Le fumier n’est pas le sujet le plus poétique qu’il soit. Urines, déjections animales, voilà de quoi repousser bien des âmes sensibles. Et pourtant, le fumier peut s’avérer être un formidable allier au potager. Il est un berceau de richesse pour notre sol et à terme un apport de nutriments pour nos cultures. L'apport de matière organique permet le recyclage des déjections animales (fumier, lisier) et/ou végétales vers un retour au sol tout en limitant l'usage d'engrais chimiques et produits de synthèse.

Constitution et Nature du Fumier
Voyons ensemble sa constitution. Le fumier est le mélange de plusieurs matières organiques. On y retrouve d’une part les urines et les déjections ou fèces des animaux (crottins, bouses, fientes, crottes…). Vient ensuite la litière qui absorbe les urines, que ce soit foin, paille, broyat ou encore sciure. Le fumier est un mélange d’urine, d’excrément, et de matière carbonée : appétissant ! Au final, le fumier est un mélange de matières très sèches, très carbonées, très ligneuses, couplées à des matières très humides.
Le fumier est une ressource assez peu concentrée en minéraux. On dit d’ailleurs que c’est un amendement et non un engrais dans le sens où ses concentrations en azote, phosphore, potassium sont inférieures à 3%. On est à mille lieues des engrais de l’industrie qui contiennent parfois plus de 30% d’azote ou encore des engrais naturels comme le sang séché qui comprend 14% d’azote.
Le Processus de Compostage : Pourquoi l'Adopter ?
La question se pose de savoir si un fumier s’utilise frais ou s’il est nécessaire de le composter durant quelques semaines, quelques mois. Les deux hypothèses sont envisageables, mais l’apport d’un fumier composté au potager est la pratique la plus répandue. Elle est même obligatoire en maraîchage professionnel.
En effet, le premier avantage à composter un fumier est de l’assainir, se prémunir plus encore de quelconques risques sanitaires. Parfois on traite les animaux, les urines gardent quelques résidus médicamenteux. Autre avantage à composter un fumier en tas : il se valorisera de lui-même. Comme si vous mettiez les ingrédients d’une recette de cuisine dans un saladier pour bien lier l’ensemble plutôt que de tout jeter au sol.
De nombreux autres avantages viennent s’ajouter à l’utilisation d’un fumier composté :
- Il prend deux fois moins de place qu’un fumier frais, car la paille se décompose et s’émiette.
- Il demande deux fois moins de logistique de transport.
- Il est parfaitement homogène, stable, libère très lentement des minéraux et on peut, de ce fait, l’utiliser toute l’année.
- Grâce à la phase de compostage à chaud, vous aurez moins de graines d’adventices dans votre amendement.
Le brassage du composteur : épisode 3
Fumier Frais vs Composté : Stratégies d'Épandage
Si vous décidez d'utiliser du fumier frais, sachez que les macros organismes vont se régaler de matières grossières à décomposer et vont se démultiplier. Mais ce fumier sera bien moins stable et homogène alors il est fortement conseillé de l’épandre en dehors des périodes de culture. Le meilleur moment, c’est en automne. Le sol est encore bien chaud et actif, il engloutira tout cela durant l’hiver.
La litière imprégnée d’urine et les déjections vont se bonifier l’une et l’autre dans un équilibre d’humidité, d’oxygénation. En le répandant frais et non composté au sol, parfois la litière se retrouve d’un côté, les déjections d’un autre. La température monte moins haut (le fumier doit chauffer pour bien se décomposer) et la plus-value n’est pas la même. Alors, prenez le temps de mettre votre fumier en tas, aérez-le si vous le pouvez tous les 15 jours en brassant le tas.
Typologie des Fumiers et Spécificités
On peut retenir que plus l’animal est petit et plus le fumier est riche ! On parle aussi souvent de fumier froid, fumier chaud, mais faites avant tout avec le fumier pour lequel vous aurez l’accès le plus facile.
Le Fumier de Volaille et de Lapin
Les fumiers de lapin et de poules sont (au moins) deux fois plus concentrés en minéraux qu’un fumier de vache ou de cheval. Il faut en tenir compte pour apporter les bonnes quantités. Inutile de raisonner en brouette. Tout juste 1 kilo au m² sera déjà une belle dose. Le fumier de lapin est celui qui est le plus riche en potasse. Cela en fait d’ailleurs sa particularité. Idéal pour répondre aux besoins exigeant des cultures les plus gourmandes, tomates, pommes de terre, betteraves par exemple. Il est souvent assez pailleux lorsque les crottes sont récupérées avec la litière. Il sera bien plus efficace en l’utilisant composté et évitera tout risque de brûlure des cultures.
Le Fumier de Cheval
Il fait partie des fumiers chauds, idéal pour alléger des sols lourds. C’est celui le plus répandu et le plus utilisé dans nos potagers. Il monte vite en chaleur et est d’ailleurs parfois utilisé pour confectionner des « couches chaudes », alternance de fumier frais et paille ou foin pour chauffer un espace à semis par exemple.
Le Fumier de Vache
C’est un fumier, lui aussi, très utilisé au potager, également en agriculture du fait des quantités disponibles assez considérables. Il est plutôt conseillé pour les sols légers tellement ce fumier est lourd et froid. Les bouses complétées d’une litière de paille mettent du temps à se décomposer sans trop de montées en température. Mais une fois composté, il pourra être utilisé pour tout type de sol.

L'Action Agronomique sur le Sol
Le fumier a une triple action en tant qu'amendement :
- Effet structurant : Il améliore la porosité et la texture du sol.
- Augmentation de la CEC : Il accroît la capacité d’échange cationique, permettant au sol de mieux retenir les nutriments.
- Réserve utile : Il augmente la capacité du sol à retenir l’eau, un atout majeur durant les périodes de sécheresse estivale.
Pour l'azote, il faudra plusieurs semaines, plusieurs mois et même plusieurs années pour qu’il se rende disponible pour nos cultures. Cet azote est très complexe, relié au carbone (on parle d’azote organique). La vie du sol aura du pain sur la planche pour le déchiqueter, le casser en morceau, qu’il soit absorbable pour nos cultures potagères. On parle de minéralisation de l’azote.
Gestion Technique en Maraîchage et Prairie
Pour couvrir les besoins en entretien d'une prairie naturelle moyenne, produisant 6 tonnes de matières sèches, il faut apporter 15 à 20 tonnes/ha de fumier ou compost.
Concernant le fumier composté, celui-ci est beaucoup plus stable. L’azote est lié au carbone, les molécules sont complexes. On pourra le laisser en surface sur un sol gorgé de vie biologique. C’est elle, cette vie, qui va travailler mieux que quelconque engin mécanique et incorporer le compost de fumier aux premiers centimètres de sol. Au contraire, sur un sol peu propice au potager, manquant de vie, manquant d’aération ou encore d’humidité, il est conseillé d’enfouir mécaniquement le compost de fumier sur les premiers centimètres.
Précautions et Réglementations
L'épandage de fumier procure moins de travail que la réalisation d'un chantier de compostage. Cependant, il présente davantage d'inconvénients :
- Le produit n'est pas désodorisé.
- Il peut être porteur d'agents pathogènes (œufs de parasites digestifs).
- Des pertes d'ammoniac à l'épandage sont plus importantes avec du fumier comparées à l'épandage de compost.
- Il est difficile d'émietter le fumier de façon homogène à l'épandage et la paille se dégrade lentement au sol.
Il est impératif de respecter la réglementation « zone vulnérable » ou « installation classée ». Respectez un délai suffisant entre l’épandage et le pâturage des animaux, notamment en cas de productions fermières non pasteurisées. Épandre de préférence en automne ou hiver pour les fumiers (éviter les fumiers trop frais) et en période de croissance pour les lisiers.
Optimisation et Outils de Décision
Des valeurs moyennes de composition des principaux types de PRO (Produits Résiduaires Organiques) ont été mises à jour. Pour chaque élément fertilisant, le Keq exprime l’efficacité de l’engrais organique par rapport à un engrais minéral de référence. Il est d’autant plus élevé que le PRO contient de l’azote minéral et de l’azote organique rapidement minéralisable.
Des apports réguliers (tous les 1-2 ans) à des doses raisonnables sont préférables à des apports massifs et espacés (3-5 ans), sauf pour les sols à forte capacité de stockage (ex: argilo-limoneux). Un diagnostic nutritionnel NPK de l'herbe pâturée permet de vérifier la pertinence des apports et d’ajuster si besoin.

Si l’accès au fumier vous repousse ou vous est compliqué, vous avez ainsi bien d’autres solutions. Pensez au compost ménager, au compost végétal, aux paillages diversifiés (broyat, foin, paille, tontes, feuilles…) qui mois après mois amèneront de la richesse. Pensez aussi à la multitude d’engrais naturels qui vont enrichir votre sol. N’attendez plus pour démarrer votre propre potager.