Guide complet pour la rentabilité et le développement des vergers au Maroc

Le secteur arboricole au Maroc représente un levier de développement socio-économique majeur, alliant traditions ancestrales et impératifs de modernisation technique. La transition vers une agriculture à haute valeur ajoutée nécessite une compréhension fine des écosystèmes, des méthodes de conduite intensive et des enjeux de durabilité.

Schéma illustrant l'optimisation d'un verger moderne avec système de micro-irrigation et disposition des arbres

L’optimisation technique des vergers intensifs

Un verger moderne a des spécificités qu’il convient d’intégrer au schéma général de production de l’agrumiculture. C’est autour d’une bonne gestion de la micro-irrigation et de la fertigation que se joue la vraie réussite d’un verger intensif. Mais là aussi, des modifications de conduite sont nécessaires par rapport aux habitudes en vigueur dans un verger traditionnel irrigué à la raie et fertilisé à la main.

Un arbre équipé en goutte à goutte et fertigué, croit plus vite et entre en production de façon plus précoce. En cas de goutteurs intégrés, la dose d’eau et d’engrais sera pratiquement de l’ordre de celle requise pour une plantation adulte dès la deuxième année, du fait de l’inefficacité des goutteurs éloignés de l’axe du système radiculaire.

En plantation vigoureuse sur butte, l’expérience montre que le rôle du brise-vent est encore plus primordial qu’il ne l’est pour une plantation normale à plat. S’il n’est pas protégé contre le vent (y compris le vent modéré de fin de journée), le jeune arbre a tendance à se courber et à se déformer sous son propre poids, ce qui lui confère une mauvaise forme de frondaison dès le départ.

Standards de qualité et traçabilité à l’exportation

C’est le cahier des charges cosigné avec les clients (représenté pour sa partie production par les exigences de l’EurepGap), qui aujourd’hui fixe ce que doit être la qualité de l’agrume à commercialiser à l’étranger. La condition clef en est la traçabilité remontante afin de rassurer le consommateur contre les risques sanitaires liés au produit. Cette exigence de transparence devient un standard pour tout producteur souhaitant intégrer les circuits de distribution internationaux.

Stratégies de densité et formes de conduite

Il existe de nombreux systèmes de plantation des fruits à pépins pour obtenir un rendement élevé, précoce et de qualité optimale. La facilité de récolte et de gestion en sont également des facteurs clé à prendre en compte. Les systèmes récents ont une densité de plantation plus élevée que les anciens vergers. Aujourd'hui, une densité normale va de 1000 à 6000 arbres/ha, alors qu’il y a 50 ans, elle était de l’ordre de 70 à 100.

Sur des sols à fort potentiel et très fertiles, on peut planter jusqu’à 10 000 arbres/ha et obtenir un rendement de 60t/ha. La silhouette de l’arbre est modifiée pour obtenir quatre formes de base : sphérique, conique, en palmette ou en Y, A ou V. Les formes sphériques étaient plus courantes dans les vergers traditionnels d’Europe et d’Amérique du Nord. Les silhouettes coniques sont plus fréquentes de nos jours.

Comparaison visuelle entre les formes de conduite : sphérique, conique et palmette

Gestion de la taille et régulation de la charge fruitière

La majeure partie de la taille se fait généralement à la fin de l’hiver, avant le redémarrage de la végétation. La taille d’été permet de retirer les gourmands et de laisser pénétrer la lumière dans les couverts denses. Il est souvent judicieux de réduire la charge de fruits résultant d’une floraison importante et d’une bonne nouaison.

Cinq ou six fleurs fleurissent sur chaque bourgeon de pommier, et les poiriers comptent 7 à 8 fleurs par bourgeon. Si toutes ces fleurs parvenaient à maturité, les fruits seraient très petits, l’arbre présenterait des carences et ne fleurirait pas l’année d’après. Cette intervention manuelle est cruciale pour garantir le calibre et la qualité organoleptique des fruits récoltés.

Modèles de réussite communautaire : Le cas de Brachoua

En 2013, les 60 familles du village de Brachoua vivaient sans eau ni électricité, dans un état d’extrême pauvreté. L’initiative vient d’abord de Larbi Chaoubi, un habitant du village, qui envoie à Mohamed Chafchaouni et Zoubida Charrouf, de l’association Ibn Al Baytar, un véritable appel à l’aide. Le frère de Larbi, Mohamed Chaoubi, commence alors à suivre des cours intensifs pour se former à la permaculture.

De retour à Brachoua, Mohamed initie à son tour ses voisins à la permaculture. Une quarantaine de jardins potagers voient alors le jour dans le village. Quelques mètres carrés suffisent aux villageois pour y faire pousser des fruits, des légumes et des herbes aromatiques. Grâce à un financement du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), les jardins sont équipés en goutte à goutte et en énergie photovoltaïque.

En 2017, Reforest’Action rejoint l’aventure pour permettre aux habitants de planter des arbres fruitiers autour de leur jardin potager. Pommiers, grenadiers, citronniers, oliviers, orangers… Plus de 4500 arbres de multiples essences ont été plantés à ce jour par Reforest’Action grâce au financement de notre partenaire ENGIE et du grand public. Le village est à présent autosuffisant sur le plan alimentaire et l’écotourisme se développe, structuré par une coopérative locale.

Evelyne Leterme, De l'arboriculture traditionnelle à l'arboriculture agroécologique / agroforestière

Espèces fruitières spontanées et biodiversité marocaine

Le Maroc, pays où l’agriculture occupe un rôle très important, est une terre qui compte de nombreuses espèces d’arbres. Le Maroc, pays de passage, a connu et connaît encore des introductions d’un bon nombre d’espèces végétales. La question à laquelle on essaiera de répondre est la suivante : quelles sont les espèces d’arbres fruitiers qui ont « depuis toujours » existé au Maroc ? Sont considérées ici, seules les espèces spontanées de la flore marocaine, dont historiquement, la présence et la reproduction ne sont pas dues ou liées à l’activité humaine.

  1. L’oranger : Dans la mythologie grecque, parmi les douze travaux d’Hercule, celle de cueillir les « pommes d’or » des Hespérides. Beaucoup localisent les jardins des Hespérides dans le nord du Maroc, et identifient « la pomme d’or » comme étant des agrumes.
  2. Oléastre (olivier sauvage) : Espèce méditerranéenne, par amélioration, a donné l’olivier largement cultivé.
  3. Palmier nain (Doum) : Contrairement au palmier dattier originaire du Moyen-Orient, le palmier nain est une espèce bien naturelle et spontanée au Maroc. Épargné, il peut atteindre une dizaine de mètres de hauteur.
  4. Le châtaignier : Arbre majestueux (25-35 m), il a une longévité très grande de 500 à 1500 ans. La croissance juvénile est rapide.
  5. Le figuier : Arbre méditerranéen par excellence. Au Maroc, il se présente sous deux sexes : le figuier « mâle » (caprifiguier) et le figuier qui donne les figues que l’on consomme.
  6. L’églantier : Arbuste de la famille des rosacées, il pousse plus volontiers dans les régions tempérées.

Vers une transition agro-économique nationale

C’est la saison de plantation. La bonne nouvelle est que des éléments de solution existent. Il s’agit maintenant de mettre des projets pilotes à l'échelle du pays. Tout d'abord, dans les zones mêmes où la pauvreté est la plus concentrée, il existe aussi une large gamme de variétés d’arbres et de plantes indigènes qui mûrissent sans utilisation de pesticides et autres produits chimiques. L’obtention de la certification biologique de ces espèces augmente considérablement la valeur des produits.

Un grand nombre de ces pépinières doit être créé pour permettre au Royaume de générer le milliard de plantes estimées nécessaires pour sortir ses ruraux du cycle de la pauvreté. En outre, les pépinières doivent être décentralisées en termes d'organisation ; elles doivent être spécialisées dans les variétés de plantes indigènes de leur région spécifique et elles doivent enfin faciliter la formation des membres des communautés locales au processus complet d'établissement et de gestion des pépinières.

Carte des zones de pépinières communautaires au Maroc et potentiel de développement arboricole

Valorisation des terres et synergie culturelle

Au niveau du projet, la contribution des Eaux et Forêts est non seulement tout à fait louable, mais aussi réellement essentielle pour éradiquer la pauvreté rurale. D'autres commencent à suivre les pas des Eaux et Forêts. Tout cela se situe dans un contexte culturel fascinant en soi et quasiment unique au Maroc.

Hormis l'entretien nécessaire aux sites sacrés, les terres arables inutilisées qui les jouxtent recèlent un potentiel. Le site pilote, le terrain appartenant à la communauté juive apportant un nouvel espoir à la communauté locale d’agriculteurs musulmans, se trouve à Akrich dans la commune de Tamsloht. Trente mille arbres y ont déjà été cultivés puis distribués en nature par la pépinière.

Le ministère de l'Agriculture possède par exemple des centaines de centres de vulgarisation agricole à travers le royaume, chaque centre pouvant éventuellement servir d’emplacement à une pépinière communautaire. Avec ces seules contributions, le Maroc serait en bonne voie pour planter les milliards d’arbres et de plantes nécessaires pour mettre fin au fléau de la pauvreté rurale. De surcroît, des initiatives réussies de croissance verte peuvent servir de base financière à l'investissement dans une multitude de projets (éducation, santé, autonomisation des femmes et des jeunes) à grand potentiel.

tags: #arbre #fruitier #rentable #au #maroc