Le godet à fumier : une polyvalence insoupçonnée et des opportunités commerciales enrichissantes

Le godet à fumier, traditionnellement conçu pour la manutention des effluents d'élevage, se révèle être un outil dont la polyvalence peut être considérablement accrue grâce à des modifications ingénieuses. Au-delà de son usage initial, il peut devenir un accessoire multifonctionnel indispensable pour les particuliers et les petites exploitations, tout en ouvrant des perspectives intéressantes pour la valorisation du fumier lui-même. Cet article explore les différentes facettes de la transformation des godets à fumier, les considérations techniques, et les modèles économiques qui émergent autour de cette ressource organique précieuse.

Transformer un godet à fumier en outil multifonction : défis et solutions

L'idée de modifier un godet à fumier pour le rendre plus polyvalent est motivée par le désir d'optimiser l'investissement et de répondre à des besoins variés sur une propriété. Un utilisateur de MF 145, équipé d'un chargeur Cochet de type CH29 et d'un godet à fumier, a soulevé cette question. Initialement utilisé pour le fumier, ce godet sert désormais à déplacer des branches, manipuler des boules de foin, et transporter de l'outillage. Cependant, pour des tâches comme la manipulation de terre, de cailloux, ou le transport d'outillage, un godet multifonction serait plus pratique.

Options de modification et considérations techniques

Plusieurs approches peuvent être envisagées pour transformer un godet à fumier en godet multifonction. Une solution consiste à enlever toutes les dents du bas du godet à fumier. L'idée serait d'utiliser les trous existants pour fixer un fond de godet plein à l'aide de ronds pleins et de plaques boulonnées sur les perçages latéraux, afin d'immobiliser le fond. Cette méthode permettrait de repasser en configuration "fumier" en moins d’une heure si besoin, offrant une flexibilité appréciable. Cette modification nécessite des compétences en soudure et usinage, ainsi que le matériel adapté, comme l'a souligné un expert, précisant que des tôles avec des douilles pour les dents peuvent être efficaces, surtout si les dents sont cylindriques.

Schéma de modification d'un godet à fumier avec ajout d'un fond plein

Une autre solution, potentiellement plus coûteuse mais offrant une plus grande modularité, serait de monter une interface rapide compatible avec le chargeur vers une attache d'une autre marque. Cette approche permettrait d'acquérir ensuite divers outils (godet, lève-palette, pic à bottes) compatibles avec cette nouvelle fixation. L'avantage est de pouvoir envisager un petit lève-palette ou un pic à bottes, augmentant considérablement les capacités du chargeur. JJR24, un grand fan du forum, a d'ailleurs confirmé que réaliser une interface est une bonne idée, permettant aux vérins et flexibles de rester en place.

Choix du matériel et contraintes pratiques

Lorsqu'il s'agit de choisir les matériaux pour une modification, la robustesse et la durabilité sont essentielles. Pour les tiges de cavage nécessaires à l'interface, des tubes carrés de 5 cm de côté et 5 mm d'épaisseur, ainsi que du plat de 10 cm et 20 mm d'épaisseur ont été envisagés. La course du vérin peut également être un facteur limitant, comme l'a découvert un utilisateur, avec un corps de vérin de 40 cm mais un axe ne ressortant que de 15 cm. Ces détails techniques sont cruciaux pour assurer le bon fonctionnement de l'ensemble modifié.

L'achat de l'interface elle-même peut être un défi, car les concessions ne trouvent pas toujours ces pièces dans leurs catalogues, comme celui de Granit. Les godets neufs de petites dimensions peuvent aussi être difficiles à trouver en occasion, orientant les utilisateurs vers des fabricants comme Magsi, qui propose des petits godets vracs. Le choix entre un godet terre et un godet vrac dépendra des tâches principales : un godet terre est préférable pour des travaux de terrassement, tandis qu'un godet vrac risque de prendre un peu de terre à chaque chargement. La charge utile au pivot de benne, donnée par la documentation du chargeur (par exemple, 1400 kg pour un MX460), doit toujours être prise en compte pour éviter de surcharger le tracteur.

36HD 3 POINTS MODÈLE 2013

La valorisation du fumier : au-delà de l'usage agricole traditionnel

Le fumier, loin d'être un simple déchet, est une ressource organique précieuse dont la valorisation offre des avantages économiques et environnementaux significatifs. L'exemple de la société TPA Fumeterre dans le nord de l'Isère illustre parfaitement cette opportunité.

TPA Fumeterre : un modèle de transformation et de commercialisation

Fondée en 1963 par Georges Archimbaud, TPA Fumeterre s'est d'abord spécialisée dans le maïs, puis la luzerne déshydratée, avant de se diversifier dans la déshydratation du fumier de bovin en 1976. L'entreprise, qui dégage aujourd'hui un chiffre d'affaires de 1,1 million d'euros, produit jusqu'à 22,5 tonnes de bouchons de fumier par jour à partir de 110 tonnes de fumier brut.

Processus de déshydratation du fumier par TPA Fumeterre

Le site industriel de 1 hectare comprend un bâtiment de 2 000 m2 et une plateforme de stockage attenante capable d'accueillir 4 000 m3 de fumier pailleux provenant de litières. Plus de 15 000 tonnes de fumier entrent dans l'usine chaque année, provenant d'éleveurs qui peuvent ainsi valoriser leurs effluents. Le fumier est d'abord homogénéisé avec un épandeur stationnaire, puis séché à une température variant entre 40 et 100 °C dans un cylindre métallique en rotation. La sciure est l'unique combustible utilisé dans ce processus. Un puissant ventilateur aspire le fumier séché et l'air chargé d'humidité, puis un cyclone sépare la vapeur d'eau du fertilisant qui est ensuite broyé et conditionné.

Avantages du fumier déshydraté et marchés

La déshydratation du fumier présente plusieurs avantages. Elle détruit tous les germes pathogènes, rendant le produit sûr et facile à transporter. TPA Fumeterre commercialise environ 3 000 tonnes de bouchons de fumier par an, auprès d'une clientèle variée : jardineries, maraîchers, viticulteurs, et particuliers. Les produits bénéficient d'une certification « Nature et Progrès », les rendant utilisables en agriculture biologique.

Les livraisons s'organisent dans toute la France (vallée du Rhône, Marne, Bourgogne, Bordelais) et même en Suisse. Les volumes varient considérablement, allant d'un sac de 25 kg pour un particulier à une commande de 1 000 tonnes pour une coopérative, ou 25 tonnes en big bags pour un vigneron. L'entreprise a également développé la vente directe sur Internet pour les particuliers, élargissant ainsi son marché.

Emballages de fumier déshydraté certifié Nature et Progrès

Le fumier comme source de revenus pour les particuliers

Au niveau individuel, la gestion du fumier, notamment de cheval ou d'âne, peut également se transformer en une opportunité de revenu. Un particulier ayant des chevaux et des ânes au pré se retrouve avec un tas de fumier qui grossit de jour en jour et s'interroge sur la possibilité de le vendre.

Le fumier de cheval : un amendement prisé

Le fumier de cheval est particulièrement recherché par les jardiniers en raison de ses vertus fertilisantes, qui diffèrent de celles du fumier de bovins. En jardinerie, le fumier est payant, ce qui suggère une demande réelle. La vente de fumier en sacs, avec des annonces sur internet ou localement, peut être une solution viable. En Normandie, par exemple, les annonces proposant du fumier de cheval à emporter et payant sont courantes.

Cependant, il est crucial de noter que le fumier doit être "bien décomposé" pour ne pas "brûler les plantes". La décomposition est un processus long, plus long que pour le fumier de vache. Il est recommandé de se documenter sur les techniques d'entreposage pour atteindre une décomposition optimale. Un utilisateur a mentionné avoir gardé le fond de son tas de fumier pendant trois ans, obtenant ainsi du terreau idéal pour le jardin. Des techniques comme le hachage peuvent accélérer ce processus, bien que retourner un grand tas puisse être une corvée. Si le tas est accessible en tracteur, un voisin agriculteur pourrait éventuellement venir le chercher.

Créer de la valeur à partir des effluents

La gestion des effluents d'élevage, qu'il s'agisse de la modification d'un godet pour plus de polyvalence ou de la commercialisation du fumier, met en lumière une tendance croissante vers l'optimisation des ressources et la création de valeur à partir de ce qui était autrefois considéré comme un simple sous-produit. Les arguments de vente du godet à fumier, dans leur sens le plus large, englobent donc non seulement la fonctionnalité de l'outil lui-même, mais aussi les opportunités qu'il ouvre pour une gestion plus efficace et rentable des matières organiques.

tags: #arguments #vente #godet #fumier