L'argousier (Hippophae rhamnoides) est une plante robuste et polyvalente, qui trouvera sa place dans tous les types de jardins. Derrière des chiffres qui donnent le vertige se cache un arbuste épineux aux allures modestes, enraciné dans les traditions médicinales depuis plus d'un millénaire. Son port élégant, ses fruits savoureux et ses nombreuses vertus en font un choix judicieux pour les jardiniers à la recherche d'une plante originale et facile à cultiver.

Un arbuste aux caractéristiques botaniques remarquables
L’argousier appartient à la famille des Éléagnacées. C’est un arbuste ligneux très épineux, au port buissonnant et irrégulier, mesurant généralement de 1 à 5 mètres, même si certains spécimens atteignent 10 mètres dans les pannes dunaires abritées du vent. Ses rameaux sont très épineux, ce qui lui confère un aspect sauvage et naturel, parfait pour les jardins paysagers.
Les feuilles, caduques, étroites et lancéolées (2 à 8 cm), présentent un vert mat sur le dessus et un gris argenté en dessous. Les fleurs, minuscules et verdâtres, apparaissent dès avril, avant même les feuilles. La pollinisation dépend principalement du vent, car la floraison survient quand les insectes pollinisateurs sont encore rares. L'argousier est une plante dioïque : il existe des pieds mâles et des pieds femelles, les fleurs mâles et femelles poussant sur des arbres distincts. Les bourgeons mâles ressemblent à une petite « cocotte », tandis que les bourgeons femelles ont deux petites écailles de chaque côté.
Une composition nutritionnelle exceptionnelle
Quinze fois plus de vitamine C qu’une orange, dix fois plus de bêtacarotène qu’une carotte, et l’un des rares fruits au monde à contenir des omégas 7 : l’argousier n’usurpe pas sa réputation de pépite végétale. Les baies d’argousier, appelées argouses, sont de petites fausses drupes ovoïdes, jaunes à orange vif à maturité. Leur goût est un mélange surprenant d’ananas, de fruit de la passion et de citron.
La baie d’argousier contient deux trésors distincts : une eau native, riche en vitamine C et en acide malique, et une huile végétale concentrée en omégas 7, en vitamine E et en bêtacarotène. La teneur en vitamine E de l’huile d’argousier atteint 330,4 mg/100 g, soit 4 fois celle de l’huile de tournesol. Seuls 4 fruits au monde contiennent des omégas 7 (acide palmitoléique) et l’argousier présente une concentration au moins 20 fois supérieure aux trois autres. Cet acide rare contribue à la régénération des muqueuses et au maintien du film hydrolipidique de la peau.

Un rôle écologique et une rusticité hors du commun
L’argousier est une espèce pionnière au sens écologique du terme. Il colonise les sols pauvres, sablonneux ou calcaires, fixe l’azote atmosphérique grâce à des bactéries spécialisées (du genre Frankia) nichées dans ses racines, et enrichit le sol pour les plantes qui viendront après lui. Il joue un rôle essentiel dans la pollinisation, attirant de nombreux insectes bénéfiques pour le jardin.
Sa rusticité est remarquable. Cette espèce s’adapte à des températures allant jusqu’à -40 °C pour certaines variétés comme la Frugana. Il supporte la sécheresse, le vent, les embruns, la pollution atmosphérique et la salinité des sols. Il vit dans les pierriers des bords de rivière alpine et les éboulis, en outre sur les dunes intérieures et côtières.
Conseils de culture et entretien
Choisir l'argousier, c'est avant tout installer une véritable "pharmacie naturelle" dans son jardin. Pour obtenir des fruits, il faut planter au minimum un sujet mâle pour cinq à sept sujets femelles, espacés entre eux de 1,50 m ou 2 m. Il préfère une exposition en plein soleil pour bénéficier de la chaleur nécessaire à la production de ses baies.
Bien qu'il s'adapte à une large gamme de sols, il préfère un sol bien drainé et légèrement alcalin. L’argousier est relativement résistant à la sécheresse une fois établi, mais il est recommandé d'arroser les jeunes plants pendant les périodes sèches, surtout les premières années. La taille n’est pas indispensable à la fructification, mais on peut supprimer les drageons qui peuvent devenir envahissants.
Usages culinaires et médicinaux
Pendant l’Antiquité, les Grecs utilisaient les argouses pour faire briller la robe des chevaux. Depuis 1 000 ans, l'argouse est employée en médecine tibétaine pour traiter les brûlures, les affections et les blessures cutanées. Les baies séduisantes de l'Argousier sont à la fois acidulées et fruitées. On emploie le jus dans les mélanges de jus de fruits et les fruits comme garniture de tarte, dans les salades, ou transformés en sirops, gelées et confitures.
En cosmétologie, l'huile est recherchée pour sa richesse en vitamine E et en provitamine A, utilisée pour assouplir et protéger l’épiderme du corps des mains et du visage. Les feuilles séchées peuvent être utilisées en tisane, et la feuille d'argousier peut même s'utiliser en alternative au thé pour la production du kombucha grâce à sa richesse en tannins.
Cultiver les baies d'argousier
Variétés et sélection
Il existe plusieurs variétés d’argousiers, chacune offrant des baies au goût acidulé et aux propriétés bénéfiques. Les cultivars allemands ont été développés pour permettre la récolte mécanique. Les cultivars russes sont généralement plus hâtifs, plus sucrés et moins épineux. Les cultivars lettons sont plus aptes à tolérer les variations de températures en hiver.
Parmi les variétés courantes, on trouve :
- Friesdorfer : Autofertile, très productive.
- Frugana : Variété femelle aux fruits abondants et sucrés.
- Solo : Autofertile, idéale pour les petits jardins.
- Sirola : Présente un port colonnaire, adapté aux espaces restreints.
Il est important de noter que la proximité phonétique entre argousier (Hippophae rhamnoides) et arbousier (Arbutus unedo) est un piège classique, bien que ces deux plantes n’aient rien en commun. L’arbousier est un petit arbre à feuilles persistantes de la famille des Éricacées, dont les fruits rouges rappellent des fraises, tandis que l’argousier produit des petites baies orange gorgées de nutriments.
Gestion des maladies et parasites
L'argousier est assez résistant aux maladies et aux parasites, mais il peut être sujet à l'oïdium, une maladie fongique se manifestant par un voile blanc poudreux sur les feuilles. L'élimination des parties infectées et l'utilisation de traitements au soufre sont recommandées. Le flétrissement verticillien, causé par des champignons du sol, peut également affecter la circulation de la sève. Le maintien d'un sol bien drainé est la meilleure prévention contre ces pathogènes.