Le monde du manga et de l'anime, avec sa richesse thématique et sa diversité narrative, n'hésite pas à explorer des sujets aussi variés que profonds. Parmi ceux-ci, la nature, le jardinage et le rapport à la terre occupent une place de choix, offrant des récits où l'épanouissement personnel se lie souvent à la contemplation du végétal. Cet article explore comment ces œuvres captivent, éduquent et inspirent, en se penchant sur des titres qui transforment l'acte de jardiner en métaphore de la vie elle-même.

Les récits de transformation et de reconnexion à la nature
De nombreux mangas et animes utilisent le jardinage comme catalyseur pour des transformations personnelles profondes, souvent en contraste avec le rythme effréné de la vie urbaine. Ces histoires mettent en lumière la capacité de la nature à apaiser, à enseigner et à reconnecter les individus à des valeurs essentielles.
"Moi, jardinier citadin" : L'éloge de la simplicité et du partage
"Moi, jardinier citadin" est l'histoire vraie d'un dessinateur coréen, Min-ho CHOI, qui se retrouve en participant au potager collaboratif de son nouveau quartier. À mi-chemin entre des œuvres comme "Les Ignorants" et "Une sacrée mamie", ce manga dépeint un parcours intime où l'auteur, dessinateur de BD prometteur, ne se retrouve plus dans le système. Depuis quelques années, il vivote en travaillant pour différents studios d'animation, mais il a bien du mal à prendre du plaisir dans la production de masse.
Suite à son mariage, il décide de quitter Séoul et emménage alors à Uijeongbu, une plus petite ville au nord de la capitale et en bordure de montagne. C'est là que, après avoir démissionné, il décide de se consacrer à sa nouvelle vie, entre jardinage et dessins. Sous le regard bienveillant des anciens du quartier, Min-ho CHOI va apprendre à observer les rythmes de la nature, ceux des plantes mais aussi les siens. Complètement ignorant en jardinage, il découvrira pourtant, au contact de ses truculents voisins, à quel point les préjugés véhiculés par le monde moderne ne sont que des aberrations, et qu'il n'est finalement pas si compliqué de cultiver son potager en respectant toute forme de vie. Cette œuvre, à la fois intimiste et désenchantée, est aussi poétique que tendre. Elle propose une méditation sur la résilience et la redécouverte de soi à travers la culture de la terre, et pourrait même motiver un hikikomori, ces ermites 2.0 qui ne quittent jamais leurs écrans, à se mettre au potager.
"L'inaccessible étoile" et les débuts floraux
Ran est une fille assez parfaite que beaucoup considèrent comme un modèle à suivre : sérieuse, sportive, intelligente, soucieuse de sa santé, etc. Mais il n’est pas facile de rencontrer un garçon quand ces derniers la considèrent, à son grand dam, comme « l’inaccessible étoile » ! Un jour, elle fait fortuitement la connaissance de Akira, un garçon solaire, naturel, franc et amical et elle découvre également son « secret »: il est fils de fleuristes, apprécie beaucoup travailler au magasin de ses parents et sait déjà qu’il deviendra lui aussi fleuriste. Cette rencontre marque le début d'une exploration des contrastes entre la perfection perçue et la simplicité authentique, où l'univers floral d'Akira offre à Ran une nouvelle perspective sur la vie et les relations humaines.
Le mangaka Shin Morimura et l'odyssée vers la vie simple
Trois mangas racontent trois basculements d’une vie urbaine vers une vie rurale. À 50 ans, le mangaka Shin Morimura décide d’aller vivre dans les montagnes japonaises avec son épouse. Il raconte sa vie dans une maison autonome, sans eau courante ni électricité. Ce récit autobiographique, rare et drôle, dépeint une odyssée vers la vie simple, pleine de coups durs, d’apprentissages, de petits bonheurs, mais sans blabla moralisateur. L'œuvre est enrichie par un diaporama de l’évolution de la construction de sa maison, offrant une immersion visuelle dans ce projet de vie radical. Cette histoire est un témoignage puissant de la recherche d'autonomie et de la reconnexion aux bases essentielles de l'existence, loin des contraintes de la modernité.

Satoru et la survie post-collapse
Suite au collapse, un adolescent, Satoru, se retrouve perdu, seul face à une nature hostile. Entre le guide de survie et la dystopie, ce manga (ré)apprend les gestes essentiels, mais sans les détails que l’on trouvait dans la première version de ce manga, datée de 2006. C'est une exploration brutale et réaliste de la survie, où la nature n'est plus un havre de paix mais un environnement impitoyable qui exige une compréhension profonde de ses lois pour espérer subsister.
La flore comme source d'inspiration et de mystère
Le monde végétal n'est pas seulement un décor dans l'anime et le manga, il est souvent un personnage à part entière, porteur de secrets, de dons et de symbolisme.
Les fleurs et l'entrepreneuriat : Le défi de Sento Morio
Passionné d'horticulture, Sento Morio, un père de famille de 42 ans, décide d'ouvrir sa propre boutique de fleurs. Rapidement dépassé par l'ampleur de la tâche, il se retrouve confronté aux réalités complexes de l'entrepreneuriat et de la gestion d'un commerce. Ce récit explore la passion transformée en profession, les défis inattendus et la persévérance nécessaire pour faire éclore un rêve.
Le don de Sarah Nishikujo : Communiquer avec les plantes
Malgré son apparence tout à fait ordinaire, la jeune Sarah Nishikujo possède un don incroyable : celui de communiquer avec les plantes. Cette capacité unique la plonge dans des aventures où elle doit démêler les mystères du monde végétal, résoudre des énigmes et interagir avec un environnement vivant souvent négligé par les humains. Son histoire met en lumière la richesse et la complexité insoupçonnées du règne végétal et la possibilité d'une symbiose profonde avec la nature.

Noah, le chasseur de plantes et la mémoire végétale
Au XIXe siècle, au Sud-Est de l’Asie, Noah, chasseur de plantes, possède le don rare de se synchroniser avec la mémoire des végétaux. Cette faculté lui permet de revivre des événements passés à travers les plantes, découvrant ainsi des secrets enfouis et des histoires oubliées. Son parcours est une quête de connaissance, où chaque plante devient une archive vivante, révélant les liens complexes entre l'homme, la nature et l'histoire.
Rakan Sawa : Un environnement inhabituel
Rakan Sawa vit dans un environnement un peu inhabituel : l’adolescent ne connaît pas son père, sa mère est morte quand il était enfant. Ces circonstances difficiles façonnent son rapport au monde, potentiellement teinté par la recherche de racines et de sens, où la nature pourrait jouer un rôle de refuge ou de révélateur.
Kotone, la mangaka en herbe et le jardin des possibles
Mangaka en herbe dont le travail est jugé trop amateur par son éditrice, Kotone suit toujours des cours au lycée. Elle tombe un jour, au détour d'un chemin, sur un jardin secret qui devient sa source d'inspiration et son havre de paix. Ce lieu, potentiellement magique ou simplement apaisant, l'aide à affiner son art et à trouver sa voix créative, démontrant comment la nature peut être une muse puissante pour les artistes en quête d'originalité et d'authenticité.
Un futur minéral : La vie après les humains
Dans un très lointain avenir, les humains ont disparu. Ne reste qu’une nouvelle forme d’êtres vivants minéraux, les “gemmes”, qui doivent coexister et se protéger. Bien que n'étant pas directement liés à la jardinerie traditionnelle, ce type de récit explore la notion de vie et de survie dans un monde post-humain, où de nouvelles formes de "flore" ou de structures naturelles émergent, soulevant des questions sur l'évolution, l'adaptation et la définition même de la vie.
"The Garden of Words" : L'évasion et la connexion sous la pluie
"The Garden of Words", connu au Japon sous le titre "Kotonoha no Niwa", est un film d'animation japonais de 2013 écrit, réalisé et monté par Makoto Shinkai, avec la musique de Daisuke Kashiwa. Ce moyen-métrage, d'une durée parfaitement adaptée de 45 minutes, est une perle visuelle et narrative.
Takao, qui est en apprentissage pour devenir cordonnier, sèche les cours et dessine des chaussures dans un jardin de style japonais. Il y rencontre une mystérieuse femme, Yukino, qui est plus âgée que lui. Par la suite, et sans se donner rendez-vous, ils commencent à se voir encore et encore mais seulement les jours de pluie. Ils finissent par discuter ensemble et s'ouvrent l'un à l'autre. Traitant à nouveau le thème de la distance, mais sous un autre aspect - celui de la différence d’âge - le cinéaste nous offre un film frais, mignon et touchant.
Visuellement magnifique, "The Garden of Words" se distingue par des compositions musicales flamboyantes, quoi qu'un peu trop présentes pour certains, et des images d'une grande qualité qui en jettent. L'animation est sublime, le souci du détail est bien présent, et c'est surtout très coloré. Presque chaque plan est millimétré et dessiné pour qu'il soit magique et sublime. La relation entre les deux personnages est par ailleurs bien écrite, bien amenée ainsi que très crédible. Les personnages ne sont pas excentriques ou caricaturaux, ce qui renforce l'authenticité de l'histoire. Ce film est une expérience immersive où le jardin japonais devient un sanctuaire, un espace intemporel pour la rencontre et le partage d'émotions.

La planète rongée : Une nouvelle forme de vie
Rongée par des organismes microscopiques, la planète n'est plus celle que l'on connaissait autrefois. Une nouvelle forme de vie s'y est développée, modifiant radicalement l'écosystème et les paysages. Ce type de récit, souvent présent dans la science-fiction, explore les thèmes de la métamorphose environnementale, de l'adaptation et de la résilience de la vie face à des changements cataclysmiques, invitant à la réflexion sur la fragilité et la persistance de la biodiversité.
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