L'apport de matières organiques, et plus spécifiquement de fumier, constitue une pratique ancestrale au cœur de la durabilité agronomique. Le fumier est depuis toujours une bénédiction pour les cultures, auxquelles il offre de nombreux nutriments, tout comme pour les sols qui en sont grandement améliorés. Que ce soit pour le jardinier amateur cherchant à enrichir son potager ou pour l'exploitant agricole gérant de grandes surfaces, la maîtrise de ces effluents d'élevage est cruciale pour une gestion raisonnée de la fertilité.

La composition chimique et biologique des effluents
Le fumier est un mélange de déjections animales (urines et fèces) et de matières végétales (paille, déchets, litière). Il est donc constitué comme un parfait compost : un mélange de matières sèches, ligneuses et donc riches en carbone et de matières humides et riches en azote. Lors de sa décomposition, il offre au sol tous les nutriments dont il est composé : minéraux et oligoéléments. Ses matières organiques favorisent également la formation d’une couche d’humus.
La structure comme la composition du sol en sont améliorées, quelle que soit la qualité du sol au départ (argileux ou sablonneux), un grand bénéfice pour tous les organismes vivant dans le sol. Il est plus aéré, donc l’air et l’eau y circulent mieux, l’eau y est plus facilement retenue.
Azote : formes, disponibilité et risques
Dans les fumiers, l’azote est majoritairement présent sous forme organique et une partie seulement (de l’ordre de 30 % pour un fumier de bovins) sera disponible pour la culture de maïs qui suivra l’épandage. L’azote sous forme organique nécessite une phase de transformation avant d’être assimilé, sous forme nitrate, par les racines du maïs. Le temps nécessaire à ce processus est fonction de la composition du fumier (rapport carbone/azote).
À l'inverse, dans les lisiers et les fumiers de volailles, l’azote est majoritairement présent sous forme ammoniacale. Cette forme est rapidement disponible pour la culture, mais elle est aussi très sensible à la volatilisation dans l’atmosphère. Ainsi, en conditions de sol sec, de temps venteux et ensoleillé, les pertes par volatilisation peuvent aller jusqu’à 50 %. Pour une efficacité optimale, ces produits doivent être épandus au plus proche du semis.
Stratégies d'épandage en grandes cultures
Les conditions d'épandage déterminent la valorisation des engrais de ferme. Par exemple, un lisier de porcs qui contient 60 % d'azote sous forme minérale, rapidement minéralisable est à épandre au plus près de la période d'absorption par les plantes. Ce sera donc au printemps sur prairies, fin février sur blé et au plus près du semis sur maïs, voire au stade 6-8 feuilles avec du matériel adapté.
Pour les engrais de ferme comme le fumier ou le compost dont l'azote est majoritairement sous forme organique, l'apport doit être fait suffisamment tôt. Ainsi la minéralisation libère l'azote davantage au moment où la plante l'absorbe. Par exemple, épandage de fumier de bovins en mars avant semis de maïs. En cas d’épandage entre culture dérobée et maïs, l'apport de fumier est trop tardif.

Valorisation des éléments minéraux (P et K)
Les effluents d’élevage, plus particulièrement les fumiers, sont riches en phosphore et en potasse. En valorisant efficacement vos effluents d’élevage, vous pouvez vous passer d’acheter des engrais de fond PK dans la majorité des situations. Par rapport au phosphore minéral, l’efficacité du phosphore d’un engrais de ferme est comprise entre 70 et 95 % l’année de l’apport, selon les produits.
À titre d’exemple, 30 T/ha de fumier bovin ou 25 T/ha de fumier ovin couvrent les besoins en P et K d’un maïs à 16 TMS/ha. Inutile donc d’apporter plus de 50 T/ha de fumier sur maïs - cela entraînerait un gaspillage d’éléments fertilisants. Répartissez vos effluents sur l’ensemble de vos surfaces (maïs, prairies, céréales) pour une meilleure valorisation. Les apports de fumier sont mieux adaptés que les lisiers pour couvrir les exportations importantes de potassium du maïs fourrage.
Gestion du fumier au potager : pratiques et précautions
Le fumier de cheval est particulièrement apprécié par de nombreux jardiniers, car il montre beaucoup de qualités fort intéressantes. Il est bien équilibré, grâce à sa teneur en paille, et est particulièrement apprécié pour les terres lourdes, argileuses, qu’il contribue réellement à améliorer. Il est particulièrement riche en potasse et en azote.
Le dilemme du fumier frais vs composté
Le fumier frais présente quelques inconvénients : il est assez riche en ammoniaque à cause des urines, donc une quantité importante peut être polluante ; il peut contenir des restes de traitements médicamenteux, vermifuges par exemple ; il peut contenir des pathogènes (bactéries ou autres), cependant sa rapide montée en température et la présence d’oxygène vont assez rapidement les détruire.
Il est assez conseillé de ne pas l’épandre juste avant de faire des plantations, il est préférable de le faire au moins 3 à 4 mois avant. La bouse seule n’est pas du fumier… et ne doit pas être utilisée telle quelle ! Si vous en récupérez, compostez-la avec vos déchets de cuisine et de jardin.
Fabrication de compost, à l'échelle locale !
Le processus de compostage
Il faut environ 6 mois pour composter correctement un fumier. Le fumier de cheval, qui monte très haut en température, peut ainsi se débarrasser des éventuelles bactéries ou parasites qu’il peut contenir. Ce compostage permet également d’équilibrer les ratios NPK. Un fumier de cheval bien décomposé présente ainsi un NPK de 0,6 % d’azote, 0,4 % de phosphore et 0,7 % de potassium.
Pour bien mener ce compostage :
- Ne réalisez pas de tas trop hauts.
- Installez-le sur des branchages pour permettre à l’air de circuler.
- Retournez-le au moins 3 fois au cours des 6 mois.
- Couvrez le fumier, par exemple avec de la paille, pour éviter le lessivage des nutriments.
Optimisation des apports selon les besoins des cultures
Le fumier de vache est un amendement organique précieux pour les jardiniers. Étant lourd, je vous recommande tout particulièrement ce type de fumier pour les terres légères (alors que le fumier de cheval sera plus favorable aux terres lourdes). Il leur conférera en effet davantage de « coffre » et les rendra ainsi plus stables.
Légumes gourmands et précautions
Il faut l’apporter aux légumes et autres plantes potagères qui en ont le plus besoin : toutes les courges, les tomates et autres solanacées (poivrons, aubergines…). Ces légumes gourmands supportent bien le fumier à demi-mûr, voire à peine composté. Les pommes de terre en sont également friandes, car le fumier de cheval est riche en potasse. Évitez par contre de planter des alliacées comme les oignons, l’ail, l’échalote, à des endroits que vous avez enrichi avec du fumier.
Le fumier de vache frais contient encore de nombreux germes pathogènes (E. coli, salmonelles, listeria, etc.). Son contact direct avec des légumes qui se consomment crus (salades, radis, carottes, concombres, fraises…) présente un risque sanitaire. Pour ces cultures sensibles, n’appliquez que du fumier composté et parfaitement décomposé.

Vers une approche permaculturelle de la fertilisation
Plutôt que vouloir enfouir, ne serait-ce que superficiellement, le fumier de cheval épandu, celui-ci peut tout simplement être recouvert de matières ligneuses, entendez par là de matières composées de lignine, par exemple de la paille, des feuilles, du BRF. Vous formerez ainsi, progressivement, des buttes sur lesquelles vous pourrez planter vos légumes sans avoir à travailler le sol.
Il est très simple de faire une couche chaude au potager, où elle servira pour les semis et jeunes plants frileux à planter plus tard. Le fumier de cheval est tout à fait approprié à la confection de ces couches chaudes, car il monte rapidement en température. Vous pouvez la construire directement sur le sol mais il est plus judicieux de creuser une fosse d’une cinquantaine de centimètres, cela permettra de conserver la chaleur émise par la décomposition des matières organiques qui la composent.
Équilibre environnemental et bilan azoté
L'ajustement de la dose d'azote au potentiel du maïs est un exercice de précision. Pour déterminer la quantité d’azote minéral à apporter en complément, il est nécessaire d’établir un bilan comparant, d’un côté, les besoins du maïs en fonction de son potentiel de rendement, et de l’autre, les différentes sources d’azote disponibles dans le sol : reliquats azotés en sortie d’hiver, minéralisation du précédent cultural, minéralisation de la culture intermédiaire, et apports d’effluents d’élevage.
Un apport trop important de fumier de vache peut provoquer une surdose d’azote, qui favorise un feuillage exubérant au détriment des fleurs et fruits, perturbe l’équilibre du sol, et entraîne des fuites de nitrates dans les nappes phréatiques, polluant l’eau potable. Respectez les doses recommandées : 0 à 3 kg de fumier composté par m² ou 1 à 3 kg de fumier frais par m², et évitez d’en apporter chaque année sur la même parcelle.
En conclusion de ces principes, il est essentiel de comprendre que le fumier est une ressource assez peu concentrée en minéraux. On dit d’ailleurs que c’est un amendement et non un engrais dans le sens où ses concentrations en azote, phosphore, potassium sont inférieures à 3%. Cette faible concentration en minéraux et cette richesse en carbone vont avoir un double impact : il faudra du temps pour que la vie du sol décompose les molécules complexes du fumier, et il faudra l'amener en quantité suffisante pour obtenir des résultats durables sur la structure et la fertilité du sol.
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