L'arboriculture fruitière représente un pilier fondamental de l'économie agricole du grand Sud-Ouest français. La Nouvelle-Aquitaine et l'Occitanie forment un ensemble cohérent, souvent désigné comme le Bassin Sud-Ouest (BSO), qui joue un rôle prépondérant dans la production fruitière nationale. Avec près de 44 % du verger métropolitain localisé dans ces deux régions, le poids de cette filière est incontestable, tant en termes de volumes produits que de structuration de l’emploi et de dynamiques de conversion vers l'agriculture biologique.

La place de l’Agriculture Biologique dans le verger régional
La filière des fruits biologiques s'impose comme l'une des plus dynamiques en termes de conversion en France, malgré un léger recul observé en 2023. Avec 37 % des surfaces nationales arboricoles conduites en bio, la tendance est marquée. Actuellement, 42 % des surfaces de fruits bio sont situés en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, les régions PACA et Auvergne-Rhône-Alpes comptant également d’importantes surfaces (respectivement 16 % et 15 %).
En 2023, avec 10 654 ha, la noix est la première production fruitière certifiée bio, suivie par la pomme de table (8 056 ha), les olives (7 344 ha) et les châtaignes (6 764 ha). En 2019, ces quatre productions étaient déjà les plus importantes, mais dans un ordre différent : pommes de table, olives, châtaignes, noix. Ces productions présentent également les surfaces en conversion les plus importantes. Pour les surfaces en conversion, les pommes à cidres et à jus représentent elles aussi des surfaces conséquentes.
L’enjeu majeur pour la pomme, par exemple, est de se préparer à l’arrivée de ces conversions. Beaucoup de producteurs conventionnels sont au bout de leur système et il est nécessaire d’anticiper, d’organiser le marché, de connaître les stocks en début de campagne et la progression du déstockage en cours de saison. La production de fruits en bio demande une grande technicité. Les enjeux diffèrent s’il s’agit de convertir un verger déjà en place ou d’implanter un nouveau verger dont la conception peut être revue pour être mieux adaptée à la production biologique.
Structure de l’emploi et poids économique
L'arboriculture en Nouvelle-Aquitaine représente 0,6 % de l’emploi salarié régional, dans 4 300 établissements. La région regroupe 14 % des non-salariés de la filière nationale. Le secteur se caractérise par une main-d'œuvre irrégulière, avec un recours fréquent à une main-d’œuvre saisonnière ou occasionnelle. Au total, les exploitations fruitières mobilisent des effectifs importants, notamment dans la transformation et le commerce de gros.
Dans le bassin Sud-Ouest, la production en valeur des fruits tourne autour de 1,3 milliard d’euros en moyenne. Elle représente 11 % de la valeur de l’ensemble des productions végétales et 7 % de la valeur de la production de la ferme du bassin. En Occitanie, la valeur de la production atteint en moyenne un peu plus de 560 millions d’euros, soit 18 % de la valeur métropolitaine.

Dynamiques territoriales et spécialisations
Le potentiel régional occitan est le premier pour la superficie métropolitaine de fruits, quasi à égalité avec la Nouvelle-Aquitaine, et en particulier pour les surfaces de pêches, nectarines, pommes, prunes de table et raisins de table. Depuis 1980, le paysage arboricole s'est transformé. La surface en fruits à noyaux (abricots, pêches, prunes, cerises) a été divisée par 1,5, avec une forte progression de la part de l’abricot (+ 10 points de %). À l'inverse, le verger de pêchers est passé de 15 000 ha en 1980 à un peu plus de 6 000 ha en 2020.
Le verger de fruits à pépins (pommes, poires, kiwis et raisins de table) a été divisé quasiment par 2 depuis 1980. Cependant, le kiwi a vu ses surfaces fortement progresser, en particulier en Tarn-et-Garonne. Depuis 2010, la dynamique de progression des fruits à coques est forte : la superficie a été multipliée par 1,4, principalement du fait de la progression très forte des noyeraies (+ 1,7). Ce sont les départements du Lot et du Tarn-et-Garonne qui se sont positionnés sur la production de fruits à coques, alors que les surfaces du verger d’amandiers progressent dans le Languedoc et le Roussillon.
Organisation de la recherche et de l’expérimentation
La résilience et la performance de la filière reposent sur un réseau dense d'instituts techniques et de centres d'expérimentation. Le CTIFL, via son pôle Sud-Ouest à Lanxade (Dordogne), consacre ses travaux à l’arboriculture et aux cultures légumières, notamment aux techniques de production intégrée, à la qualité des produits, à la protection de l’environnement et à la certification du matériel végétal fruitier.
Le centre d’expérimentation régional INVENIO, basé à Villeneuve-d'Ornon, se déploie sur 5 sites spécialisés. De même, l’APFELSO (Association des producteurs de fruits et légumes du Sud-Ouest) regroupe 37 organisateurs de producteurs et expéditeurs, assurant une représentation forte de la filière, notamment dans le pilotage de programmes de promotion européens.
Canicule : les arboriculteurs face aux changements climatiques
Les défis du renouvellement des générations
Dans les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, les chefs d’exploitation ont majoritairement plus de 50 ans. De ce fait, le renouvellement des générations en arboriculture est une question prégnante. Les superficies de vergers pour lesquelles le chef a plus de 60 ans et a déclaré un avenir incertain pour son exploitation représentent 5,4 % du verger à pépins, noyaux et coques d’Occitanie, soit 2 000 ha. Cette superficie pourrait à terme disparaître du potentiel régional.
La gestion des vergers, qu'il s'agisse de pommes en Tarn-et-Garonne ou de pêches et abricots dans le Gard, est de plus en plus concentrée dans des exploitations spécialisées de grandes et moyennes dimensions. Ces structures sont plus à même de supporter les aléas climatiques (gel de printemps, grêle, sécheresse) qui peuvent faire varier le niveau de production de 40 à 70 % selon les espèces et les années.
Spécificités des filières par espèce
La culture de noisettes, très mécanisée, a été introduite dans les systèmes grandes cultures, illustrant une diversification bienvenue. En ce qui concerne la noix, les 778 exploitations lotoises concentrent 76 % du potentiel de production occitan. Les producteurs de noix n’ont quasiment pas d’autres productions fruitières, ce qui en fait un segment très spécialisé.
Pour les fruits à pépins, la part du bio est proche de 20 % dans le bassin Sud-Ouest. Pour les fruits à noyaux, l’écart entre les deux régions est plus élevé : 22 % en Nouvelle-Aquitaine et 18 % en Occitanie, cette dernière étant davantage marquée par les surfaces d'abricots et de pêches où la part du bio est structurellement plus faible.
Perspectives et avenir du marché
Le marché alimentaire bio a connu une forte expansion jusqu’en 2020 et se stabilise ces dernières années. Cette reprise est principalement due à la vente directe qui reste très dynamique pour les produits bio. Les arboriculteurs bios vendent leurs fruits par de nombreux débouchés : vente à la ferme, sur les marchés, ou en circuits longs. Parallèlement, des vergers dédiés à la filière de la transformation se développent, notamment en pomme pour les jus, le cidre ou les compotes, offrant de nouveaux horizons aux exploitations locales.
L'interprofession, à travers des structures comme Interfel ou Propulso, continue de renforcer l’attractivité de la filière, de faciliter les investissements productifs et d'améliorer les techniques de production. La capacité de la région à maintenir son rang de premier verger de France dépendra de sa faculté à accompagner la transition vers des modèles de production plus durables tout en assurant la rentabilité économique des exploitations face à une concurrence européenne accrue, notamment celle de l’Espagne et de l’Italie, qui regroupent la majorité des surfaces de vergers bio en Europe.
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