Guide complet de l'arboriculture fruitière : de la physiologie à la mise en forme en pyramide

La maîtrise de l'arboriculture fruitière repose sur une compréhension fine des lois naturelles qui régissent la croissance végétale. Pour obtenir un arbre sain, productif et esthétique, le jardinier doit savoir jongler entre les besoins physiologiques de l'arbre et les techniques de taille.

Les fondamentaux de la physiologie végétale

La croissance de l'arbre est dictée par deux flux de sève essentiels. L’air et la lumière favorisent, de par la photosynthèse, la croissance de la ramure de l’arbre. Les parties les plus élevées, comme par exemple l’extrémité des charpentières, ou encore la cime, sont davantage alimentées en sève brute, et sont plus propices à s’accroître. Plus une branche ou un rameau est orientée à la verticale, plus elle sera favorisée pour s’allonger vers le haut, et pour former du bois.

À l'inverse, un rameau orienté à l’horizontale ou vers le bas sera moins alimenté en sève brute, mais plus en sève élaborée, et ses yeux auront tendance à se transformer en boutons à fleurs, puis en fruits. Cette dualité crée une tension constante : si on privilégie la croissance de l’arbre, on le fait au détriment de la production de fruits. Et inversement.

Schéma illustrant la circulation de la sève brute vers la verticale et de la sève élaborée vers l'horizontale

L'art de l'équilibre et la gestion de l'alternance

Le phénomène d’alternance est une réaction naturelle : si on laisse trop de boutons à fleurs, on aura de nombreux fruits, mais la réaction du fruitier sera de produire peu de boutons et beaucoup de bois l’année suivante. Il s’agit donc de limiter un peu la croissance, en s’arrangeant, par les tailles de formation et de fructification, pour favoriser la production de quelques fruits. Il est question d’équilibre entre les deux productions.

Plus on taille court, c’est à dire plus on enlève de bois à une branche, plus l’arbre aura tendance à faire des rejets longs et vigoureux. De même, plus on taille long, moins l’arbre aura de réaction. Les autres fruitiers, à noyaux, sont assez sensibles aux plaies de taille, qui sont la porte d’entrée aux spores de champignons, mauvaises bactéries et diverses maladies.

La structure de l'arbre : charpente et hiérarchie

Pour les arbres de plein vent, il faut d’abord un tronc, plus ou moins haut, à partir duquel on fait partir des grosses branches charpentières, à l’oblique. Une charpente se compose :

  • Du tronc, plus ou moins long.
  • De l’axe principal, central, qui est le prolongement naturel du tronc.
  • Les branches principales ou charpentières, qui doivent être bien réparties dans l’espace, afin de laisser des couloirs d’aérations.
  • Les branches secondaires, ou sous-charpentières qui équipent les branches principales, toujours vers l’extérieur.
  • Les ramifications fruitières, qui porteront les fruits.

C’est en choisissant et limitant ces ramifications fruitières qu’on pourra limiter le nombre de fleurs et donc de fruits, avoir des fruits bien formés calibrés et colorés.

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La forme en pyramide : spécificités et conduite

La pyramide est une forme classique et élégante, particulièrement adaptée au poirier. Ce type vise à créer un arbre avec un tronc central fort d’où partent des branches latérales inclinées vers le haut, formant une forme conique ou pyramidale.

Généralement, une pyramide s’élève jusqu’à 4 à 5 mètres de haut. Son plus grand diamètre inférieur est égal aux deux tiers de sa hauteur, soit 3 mètres. Les branches latérales sont inclinées obliquement et espacées de 0,30 m entre deux branches superposées. Pour la formation, il faut supprimer les yeux situés à moins de 0,35 m du sol.

Si les rameaux latéraux sont traités comme simples coursonnes ayant leur empattement sur la branche principale, la forme est appelée « colonne » ; si au contraire ces rameaux sont traités comme de petite branche secondaire partant elles-mêmes des coursonnes, la forme s’appelle alors « fuseau ». En ce cas, les plus basses de ces branches secondaires ne doivent pas atteindre une longueur définitive supérieure au cinquième de la hauteur totale de la forme.

Diagramme de la structure d'un poirier en pyramide avec ses étages de branches

Les techniques de taille : hiver versus taille en vert

La taille d’hiver s’effectue lors du repos végétatif. Elle a pour but d’éviter l’alternance de grosses et petites productions de fruits entre les années. À côté de cela, le terme de taille en vert définit le fait de tailler avec un sécateur la végétation semi-ligneuse ou ligneuse durant l’été.

La taille en vert permet de prolonger la taille d’hiver et de gagner éventuellement un an dans l’établissement de l’arbre. En étant plus pointu, on peut, par les ‘pincements’ (en réduisant la longueur du rameau), renforcer les coursonnes, ainsi que les boutons et dards, porteurs de fruits la ou les années suivantes.

On peut ébourgeonner (enlever les bourgeons) avec les doigts seuls, au printemps, lorsque les parties à enlever sont encore vertes. Lorsque ces petits bois sont semi-ligneux, il faut utiliser le sécateur. Il faut alors sélectionner de futures coursonnes porteuses de fruits. Elles devront être peu vigoureuses, de direction horizontale ou oblique. Si un rameau a tendance à aller vers le haut, il est programmé pour produire du bois, et peu de fruit (c’est le cas des ‘gourmands’).

Diversité des formes fruitières

Le choix d’une forme d’arbre fruitier dépend essentiellement, pour le jardinier amateur, de la place dont il dispose et de son savoir-faire. Outre la pyramide, on distingue :

  • Basse tige : Crée un tronc court d'environ 0,5 à 1 mètre de haut.
  • Moyenne ou Mi tige : Le tronc est maintenu à une hauteur d'environ 1 à 1,5 mètres.
  • Haute tige : Avec un tronc d'environ 1,5 à 2,5 mètres, elle permet une circulation aisée sous l'arbre.
  • Palmette (Verrier, U) : Formes plates idéales pour les murs et les espaces restreints.
  • Cordon : Conduite horizontale ou verticale, très efficace pour la production fruitière en espace limité.

Illustration comparative des différentes silhouettes d'arbres fruitiers (gobelet, pyramide, espalier)

Il est important de noter que les arbres fruitiers haute-tige, souvent appelée tige, sont les formes les plus grandes et les plus encombrantes pour les arbres de plein vent. L’arbre vit longtemps, produit beaucoup, et la ramure ne gêne pas le passage ou la tonte. À l'opposé, la haie fruitière est idéale pour les petits jardins et elle a une mise à fruits plus rapide que les autres formes. Le choix de la variété et du porte-greffe doit toujours être corrélé à la forme souhaitée pour assurer la pérennité de l'installation.

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