l'ingéniosité humaine pour faciliter le travail de la terre.

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