Avec l’arrivée de l’automne, la nature se pare de couleurs éblouissantes et d'une lumière exceptionnelle. Elle fait le bonheur des randonneurs et des ramasseurs de champignons qui sont de plus en plus nombreux dans les forêts. Le retour de l’automne est marqué par l’arrivée des champignons en forêt, une activité fortement plébiscitée par de nombreux promeneurs. Toutefois, la préfecture de Haute-Savoie rappelle que la cueillette des champignons est une activité qu’il faut pratiquer avec modération.
L’Office national des forêts (ONF) délivre quelques conseils pour allier cette activité automnale au respect de la forêt. La flore des milieux montagnards est aussi diversifiée et riche que fragile et menacée. Avant de vous aventurer en forêt, il est important de connaître les bonnes pratiques et les règles pour cueillir les champignons, car chaque site naturel ne possède pas la même réglementation pour la récolte.

Cadre juridique et réglementation en vigueur
La cueillette des champignons est une activité encadrée par le Code forestier et, dans le département, par des arrêtés préfectoraux spécifiques. Il faut savoir que toutes les forêts publiques ont un propriétaire, qu’il s’agisse d’un État, d’une région, d’un département ou d’une commune. En principe, une autorisation préalable du propriétaire est nécessaire (article 547 du Code civil).
La gestion des forêts publiques et privées
Dans les forêts domaniales (publiques), qui appartiennent à l’État et sont gérées par l’ONF, la cueillette dans le cadre d’une « consommation familiale », c’est-à-dire en récoltant des champignons de façon raisonnable, est tolérée. Pour les forêts privées, il faut obtenir l’autorisation du propriétaire ; récolter des champignons dans une zone privée sans cet accord est considéré comme du vol. En ce qui concerne les forêts communales, gérées par les mairies, la situation est examinée au cas par cas.
L’arrêté préfectoral en Savoie
Depuis 2021, dans tout le département, un arrêté préfectoral encadre les cueillettes de certains végétaux pour permettre leur maintien à long terme dans un bon état de conservation. En Savoie, cette pratique est encadrée notamment par l’arrêté préfectoral DDT/SEEF n°2021-0496. Sur l’ensemble du département, la cueillette des champignons est limitée à 5 litres par personne et par jour. Il est indispensable de se renseigner sur le lieu de cueillette avant toute récolte, car il peut également y avoir des arrêtés municipaux locaux.

Sanctions encourues en cas de non-respect des règles
La loi est stricte concernant les volumes prélevés. Une récolte de champignons ne doit pas dépasser 5 litres par personne et par jour, ce qui correspond à un panier de 5 kg environ. Au-delà de 5 litres, la cueillette devient frauduleuse.
- Entre 5 et 10 litres : Le contrevenant s’expose à une amende forfaitaire de 135 euros (article R163-5 du Code forestier).
- Au-delà de 10 litres : La récolte est considérée comme un délit puni de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende (articles 311-3 du Code pénal et L163-11 du Code forestier).
Du côté de la Haute-Savoie, des restrictions spécifiques s'ajoutent parfois : le prélèvement de la chanterelle commune et de la chanterelle bleue est limité à 500 grammes. Dans des zones protégées, comme le cœur du Parc National de la Vanoise ou dans les périmètres des Réserves Naturelles Nationales, toute cueillette est strictement interdite.
Recommandations de l’ONF pour une cueillette responsable
Pour profiter pleinement de cette activité sans nuire à l’équilibre de la forêt, l’ONF a dressé une liste de recommandations essentielles. Ces conseils visent autant la sécurité du cueilleur que la pérennité de la ressource mycologique.
Sécurité et préparation
- Informez vos proches : Chaque année, de nombreux randonneurs et ramasseurs de champignons se perdent et sont retrouvés par les secouristes. Prévenez toujours vos proches de votre zone de cueillette.
- Renseignez-vous : Vérifiez que vous avez l’autorisation de ramassage sur le site choisi et quelles sont les quantités maximales autorisées.
- Équipement adapté : Équipez-vous d'un panier en osier, caisse ou carton. Les champignons sont très fragiles et pourraient s'abîmer dans un sac plastique. Le contenant doit être assez grand pour séparer les espèces et éviter les mélanges accidentels avec des champignons toxiques.
- Zones à éviter : Éloignez-vous des zones polluées comme les routes, les zones industrielles, les décharges ou les pâturages, car les champignons absorbent facilement les polluants de leur environnement.

Techniques de prélèvement et identification
- État des champignons : Cueillez uniquement des champignons de taille adulte et en bon état.
- Méthode de récolte : Pour prélever un champignon, il faut l’arracher en entier et non le couper. Le pied du champignon contient d’importantes informations (forme de la base du pied, couleur…) qui permettent son identification. Veillez toutefois à ne pas arracher de grosses mottes de terre : l’humus est essentiel à la vie du champignon.
- Tri et identification : Ne cueillez que des espèces que vous connaissez bien. Triez votre panier à la lumière pour vérifier la récolte. Ne ramenez pas les champignons non comestibles ; laissez-les sur place sans les abîmer.
- Avis d'experts : L’ONF déconseille fortement l’usage d’applications mobiles pour identifier les champignons. En cas de doute, demandez l’avis d’un spécialiste, pharmacien ou mycologue.
Identification d'espèces de champignons comestibles
Les variétés courantes en Haute-Savoie
La Haute-Savoie est un terrain favorable à la croissance de nombreuses variétés grâce à ses forêts et ses montagnes. On y trouve des champignons sous les arbres feuillus (chênes, hêtres) ainsi que dans les forêts de conifères.
- La girolle : Reconnaissable à sa couleur jaune vif et à son chapeau en forme d’entonnoir, elle pousse dans les forêts de feuillus et de conifères. Elle dégage une odeur fruitée et offre une saveur légèrement poivrée, très prisée en omelette.
- La morille : Champignon de printemps, souvent ramassé après la fonte des neiges, elle est reconnaissable à son chapeau alvéolé et brunâtre. Attention, elle est toxique crue et doit impérativement être consommée cuite.
- La trompette de la mort : Malgré son nom, c’est un champignon comestible très recherché pour sa saveur unique. Ce champignon noir ou gris pousse dans les forêts de feuillus, souvent caché sous les feuilles mortes, de septembre à décembre. On les trouve sous les bouleaux, charmes, châtaigniers, chênes, érables, frênes ou hêtres.
- Espèces protégées : Si la cueillette des champignons est l'objet de toutes les attentions, n'oubliez pas que d'autres espèces végétales, comme le Génépi ou l'Arnica, sont également menacées. Des agents de police de l’environnement signalent chaque année la destruction de stations complètes, mettant en péril le patrimoine naturel alpin.
Risques sanitaires et intoxication
La cueillette de champignons comporte des risques réels. Les conséquences d’une erreur d’identification peuvent être graves, conduisant à une hospitalisation, voire au décès.
En cas de doute sur une récolte, il est indispensable de consulter un pharmacien ou un mycologue. Si vous soupçonnez une intoxication, notez l’heure du repas et celle de la survenue des premiers symptômes. Conservez les restes de la cueillette pour faciliter l’identification par les autorités sanitaires. Le délai d’apparition des symptômes peut varier de quelques heures à plus de 12 heures, et l’état de la personne intoxiquée peut rapidement s’aggraver. En cas de détresse vitale (perte de connaissance, détresse respiratoire), contactez immédiatement le Centre antipoison de Lyon au 04 72 11 69 11.

La préservation de cet équilibre forestier repose sur le civisme de chacun. En respectant ces quelques règles, vous contribuez à la pérennité de ces ressources naturelles pour les générations futures tout en profitant des plaisirs offerts par les sous-bois savoyards.
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