Gestion durable et identification des chenilles au potager et au jardin

Si les chenilles annoncent l’arrivée de beaux papillons au jardin, elles ne font pas moins l’objet d’inquiétudes chez de nombreux jardiniers. Que ce soit au potager, sur les arbres fruitiers, les buis, … Les chenilles, ces petits êtres souvent méconnus, peuvent susciter diverses réactions chez les jardiniers. Certaines personnes les voient comme des ravageurs à combattre à tout prix, tandis que d'autres reconnaissent leur rôle crucial dans l'écosystème du jardin. Alors, sont-elles réellement bonnes ou mauvaises pour votre jardin ?

Illustration montrant la diversité des chenilles dans un environnement de jardin potager

Il est important d’identifier l’espèce de chenille avant d’agir. Dans certains cas, l’invasion est impressionnante et nous fait craindre pour la survie de la plante qui semble complètement défoliée. Les chenilles sont les larves des papillons, des insectes de la famille des lépidoptères. On dénombre environ 500 espèces de papillons en France, et donc autant de chenilles. Reconnaître une chenille peut parfois être complexe. La chenille possède un régime phytophage, c’est-à-dire qu’elle se nourrit majoritairement de végétaux.

Comprendre l'impact des chenilles sur la biodiversité

Pour conclure, n’oublions pas que toutes les chenilles ont un rôle dans les écosystèmes. En se multipliant et en s’alimentant des végétaux présents en grand nombre, les chenilles régulent ces derniers et “libèrent la place” pour de nouvelles espèces, favorisant ainsi la biodiversité végétale et par conséquence la biodiversité animale. Toutes les chenilles ne causent pas de dégâts importants au jardin. La lutte biologique contre les chenille est un sujet important pour tout jardinier. Les chenilles susceptibles de s’agir d’attaquer à vos plantations sont en effet nombreuses et variées et s’intéressent autant au potager qu’au jardin d’ornement.

Certaines sont même de considérables ravageurs, telle la chenille du chou ou la chenille verte, la terrible pyrale du buis. Quant aux processionnaires, ce n’est pas parce qu’elles ne s’en prennent pas au potager qu’elles sont moins redoutables !

Identification des ravageurs courants

Exemple : les piérides, les pyrales, les noctuelles et les hyponomeutes sont parmis les plus redoutées au jardin ! La chenille du machaon, un magnifique papillon, qui semble se régaler de feuilles de carottes ou de fenouils. Les chenilles d’hyponomeutes par exemple font des toiles contenant leurs « nids » qui peuvent recouvrir parfois l’entièreté de l’arbre. Mais soyez rassuré, car la plupart du temps l’arbre refait des feuilles après le départ des papillons.

La pyrale du buis (Cydalima perspectalis) est une chenille s’attaquant aux buis, entraînant leur défoliation et leur mort à plus ou moins court terme. Originaire d’Asie, elle est un véritable fléau pour les buis arbustifs. La chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) ou celle du chêne sont des ravageurs redoutés depuis quelques années. Après leur sortie de l’œuf, les chenilles processionnaires remontent le long de tronc de l’arbre en une longue file ou procession (d’où leur nom). Elles se rassemblent par groupes de plusieurs centaines d’individus en des sortes de nids et se nourrissent des feuilles /épines qui se trouvent sur leur passage.

Comment lutter et traiter les chenilles processionnaires du pin ?

La piéride du chou est une chenille grise et jaune, qui s’attaque aux brassicacées en dévorant les feuilles. La chenille du chou, Pieris brassicae, est une larve d’environ 50 mm. D’abord jaune-vert, elle est ensuite jaune vif avec des bandes blanches ponctuées de taches noires et parcourue de poils blancs dressés. Ses plantes-hôtes préférées sont les choux, choux-fleur, navets, capucines. La chenille verte, quant à elle, s’attaque aux potées de géranium des balcons (ou Pelargonium) pour ensuite devenir un beau papillon surnommé le Brun du pélargonium.

La chenille blanche d’hépiales peut faire des ravageurs au potager mais aussi au verger ou au jardin d’ornement. Très petite chenille, elle mange l’intérieur des poireaux au début de l’été. Cheimatobie ou phalène brumeuse, Operophtera brumata, est un ravageur que l’on trouve souvent dans les petits fruitiers (cassissier, groseillier), dans les arbres fruitiers et autres arbres. La chenille, vert pâle avec des bandes vert jaune, affiche de caractéristiques fausses pattes à l’avant. Elle s’attaque aussi bien aux bourgeons qu’aux fleurs, feuilles et fruits selon son stade de développement.

Méthodes de prévention et barrières physiques

La lutte biologique contre les chenilles repose sur une approche préventive. Les filets anti-insectes empêchent les papillons de pondre leurs œufs sur les plantes du jardin. Au potager, pratiquer la rotation des cultures : les chenilles peuvent être spécifiques de certaines plantes, ainsi, cette rotation permettra de perturber leur cycle de développement. La diversification des cultures confond les insectes dans leur recherche de plantes hôtes. Les plantes aromatiques comme la sauge, le thym ou la mélisse repoussent naturellement les papillons.

Planter des bouleaux : cet arbre semble avoir un effet répulsif sur les chenilles processionnaires. Installer des haies défensives : installer des feuillus devant et parmi les groupements de pins pourrait perturber les chenilles qui du coup ne pourraient pas repérer leur refuge garde-manger. Poser des voiles sur les cultures sensibles juste avant les pontes pour empêcher les papillons de s’y poser (les protections physiques).

Schéma montrant l'installation de filets anti-insectes sur des rangées de légumes

Il convient d’examiner régulièrement le revers des feuilles aromatiques où les papillons déposent leurs œufs. La poudre de roche appliquée sur les feuilles humides perturbe la ponte des papillons. Installer des bandes engluées sur les troncs des fruitiers fréquemment attaqués pour piéger les chenilles lors de leurs déplacements. Biner la terre en hiver pour que les formes hivernantes soient exposées au froid et à découvert pour être mangées par leurs prédateurs.

Stratégies de lutte biologique et mécanique

Le ramassage manuel constitue la première intervention contre une chenille isolée ou un petit groupe d’insectes. Il suffit de porter des gants et de déposer les chenilles loin des plantations. Étant donné que ces chenilles deviendront, un jour, de splendides papillons pollinisateurs, vous devez tout d'abord essayer de les enlever manuellement. Ce sont des animaux essentiellement nocturnes. Enlevez-les et placez-les à un endroit où elles pourront faire moins de dégâts.

Le Bacillus thuringiensis (BT) représente l’insecticide biologique de référence. Cette bactérie naturellement présente dans l’environnement, pulvérisée sur le feuillage à l’aide d’un pulvérisateur à pression préalable, provoque la mort des chenilles sans nuire aux autres insectes. Le BT est une bactérie naturellement présente dans l’environnement. Elle s’installe durablement sur tomate, aubergine, poivron et haricot. Introduite en début de culture, elle agit en prévention active. Le Bacillus thuringiensis se pulvérise tous les 10 à 15 jours en période d’activité des chenilles.

Graphique illustrant l'efficacité du Bacillus thuringiensis sur les lépidoptères

Les nématodes entomopathogènes sont des micro-organismes vivants, naturellement présents dans les sols. Les nématodes parasites Steinernema feltiae ou S. carpocapsae constituent une alternative biologique. Ces micro-organismes s’attaquent directement aux chenilles dans le sol et sur les plantes. Les pièges à phéromones permettent de détecter la présence des papillons responsables des pontes (noctuelles, mineuse, teigne…) avant même l’apparition des dégâts. Parce que les pontes ont lieu quelques jours après les premiers vols. La confusion sexuelle par phéromones synthétiques perturbe la reproduction de ces espèces problématiques.

Utilisation de répulsifs naturels et auxiliaires

Le purin d’ortie s’obtient en macérant 1 kilogramme d’orties jeunes dans 10 litres d’eau de pluie pendant 48 heures. La décoction de tanaisie nécessite 40 grammes de feuilles fraîches par litre d’eau. Il faut tremper les feuilles 24 heures puis porter à ébullition pendant 30 minutes. Le jus d’ail se prépare avec 100 grammes d’ail haché dans 1 litre d’eau de pluie. Le marc de café humide, placé à la base des plantes, dégage une odeur répulsive pour les chenilles. Il peut également servir à nourrir le sol, car il est riche en azote, un minéral qui permet aux plantes de croître.

Le savon noir dilué à raison de 5 cuillères à soupe dans 1 litre d’eau chaude forme un insecticide de contact. La bière pulvérisée sur les feuilles repousse naturellement les chenilles par son odeur. Les oiseaux sont de bons agents de lutte biologique contre les chenilles de toutes sortes. Les mésanges notamment sont particulièrement efficaces contre les noctuelles et autres chenilles. Un couple est capable d'en consommer plus d'une centaine par jour, soit un à deux nids de chenilles. Les nichoirs à mésange sont efficaces et en plus, c'est agréable.

Les insectes auxiliaires comme les syrphes, chrysopes et ichneumons parasitent naturellement les œufs et les larves. Les chauves-souris et les crapauds complètent cette chaîne alimentaire en chassant les papillons nocturnes. Si les mésanges se nourrissent des chenilles, les chauves-souris, elles, s'occupent des papillons et empêchent la reproduction et donc la ponte de nouveaux œufs. Vous pouvez donc leur offrir le couvert chez vous en installant des gîtes dans votre jardin !

Précautions spécifiques pour les chenilles urticantes

La chenille processionnaire du pin présente des poils urticants dangereux pour l’homme et les animaux. À savoir : Dès la fin du troisième stade, la chenille processionnaire présente sur sa face dorsale des micro-poils qui sont projetés en cas d’attaque. Lorsqu’ils se cassent, ils libèrent une toxine urticante, la thaumétopoéine, qui peut déclencher d’importantes réactions allergiques. Le danger est le même pour les animaux que pour les humains : troubles respiratoires, fortes démangeaisons, troubles oculaires, …

Infographie sur les dangers des poils urticants des chenilles processionnaires

Lutte mécanique : on enlève les nids à la main qui seront incinérés. Un équipement de protection est nécessaire pour éviter les poils urticants. Écopiège : une gouttière est placée autour d’un arbre où sont installées des colonies de chenilles. Lorsque celles-ci se déplacent, elles peuvent être récupérées dans un sac, toujours pour être incinérées. À partir du mois de décembre, des Ecopièges peuvent être installés sur les troncs pour piéger les chenilles qui descendent pour s’enterrer dans le sol. En cas d’observation de nids ou de procession, vous pouvez la signaler sur la plateforme « Signalement Chenille processionnaire ».

Calendrier d'intervention et suivi au jardin

Le printemps marque l’éclosion des œufs et l’apparition des premières chenilles. L’été concentre l’activité des chenilles avec plusieurs générations successives. L’automne permet de préparer la saison suivante en binant la terre pour exposer les formes hivernantes au froid. Chenille ou asticot ? Cette distinction est essentielle. Observez d’abord le type de dégât. Symptôme typique : trous irréguliers, feuilles “râpées”, parfois feuillage presque disparu.

Se débarrasser des chenilles au potager ne consiste pas à pulvériser un produit au hasard dès que l’on voit un trou dans une feuille. Une chenille très jeune, encore exposée sur le feuillage, est beaucoup plus facile à maîtriser qu’une larve déjà installée à l’intérieur d’une tomate ou enfouie dans le sol. Plus vous intervenez tôt dans le cycle - idéalement au stade œuf ou jeune chenille - plus les solutions naturelles sont performantes.

Enfin, il convient de rester vigilant face aux idées reçues. Le vinaigre blanc mélangé à parts égales avec de l’eau repousse les chenilles mais peut brûler les feuilles des plantes sensibles. La gestion des chenilles est un équilibre constant entre la protection de nos cultures et le respect de la biodiversité, indispensable à la santé globale de notre jardin.

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