
Les arbres fruitiers en espalier, avec leurs formes délicatement sculptées et leur capacité à transformer des espaces banals en œuvres d'art vivantes, représentent un pan fascinant de l'horticulture. En Belgique, cette technique ancienne connaît un regain d'intérêt, alliant la tradition à des applications modernes, tant pour leur attrait esthétique que pour l'optimisation de la production fruitière.
L'histoire et les principes fondamentaux de l'espalier
L'espalier, en horticulture, désigne une forme d'arbre, le plus souvent fruitier, obtenue par une technique de taille spécifique permettant d'avoir un arbre à forme plate. Cette méthode était populaire au Moyen Âge en Europe pour décorer les murs, mais son origine est plus ancienne et pourrait dater de l’Égypte antique. En couvrant les murs qui ceinturaient les propriétés et les potagers, les arbres fruitiers palissés contribuaient de manière importante à la disponibilité de fruits pour la consommation au couteau, mais aussi pour la cuisine et le pressage.
La culture est prénommée en espalier si les sujets sont plantés contre un mur, qui a l'avantage de réfracter la chaleur. Un espalier permet de recevoir presque autant de lumière qu’un arbre « normal » (surtout s’il est exposé côté sud), tout en occupant beaucoup moins d’espace. Le mur permet de réfléchir la lumière et retient la chaleur la nuit. Ces deux paramètres permettent à un arbre en espalier de croître dans un climat froid où un arbre « normal » ne pourrait pas survivre. Ce qui en fait un bon choix non seulement pour des questions décoratives, mais aussi pour les propriétaires de petits jardins qui manquent de place.
Un « contre-espalier », quant à lui, est un rideau vertical d’arbres fruitiers conduits de la même manière et palissés à une série de fils métalliques portés par des pieux. Un contre-espalier est un élément qui peut cloisonner différentes parties du jardin, selon les espèces fruitières et la hauteur du rideau. La culture en contre-espaliers en clôture le long de fils tendus à l’horizontale est une alternative. Le plein vent n’est pas nuisible à la culture - que du contraire - les arbres sont encore mieux ventilés.
Les avantages des arbres fruitiers en espalier
Les arbres fruitiers palissés offrent une multitude d'avantages, au-delà de leur simple beauté. Avec leur floraison printanière, leur verdure estivale, les fruits colorés puis les teintes automnales du feuillage, ils peuvent apporter un magnifique cachet à une maison moderne au fil des saisons. Superbe contre une façade ou en guise de séparation entre deux parties du jardin, ils transforment n'importe quel mur en jardin vertical ou composent des clôtures verdoyantes, donnant un cachet particulier aux petits comme aux grands jardins.
Outre le plaisir visuel et gustatif qu'ils procurent, on aura le plaisir supplémentaire d’en surveiller la floraison et de suivre la croissance du fruit. Des joies simples et enrichissantes auxquelles les enfants ne manqueront pas de participer. Les formes palissées en haie fruitière permettent un superbe gain de place, ce qui est particulièrement avantageux pour les petits jardins où l'espace est précieux.
Sur le plan de la production fruitière, les avantages sont également notables. Le microclimat créé par le mur - moins de vent, moins de gel, moins de pluie et davantage de chaleur - induit une production plus abondante et de meilleure qualité. Cela permet même de cultiver des espèces plus exigeantes, comme le pêcher ou la vigne. Les interventions concernant la taille, les pincements, les traitements, l’éclaircissage des fruits et l’ensachage sont grandement facilitées. Les fruits sont plus gros et de meilleure qualité gustative. Le mur protège également des vents froids (gels) qui peuvent être dommageables pendant la période de floraison. Les murs à l’est sont protégés des pluies (qui proviennent généralement de l’Ouest), il y a donc moins de développement de maladies telles que la tavelure.
Planter des arbres fruitiers palissés- avantages des fruitiers formés - Truffaut
Les formes d'espaliers et leur complexité
La charpente des arbres palissés est édifiée selon différentes formes géométriques qui doivent concilier le souci esthétique et le mode de croissance et de fructification de l’espèce. La liste est vaste et l'imagination humaine n'a pas de limites.
Parmi les formes à branches verticales, on retrouve le cordon vertical (un seul axe), la forme en U (deux axes), les candélabres (trois axes et plus), le U double (quatre axes), et les palmettes « Verrier » (quatre, six ou huit axes). Sans conteste, le double U, appelée aussi "Palmette Verrier", est considérée par certains comme la forme la plus belle.
Les formes à branches obliques incluent le cordon oblique (un seul axe), la forme en V et les croisillons (deux axes), ainsi que la palmette oblique et le « Drapeau Marchand » (plusieurs axes). Pour les formes à branches horizontales, on trouve le cordon horizontal simple ou double, la palmette horizontale à plusieurs étages, et la treille de Thomery.
Enfin, des formes à branches à orientation différente offrent des possibilités variées, comme l'éventail et la queue de paon, la haie « Lepage », et la palmette « à la diable ». Le système « Cossonet » associe en alternance des palmettes horizontales et des palmettes obliques.
La difficulté de former, équilibrer et entretenir les arbres dépend de la forme adoptée. Le travail de formation des arbres palissés demande beaucoup de précision, de main-d’œuvre et d’attention. Pour former cordons horizontaux à un ou plusieurs étages, palmettes obliques, U, palmettes Verrier quatre bras et autres palmettes à la diable, il ne faut pas moins de six à sept années de travail, et jusqu’à quinze ans pour les formes complexes. Cela explique le prix très élevé, suivant la grandeur et l’âge de la palmette.

Les espèces fruitières adaptées et les orientations
Le choix des espèces et de leur orientation est crucial pour la réussite d'un projet d'espalier. Un très grand nombre de possibilités de garnissage de murs par des espaliers existent selon le type de fruits souhaités, l’exposition et la hauteur disponible. On considère en général que pour toutes les espèces, une hauteur de 2,5 à 3 mètres est un minimum.
Le poirier est incontestablement l’espèce qui se plie le mieux à toutes les formes régulières, même les plus fantaisistes, et le pommier est un peu moins docile. Pour les pêchers et surtout pour les griottiers, seules quelques formes peu structurées sont envisageables avec succès.
Pour les pommiers et poiriers, on préférera des variétés de vigueur moyenne, qui se ramifient fortement et forment de nombreuses pousses terminées par un bouton, plutôt que des variétés à forte vigueur, qui ont tendance à former des rameaux longs et peu ramifiés. Toutes les orientations leur conviennent, sauf Nord, Nord-Est et Nord-Ouest.
Parmi les espèces à noyau, seuls les griottiers et les pêchers peuvent, à la rigueur, être conduits en espaliers, et selon des formes géométriques moins strictes que les espèces à pépins. Ces systèmes conviennent mal aux cerisiers à fruits doux et moins encore aux pruniers. Les pêchers demandent une exposition très favorable (Sud, Sud-Est, Sud-Ouest) tandis que les griottiers peuvent être installés au Nord-Est ou au Nord-Ouest. Les vignes, les figuiers et les kiwis demandent une exposition Sud, Sud-Est ou Sud-Ouest.
Les contre-espaliers auront de préférence une orientation Nord-Sud qui leur assurera un bon éclairement sur les deux faces, l’une le matin et l’autre l’après-midi. Outre les espèces déjà citées, on peut cultiver en contre-espalier des groseilliers, des ronces fruitières, des muroisiers et des framboisiers.
La taille et l'entretien des espaliers
La taille est l'élément central de la formation et de la maintenance d'un espalier. La conduite de tels arbres demande une certaine expérience qui s’acquiert au fil des années et à la lecture de différents ouvrages spécialisés. Ce n’est pas dans un livre ou sur une vidéo qu’on va apprendre à tailler un arbre fruitier. Il faut connaître les bases, faire de la pratique sur le terrain, observer, analyser et comprendre les erreurs qu’on a pu faire. Avant de placer un sécateur sur une branche, il faut savoir d’avance pourquoi on veut la couper et quelle en sera la conséquence. C’est ainsi qu’on va arriver à former un arbre fruitier.
La taille de formation pour les petits arbres se pratique environ pendant les 4 années qui suivent la plantation et peut aller jusqu’à 15 années pour les grands arbres et les formes complexes. Elle permet de former la charpente de l’arbre. Le principe de la taille des arbres fruitiers est d’obtenir une production abondante et de bonne qualité. Poiriers et pommiers se coupent selon les principes de la taille trigemme, c’est-à-dire la taille à trois yeux.
La taille de fructification permet également de diminuer la production de fruit et de bois en alternance une année sur deux (phénomène naturel) et prévient les casses en éliminant les branches qui pourraient se briser sous le poids des fruits. Durant l’été, les jeunes pousses encore vertes et tendres devront être raccourcies à une trentaine de centimètres, ce sera la taille au vert.
La taille de restauration ou sanitaire est une taille très douce sur de vieux sujets (max. 10% de sa masse). Cela consiste à anticiper l’élagage naturel, ôter les bois morts ou des parties malades. Si l’arbre est parasité par le gui ou atteint par un champignon comme le chancre, il y aura lieu de curer et de traiter avec du cuivre.
Un poirier palissé risque vite de se transformer en haie verte si une taille rigoureuse n’est pas effectuée. C’est le revers de la médaille, source de bien des déceptions. La forme sophistiquée de l’arbre implique que le jardinier perpétue le savoir-faire du pépiniériste qui a véritablement sculpté la silhouette du poirier.
Les ligatures doivent être inspectées régulièrement afin d’éviter les étranglements et les bris de branches. Des accessoires comme des scoubidous, avec une durée de vie de 4 à 5 ans, sont idéaux pour attacher les plants sans risquer un étranglement ou une blessure par frottement, et sont réutilisables.
Outre les travaux classiques d’entretien (fumure minérale et organique, désherbage, lutte contre les phyto-agresseurs, éclaircissage des fruits…), une protection contre le gel hivernal doit être placée devant la ramure des figuiers, et sur les troncs des kiwis et des kiwaïs ; lors de leur floraison, tous les arbres adossés à un mur peuvent être protégés contre les gelées printanières par un rideau : toile de jute ou voile de polypropylène non tissé.
Lieux emblématiques et pépiniéristes en Belgique
La Belgique est riche d'un savoir-faire en pomologie, avec pas moins de 1 695 variétés de pommes répertoriées. Cette richesse se retrouve dans des initiatives de conservation et de valorisation des fruitiers palissés.
Le Fruticum de la Ferme de l’Abbaye de la Ramée, près de Jodoigne, en Brabant wallon, est un exemple remarquable. Construite en 1722 et classée au patrimoine majeur de la Wallonie, la grange à dîme de l’Abbaye a vu un fruticum planté en 2020 par le pomologue Jean-Pierre Wesel. Son objectif : conserver et informer. L’association POMKO, en charge de la gestion et de l’animation du fruticum, vise à restaurer les anciens jardins fruitiers et à remettre en valeur les variétés de pommes et poires créées dans nos régions. Le long du mur d’enceinte, les formes palissées qui avaient vieilli ont bénéficié d’une taille de restauration effectuée par l’association POMKO. Née en Flandre, cette structure étend ses activités en Wallonie en prenant en charge le fruticum, qui sera enrichi de variétés anciennes locales à conserver. Des séances de formation à la taille et à la greffe, de même que des dégustations de fruits, y sont également proposées.
Les Pépinières d’Enghien sont une autre destination pour s'informer et acquérir ce savoir-faire. Alexandra et Olivier Debaisieux ont hérité de Paul et André Chotard la succession de leur ancienne pépinière à Gosselies, qui fut pendant des dizaines d’années une référence belge pour les fruitiers palissés. André Chotard, décédé en août 2023, leur a transmis ce précieux savoir-faire. Alexandra et Olivier passent de longues journées à progresser dans leur pépinière, constituée d’une forêt de lattes de bois sur lesquelles les branches des arbres sont formées. Il faut quatre ans pour obtenir un poirier prêt à être livré.
En Belgique et au Luxembourg, ne sont pas rares les anciennes fermes à être flanquées de majestueux poiriers palissés âgés de plus d’une cinquantaine d’années. Une pratique qui est malheureusement devenue rare, un peu comme les pépinières qui proposent encore ce travail. Une enquête a montré qu'entre 2000 et 2010, plus de la moitié des anciens poiriers en espalier ornant nos façades ont disparu.
Espaliers Pépinière, situé à Wetteren, près de Gand, est un pionnier et un expert des stores naturels sur mesure. Ils cultivent et mettent en œuvre des filtres naturels adaptés à chaque projet. Ils sont forts dans le "vert fonctionnel", créant des filtres de vue avec des arbres d'Espalier qui influencent positivement le cadre de vie. Leurs champs présentent des créations uniques de différentes tailles, favorisant l'intégration des arbres de la manière la plus naturelle possible, tout en atténuant les éléments perturbateurs sans sacrifier la lumière et l'espace d'expérience.
La culture en espalier dans un contexte moderne
Bien que la culture en espalier ne soit plus utilisée dans des vergers commerciaux comme autrefois (le verger commercial du château de Meez à Dinant comptait des poiriers en palmette Verrier et des pommiers en contre-espalier jusqu'en 1980), elle subsiste dans quelques jardins historiques, comme par exemple au château de Gaasbeek, et elle est fortement conseillée dans les jardins d’amateurs.
Les formes espaliers naines (1,5 m en moyenne pour un sujet de 6-7 ans) ou colonnaires (les rameaux fructifères sont répartis tout au long du tronc) se cultivent aisément en grand pot ou en bac. Elles ont bénéficié de la recherche de variétés goûteuses et résistantes aux maladies et sont autofertiles, ce qui les rend accessibles même aux jardiniers urbains.
L'objectif actuel est de retrouver les bonnes saveurs d’autrefois, de rendre attrayant un mur sans grâce, de compartimenter un jardin de façon élégante. Chaque jardin fruitier est unique et conçu selon les envies, qu’il s’agisse d’agrémenter une petite cour ou de couvrir plusieurs dizaines d’ares. Anticiper la plantation est essentiel : un projet de verger se réfléchit au printemps pour une plantation idéale entre novembre et février.
Pour réaliser des projets d’espalier en façade ou de contre-espalier, une ferronnerie sur mesure est souvent nécessaire. Ces attaches, poteaux, arceaux, etc. peuvent être façonnés facilement.
La culture des arbres fruitiers en espalier en Belgique est bien plus qu'une simple technique horticole ; c'est une tradition vivante qui allie la beauté des formes à la générosité de la nature, offrant des saveurs authentiques et un enrichissement visuel pour nos environnements. C'est une belle aventure horticole où la récolte d’une profusion de poires et autres fruits est à portée de main.
