L'optimisation de l'espace est un défi récurrent pour les jardiniers disposant de surfaces réduites. Lorsque l'on dispose d'un jardin trop petit ou d'un jardin à l'espace disponible réduit et que l'on souhaite y introduire des arbres fruitiers, implanter des fruitiers dit en palissade est une solution. Un arbre fruitier en palissade ou autrement appelé en espalier est un arbre de petite emprise greffé sur un porte-greffe de faible vigueur, que l'on va conduire afin de lui donner une architecture plane.
La technique pour conduire à sa formation consiste à contraindre les branches principales dites charpentières et leurs petites ramifications (coursonnes) sur lesquelles feuilles et fruits pousseront. Cette pratique, bien que demandant une attention particulière, permet de transformer n'importe quel mur en jardin vertical ou de composer des clôtures verdoyantes, en donnant un cachet particulier aux petits comme aux grands jardins.

Les avantages climatiques et structurels du mur
L'utilisation d'un mur comme support n'est pas seulement une question d'esthétique ou de gain de place. Lorsque les fruitiers sont palissés contre un mur, les fruits mûrissent plus tôt car ils profitent de la chaleur emmagasinée par le mur. Le mur permet de réfléchir la lumière et retient la chaleur la nuit. Ces deux paramètres permettent à un arbre en espalier de croître dans un climat froid où un arbre « normal » ne pourrait pas survivre.
La culture est prénommée en espalier si les sujets sont plantés contre un mur, qui a l’avantage de réfracter la chaleur. Avez-vous un mur orienté vers le sud ? C'est l'endroit idéal pour les fruitiers en espalier ! Les arbres y sont à l'abri et profitent de la chaleur supplémentaire dégagée par le mur. Les fruitiers qui aiment la chaleur, comme les poiriers, les pêchers et les abricotiers, s'y plaisent particulièrement bien.
Choix des espèces et porte-greffes
Tous les arbres ne réagissent pas de la même manière à la contrainte du palissage. Les arbres à pépins, cognassiers, poiriers, pommiers sont les arbres principalement menés en espaliers, mais il est également possible de conduire les pruniers, pêchers, abricotiers, cerisiers, nectariniers, figuiers.
Il faut veiller à ce que l'arbre soit sur un porte-greffe peu vigoureux et adapter sa plantation selon l'exposition la plus favorable. L'abricotier, le pêcher aiment le plein soleil. Le pommier, prunier apprécient le soleil sans excès. Le poirier comme le pêcher et le cerisier redoute les vents violents, mieux vaut le placer en situation abritée. La sensibilité aux maladies et la rusticité est le critère le plus important.
Conception de la structure de support
Pour ceux qui souhaitent installer une structure durable sans utiliser de simples piquets, le recours à des éléments scellés directement dans le mur est une option robuste. Par exemple, pour un mur de 50 cm d'épaisseur, il est envisageable d'utiliser des ronds à béton de 20 mm de diamètre, scellés à 30 cm de profondeur avec 20 cm qui sortent.
Le choix du matériau de scellement est crucial pour la longévité de l'installation : vous pouvez sceller à la cheville chimique ou au ciment rapide. Si vous optez pour une structure en métal, veillez à ce que votre verticale puisse déborder tranquillement de 20 cm en haut et en bas. Avant la mise en place, il est impératif de préparer le support : faire sauter les vieux joints, enlever le lierre et les ronces qui poussent dans le mur, puis rejointoyer avec de la chaux hydraulique pour assainir la façade.

Distances de plantation et gestion de l'espace
La gestion de la distance entre l'arbre et le support est primordiale pour la santé du végétal. Plantez l'espalier à une distance de quinze à vingt-cinq centimètres du mur. Le tronc pourra ainsi s'épaissir suffisamment et la température élevée du mur n'endommagera pas non plus votre arbre.
Veillez à ce que le treillis ou les fils de tension se trouvent à une distance de 10 à 15 centimètres du mur. Les arbres fruitiers palissés ont l’avantage d’avoir des branches bien ventilées et ensoleillées, chassant ainsi l’humidité des feuilles et diminuant les risques de maladie. Respectez un espacement de 1,50 à 2 m entre les sujets. En haie, respectez une distance de plantation de 2,50 m entre chaque pied.
Formes de conduite : de la théorie à la pratique
Les arbres fruitiers palissés, quelle que soit leur forme finale, ont pour caractéristiques de comporter des branches charpentières sur un même plan qui vont porter des coursonnes (rameaux d'arbre fruitier taillés court à 3 nœuds pour que la sève s'y concentre) bien réparties.
- Formes en cordon : Les formes en cordon sont les plus simples et très adaptées aux fruitiers comme les pommiers qui ont par nature un port étalé. C'est idéal pour les jardiniers débutants.
- Palmette oblique à étages : L'angle est 45° pour les premières charpentières et de 30° pour les suivantes. La distance entre les branches diminue l'effet des ombres portées.
- Palmette en U : La palmette en U est une forme équilibrée car la montée de sève est répartie de façon égale sur les branches charpentières. La forme en verrier, ou « un U dans un U », est particulièrement décorative.
#2 TAILLE DE FORMATION - Tutoriel
Entretien et taille : la rigueur du jardinier
Former des arbres sous forme d’espaliers requiert une somme de compétences très élevée, fruit d’une scrupuleuse observation. La taille de formation pour les petits arbres se pratique environ pendant les 4 années qui suivent la plantation et peut aller jusqu’à 15 années pour les grands arbres et les formes complexes.
Il ne faut pas moins de six à sept années de travail pour obtenir des formes abouties. Avant de placer un sécateur sur une branche, il faut savoir d’avance pourquoi je veux la couper et quelle en sera la conséquence. Poiriers et pommiers se coupent selon les principes de la taille trigemme, c’est-à-dire la taille à trois yeux. Pour maintenir les branches, utilisez une gaine souple, idéale pour attacher vos plants sans risquer un étranglement ou une blessure par frottement.
La gestion de la pollinisation
La majorité des arbres fruitiers dépendent de la pollinisation, c’est-à-dire de la fécondation des fleurs par le pollen entre les espèces. Sur la plupart des arbres fruitiers, la pollinisation est "croisée", c'est-à-dire qu'elle se produit d'un arbre à l'autre. Il faut donc souvent planter plusieurs fruitiers ensemble; c'est le cas des pommiers et des poiriers. Assurez-vous de choisir des variétés compatibles pour garantir une production abondante au sein de votre verger familial.
Préparation du sol lors de la plantation
La plantation d’un arbre fruitier palissé ne diffère pas de celle d’un fruitier dans le verger, mais elle demande un soin particulier. Il convient de creuser un trou de plantation suffisamment vaste (40 à 50 cm de diamètre), en fonction des besoins de la plante. Au fond du trou, la terre doit être ameublie, de manière à ce que les racines puissent bien s’ancrer dans le sol, au contact d’une terre meuble et filtrante.
L’ajout de terreau à la terre de jardin, au moment de planter l’arbre fruitier palissé, fera du bien à la plante et optimisera sa reprise. Les arbres fruitiers palissés à racines nues bénéficient d’un pralinage initial, surtout si la plantation est effectuée au printemps. Une fois en terre, introduisez des tuteurs au pied de l’arbre en vous assurant que les branches de chaque sujet sont parallèles. Rebouchez ensuite le trou avec la terre de jardin mélangée au terreau, tassez et arrosez abondamment.

L'innovation dans les formes fruitières
Le fait de créer, de maîtriser, d’innover ou d’inventer des formes fruitières est un challenge unique. Il existe de nombreuses formes d'arbres fruitiers : de la simple forme en tige à la forme plus complexe et palmette. Des formes comme la pyramide ailée simple ou les palmettes à la diable permettent d'adapter le végétal à des contraintes architecturales très spécifiques.
Même si la pratique est devenue rare, comme les pépinières qui proposent ce travail, il reste possible de se lancer en utilisant des scions d'un an, ce qui permet de choisir la variété résistante souhaitée et la force du porte-greffe. Évitez les scions des grandes surfaces, car on ne connaît pas toujours le porte-greffe et la provenance. Privilégiez des porte-greffes adaptés à la vigueur recherchée pour vos grandes formes comme le MM 106.
Considérations sur le matériel de maintien
L'investissement dans une ferronnerie sur mesure est souvent nécessaire pour des projets d'espalier en façade ou de contre-espalier. Ces attaches, poteaux, arceaux, etc., peuvent être façonnés facilement pour répondre aux besoins de chaque architecture. Si l'espalier n'est pas adossé à un mur, construisez un support solide en plaçant un piquet de bois tous les cinq mètres.
Placez les poteaux extérieurs à un angle d'environ 70 degrés ou soutenez-les à l'aide d'un poteau plus petit, car ces poteaux doivent en effet absorber la force de traction des fils de connexion. Munissez les fils d'un tendeur afin de pouvoir les serrer. Faites-en quelque chose de beau, car en hiver, les fils et les treillis sont très visibles !
La pérennité des espaliers
Les anciens poiriers en espalier ornant nos façades sont en voie de disparition. Entre 2000 et 2010, plus de la moitié d’entre eux ont disparu. Pourtant, le plaisir de surveiller la floraison et de suivre la croissance du fruit est une joie simple et enrichissante. En Belgique et au Luxembourg, il n'est pas rare de voir d'anciennes fermes flanquées de majestueux poiriers palissés âgés de plus d’une cinquantaine d’années.
Ces arbres témoignent d'une époque où l'horticulture alliait utilité et ornementation avec une maîtrise technique exemplaire. En adoptant ces méthodes, vous ne faites pas que cultiver des fruits, vous participez à la préservation d'un patrimoine vivant qui demande patience, observation et une passion renouvelée chaque année.