Le paysage agricole algérien est indissociable de la présence séculaire des arbres fruitiers. Des vergers de montagne aux plaines semi-arides, la diversité arboricole du pays témoigne d'une adaptation constante aux contraintes pédoclimatiques. Si les arbres fruitiers à pépins ont longtemps dominé les systèmes extensifs, le secteur connaît aujourd'hui une mutation profonde, poussée par une conscience aiguë des enjeux liés à la gestion de l'eau et à la durabilité des cultures.

L'héritage des arbres fruitiers à pépins
Les arbres fruitiers à pépins, notamment le pommier et le poirier, ont toujours fait partie du paysage agricole algérien. Des variétés locales existent, témoignant d'un patrimoine génétique précieux. Ces cultures ont autrefois occupé les zones de montagnes comme cultures extensives. Le pommier est l’une des Rosacées à pépins la plus cultivée en Algérie, à la fois en irrigué et en pluvial.
La maîtrise technique de cette culture reste un défi majeur. La superficie totale plantée en pommier en 2016 est de 46.000 ha. Les contraintes auxquelles font face les producteurs sont d’ordre agronomique et phytosanitaire. Pour les contraintes agronomiques, il s’agit de la conduite encore empirique de la fertilisation minérale, de la taille, du choix des porte-greffes et des variétés en fonction du milieu. La culture des pommiers y est plus récente et a vite acquis ses lettres de noblesse, bien que le cycle de vie du pommier nécessite un froid indispensable, ce qui limite son extension géographique.
Diversité et résilience : espèces ornementales et fruitières
Au-delà des cultures de rapport, l'Algérie abrite une vaste gamme d'espèces arboricoles, qu'elles soient exploitées pour leurs fruits ou pour leur rôle dans l'écosystème.
L'olivier : pilier de l'économie méditerranéenne
L'olivier (Olea europea) est un arbre fruitier qui produit les olives, un fruit consommé sous diverses formes et dont on extrait une des principales huiles alimentaires, l'huile d'olive. Très rameux, au tronc noueux, au bois dur et dense, à l'écorce brune crevassée, il peut atteindre 15 à 20 mètres de hauteur, et vivre plusieurs siècles. L'Olivier Chemlal est une variété emblématique, souvent proposée avec 15 mois de maturité en pépinière.
Espèces adaptatives et ornementales
Le paysage est également marqué par des espèces importées ou naturalisées qui jouent un rôle crucial dans le maintien des sols :
- Le Laurier rose (Nerium oleander) : Originaire de la rive sud de la mer Méditerranée, cet arbuste d'environ 2 mètres de hauteur peut mesurer plus de 4 mètres si on le forme en arbre.
- L'Eucalyptus globulus : Arbre sempervirent de la famille des Myrtacées originaire d'Australie, il est largement cultivé et peut croître de 30 à 55 mètres de haut.
- Le Pin maritime (Pinus pinaster) : Conifère pouvant atteindre 30 m de haut, il arrive à maturité vers 40 ou 50 ans et peut vivre jusqu'à 500 ans. Son écorce, gris pâle chez les sujets jeunes, devient rougeâtre puis rougeâtre-noir au fil de l'âge.
- Le Schinus molle : Communément appelé « faux-poivrier », il peut atteindre 15 mètres de haut. De forme gracieuse, il montre de fines branches retombantes. Ses fleurs apparaissent de mai à juin et ses fruits forment des touffes denses et pendantes en automne.
- Le Filao (Casuarina equisetifolia) : Arbre pionnier d'origine australienne, capable de coloniser des sols très pauvres. Dans les zones salines, il évacue le surplus salé par ses feuilles rendant le sol à son pied infertile pour les autres espèces.

La transition vers une arboriculture économe en eau
Face au changement climatique et au manque de pluie, le tournant pris par les services agricoles d’encourager les plantations d’arbres fruitiers moins gourmands en eau est significatif d'une prise de conscience nationale. Les services agricoles algériens mettent aujourd’hui l’accent sur des espèces moins dépendantes des apports d’eau.
En 2024, à El Bayadh, les services agricoles ont démarré la plantation de 200 000 arbres fruitiers résistants à la sécheresse où le pistachier est présent aux côtés d’amandiers et d’arganiers. Cette dynamique est incarnée par des entrepreneurs comme Bilal Loudini, qui, depuis 2022, a révolutionné les façons de faire. Son projet, autofinancé, est passé de 10 hectares à 90 hectares avec une capacité annuelle de production de pistachiers atteignant 1 million de plants par an.
Greffe de pistachier (Drôme)
Soutien institutionnel et perspectives de croissance
Pour bénéficier d’aides à la plantation, les agriculteurs algériens sont invités à se rapprocher des services agricoles et d’y déposer leurs dossiers. Les résultats sont déjà visibles : en 2024, ce sont près de 400 000 quintaux d’abricots qui ont été récoltés contre près de 120 000 quintaux en 2023.
L'adaptation aux zones semi-arides devient la priorité, comme le prouve l'intérêt croissant pour le pistachier, réputé être adapté au climat semi-aride, ce qui explique sa large diffusion en Syrie et son adoption progressive en Algérie. Dès le début des années 1970 à Batna, les services agricoles avaient déjà amorcé cette réflexion en mettant en place un verger d’observation à Timgad, préfigurant les enjeux de sécurité alimentaire et de résilience climatique d'aujourd'hui.
