L'Art Millénaire des Pots à Bonsaï Anciens : Un Voyage Entre Tradition et Esthétique

Illustration d'un bonsaï dans un pot ancien de Yixing

L'art du bonsaï, cette culture miniaturisée de la nature dans des pots, est une pratique quasi millénaire en Asie du Sud-Est, qui vise à représenter un mini-paysage (penjing) à partir de végétation. Considéré comme un art traditionnel chinois et un art majeur japonais, il a pour objectif de réussir à miniaturiser une plante ou un arbre en suivant différentes techniques complexes, exigeant savoir-faire, connaissances, minutie et patience. Le but final est une réussite esthétique en harmonie avec la nature à l'échelle normale. Cette pratique est désormais universelle, répandue dans le monde entier, suivant principalement la "codification" du Japon. La quête de cette harmonie ne serait pas complète sans le récipient qui l'accueille : le pot à bonsaï. Plus qu'un simple contenant, le pot est une extension de l'arbre, un élément essentiel de la composition qui rehausse sa beauté et contribue à son équilibre. Les pots à bonsaï anciens, en particulier, racontent une histoire de techniques raffinées, de matériaux nobles et d'une profonde appréciation esthétique qui a traversé les siècles.

Origines et Évolution des Pots à Bonsaï

Il est assez difficile de définir ce qu'est un pot à bonsaï au sens strict, car il existe une recherche d'élégance et de miniaturisation de la nature pour ne faire qu'un avec le pot. Si le bonsaï n'avait pas été au premier plan, l'intérêt porté aux pots n'aurait pas été le même.

Les Racines Chinoises et l'Influence du "Bongan"

Dans la Chine ancienne, le bonsaï était appelé "bongan" (plaisir du pot) ou "bonkei" (paysage de pot). Le témoignage des écrits de la cour de la dynastie des Tang (618-907) révèle une appréciation pour la contemplation des plantes et des arbres en pots. Ces objets étaient offerts comme décors intérieurs, et des fours étaient construits pour cuire ces pots. On pense que la cuisson des poteries à bonsaï date d'avant les écrits. L'art de la poterie chinoise, notamment avec la porcelaine de couleur bleue et blanche (appelée sometsuki ou seika) qui prédomine après les dynasties Song et Yuan, a fortement influencé la conception des pots à bonsaï. Ces nouveaux types de pots chinois étaient importés en grand nombre et utilisés par les classes aisées comme pots à bonsaï, bien que constituant des articles précieux et chers.

Le Japon : De la Céramique Jomon à l'Influence Continentale

Au Japon également, la céramique était utilisée dès l'ancienne période Jomon (-10000 jusqu'à -300), avec des techniques de poterie transmises depuis le continent. La cuisson des poteries "Yayoi" (-300 jusqu'à +300) et "Sue" (milieu de la période Kofun (2e-6e siècle) et pendant Heian (794-1185)) a progressé. Cela étant, perdure ce sentiment que l'homme souhaite pouvoir contempler près de lui les plantes des plaines et des montagnes. Le plus ancien document fait état d'un type de ganseki qui aurait servi de pot, appelé bonkezan (littéralement : une montagne pour pot provisoire). Alors que la mode des bongan et ganseki se propage depuis le continent, le Japon adopte et estime de nombreux produits culturels des pays développés du moment, à savoir la Chine et la Corée. Ces pots attirent rapidement l'attention des classes supérieures du Japon et se vulgarisent parmi les nobles.

Au début du 14e siècle, le "Hounen shounin eden" (littéralement : biographie en image de saint Hounen) montre des récipients dessinés en forme d'encensoir, ainsi que des pots ronds et profonds. L'influence prononcée pour les articles chinois de l'époque était palpable, grâce aux nombreux moines zen venus au Japon pour échapper à la tourmente politique chinoise. Cette période a vu l'épanouissement d'arts tels que le Noh, perfectionné par Zeami (1363-1443), l'art du thé par Sen No Rikyuu (1522-1591) en passant par Takeno Jouou (1502-1555), ainsi que l'arrangement floral et la cérémonie de l'encens.

L'Époque de Muromachi et d'Edo : L'Essor du Jardinage et des Céramiques

Du point de vue des divisions historiques, l'époque de Muromachi et celle d'Edo sont clairement séparées par l'instauration du shogunat de Tokugawa (le shogunat d'Edo - 1603-1867). Cependant, du point de vue de l'histoire culturelle, on observe une continuité remarquable, jusque vers les périodes Keichou (1596-1615) et Gêna (1615-1624).

Le monde de la céramique n'a pas subi de grands changements avant le bouleversement dû à Toyotomi Hideyoshi (Shogun, 1537-1598), qui a comploté par deux fois durant la guerre de Corée (la guerre d'Imjin - 1592-1597). Chaque commandant militaire a ramené des potiers coréens captifs, à commencer par Kyuushuu.

La ville d'Edo (actuellement Tokyo), fortifiée selon le système de résidence alternée annuelle des Daimyos, est devenue un centre important pour le jardinage. Les shoguns successifs, tels Ieyasu, Hidetada, Iemitsu, etc., appréciaient les arbres, les fleurs et les bonsaïs, ce qui a déclenché une "fièvre" du jardinage et une collection d'articles raffinés. Cette passion a évolué de pair avec l'envie de paix de la société, et un grand nombre de commerçants de plants se sont concentrés sur ce marché. Ils se sont impliqués dans les soins du jardin et ont fait de nombreux efforts dans la production de diverses plantes en pot.

Les céramiques et porcelaines prédominantes sont restées sous l'influence chinoise. À cette époque, la porcelaine de couleur bleue et blanche a pris le pas sur les porcelaines classiques (céladon et blanc). Les pots ou vasques aux couleurs splendides restaient accessibles uniquement aux daimyos ou riches marchands.

Les Pots de Yixing et le Bunjin Bonsaï

Les bunjin bonsaï, qui ont prospéré dans la région de Kyoto-Osaka, suivaient un principe d'esprit de raffinement et d'éloignement des choses de ce monde, atteignant un mode de vie proche de l'artistique. Les pots utilisés pour ces bonsaï étaient produits à Yixing (Chine). Ces designs venant de Chine étaient nombreux. En Chine, la tradition veut que la porcelaine occupe la première place, suivie des émaux, tandis que les pots faits d'argile occupent le dernier rang.

Carte de la Chine montrant la localisation de Yixing

Les pots à bonsaï faits à la main de haute qualité de la célèbre ville de poterie de Yixing sont particulièrement réputés. La fabrication de ces pots se fait à la main avec des plaques d'argile dans un moule en plâtre. L'ébauche de pot, dure comme du cuir, est lissée avec précision, constamment alignée et corrigée pendant le séchage. Le pot à bonsaï est ensuite cuit à environ 1230°C dans un four à gaz. Les pots à bonsaï faits à la main et densément brûlés absorbent à peine l'eau et résistent au gel. En plus des trous de drainage d'eau obligatoires, ces pots ont généralement des trous supplémentaires dans le fond pour fixer la motte avec du fil à bonsaï.

L'Ère Meiji et la Modernisation de la Poterie à Bonsaï

Bien que les pots à plantes du Japon n'aient pas été adorés comme ceux de la Chine, une nouvelle ère s'est ouverte grâce à des artistes potiers dont l'activité s'étend de la fin du shogunat de Tokugawa jusqu'à Meiji. Des noms comme Dainippon Kanzan, Inoue Ryousai, Makuzu Kouzan, Kachuutei Douhachi, Eiraku Zengoro et d'autres ont marqué cette période.

Représentation d'une scène de l'ère Meiji avec des artisans potiers

Au fil des époques - Meiji, Taishou, Showa - les pots à plantes, dont l'usage était au départ pour les bonsaïs, ont dérivé vers la création des bonki (littéralement : réceptacle pour bonsaï, par extension devenu un pot pour la contemplation). Les artistes potiers recevaient des commandes d'amateurs de bonsaï ou d'artistes potiers dont le passe-temps était le bonsaï. De plus, des revendeurs de céramiques commandaient des designs auprès de potiers et les faisaient réaliser. Des pionniers comme Katoun Sanguin ont fait commerce sous leur propre marque. Sandhu Ichiyou fabriquait lui-même vasques et pots à bonsaï. En termes de commercialisation, Mizuno Masao et Mizuno Shunshou ont travaillé sous la gouverne d'UE Matsu Tossai à la création de poteries, et après la mort de ce dernier, ils se sont mis à produire des vasques et des pots originaux.

Les poteries de Tokoname, dont le kaolin convient bien, ont vu l'introduction de la technique de l'oshigata ainsi qu'une tradition d'équipements de combustion à grande échelle. Depuis le milieu de la période Meiji, les pots étaient produits à l'aide de moules peu profonds, mais aussi par l'entremise des échanges avec les cultivateurs de bonsaï. Parmi eux, Nakano Gyouzan et compagnie ont introduit entre autres le sable pourpre venant de Yixing. Les petits bonsaï ont été à l'origine de potiers comme Matsudaira Yorinaga, Sugimoto Sashichi-o, etc., qui se sont employés à cette amélioration et démocratisation. Les pots employés pour ces petits bonsaï étaient également de petites dimensions, et la cuisson s'avérait possible dans des fours relativement petits parce qu'ils ne nécessitaient pas de grandes quantités de matières premières.

L'Objet du Jour : Une Jardinière en Bronze de l'Ère Meiji

Un exemple fascinant de pot ancien, faisant très certainement office de pot à bonsaï ou Suiban, est cette superbe jardinière d'origine japonaise, réalisée en bronze massif à patine dorée, marquée d'un bel idéogramme sous la base (fabricant, atelier, ville ?). Une réalisation que l'on peut situer vers la fin de l'ère Meiji (1868-1912).

Photographie d'une jardinière en bronze massif de l'ère Meiji

Cet "objet du jour" est un bien bel objet à découvrir, en bronze massif à patine dorée, ancien, correspondant à l'époque Meiji au Japon, et qui représente beaucoup plus qu'un objet de collection. Le bronze, à la fois objet décoratif et utilitaire, est fort bien réalisé, lourd et massif de par sa composition. C'est un objet de collection, de décoration certes, mais on peut le voir d'une toute autre manière : l'utiliser comme pot à bonsaï. La couleur or du bronze et la verdure qui va y pousser donneront un fort beau contraste, un superbe effet dès qu'il sera posé dans votre intérieur.

Les caractéristiques de cet objet sont les suivantes : dimensions de 26 x 26 x 23 cm, un poids de 5300 grammes, et un état en très bon état avec les habituelles traces d'usage. Sa période de fabrication est la fin du XIXème siècle, durant l'ère Meiji, circa 1880. Dans les productions de la fin du XIXe et du XXe siècle, les pieds sont très souvent moulés séparément du corps de la pièce (parties soudées, laissant des traces). On retrouve le décor asiatique avec les fleurs et les pieds en forme de chien de fô ou d'animal fantastique. Le décor est simple, fleuri et aux lignes épaisses et souvent directes. On imagine fort bien cette magnifique pièce agrémentée d'un joli bonsaï que l'on a élevé et soigné pendant de longues années.

Classification des Bonsaïs et Adaptation du Pot

La classification des bonsaïs, habituellement en trois principales catégories en fonction de leur taille, nous aide à "deviner" quel genre de petite merveille pourrait voir le jour dans un récipient tel que la jardinière en bronze.

Mame ou Shôhin

Ces bonsaïs à une main (jusqu'à 13 cm pour les Mame, et jusqu'à 23 cm pour les Shôhin) sont souvent très fascinants pour l’amateur. On parle souvent de mini-bonsaïs. Cette taille restreint de manière importante le nombre des variétés qui sont susceptibles d’être travaillées en mame, car de trop grandes feuilles difficilement réductibles donneraient à l’arbre une disproportion inesthétique. La culture est plus délicate que pour un arbre plus grand : le pot à bonsaï étant de petite taille, la terre va s’assécher très rapidement et demander des soins constants, nécessitant par exemple en été plusieurs arrosages quotidiens. Les pots employés pour ces petits bonsaï sont également de petites dimensions.

Kotate-mochi ou Komono

Ces bonsaïs à deux mains, de 15 à 60 cm, jusqu'à 30 cm, puis Chūmono jusqu'à 60 cm, sont sans doute les plus répandus parmi les amateurs. Leur taille permet de travailler la structure et la ramification avec beaucoup plus de finesse, donnant ainsi plus de liberté créatrice au bonsaïka (pratiquant de l'art du bonsaï). À peu près toutes les variétés conviennent à cette catégorie.

Ômono

Les bonsaïs à quatre mains (il faut en effet deux personnes pour porter ces grands bonsaïs), de 60 cm à 1,20 m voire plus, étaient autrefois au Japon un signe de la prospérité du propriétaire. Aujourd’hui, ils restent des bonsaïs imposants, et souvent vénérables par leur âge.

L'art du bonsaï avec Kunio Kobayashi - Silence, ça pousse !

Les Pots Aujourd'hui : Un Héritage de Personnalité et de Qualité

Aujourd'hui et depuis le début, pour les entreprises spécialisées dans la poterie, les célèbres potiers et les nombreux amateurs réalisent des productions de grande qualité. Chaque pot est marqué d'une grande personnalité dans les formes, les émaux ou l'application de motifs. La passion pour ces objets est partagée par de nombreux amateurs, des associations ou des clubs se créant partout dans le monde. La découverte de ces pièces magnifiques est une invitation à partager cette passion et à reconnaître la valeur culturelle et artistique qu'elles représentent.

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