
L'arboriculture fruitière est un secteur agricole dynamique en France, confronté à des défis majeurs tels que les besoins en main-d'œuvre saisonnière, le changement climatique et la ressource en eau. Parallèlement, l'importation de fruits joue un rôle crucial dans l'approvisionnement du marché français, soulevant des questions de régulation, d'éthique et de concurrence. Cet article explore les différentes facettes de l'arboriculture fruitière en France et les dynamiques entourant l'importation de fruits, en s'appuyant sur les informations disponibles et les réglementations en vigueur.
Le Paysage de l'Arboriculture Fruitière en France
La filière arboricole française, bien que connaissant des évolutions contrastées selon les espèces, reste dynamique et très évolutive. En 2022, le verger français couvrait 178 000 hectares en production, une contraction par rapport aux 195 000 hectares de l'an 2000. Malgré cela, les arboriculteurs s'adaptent avec succès et diversifient leurs productions pour répondre à une demande en fruits des consommateurs toujours vigoureuse.
Productions et Tendances du Verger Français
La pomme demeure le premier verger de France, bien qu'elle ait perdu 25 % de ses surfaces en 20 ans. Toutefois, les innovations variétales et les techniques de production contribuent à une modernisation de la pomiculture, permettant une meilleure adaptation aux marchés. Avec 60 % des tonnages, la pomme est la reine des fruits à table. Les pêchers, cerisiers et poiriers ont, quant à eux, vu leurs surfaces diminuer de moitié sur la même période. En revanche, la production des fruits à coques tels que la noix et la noisette a doublé, au point qu'une crise de surproduction met à mal l'ensemble de la filière depuis deux ans. L'engouement pour l'amandier est également à noter, même si les surfaces concernées restent modestes avec 2 200 hectares.
Organisation et Emploi du Secteur
On compte moins de 25 000 exploitations avec des vergers en France, mais le secteur est relativement concentré, 7 % des arboriculteurs exploitant 45 % de ces surfaces. Seules 13 000 exploitations sont spécialisées en arboriculture. Le verger français est fortement régionalisé sur un axe reliant la vallée du Rhône et la vallée de la Garonne. Ces exploitations emploient 90 000 salariés permanents, et la main-d'œuvre saisonnière est évaluée à 180 000 emplois. Une part significative des exploitations, 40 %, pratiquent la vente directe, et 37 % valorisent leur production au travers des organisations de producteurs.
Apprendre l'Arboriculture Fruitière moderne, avec Michel Ramonguilhem
L'Importation de Fruits en France : Un Marché en Évolution
Les importations de fruits et légumes ont augmenté de 62 % depuis 1990 en France. Désormais, 49 % des fruits et légumes commercialisés en France sont d'origine importée. Ce constat n'est guère meilleur pour les produits certifiés Agriculture biologique, où 20 % des légumes bio et 45 % des fruits bio sont importés.
Origines et Distorsions de Concurrence
La majorité des produits importés provient de pays de l'Union européenne (Espagne, Italie, Allemagne…), où les réglementations sociales (droit et coût du travail) et environnementales (pesticides) permettent des coûts de production bas, créant de véritables distorsions de concurrence. L'Espagne est le premier fournisseur de la France, représentant 34 % des importations, suivie par la Côte d'Ivoire (8 %) et l'Italie (6 %). Ironiquement, l'Espagne est également le premier client à l'exportation de la France, représentant 23 % du total des exportations françaises, devant le Royaume-Uni. Le déficit du commerce extérieur des fruits s'élève à 2,6 millions de tonnes en volume et 4,1 milliards d'euros en valeur.
Impact des Aléas Climatiques et Sanitaires
Les incidents climatiques et sanitaires se sont multipliés ces dernières années, avec d'énormes dégâts sur les cultures (comme la Tempête Eunice au printemps 2022, ou Ciaran et Domingo à l'automne 2023). Ces aléas accroissent la volatilité sur les volumes produits et sur les prix payés aux producteurs, d'autant plus qu'ils sont également tributaires des récoltes des autres pays. L'imposition de prix bas et volatils restreint aux marchés « de niche » les initiatives de sortie des pesticides et d'amélioration de la qualité des produits.
Industrialisation de la Production et Alternatives
Face à la forte pression sur les prix créée par les importations et dans un objectif de réduction des coûts, l'industrialisation de la production de fruits et légumes s'accélère. La multiplication des incidents climatiques et sanitaires et la demande sociétale sur les pesticides sont des justifications souvent utilisées par les porteurs de projet de ces fermes-usines, comme les serres chauffées de tomates sur plusieurs hectares qui se multiplient. En contrepartie, la création et la multiplication des circuits courts de distribution dans tous les territoires est une solution aux problèmes de marché rencontrés par les paysans en circuits longs. Les stratégies individuelles de vente directe permettent bien souvent d'améliorer la rémunération des paysans, en particulier lorsque ceux-ci sont sur de petites surfaces et se dégagent le temps nécessaire pour maîtriser la commercialisation. L'imposition de prix minimum d'entrée pour les fruits et légumes importés, quelle que soit leur origine, est une autre piste pour soutenir l'emploi et l'équité.
Réglementation et Formalités d'Importation
L'importation de fruits en France est soumise à une réglementation stricte visant à garantir la sécurité sanitaire et la qualité des produits. Il est vital de bien connaître ces règles avant de s'engager dans le commerce de fruits.
Contrôles Phytosanitaires et Certifications
Les végétaux et produits végétaux (à l'exception des produits transformés) provenant de France métropolitaine, d'Europe ou des pays tiers sont soumis au contrôle phytosanitaire. Certains végétaux et organismes nuisibles de quarantaine sont interdits. Tous les végétaux importés doivent être accompagnés d'un certificat phytosanitaire établi par l'autorité compétente du pays d'origine. Les végétaux sont soumis à une Autorisation Technique d'Importation (ATI), délivrée par l'unité santé des végétaux de la Réunion, qui est un département d'outre-mer français et Région Ultra-Périphérique européenne. Dans certains cas, l'ATI impose que les végétaux importés subissent une quarantaine : durant cette période, des agents de l'unité inspecteront ces végétaux afin de détecter des agents pathogènes présents mais non décelables, en période d'incubation, au moment de l'arrivée sur le territoire. Cette précaution est nécessaire afin d'éviter l'introduction de virus ou bactéries sur les plantes importées.
Pour l'introduction de tous les fruits et légumes depuis un pays hors UE ou de l'outre-mer, il faut présenter un certificat phytosanitaire obtenu auprès du pays de provenance. Seuls les bananes, noix de coco, durian, dattes et ananas sont autorisés à entrer en France sans limite de quantité et sans certificat phytosanitaire. Pour les végétaux destinés à la plantation venant d'un pays de l'Union européenne, ils peuvent être rapportés à condition que les quantités correspondent à un usage personnel. Cependant, certaines plantes sont interdites, comme les pieds de cannabis. Les végétaux destinés à la plantation provenant d'un pays tiers, en plus d'être accompagnés d'un certificat phytosanitaire, doivent être présentés en poste de contrôle frontalier (PCF) à l'arrivée en Union Européenne, pour y subir une inspection phytosanitaire. À l'issue de celle-ci, un "document sanitaire commun d'entrée - produits de plantes" (DSCE-PP) est délivré par les inspecteurs du PCF.
Restrictions sur les Substances Actives
La France a mis en place des mesures de sauvegarde pour interdire l'importation de denrées alimentaires contenant des résidus de substances actives interdites sur son territoire. Un arrêté interministériel du 7 janvier 2026 a suspendu l'importation, l'introduction et la mise sur le marché à titre gratuit ou onéreux, en France, des denrées alimentaires contenant les résidus de cinq substances actives. Cette mesure sera présentée à la Commission européenne et aux autres États membres. L'arrêté enjoint les opérateurs œuvrant dans les domaines de l'importation, de la transformation et de la mise en marché des végétaux importés à s'assurer, sous le contrôle du ministère de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, qu'ils ne contiennent pas de résidus de ces substances interdites. La France a déjà interdit, par l'arrêté du 23 février 2024, l'importation de fruits et légumes frais traités avec le thiaclopride, substance interdite d'utilisation dans l'Union européenne depuis 2020. Cette mesure a ensuite été inscrite en mai 2025 dans la réglementation européenne.
Le ministre a clairement affirmé : « Les produits que nous chassons par la porte, en raison des substances avec lesquelles ils sont traités, ne doivent pas revenir par la fenêtre. C’est un principe de bon sens, que nous avons porté auprès de la Commission européenne depuis plusieurs mois. L’équité et la justice pour nos agriculteurs et pour nos consommateurs, ne peuvent pas attendre. Cet arrêté permet donc de mettre fin à une situation de "deux poids deux mesures" incompréhensible, et d’assainir les rayons. S’il faut prendre d’autres arrêtés, je les prendrai, car je ne transige pas avec la protection du monde agricole. » Il a ajouté que si ces substances ont été interdites en France et en Europe, « c’est bien qu’il y a une raison : protéger les consommateurs et leur santé. »
Formalités Administratives et Douanières
Bien avant de faire l'importation de fruits vers la France, il est important de connaître la réglementation que le pays a établie dans ce domaine. Il faut d'abord prendre connaissance des fruits qui sont autorisés en importation, comme les citrons, les oranges, les mandarines, les fraises, les pêches, les pommes, les bananes, etc.
Pour les formalités administratives, la première action à mener est de déclarer aux services de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) son intention d'importer des fruits soumis aux normes de commercialisation. Il faudra ensuite remplir certaines formalités douanières, où sera délivrée une déclaration en douane, un document/formulaire répertoriant les détails sur les fruits importés. Ce document obtenu à la DGCCRF est dématérialisé, et ces opérations d'importation sont gérées avec une liaison informatique qui permet de suivre plus facilement le processus.
Il est nécessaire de détenir un certificat de conformité ou un bulletin d'admission, délivré par les services locaux de la DGCCRF. Avant de délivrer ce document, les agents de cette direction vérifient quelques détails liés à l'importation des fruits. Hormis cette pièce, il faut avoir aussi des documents classiques comme la facture commerciale et les certificats d'inspection, qui attestent du caractère légal de l'opération. La réussite de l'importation de fruits en France dépend majoritairement des formalités administratives.

Frais et Manutention
Pour finaliser le processus d'importation de fruits, il reste à régler certains détails affiliés à la manutention. Il faut d'abord bien calibrer les fruits, car un bon calibrage permet d'optimiser l'espace au niveau du moyen de transport ou de la structure de stockage utilisée, et ainsi limiter les frais de douanes et les frais de transport de la marchandise. Outre ces dépenses, les importateurs sont soumis à d'autres frais connexes comme ceux de la TVA.
Acteurs et Engagements dans l'Importation de Fruits
Des entreprises comme la Société MARQUILLANES jouent un rôle significatif dans l'importation et la distribution de fruits.
L'Approche de MARQUILLANES
La Société MARQUILLANES est importatrice de fruits et légumes frais de qualité et spécialisée dans la distribution/exportation en France et en Europe de fruits et légumes frais de qualité d’Espagne et du Maroc. L'entreprise s’entoure de partenaires producteurs rigoureux qui partagent la même exigence de réactivité et de qualité. MARQUILLANES encourage ses producteurs partenaires à convertir les pratiques culturales vers des pratiques raisonnées. Ses producteurs partenaires proposent ainsi des produits issus d’une agriculture biodiverse en pratiquant la protection biologique intégrée par l’introduction d’insectes auxiliaires pour préserver les cultures des ravageurs en respectant l’équilibre de l’écosystème.
Éthique, Responsabilité et Environnement
L'équipe dirigeante de MARQUILLANES développe un management de proximité axé sur le développement des talents de chaque collaborateur. MARQUILLANES mobilise ses équipes autour d’un engagement fort en termes d’éthique au travail, de la responsabilité de chaque collaborateur à son niveau dans le diagramme de fabrication et d’esprit d’équipe. L'entreprise mène des actions concrètes et efficaces destinées à contrôler chaque processus dans une volonté d’amélioration continue. L’objectif en matière d’environnement est de participer à la réduction des déchets du mieux possible.
Conséquences et Perspectives
Le commerce de fruits est une activité pécuniaire assez rentable qui mobilise de nombreux acteurs économiques. Cependant, le secteur des fruits et légumes en France subit une crise grave et durable, exacerbée par les importations massives et les distorsions de concurrence.
Défis pour les Producteurs Français
Les exportations françaises de fruits, notamment les pommes, ont beaucoup diminué ces dernières années (800 000 tonnes en 2000 contre 350 000 en 2022). Seules les exportations de fruits tropicaux se maintiennent, essentiellement grâce à la banane antillaise et à l’ananas réunionnais. Les producteurs français sont pénalisés par cette situation de "deux poids deux mesures", où des produits traités avec des substances interdites en France et en Europe peuvent être importés.
Protection de l'Environnement et de la Santé
Les mesures d'interdiction prises par la France visent à protéger les consommateurs et leur santé. La nécessité de "manger mieux" et d'abandonner la commercialisation de produits comportant des substances controversées est un combat que le ministre s'est engagé à poursuivre. La protection du monde agricole et l'assainissement des rayons sont des priorités, impliquant des contrôles rigoureux sur les importations.
Diversité des Réglementations
La législation varie en fonction du pays de provenance des produits. Pour les produits alimentaires en provenance d'un pays non membre de l'Union européenne ou de l'outre-mer, l'introduction est très contrôlée, avec l'interdiction de tous les aliments d'origine animale (viande, produits à base de viande, produits laitiers), à quelques exceptions près pour de petites quantités. La Réunion, en tant que département d'outre-mer français et Région Ultra-Périphérique européenne, suit les réglementations phytosanitaires européennes, tout en tenant compte du contexte français et régional.
En cas de dérogations, elles peuvent être accordées sous conditions pour l'introduction de végétaux ou d'organismes nuisibles à des fins scientifiques. De plus, il est interdit de ramener un animal protégé en voie de disparition ou dangereux pour l'écosystème, ainsi que des parties d'animaux morts. Les transports d'espèces animales sont contrôlés par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES).
L'introduction de produits contrefaits, de stupéfiants, ou d'objets à caractère pédophile est strictement illégale et passible de peines sévères. De même, certaines substances minérales ou chimiques dangereuses, comme les sels de plomb, le nickel, le bisphénol A, l'amiante ou les fibres d'amiante, sont interdites d'entrée en France. L'importation d'œuvres d'art et de biens culturels fait l'objet de contrôles stricts par les Douanes, nécessitant une autorisation de sortie du pays d'origine.
Ces réglementations complexes soulignent l'importance d'une vigilance constante et d'une conformité rigoureuse pour tous les acteurs impliqués dans l'importation de fruits en France.

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