Stratégies et solutions pour la lutte anti-oïdium en viticulture

L'oïdium, une maladie cryptogamique causée par le champignon Erysiphe necator, représente l'un des défis sanitaires les plus persistants pour les viticulteurs. Souvent qualifié de "blanc" en raison du feutrage poudreux qu'il dépose sur les organes verts, ce pathogène peut compromettre non seulement le rendement, mais surtout la qualité organoleptique des vins. La gestion de cette maladie exige une compréhension fine des cycles biologiques, des seuils de nuisibilité et une stratégie de protection rigoureuse.

Schéma illustrant le cycle de vie de l'oïdium sur la vigne, de la sortie hivernale au développement sur grappes

Comprendre la biologie et la nuisibilité de l’oïdium

L'oïdium est une maladie cryptogamique qui prolifère surtout au printemps ou en été, lorsque le temps est doux et humide. Tous les organes herbacés de la plante sont sensibles aux contaminations par l’oïdium. Le blanc démarre sur le feuillage par l'apparition d'un feutrage blanc, une sorte de poudre farineuse qui se dépose sur les feuilles, les tiges et les boutons. Entre le début d’une contamination à l’oïdium et l’apparition de symptômes visibles, il peut s’écouler jusqu’à 3 semaines.

Les travaux conduits depuis 2006 par le Groupe ICV (Institut coopératif du vin) et BASF ont permis de définir des seuils de nuisibilité à ne pas dépasser sous peine de dégrader les qualités organoleptiques des vins. On sait désormais qu’à partir de 5% de grappes très attaquées, c’est-à-dire avec plus de 40% de baies touchées par l’oïdium, on a des problèmes sérieux de mauvais goût, qui seront difficiles à rattraper en cave.

Mesures prophylactiques et gestion de la parcelle

Pour limiter le risque d'apparition d'oïdium dans ses vignes, le viticulteur peut jouer sur des mesures prophylactiques. La forme sexuée de l'oïdium se développe surtout après la vendange et passe le plus souvent inaperçue. Notamment en limitant la vigueur, le choix du porte-greffe est important. Une fertilisation ou un désherbage modérés des parcelles sont également un moyen facile à mettre en œuvre pour limiter la vigueur de la vigne. Enfin, l'oïdium aimant l'ombre et l'humidité, il faut tout faire pour que la vigne soit la plus aérée possible.

Il est recommandé de favoriser la circulation d'air dans la ramure des arbres fruitiers et des ceps. La meilleure solution contre les attaques d'oïdium est souvent de transplanter l’arbuste, en mars, dans un endroit dégagé, bien ventilé. Apporter du compost pour faciliter la reprise.

Établir un programme de protection efficace

Les principaux critères à prendre en compte pour établir son programme de lutte contre l’oïdium sont la sensibilité variétale et l’historique de la parcelle. Si la parcelle a connu des attaques d'oïdium l'année précédente, la probabilité qu’elle subisse une nouvelle contamination sera plus forte compte tenu du stock d'inoculum. De la même manière, si la parcelle est plantée avec des cépages sensibles à l’oïdium, il ne faudra pas lésiner sur la qualité du programme. C’est le cas avec les cépages Carignan, Chardonnay, Portan, Roussanne et Cabernet-Sauvignon, pour lesquels la forme drapeau est fréquente.

Graphique comparatif des rendements entre programmes fongicides haut de gamme et programmes économiques

Le développement de la résistance, chez des phytopathogènes comme l’oïdium, peut être évité ou retardé en alternant ou en associant des fongicides à mode d’action différent. La règle en matière de lutte anti-oïdium est de démarrer tôt avec des produits puissants, quitte ensuite à alléger la protection. La période cruciale de traitement contre l'oïdium se situe entre le stade « boutons floraux séparés » et le stade « fermeture de la grappe ». Les prétendues attaques de fin juin-début juillet sont en réalité la conséquence d'un défaut de protection au stade le plus sensible, c’est-à-dire le début de la nouaison.

Choix des produits et qualité de pulvérisation

Attention aux fausses économies escomptées par le recours à des produits économiques. En comparant en 2009 et en 2011 l’efficacité de programmes utilisant des produits haut de gamme préventifs et curatifs avec des programmes utilisant des produits économiques, des écarts de rendement d’environ 25% ainsi que des écarts de qualité des vins ont été mis en évidence. Ceux qui avaient bénéficié d’une protection économique présentaient des défauts olfactifs et une sécheresse en bouche marquée.

Parmi les solutions modernes, des produits de biocontrôle comme l'ARMICARB® (bicarbonate de potassium) permettent de contrôler l’oïdium tout en diminuant les doses de soufre. Johanna SIGEL, Chef Marché Vigne DE SANGOSSE, précise que 3 kgs d’ARMICARB® + 2 à 6 kg de soufre positionné en pré ou post floraison permettent de contrôler l’oïdium tout en contribuant à la baisse de l’IFT conventionnel des programmes fongicides. De même, Limocide / Essen’ciel, biocontrôle à base d’huile essentielle d’orange douce, est une solution triple action qui permet d’améliorer considérablement l’efficacité de votre programme fongicide.

Réussir sa lutte anti-oïdium dépend largement aussi de la qualité de la pulvérisation. Cela passe par l’utilisation d’un matériel pointu mais aussi par le bon réglage des buses. Il est également important d'adapter sa vitesse d'avancement, d'optimiser la répartition de la bouillie pulvérisée et de donner de la mobilité aux gouttes.

[Innovation] EvaSprayViti, réduction de la pulvérisation de phytosanitaire en viticulture

Précautions d'usage et sécurité

La manipulation des produits phytosanitaires impose une rigueur absolue. Pour les produits conventionnels, des mentions de danger sont systématiquement associées aux étiquettes. Par exemple, certains produits peuvent être classés H351 (susceptible de provoquer le cancer), H319 (provoque une sévère irritation des yeux) ou H410 (très toxique pour les organismes aquatiques).

Il est impératif de se procurer les instructions avant utilisation (P201) et de porter des gants de protection, des vêtements de protection et un équipement de protection des yeux ou du visage (P280). En cas de contact avec les yeux, il faut rincer avec précaution à l’eau pendant plusieurs minutes, enlever les lentilles de contact si la victime en porte et si elles peuvent être facilement enlevées, puis continuer à rincer (P305+P351+P338). En cas d’exposition prouvée ou suspectée, il est nécessaire de consulter un médecin (P308+P313).

Concernant les produits de biocontrôle comme l'ARMICARB®, bien qu'utilisables en agriculture biologique, ils nécessitent également des précautions : ne pas respirer les poussières (P260), éviter tout contact avec les yeux, la peau ou les vêtements (P262), et respecter les zones non traitées par rapport aux points d’eau (SPe3). Il est formellement interdit de polluer l’eau avec le produit ou son emballage (SP1).

Raisonnement de fin de programme

Un enseignement majeur des travaux menés par BASF et le Groupe ICV porte sur le raisonnement des programmes. Les seuls traitements que l’on puisse envisager de supprimer sans incidence sur le rendement et la qualité sont ceux qui interviennent après la fermeture de la grappe. Lorsque le raisin est sain à ce stade, c’est-à-dire avec moins de 15% des grains touchés, il est envisageable de renoncer au dernier, voire aux deux derniers traitements, selon les cépages. La maladie se développera alors sans atteindre des seuils préjudiciables pour la qualité. Cette approche permet une gestion raisonnée, limitant l'empreinte chimique tout en préservant la rentabilité de l'exploitation.

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