L’agriculture contemporaine, tant en Afrique qu'en Europe, se trouve à la croisée des chemins face à des défis majeurs : la dégradation des terres cultivables et la prolifération des prédateurs de culture. Vous vous interrogez sur le rapport de notre société avec l’agriculture, la santé, l’alimentation ? L’agriculture en Afrique est de plus en plus confrontée à deux facteurs majeurs qui limitent ses performances. Ce sont la dégradation des terres cultivables et la prolifération des prédateurs de culture. Face à cette situation, il est de plus en plus recommandé la production et l’usage des fertilisants biologiques, tout comme les biopesticides pour lutter contre les attaques des cultures par les insectes, les vers, les chenilles et les prédateurs de cultures.

Les fondamentaux de la fertilisation biologique
Les fertilisants sont en réalité des engrais chimiques qui favorisent la croissance rapide des plantes et l’augmentation des rendements agricoles. Mais leur utilisation contribue à la dégradation des sols et a un impact sur la santé humaine et sur l’environnement. En opposition, l’agriculture biologique constitue un mode de production qui trouve son originalité dans le recours à des pratiques de cultures et d'élevage soucieuses du respect des équilibres naturels et de l’environnement.
Le rôle central du compostage
Le compost est sans doute l’un des engrais naturels les plus complets et accessibles. Outre son apport en azote, phosphore et potassium - les fameux NPK essentiels à la croissance végétale -, le compost améliore la structure du sol, favorise la vie microbienne et régule l'humidité. Faire son compost ne s'improvise pas et le compostage ne peut en aucun cas être assimilé à un tas de fumier laissé dans un coin sans manipulation.
Le processus de compostage est une transformation contrôlée en tas, qui consiste en une décomposition aérobie de matières organiques d’origine végétale et/ou animale. Il est caractérisé par une élévation de température, une réduction de volume, une modification de la composition chimique et biochimique, et un assainissement au niveau des pathogènes, des graines d’adventices et de certains résidus. Les éléments rassemblés sont disposés à l’ombre par couches superposées, bien arrosées et couvertes par la biomasse. Il ne faut pas couvrir avec des sachets plastiques mais avec de la paille, de l’herbe ou des feuilles mortes.
Engrais liquides et purins végétaux
Les purins sont des engrais liquides obtenus par la fermentation de certaines plantes dans de l’eau. Cette méthode ancestrale permet d’extraire les principes actifs végétaux et de les restituer directement aux cultures.
- Purin d’ortie : Riche en azote, il stimule la croissance des jeunes plants et renforce leur système immunitaire.
- Purin de consoude : Concentré en potassium, il favorise la floraison et la formation des fruits.
- Application : L'application se fait diluée (en général 10 % de purin pour 90 % d’eau), en arrosage au pied ou en pulvérisation sur le feuillage selon le type de plante.

Stratégies de lutte contre les ravageurs : les biopesticides
En agroécologie, l’utilisation des biofertilisants et des biopesticides va ensemble. Les pesticides biologiques ne tuent pas les insectes, les vers, les chenilles et autres mouches qui pullulent sur les plantes mais les repoussent. Les insectes ravageurs des cultures (prédateurs) s’abritent quelque part et viennent sur les plantes en début de soirée. C’est la nuit qu’ils se déplacent pour s’alimenter.
Recettes locales à base de plantes
Au Burkina Faso, des associations et ONG font la promotion de ce type d’agriculture qui allie protection des sols, santé humaine et environnementale. Monsieur Souleymane Bélemgnégré, président de l’association Béo-Neeré agroécologie, partage des techniques éprouvées :
- Feuilles de neem : Je cueille un kilogramme de feuilles de neem que j’écrase en pilant. Je mets la pâte obtenue dans quatre litres d’eau. J’ajoute à la solution, vingt grammes de savon traditionnellement fabriqué et je garde le tout dans l’ombre pendant vingt-quatre (24) heures.
- Feuilles de tabac : On fait bouillir une poignée, soit trois cent (300) grammes de feuilles fraîches de tabac dans trois litres d’eau pour extraire la solution.
- Combinaison piment, gingembre et ail : Un kilogramme de piment, un kilogramme d’ail et un kilogramme de gingembre sont pilés, mélangés avec de l’alcool à 90° et gardés pendant quatre à cinq jours. Après, on ajoute quatre à cinq litres d’eau.
Insecticides biologiques spécialisés
Les insecticides naturels représentent une alternative écologique aux produits chimiques pour lutter contre les ravageurs du jardin :
- Bacillus thuringiensis : Cette bactérie naturelle produit des toxines qui détruisent la paroi intestinale des chenilles et larves.
- Pyrèthres naturels : Issus des fleurs de chrysanthème, ils agissent sur le système nerveux des insectes.
- Terre de diatomée : Composée d’algues fossiles microscopiques, elle provoque des lésions digestives et cuticulaires chez les insectes rampants.
- Savon noir : Dilué dans une eau de qualité, il forme un insecticide naturel contre pucerons, aleurodes et cochenilles.
Les biopesticides à base de feuilles de neem | Témoignage de l'agroécologiste Max Hangbe
Gestion agronomique et écosystèmes
La fertilisation des sols en agriculture biologique est effectuée grâce aux engrais organiques. L’azote d’origine organique se lie aux argiles du sol et ainsi il est libéré de façon progressive sous forme de nitrates solubles : les risques de lessivage sont donc réduits.
Rotation et association des cultures
Le principe de la rotation des cultures consiste à ne pas cultiver deux années de suite des plantes de la même famille botanique au même endroit. Cela permet de casser les cycles des maladies spécifiques à certaines espèces et d’éviter l’appauvrissement du sol. Par ailleurs, l’association de plantes, aussi appelée compagnonnage végétal, permet de tirer profit des interactions naturelles entre espèces. Certaines plantes repoussent les insectes nuisibles, attirent les pollinisateurs ou améliorent la croissance de leurs voisines.
Le paillage comme levier écologique
Le paillage est une technique indispensable dans tout jardin bio. Elle consiste à couvrir le sol avec des matériaux naturels - paille, foin, feuilles mortes, broyat de branches, ou encore tonte de gazon séchée - pour recréer une litière forestière protectrice. Dans un potager, pailler autour des tomates avec un mélange de paille et de feuilles broyées permet de garder l’humidité après l’arrosage tout en limitant les éclaboussures, souvent vecteurs de maladies.

Cadre réglementaire et santé environnementale
En France, le Code rural et de la pêche maritime régit l’utilisation des matières fertilisantes. Pour les produits utilisables en agriculture biologique, les normes concernées sont essentiellement la NF U 44-051 (amendements organiques), la NF U 44-551 (supports de cultures) et la NF U 42-001 (engrais organiques).
La directive Nitrate
La quantité totale d'effluents d'élevage utilisée sur l'exploitation ne peut dépasser 170 kg d'azote par an/hectare de surface agricole utilisée. Cette limite s'applique uniquement à l'utilisation de fumier, de fumier séché et de fiente de volaille déshydratée, de compost d'excréments d'animaux solides, y compris de fiente de volaille, de fumier composté et d'excréments d'animaux liquides.
Impact sur le climat et l'emploi
L’agriculture biologique, de par ses pratiques culturales, permet de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique d’une part en limitant les rejets polluants et d’autre part en stockant davantage de CO2 dans le sol. En 2017, on estime que les métiers de l’agriculture biologique comptent près de 134 500 emplois directs, soit 16 500 de plus qu’en 2016. Ce sont 49 200 emplois directs qui ont été créés depuis 2012, avec une croissance annuelle moyenne de +9,5 % depuis 5 ans.
La non-utilisation d’engrais azotés chimiques de synthèse permet de ne pas contribuer à l’émission de CO2 nécessaire pour la fabrication industrielle d’engrais chimiques. De plus, la culture de plantes légumineuses permet la fixation biologique de l’azote dans le sol et réduit donc les émissions de protoxyde d’azote. La séquestration du carbone est favorisée grâce à des rotations de cultures longues et limitant le nombre de labours, ainsi que par la protection des structures écologiques telles que les haies, les arbres et le maintien de bandes enherbées.
L’utilisation de ces produits biologiques permet de récupérer même les sols dégradés parce que l’humidité est permanente, les déjections des animaux et les herbes utilisées dans la production du compost apportent des grains d’herbes et d’arbustes qui poussent partout. C’est dire que la biodiversité est bien conservée et même améliorée sur tout l’espace où sont utilisés ces biopesticides et biofertilisants. Et tous ceux qui ont appris à produire et à utiliser ces produits biologiques ne retournent plus aux produits chimiques.
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