Le département du Loiret, comme de nombreuses régions de France, est confronté à une situation hydrologique de plus en plus tendue. Les déficits pluviométriques récurrents, particulièrement marqués entre le printemps et l'été 2025, ont conduit les autorités à mettre en place des mesures de restriction d'usage de l'eau. La Préfète de la région Centre-Val de Loire, en sa qualité de coordinatrice du bassin Loire-Bretagne, a dû agir face à la détérioration continue des ressources hydriques, plaçant des axes majeurs comme la Loire et l'Allier en état d'alerte, et certaines zones en alerte "crise".

L'état d'alerte et de crise dans le Loiret : une réalité prégnante
Le mercredi 6 août 2025, la préfecture du Centre-Val de Loire a officiellement classé l'axe Loire et sa nappe alluviale dans le département du Loiret en niveau de gravité "alerte", et ce, sur toute sa longueur. Cette décision fait suite à des relevés hydrologiques alarmants constatés les 23 et 24 juin 2025, révélant que de nombreux cours d'eau du département avaient franchi les seuils critiques établis par les arrêtés-cadres.
La situation se dégrade davantage avec l'intensification de la chaleur et l'attente de pluies significatives. Un nouvel arrêté, en date du 25 juin 2025, a été promulgué par la préfecture du Loiret pour renforcer les mesures de limitation provisoire des usages de l'eau. Plusieurs cours d'eau ont atteint des niveaux critiques : le Fusain, la Bonnée et le Loing amont sont désormais placés en alerte. L'Avenelle et le Bec d'Able, déjà sous surveillance, restent en alerte renforcée. Sur le bassin de la Trézée-Ousson, une légère amélioration permet un passage de la crise à l'alerte renforcée.
Cependant, d'autres bassins-versants voient leur situation se tendre davantage. Le Milleron, le Solin, le Vernisson et le ru du Pont Chevron demeurent en état de crise, le niveau d'alerte maximal. Le Puiseaux, la Bezonde, le Cosson, le Loiret-Dhuy et la zone souterraine du Montargois rejoignent également ce niveau critique. Ces mesures impliquent des restrictions pouvant aller jusqu'à l'interdiction totale de certains usages de l'eau, tels que l'arrosage des pelouses et jardins, le remplissage des piscines, le lavage des véhicules, ou encore l'irrigation agricole, selon les zones et les horaires définis. Ces restrictions s'appliquent à l'ensemble des usagers : particuliers, agriculteurs et industriels.
Cadre réglementaire et gestion des prélèvements d'eau
Face à cette situation hydrologique tendue, la préfecture du Loiret a pris un arrêté de restriction des usages de l'eau, applicable à compter du 24 juin 2025. Toutes les communes situées dans les zones d'alerte définies par l'arrêté sont concernées, incluant les particuliers, les agriculteurs, les entreprises, les collectivités et les services publics.
Les Organismes Uniques de Gestion Collective (OUGC) jouent un rôle central dans ce dispositif. Ils sont chargés de constituer le Plan Annuel de Répartition (PAR) pour l'année 2026 et de dresser le bilan des consommations de l'année 2025. Ces plans recensent les besoins en eau pour l'irrigation en 2026 et les volumes effectivement consommés durant la campagne d'irrigation 2025. Le PAR doit être remis à la Direction Départementale des Territoires du Loiret avant le 31 décembre 2025.
Depuis 2022, la notification des volumes attribués pour la campagne d'irrigation en cours n'est plus effectuée par la Direction Départementale des Territoires (DDT), mais directement par les OUGC du Loiret. Un récapitulatif anonymisé des volumes attribués est accessible en ligne, permettant aux irrigants de consulter leur attribution à l'aide de leur numéro unique, rappelé dans chaque courrier de notification.

L'outil Gest'ea et la télédéclaration : vers une gestion dématérialisée
L'automne 2022 a vu la mise en place de la télédéclaration par internet. La plateforme Gest'ea permet désormais aux usagers de saisir en ligne leur bilan des consommations d'eau pour l'irrigation de l'année en cours, ainsi que leurs besoins en eau pour la campagne d'irrigation suivante. Chaque utilisateur dispose d'un compte dédié, dont les identifiants de connexion ont été envoyés entre l'automne 2022 et 2024. Ces identifiants sont créés à partir du numéro de SIRET de l'exploitation et de son adresse électronique. Une notice de prise en main de l'outil est disponible pour accompagner les utilisateurs.
Il est important de noter que les télé-déclarations via Gest'ea remplaceront progressivement les déclarations papier. Cependant, la télédéclaration par la plateforme Gest'ea ne se substitue pas à la déclaration annuelle à effectuer auprès des Agences de l'eau, qui demeure à la charge des irrigants. Tout nouvel agriculteur, lors de son installation ou de la reprise d'une exploitation, doit se signaler à l'agence de l'eau dont il dépend.
La gestion de la nappe de Beauce : un enjeu spécifique
Une interface en libre accès permet de consulter le niveau de la nappe de Beauce dans ses différents secteurs de gestion : Beauce Centrale, Fusin et Montargois. Ces données sont mises à jour de manière hebdomadaire par la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement Centre Val de Loire (DREAL).
Depuis 2018, la Chambre d'agriculture est officiellement responsable de la gestion volumétrique de la nappe de Beauce en ce qui concerne les prélèvements agricoles. Les trois OUGC Beauce Centrale 45, Fusain 45 et Montargois 45 sont donc chargés de répartir équitablement le volume autorisé entre tous les irrigants de ces secteurs. Les règles de gestion utilisées dans le Loiret demeurent inchangées, à l'exception des irrigants concernés par deux secteurs de gestion. Chaque année, le coefficient d'attribution sera fixé en fonction du niveau de la nappe et de sa tendance observée début mars.
"Les niveaux des nappes phréatiques sont au plus bas", alerte une hydrologue
Procédure administrative et responsabilités des irrigants
L'Organisme Unique présente annuellement au Préfet un bilan détaillé de la campagne écoulée et propose un plan annuel de répartition pour la campagne suivante. Depuis 2018, les déclarations de consommations de volume sont à renvoyer à l'OUGC et non plus à la DDT du Loiret pour les irrigants soumis à la gestion par l'OUGC.
Il est crucial que chaque irrigant soit connu des services de Police de l'Eau comme usager des ouvrages qu'il exploite. Un formulaire de déclaration de cession/cessation est disponible pour signaler tout changement relatif aux utilisateurs de forages. Ce formulaire doit être retourné à la DDT du Loiret ([email protected]).
Un formulaire pour réaliser une demande de volume est également disponible. Toutes les demandes doivent tenir compte des cas d'usage et des règles définies dans le règlement intérieur des trois OUGC du Loiret. Les règles sont rappelées dans le formulaire de demande, et toute demande hors cadre ne pourra faire l'objet d'une attribution de volume.
Innovations et expérimentations : les Outils d'Aide à la Décision (OAD)
En 2024, à titre d'expérimentation, des dérogations aux limitations et interdictions de prélèvements d'eau superficielle et souterraine ont pu être accordées individuellement aux irrigants ayant mis en œuvre des Outils d'Aide à la Décision (OAD) pour l'irrigation agricole. Ces dérogations portent sur l'ensemble de l'exploitation, même si toutes les parcelles ne sont pas intégrées à l'OAD, et sont valables pour toute la période d'étiage, hors situation de crise. Cette initiative vise à encourager l'adoption de pratiques d'irrigation plus efficientes et raisonnées face à la raréfaction de la ressource en eau.
Le regard des professionnels : entre vigilance et désorientation
Pour les agriculteurs, ces mesures de restriction ont des conséquences importantes. Anthony Paris, éleveur de chèvres à Dammarie-en-Puisaye et membre des Jeunes Agriculteurs (JA 45), exprime une incompréhension face à la gestion de la ressource. Il souligne que les nappes phréatiques ne sont pas toujours à un niveau critique, contredisant parfois les mesures imposées, et rappelle que l'eau agricole est une ressource payante, et non gratuite.
Anthony Paris met en avant la nécessité de solutions allant au-delà des arrêtés, comme le stockage de l'eau en hiver et la lutte contre les fuites dans les réseaux d'eau potable. Malgré les contraintes, il assure que la profession s'adapte et respecte les règles, mais appelle à plus de cohérence et de visibilité dans la gestion de l'eau. La sécheresse impacte déjà les rendements, avec des volumes de fourrage moindres et des moissons avancées, annonçant potentiellement des difficultés accrues dans les semaines à venir, surtout si le mois de juillet s'annonce toujours aussi sec.
Dans ce contexte, il est à noter que certains professionnels, comme les gérants de stations de lavage de véhicules (CarWash) dans le Loiret, n'étaient pas toujours informés des dernières restrictions d'eau, soulignant un possible manque de communication en aval des décisions préfectorales.
