La gestion de la matière organique est le pilier fondamental de toute pratique horticole durable. Que l’on soit un jardinier amateur ou un professionnel, comprendre le cycle de transformation des déchets est essentiel pour transformer ce qui était autrefois perçu comme des rebuts en un véritable moteur de fertilité. L’apport de compost aux terres n’est pas seulement une technique de jardinage ; c’est une stratégie visant à restaurer l’équilibre biologique des sols tout en adoptant une gestion responsable des ressources.
La philosophie du compostage de surface : reproduire les cycles naturels
Le compostage de surface est une façon rapide d’optimiser presque toute la matière organique en la mettant directement à la disposition des légumes. Un gain en temps et en fertilité, alors pourquoi s’en priver ? Le compostage de surface consiste à venir directement déposer les déchets organiques sur les planches de cultures. Cela revient à reproduire un cycle bien connu de la nature, celui de la matière organique : une plante pousse, meurt, et tombe au sol. Puis elle se décompose, améliorant ce dernier au passage. Vos déchets organiques sont déposés à même le sol du potager et recouverts, dans la majorité des cas, par un paillage pour garder un côté esthétique.
Dans la nature, le compostage par la chaleur n’existe pas ou quasiment pas. La quasi-totalité des matières organiques sont transformées dans les litières et subissent donc un compostage de surface. Si l’on regarde l’énergie contenue dans les matières organiques, on tient là un argument plus solide. En effet, les végétaux captent l’énergie solaire via la photosynthèse et la stockent sous forme chimique dans leurs composés organiques. Si vous compostez en tas, cette énergie est en grande partie transformée en chaleur et est donc dissipée et perdue pour la vie du sol. Si le matériau est apporté frais au sol, cette énergie sera alors mise à disposition de l’activité biologique du sol.

Mise en œuvre pratique et gestion des déchets
Pour mettre en place du compostage de surface, rien de plus simple, vous le faites même déjà sûrement. Si vous paillez au jardin, vous pratiquez déjà une forme de compostage de surface. N’hésitez pas à hacher vos restes de cultures. Généralement et même si ce n’est pas obligé, les jardiniers déposent ces déchets là sous un paillage déjà présent. Cela évite certaines nuisances visuelles et, dans une moindre mesure, olfactives.
Tous les déchets de cuisine peuvent aussi être épandus au potager sous le paillage au fil des mois. Évitez tout de même la viande, le poisson et les produits laitiers qui peuvent devenir embêtants en attirant les rats. Préférez les composter dans votre silo. Pour l’anecdote, nous avons déjà composté un gros saint Nectaire fait-maison sous un paillage, qui était plein de vers. Et tout ce que votre terrain produit ! Des feuilles, des restes de tailles bien hachées. Il est souvent déconseillé de composter les légumes atteints de maladie. Certains recommandent de brûler les tomates pour éviter toute propagation du mildiou par exemple. Brûler de la matière organique…? Quelle hérésie quand on connaît la richesse qu’elle représente !
Lors du désherbage, laissez les adventices sécher, racines à l’air libre, durant quelques jours. En particulier les plus problématiques comme le chiendent. Pour les annuelles peu problématiques, vous pouvez les laisser croître jusqu’à ce qu’elles gênent les cultures. Par la suite, vous les coupez au collet avec un opinel par exemple. C’est tout ! Toutes ces adventices relâcheront des minéraux dans le sol après leur décomposition.
Équilibre entre carbone et azote : la clé de la réussite
Pour bien maîtriser ce paramètre qui ne semble pas forcément évident, il suffit de regarder la consistance de ce que l’on met en paillage. Tout ce qui est tendre et humide contient majoritairement de l’azote (tonte, déchets de cuisine, reste de cultures). À l’opposé, tout ce qui est sec, dur et ligneux contient du carbone (bois, broyat, paille). Retenez simplement qu’il est optimal de mélanger à la fois des déchets carbonés et azotés pour qu’ils se bonifient les uns les autres. Un apporte de l’eau, de l’azote, pendant que l’autre apporte du carbone et aère l’ensemble.

Impact sur la biologie et la structure du sol
Le compostage de surface nourrit directement toute la petite faune qui grouille sous nos pieds. Dans un mètre cube de sol, on peut compter jusqu’à huit cents lombrics ! Tous ces êtres vivants décomposent la matière et rejettent dans le sol la nourriture indispensable aux végétaux que nous cultivons. À moyen terme, le compostage de surface permet aussi une amélioration de la structure du sol. Ces derniers permettent de structurer les particules de terre entre elles. Au bout de quelques années de compostage de surface, la texture du sol devient souvent très intéressante. On la compare à du couscous !
L’apport de déchets de cuisine au potager permet aussi d’augmenter l’humidité dans le sol. Ils sont constitués de 40 à 95 % d’eau. À l’abri sous le paillage en été, ils délivreront au final une belle humidité au sol, lentement, et maintiendront la terre humide plus longtemps. Pratique pour limiter les effets d’une sécheresse. Cependant, il faut prendre des précautions avec certaines cultures en particulier qui n’apprécient pas les sols trop humides, c’est notamment le cas avec l’ail ou l’oignon.
La question des ravageurs et la complémentarité des méthodes
Il est vrai que cette nourriture et cette humidité disponible en attire plus d’un. C’est surtout le cas pour les restes de cuisine que l’on composte en surface. Vous aurez peut-être affaire occasionnellement à des ravageurs mais le potager les attire dans tous les cas, compostage de surface ou non. Pour limiter au maximum d’attirer les rats, excluez les déchets d’origine animale à proximité des plantes cultivées.
Fini le compostage en tas ? Quand même pas ! Pourquoi s’embêter avec d’autres méthodes de compostage, déposer la matière organique en surface a tellement d’avantage ! Le compost de surface génère moins de chaleur, de vapeur d’eau et de gaz que le compost en tas. En revanche, forcément, on n’a pas d’hygiénisation du tas de compost par cette montée en température. Il est donc intéressant de faire un compost en tas ou en silo pour produire beaucoup de compost d’un coup. Il permet aussi de faire un substrat riche lors du repiquage des plants.
Composter c'est facile !
Les bienfaits globaux du compostage pour l'environnement
Les bienfaits du compost pour le sol ne sont plus à prouver aujourd’hui. Améliorer la structure du sol : léger et fibreux, il donne du corps aux sols sableux et aère les sols argileux. Le compost est une source naturelle d’engrais riche en nutriments essentiels tels que l’azote, le phosphore, le potassium, et bien d’autres. Grâce à sa capacité à améliorer la structure du sol, le compost favorise une meilleure rétention d’eau. Il agit comme une éponge, réduisant les pertes d’eau par ruissellement et limitant ainsi l’érosion du sol.
Le compostage permet de diminuer le poids des ordures ménagères résiduelles : les « biodéchets » représentent plus de 30 % du contenu de notre poubelle grise, soit 45 à 60 kg/hab/an ! En compostant, je détourne les biodéchets de l’incinération et je les valorise. Cela participe pleinement à la réduction de mes déchets, et de mon impact sur l’environnement.
Analyse des différents types de sols et amendements adaptés
En fonction de la qualité de votre sol, vous devrez ajouter différents éléments pour l’équilibrer et le rendre apte à faire pousser les plantes choisies.
- Terre argileuse : terre lourde, très dure quand elle est sèche, collante quand elle est humide. C’est une terre très fertile et riche en nutriments.
- Terre sableuse : c’est une terre friable, qui n’a aucune cohésion ou compacité. Elle ne retient pas l’eau, ce qui en été nécessite de l’arroser beaucoup plus fréquemment.
- Terre calcaire : un sol qui se dessèche rapidement en été et fait remonter en permanence des cailloux à la surface.
- Terre acide (humifère) : un sol est acide lorsque son taux d’acidité (pH) est inférieur à 7. Malheureusement, ce sol ne facilite pas la croissance des plantes, à cause notamment d’une faible activité de micro-organismes souterrains.

Le compost de déchets verts : une ressource à grande échelle
C’est du côté des composts de déchets verts qu’il est préférable de se tourner, car ils peuvent être utilisés sans limite et leur tarif est intéressant. Les composts de déchets verts, ou composts verts, sont fabriqués à partir des résidus d’élagage, de tailles de haies, de tontes de gazon, sur de grosses plateformes de compostage. C’est le premier gisement de composts produits en France, disponible sur tout le territoire et de bonne qualité, autorisé en agriculture biologique.
Les composts de déchets verts sont avant tout destinés à nourrir le sol, et non directement les plantes. Étant fabriqués surtout à partir de déchets ligneux, riches en lignine, ils sont riches en substances humiques. Ils permettent donc de remonter efficacement le taux d’humus du sol. Ils peuvent donc être apportés à tout moment, légèrement enfouis, ou simplement déposés en surface, mais de préférence recouverts d’un paillis pour éviter leur dessèchement.
Gestion des fumiers et bonnes pratiques de fertilisation
Les fumiers sont une ressource locale qui peut être utilisée en complément des composts faits maison et des composts de déchets verts, notamment grâce à leur richesse en éléments minéraux. Il est préférable de composter tous les fumiers que vous vous procurez. Les deux principales raisons sont l’assainissement et l’obtention d’un produit plus facile à utiliser. Contrairement aux composts végétaux qui peuvent être apportés en grande quantité, il faut limiter les apports de composts de fumier, car ils sont riches en azote, phosphore et potassium.
Les quantités à ne pas dépasser oscillent entre 1 et 5 kg de produit brut par mètre carré et par an : 1 kg pour le compost de fumier de volaille, 5 kg pour le compost de fumier de vache, et 4 kg pour les autres composts de fumier.
Application et dosage selon les besoins des cultures
Le compost améliore la fertilité des sols : il régénère les terres, rend le sol plus vivant, retient l’eau dans le sol, allège les sols argileux, contribue au développement des plantes, protège les végétaux contre les maladies. Le produit du compostage s’utilise de multiples façons et pour la plupart des végétaux : au potager, pour les fleurs, les massifs, les haies, les arbustes.
Pour vos massifs floraux : lors de l'installation d'un parterre, préparez le sol en effectuant un bon bêchage au cours duquel vous incorporerez de 5 à 8 kg/m2 de compost sur les quinze premiers centimètres. Lors des plantations, vous pouvez aussi mettre votre compost dans les trous, en le mélangeant avec la terre. Si vous semez vos plantes, qu’elles soient vivaces ou annuelles, vous pouvez le faire sur sol préparé. Vous effectuerez plus tard un paillage de deux centimètres maximum, afin de limiter la levée des mauvaises herbes et maintenir l’humidité du sol.
Ailleurs dans votre jardin : sous les haies arbustives par exemple, répartissez, lors de l’installation, de 8 à 10 kg/m2 de compost en les incorporant sur quinze centimètres de profondeur. Pour la création de nouvelles jardinières, un bon mélange est constitué d’un tiers de compost, un tiers de terre et un tiers de sable. Si vous réutilisez des jardinières de l’année précédente, ajoutez 20 % maximum de compost à la quantité de l’ancienne terre.
Le compostage permet d’échanger sur les pratiques : c’est donc un vecteur de lien social. En valorisant les déchets organiques à domicile, le compostage permet d’obtenir un amendement naturel et de faire des économies. En effet, je n’ai plus besoin d’acheter d’amendement ou de terreau. Utiliser son compost permet de limiter voire d’éviter l’usage de produits dangereux et polluants. La vie biologique d’un sol est importante à température modérée, ni trop chaud ni trop froid. Le compost peut alors être assimilé de manière optimale.