Taille et greffe des arbres fruitiers évoquent des gestes que la plupart d’entre nous connaît, dont on a lu les explications, ou même vu pratiquer. Pour autant, il est souvent difficile de se lancer tant on a peur de faire des erreurs irrémédiables. Les méthodes de taille concernent les saisons, les parties à tailler selon que le fruitier est un jeune scion ou un vieil arbre. À ces bases, il faudra associer quelques conseils qui vous aideront pour bien réussir la taille de vos arbres fruitiers. La greffe, geste magique, demande elle aussi à connaître les principes de base ainsi que certaines subtilités. Alors à vos outils, c’est à vous de jouer pour une taille et une greffe réussies de vos arbres fruitiers !

Tailler un arbre fruitier : méthodes et principes
La taille hivernale consiste à conserver la forme voulue à l’arbre tout en raccourcissant les branches pour que l’énergie du fruitier se dirige uniquement vers ses organes reproductifs. Il est important pour ce faire de savoir reconnaître les bourgeons à fruits de ceux qui donneront naissance à des rameaux, et de savoir anticiper leur évolution en reconnaissant les “mauvais” bourgeons, ceux qui ne donneront pas grand chose. La taille annuelle est plus simple d’année en année, grâce à l’habitude et aux tailles précédentes qui ont déjà donné une bonne structure.
La taille d’hiver ou taille en sec
Elle concerne toute la structure de l’arbre : sa formation, sa taille annuelle, son élagage si besoin. On l’appelle également la taille en sec, car la sève circule très lentement dans l’arbre à cette saison qui est une période de repos. Arbres à pépins et arbres à noyaux ne se taillent pas à la même période :
- Les arbres à pépins doivent être taillés en pleine période de sommeil, entre le mois d’octobre et le mois de mars. Il faut bien évidemment toujours éviter les périodes de gel.
- Les arbres à noyaux seront taillés lorsque la chute des feuilles indique que la sève est descendue pour éviter les écoulements de gomme qui épuisent l’arbre.
La taille de formation
Les principes de base de la taille de formation sont les suivants : on commence par l’étêtage de l’arbre pour supprimer le bourgeon apical qui pousse l’arbre à croître en hauteur. Les bourgeons auxiliaires pourront ainsi se développer. On choisit les branches qui deviendront les charpentières et on les raccourcit tous les ans, pour qu’elles deviennent vigoureuses et épaisses afin de soutenir des coursonnes qui seront très productives. On taille aussi tout ce qui pousse sur et sous ces branches. Ainsi, les coursonnes s’installeront progressivement. Bien sûr, cette taille ne se réalisera que durant les années de croissance du fruitier.
La taille en vert
C’est pour favoriser la mise à fruit que l’on taille les fruitiers en période de végétation. Il s’agit cette fois aussi de contenir la vigueur de l’arbre pour répartir aux bons endroits les flux de sève. La règle est la suivante : comme pour le bourgeon apical, le bourgeon terminal d’un rameau sert à le faire s’allonger, et cette activité utilise la majeure partie de la sève. On appelle ce principe la dominance apicale. Les bourgeons qui partent à fleur sont ceux qui reçoivent le moins de sève (c’est l’induction florale). Donc sur un rameau, le dernier bourgeon et celui qui le précède seront des bourgeons à bois, alors que le troisième sera un bourgeon à fleur. La taille trigemme se base sur ce principe pour la taille de mise à fruit : on anticipe le développement des bourgeons pour ne laisser que la longueur de branche suffisante pour que le second bourgeon soit un bourgeon à fleur.
Cours de taille des arbres fruitiers - la taille trigemme
Les formes de fruitiers : structure et esthétique
L’éclaircissage est également très important, il faut que tous les futurs fruits “voient le soleil”. Certaines branches fruitières doivent être sacrifiées, taillées à la base, dès lors qu’elles gênent leurs voisines.
- La taille en cordon : cette taille est la plus simple à réaliser car toute simple et droite. On conserve les coursonnes qui partent d’un côté et de l’autre et on ne laisse aucun départ de branche qui parte vers le haut ou vers le bas.
- La taille en palmette ou en U : ces formes étant créées par des angles, il est important de bien choisir les bons départs, ceux qui formeront les bons angles. Les rameaux seront ensuite attachés légèrement (avec un lien souple) afin de leur donner la bonne direction (les rameaux sont attachés avec un lien rigide seulement lorsqu’ils sont aoûtés). Cette taille est plus complexe car il faut arriver à anticiper l’évolution annuelle de l’arbre.
La greffe : principes fondamentaux
Greffer un arbre fruitier est une méthode classique particulièrement efficace permettant de multiplier les variétés. Très simplement, greffer un arbre fruitier consiste à implanter un greffon (qui peut être un rameau de bois comportant deux ou trois bourgeons) dans la zone de croissance de l’arbre, entre l’écorce et le bois. Greffer un arbre fruitier consiste à unir deux végétaux.
Pourquoi greffer ?
Les avantages du greffage sont nombreux. D’abord, cette méthode permet d’obtenir des variétés précises, alors que, dans le cas d’une plantation franche, à partir de noyaux ou de pépins, ceci n’est pas nécessairement le cas. Le porte-greffe est important, dans la mesure où il fait partie intégrante de la mise à fruit. Le greffage permet de lutter contre certains parasites en utilisant des porte-greffes peu sensibles. En greffant les variétés fruitières sur des porte-greffes de vigueur différentes, on obtiendra des fruitiers nains à l’arbre tige.
La biologie de la greffe
Pour que la greffe prenne, il est indispensable que le cambium de chaque végétal soit en contact avec l’autre. Le cambium est la partie dans laquelle circule la sève élaborée, il est situé entre l’écorce et le bois. Le contact entre les deux cambiums provoquera une connexion vasculaire. La greffe repose sur des mécanismes biologiques et biochimiques complexes, articulés en quatre phases : incision, adhésion, production de cals et différenciation vasculaire.

- L’incision : il s’agit de la blessure initiale, où les tissus sont mis en contact.
- L’adhésion : cette phase correspond à la nécrose des tissus au niveau de la blessure et à la production de pectines.
- La production de cals : à ce stade, les cellules indifférenciées (appelées “cal”) se forment. Ces cellules doivent se rencontrer et commencer à s’unir pour établir un tissu commun.
- Différenciation et continuité vasculaire : les cellules du cal se différencient pour reconstruire une continuité vasculaire entre le greffon et le porte-greffe.
Techniques de greffage selon les saisons et les espèces
La greffe en couronne est la plus simple à réussir, idéale pour débuter. Elle peut s’appliquer à la plus grande majorité des arbres fruitiers (excepté le cerisier). Elle se réalise donc au printemps, sur un porte-greffe d’un diamètre de 10 à 15 mm bien en sève. Celui-ci aura été abondamment arrosé la semaine précédant la greffe.
La greffe en fente
La méthode du greffage en fente consiste à couper un rameau à bois de 4 à 5 cm portant deux ou trois bourgeons. Avec un couteau greffoir, le greffon est taillé en biseau. Il faut ensuite tailler une fente au milieu du porte-greffe qui, quant à lui, mesure de 1 à 2 cm de diamètre. Le greffon est ensuite enfoncé dans la zone de croissance.
La greffe en couronne
Avec une scie, il faut couper une charpentière basse ou le tronc. Le greffon, ensuite, s’introduit entre l’écorce et le bois, dans une coupe longitudinale du porte-greffe. Cette méthode est plutôt destinée à rajeunir un arbre peu productif ou à changer d’espèce ou de variété.
La greffe à l’anglaise
La méthode du greffage à l’anglaise est adaptée à certains porte-greffes jugés faibles. Les deux parties, c’est-à-dire le porte-greffe et le greffon, sont taillées en biseau. Elles doivent être de même diamètre, afin de se recouvrir complètement.
La greffe en écusson
Effectuée en juillet à œil poussant ou en août à œil dormant, la greffe en écusson se pratique essentiellement pour les pêchers, les pommiers et les pruniers. Il s’agit de prélever un bourgeon doté d’un peu d’écorce de part et d’autre et d’un centimètre du pédoncule de la feuille.
Conseils d'expert pour une réussite pérenne
Le porte-greffe doit être jeune, de bonne venue : attention aux sauvageons qui ont mal poussé dans les bois et dans vos semis ne gardez que les plus beaux sujets. Le greffon proviendra d’un pied-mère sain, le chancre peut se transmettre par les greffons, d’un pied-mère jeune, vigoureux. Les greffons prélevés sur de vieux arbres donneront des fruitiers qui se développeront moins. Vous opérez par temps calme, couvert, sans pluie ni vent.
La qualité de la soudure de votre greffage dépendra de la plus ou moins bonne affinité ou compatibilité entre le greffon et le porte-greffe. L’affinité sera meilleure si les plantes sont très voisines botaniquement : elles doivent être de la même famille, du même genre, de la même espèce : on greffera poirier sur cognassier, sur aubépine… mais pas sur un pommier. L’affinité sera meilleure si le porte-greffe a une vigueur voisine ou plus faible que le greffon.
Préserver la santé de l’arbre
Une bonne cicatrisation est la clé pour une bonne santé du fruitier. Un arbre fruitier bien taillé cicatrise correctement et vite, il montre un bourrelet de cicatrisation. La taille doit être réalisée avec un outil très bien affûté, désinfecté entre chaque sujet. La régularité des tailles est également importante pour la santé de l’arbre : si vous le taillez plusieurs fois dans l’année, ces tailles seront relativement légères et donc plus faciles à supporter.

Soins post-opératoires
Une fois la greffe réalisée, vous devrez apporter à votre arbre fruitier greffé un soin attentif. Surveillez sa santé et sa réussite. Une autre technique consiste à attacher un rameau au-dessus de la greffe qui servira de perchoir. Les arbres fraîchement greffés ont besoin d’un arrosage régulier, il faut maintenir le sol humide. Cela aide le porte-greffe et le greffon à maintenir une hydratation suffisante pour favoriser la cicatrisation et la croissance. La première année après la greffe est fragile. La taille peut être nécessaire pour enlever les pousses ou les branches qui concurrencent le greffon. Cela permet de diriger l’énergie de l’arbre vers le développement du greffon.
L’approche phylogénique et la compatibilité des espèces
La greffe sur fruitiers sauvages consiste à exploiter des arbres déjà présents dans le paysage, en particulier leurs systèmes racinaires, souvent implantés dans des sols peu propices à l’implantation classique des arbres fruitiers. Une hypothèse souvent avancée pour expliquer les compatibilités dans la greffe repose sur la phylogénie des plantes. En s’appuyant sur l’histoire évolutive des végétaux, il serait possible de prédire leur compatibilité.
Par exemple, le genre Prunus, qui regroupe pruneliers, pruniers communs, pruniers myrobolans, cerisiers, pêchers, amandiers et abricotiers, l’arbre phylogénique révèle des compatibilités cohérentes. Les pruneliers, proches des pruniers communs et myrobolans, explique le bon taux de réussite des différentes prunes sur ces différents porte-greffes. L’abricotier, un peu plus éloigné, se greffe avec plus de difficulté sur le prunelier ou les pruniers communs ou myrobolans. Si la proximité phylogénique est effectivement un bon indicateur pour prédire les compatibilités, elle n’est pas suffisante. Pour qu’une greffe fonctionne, il ne suffit pas que le porte-greffe et le greffon soient compatibles : leurs mécanismes de “réparation” des blessures doivent également se déclencher de manière coordonnée, permettant ainsi de créer une continuité physiologique entre les deux parties.