Guide complet des espèces d'arbres pour la culture du bonsaï

Le bonsaï est bien plus qu'un simple arbre en pot ; c'est une forme d'art vivant qui demande patience, soin et expertise pour créer et entretenir. Cette pratique de culture spécifique vise à reproduire en miniature la forme et l'aspect esthétique des arbres naturels, tout en maintenant leur taille réduite. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'existe pas de graines spécifiques produisant des bonsaïs. La création d'un bonsaï commence souvent par la sélection d'une jeune plante, soit issue de graines, de boutures ou de pré-bonsaïs. Ensuite, le processus de formation commence, impliquant une série de techniques de taille, de ligature, de mise en forme et de gestion des racines pour guider la croissance de l'arbre dans la direction souhaitée.

Schéma illustrant les différentes étapes de formation d'un bonsaï, de la bouture à l'arbre mature

L'importance du choix des essences locales

Nous sommes habitués à voir des bonsaïs avec des arbres qui poussent à l'état naturel en Asie : érables Palmatum, ormes de Chine, pins noirs du Japon, etc. Pendant des années, les Chinois puis les Japonais ont fait une sélection de leurs espèces pour déterminer celles qui sont le plus adaptées à créer des bonsaïs. Forcément, lorsque cet art est apparu en France, il a été tentant d'utiliser les mêmes. Pourtant, ce serait une erreur de penser que l'on ne peut pas utiliser nos essences locales. Une des clés de la réussite de la culture de bonsaïs est de fournir un environnement adapté, c'est-à-dire des conditions de température et d'hygrométrie favorables à un bon développement de l'arbre. Pour cela, il n'y a rien de mieux que d'utiliser des plantes qui poussent à l'état naturel proche de chez vous.

Les feuillus rustiques de nos régions

Le charme est l'une des espèces les plus rustiques et très courante dans nos campagnes, idéal pour les débutants. Le hêtre est un arbre emblématique de basse montagne mais également des campagnes ; on apprécie son écorce grise et lisse. Le tilleul est vigoureux et développe un tronc massif, et sa croissance rapide permet de faire plusieurs tailles par an, ce qui permet de le densifier rapidement. Le chêne est un arbre clairement sous-représenté en bonsaï alors qu'il a tellement de qualités, notamment une écorce magnifique. Le micocoulier est encore une essence qui permet d'obtenir des troncs massifs avec une belle conicité ; son écorce lisse prend de belles teintes "vert-gris" et ses feuilles se réduisent assez bien.

Photographie d'un bonsaï de chêne mettant en valeur la texture de son écorce

Arbres à fleurs et à fruits : l'esthétique du changement

Le bonsaï est une illusion, l'illusion d'un vieil arbre en pot. Pour accentuer cette illusion, le choix d'espèces à floraison ou fructification spectaculaire est fréquent. Les variétés sélectionnées pour la culture des bonsaïs le sont souvent pour leurs fleurs. Le pommier est un excellent exemple : plutôt que la variété sauvage, on préfère les variétés ornementales telles que 'Malus Everest' ou 'Malus Coccinella'. Avec leur magnifique floraison, on les appelle aussi les azalées du pauvre. Au printemps, le pommier se recouvre de fleurs et vous verrez progressivement apparaître de petites pommes.

Le cotonéaster, souvent utilisé dans les rocailles, est un arbre remarquable par ses petites feuilles, ce qui permet de former de mini bonsaïs. La potentille est un petit arbre remarquable par sa floraison abondante. Le pyracantha est très apprécié pour sa floraison blanche et ses grappes de petits fruits à l'automne. Enfin, le tamaris, arbre méditerranéen qui pousse le plus souvent en bord de plage, est souvent formé en style pleureur. Il y en aurait encore bien d'autres, la liste est quasiment infinie.

Taille de Densification sur un Pommier Bonsai🌱 NEJIKAN BONSAI 🌱

Classification et nomenclature scientifique

Dans le monde, il n'existe qu'un seul nom latin d'espèce pour une certaine espèce végétale. Ce qui déroute généralement un profane et exige beaucoup d'apprentissage de la part des apprentis en horticulture est un moyen important pour les initiés de distinguer et de classer clairement les plantes. Le terme scientifique (latin) est attribué selon les règles de dénomination binaire. Les familles regroupent des genres ayant des caractéristiques similaires. Les noms d'espèces se composent d'au moins deux parties : le genre et le nom d'espèce.

Par exemple, si vous avez acheté un bonsaï d'orme et demandez à un ami comment ce bonsaï doit passer l'hiver, il vous conseillera en toute conscience, avec un orme des champs (Ulmus carpinifolia) en tête, d'hiverner l'arbre à l'extérieur. Cependant, si vous possédez un orme de Chine (Ulmus parvifolia), ce dernier ne doit pas être hiverné à -20°C. En raison du flou du nom commun, vous avez perdu un bel arbre. C'est pourquoi, dans la mesure du possible, le nom scientifique est principalement utilisé pour les liens ou les références croisées dans les guides spécialisés.

Conifères : les piliers du bonsaï traditionnel

Qu'il s'agisse de variétés indigènes ou importées, les pins se classent au premier rang des espèces les plus populaires pour les bonsaïs. Le Pinus halepensis (pin d'Alep) est un conifère à feuillage persistant, tout comme le Pinus nigra (pin noir), connu pour sa durabilité. Le Pinus sylvestris (pin sylvestre) symbolise la résistance et la beauté naturelle, tandis que le pin de montagne européen est adapté aux besoins du bonsaï et peut produire de très courtes aiguilles. Dans la nature, les pins de montagne se présentent souvent avec des troncs tordus et courbés qui les rendent très intéressants ; leur bois mort est magnifique et résistant.

L'épicéa commun est assez couramment utilisé pour le bonsaï, grâce à ses aiguilles très courtes et sa belle écorce. Il n'est pourtant pas aisé à entretenir, car il bourgeonne difficilement en arrière. Le mélèze (Larix), quant à lui, est un conifère caduc facile d'entretien, qui aime la lumière du soleil et supporte le gel. En automne, le feuillage du mélèze passe au jaune doré avant de tomber.

Diagramme comparatif des besoins en lumière et en eau entre les pins et les mélèzes

Espèces tropicales et d'intérieur

Pour ceux qui souhaitent cultiver leur bonsaï à l'intérieur, certaines espèces sont mieux adaptées. Le Ficus retusa ou le Ficus microcarpa sont les bonsaïs d'intérieur à feuillage persistant par excellence, appréciés pour leur facilité d'entretien. Le Carmona macrophylla, originaire du sud de la Chine et appelé aussi "thé Fukien", est un autre classique à feuillage persistant. Le Zanthoxylum piperitum, ou "poivre de Séchuan", est un bonsaï curieux et délicatement parfumé, très apprécié pour son allure élégante.

Il faut cependant rester vigilant avec certaines espèces comme la "Neige de Juin" (Serissa), qui ne supporte pas le gel et nécessite une température chaude et constante. Elle est très sensible à tout changement de conditions, au déplacement, et souffre du manque de lumière et d'humidité. Le Crassula ovata (bonsaï jade), originaire d'Afrique, demande beaucoup de lumière et aime l'exposition au plein soleil, contrastant avec les besoins des espèces plus ombragées.

Techniques de formation et entretien continu

Le choix des espèces dépend également des préférences esthétiques du cultivateur et du style de bonsaï qu'il souhaite créer. Qu'il s'agisse de styles formels ou informels, la maîtrise des outils est essentielle. Les variétés d'arbres utilisées pour le bonsaï sont souvent choisies pour leur adaptabilité aux techniques de culture spécifiques. Par exemple, le Metasequoia glyptostroboides permet de créer des compositions en forêt, une technique qui séduit par son allure de petit bosquet et son charme naturel, offrant une ambiance zen et apaisante.

Les vieux cerisiers japonais, très appréciés pour leur floraison printanière, ne doivent pas être taillés trop brusquement au niveau des racines, car ils peuvent être sujets aux maladies fongiques. De même, les azalées (Rhododendron indicum), très communes en bonsaï, ont besoin d'un sol particulier, d'engrais spécifique et d'une eau sans calcium (eau de pluie), ne devant jamais connaître de sécheresse. La pratique du bonsaï exige une compréhension profonde de la nature des arbres et un engagement continu envers leur entretien et leur développement, transformant chaque sujet en une œuvre d'art unique qui peut être transmise pendant des décennies.

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