La multiplication des épisodes caniculaires, même brefs, transforme durablement la gestion des espaces verts. Dans l'Ouest, comme ailleurs, la gestion de l'eau est devenue une priorité pour maintenir la viabilité des cultures et la pérennité des arbres. Face à ce réchauffement climatique qui se traduit par une intensification des vagues de sécheresse, la survie de certains arbres du jardin n’est pas assurée. Il est donc indispensable d'adopter des techniques de culture et de protection adaptées.

Mécanismes physiologiques de l'arbre face au stress hydrique
Pour comprendre l'urgence d'agir, il faut saisir comment l'arbre interagit avec son environnement. Les feuilles sont le lieu où s'effectue la photosynthèse, processus spécifique aux végétaux qui leur permet de constituer des réserves, tout d’abord sous forme de sucre puis sous forme de bois. Le flux de sève dans l’arbre est un peu comme le sang chez l’homme, à la différence près que la sève ne circule pas en circuit fermé : l’eau absorbée par les racines s’évapore au niveau des feuilles. L’augmentation des températures provoque une augmentation des prélèvements en eau du sol en augmentant la transpiration de l’arbre.
Un léger manque de pluie n'affecte pas les arbres, car l’éponge que constitue le sol va leur permettre de bénéficier de l’eau emmagasinée lorsque les pluies ont été plus abondantes. En revanche, la situation se complique lorsque le manque de précipitations se prolonge et que le réservoir en eau du sol n’est plus rempli qu'à 40 % et moins. C’est ce qu’on constate quand les sécheresses se succèdent ou sont plus intenses. Les feuilles des arbres flétrissent, roussissent puis tombent pour leur permettre de faire des économies d’eau. Quand les arbres arrêtent de transpirer, l’humidité atmosphérique qui protège les feuilles des rayonnements du soleil disparaît.
Si les sécheresses se répètent ou se prolongent, les arbres n’ayant plus d’eau à disposition dans le sol, ferment leurs stomates et se débarrassent de leurs feuilles pour limiter leur transpiration et leur respiration. Avec une fermeture partielle des stomates voire une chute trop précoce des feuilles, les arbres se retrouvent alors "sous-alimenté en carbone" car ils ne peuvent plus faire suffisamment de photosynthèse et doivent puiser dans leurs réserves. Or, ils ont en besoin l'année suivante pour refaire des feuilles. La défoliation peut également s'accompagner de mortalité de petites branches, puis de branches plus importantes, or moins il y a de branches, moins il y a de feuilles. Et si la sécheresse dure, les arbres peuvent aussi produire de plus petites feuilles l'année d’après en développant de la « microphyllie ».
Protection des jeunes arbres : enjeux et méthodes
Entre épisodes de sécheresse prolongée et hivers aux variations brutales, les jeunes arbres doivent faire face à des conditions climatiques de plus en plus extrêmes. Les arbres tout juste plantés, qu’ils soient en racines nues, en motte ou en conteneur, ont un système racinaire encore peu développé. Ils ne bénéficient donc pas de toute leur capacité à réguler leur température ou à puiser l’eau en profondeur. De plus, les écorces fines, les tissus végétaux tendres et les feuilles jeunes sont particulièrement sensibles aux agressions thermiques.
Pour protéger un arbre du gel, il est conseillé de planter à l’automne ou au début du printemps, d'installer un paillage organique (écorce, compost mûr, paille, BRF) d’environ 5 à 10 cm pour protéger les racines et limiter les chocs thermiques, et d'utiliser un voile d’hivernage pour les plus fragiles. Évitez les tailles sévères juste avant l’hiver, car les plaies de taille sont des portes d’entrée pour le gel et les maladies.
Concernant la sécheresse, le premier réflexe est l’arrosage, mais il doit être adapté, profond et espacé pour favoriser l’enracinement. Évitez les arrosages quotidiens en surface, qui rendent les racines dépendantes de l’humidité superficielle. Un apport d’eau en profondeur incite les racines à aller chercher l’eau plus loin, ce qui renforce la résilience de l’arbre à long terme. Prévoyez 20 à 30 L par arbre pour les jeunes plants, 1 à 2 fois par semaine. L’installation d’un oyat ou d’un boudin d’arrosage autour du tronc permet une diffusion lente et efficace de l’eau au pied de l’arbre.
Installer un système goutte-à-goutte pour potager - Truffaut
Sélection d'espèces résilientes pour le jardin et le verger
Pour construire un jardin capable de faire face aux chaleurs extrêmes, le mieux est de rechercher des espèces venues des zones où le manque d’eau est plus habituel. Pour les zones exposées à des étés très secs, privilégiez les espèces rustiques, méditerranéennes ou à feuillage caduc comme le chêne vert, le micocoulier, le paulownia, ou encore le gleditsia.
Côté verger, certains fruitiers sont de véritables champions de l’endurance. L’amandier est résistant à la chaleur et à la sécheresse, mais reste très sensible au froid. L’abricotier craint seulement l’humidité et les gelées printanières pouvant endommager ses fleurs. Le figuier, en choisissant des variétés autofertiles, est également un excellent choix. La vigne affectionne particulièrement les terres sèches et caillouteuses. Le feijoa donne des fruits au goût d’ananas et de fraise, tandis que le jujubier, le plaqueminier (variété ‘Fuyu’) et l’arbousier se montrent très robustes.
Gestion optimisée du potager face à la chaleur
Cultiver son propre potager est une source de satisfaction, mais demande une adaptation constante aux conditions climatiques. Pour protéger les cultures, le mulching est indispensable. Le mulching est le terme anglo-saxon du paillage. On l’utilise souvent en hiver pour protéger du froid les jeunes arbres, mais il s’avère aussi très intéressant pour lutter contre les fortes chaleurs. Sur une terre nue, plutôt que de mulcher, vous pouvez préférer biner. Un vieux dicton ne dit-il pas d’ailleurs « qu’un binage vaut deux arrosages » ? Le binage sert aussi à ne pas laisser le potager se faire envahir par des adventices trop présentes.
Arrosez avec discrétion et de manière différenciée. Arrosez au plus près des pieds et évitez de mouiller les feuillages pour ne pas risquer des maladies liées à l’humidité. Pensez au récupérateur d’eau de pluie, qui vous permettra d’avoir une eau à température ambiante, et à installer un diffuseur pour certaines plantes. Il existe un procédé très simple qui consiste à utiliser un pot de fleurs en terre cuite. Placez un bouchon de liège dans le trou au fond du pot et remplissez-le d’eau.

Concernant l'aménagement, il n'est pas conseillé de planter des arbres dans le potager, mais uniquement en bordure, sur le côté Nord. En Provence et dans les régions venteuses, installez une haie protectrice du côté des vents dominants. Vous pouvez la former en plantant des groseilliers, des noisetiers, des sureaux, des cassissiers ou même du maïs. Associez à ces fruitiers des arbustes aromatiques comme le romarin ou le laurier-sauce, et votre haie n’en sera que plus productive.
Pratiques culturales pour un sol vivant et productif
La préparation du terrain est la base de la réussite. Désherbez le sol dès la fin de l’été, bêchez la terre et supprimez manuellement toutes racines. Pratiquez ensuite un "faux semis" : laissez 2 semaines la terre au repos, les graines des mauvaises herbes lèveront. Une fois l’hiver passé, cassez les grosses mottes de terre, passez le râteau et ôtez gros cailloux et racines éventuelles.
La rotation des cultures est une règle d'or : ne plantez pas les mêmes légumes d’une année sur l’autre au même endroit car vous risqueriez d’avoir des problèmes tels que l’apparition de maladies et parasites ainsi que l’épuisement du sol. Alternez la plantation de légumes-fruits (courgette, tomate…) avec des légumes-racines (carottes…) et des légumes-feuilles (blette, laitue…). Ne laissez pas le sol à nu, pensez à semer un engrais vert, comme les haricots, les flageolets, les trèfles etc.
Pour nourrir le sol, avant l’hiver et au printemps avant les semis, épandez du compost ‘maison’ sur le sol. Griffez légèrement la surface pour l’enfouir. Le compost est rapidement assimilé par les plantes. Plus long à être assimilé, l’engrais de fond est apporté aux légumes deux fois par an. Enfin, pour prévenir les attaques des ravageurs, évitez tout traitement chimique. Préférez la lutte biologique en favorisant la présence des prédateurs naturels des insectes parasites et en associant aux légumes sensibles des plantes compagnes qui retiendront l’attention des nuisibles, ou au contraire qui les feront fuir.
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