L'univers du tennis, particulièrement sur terre battue, est intrinsèquement lié à une gestion méticuleuse de l'eau. Pour les passionnés de tennis, le printemps rime avec Roland-Garros, le soleil, la terre battue, le passage du filet… et l'arrosage des terrains. Un dispositif d’arrosage est indispensable pour maintenir ces surfaces en état de jeu, mais quelle quantité d’eau est réellement nécessaire ? Quelles sont les spécificités de l'arrosage des courts en terre battue et les meilleures pratiques pour garantir leur longévité et la qualité du jeu ?

Pourquoi la terre battue exige-t-elle un arrosage constant ?
La terre battue traditionnelle est composée de matières naturelles telles que le mâchefer ou la pouzzolane, le calcaire et la brique pilée. Pour qu'elle conserve ses propriétés de jeu idéales et qu'elle ne se dégrade pas, elle doit constamment être humide. Cette humidité est essentielle pour éviter que ces différents matériaux ne se fissurent, garantissant ainsi une surface de jeu homogène et stable. La terre battue est une matière vivante, comme l'explique Philippe Vaillant, responsable de l'entretien des courts à Roland-Garros, qui veille sur leur entretien durant toute l'année. Elle est composée de gros cailloux, de gravier, d'une couche de mâchefer (résidus de roche volcanique) et de calcaire. Sa couleur ocre est due à une fine couche de brique pilée de deux millimètres d'épaisseur qui complète ce mélange.
L'objectif principal de l'arrosage est de permettre à la terre battue de rester souple. Sur les courts de la Porte d'Auteuil, Philippe Vaillant et ses équipes arrosent copieusement les courts le matin pour pouvoir jouer un certain nombre d'heures dans le confort, puis suffisamment dans la journée pour avoir une surface relativement souple et garder la brique pilée collée au sol parce qu'au moindre coup de vent, elle s'envole. Mais surtout le soir, l'arrosage est crucial pour recharger la couche de mâchefer. Cette dernière joue le rôle d'éponge, et l'eau accumulée est retransmise à la chape calcaire par capillarité. L'eau garde le court ferme et stable, et elle permet aussi une traction efficace.
En l'absence d'arrosage suffisant, si la chappe n'est pas fournie en eau comme nécessaire, elle sèche, se craquelle et durcit à cause du soleil et du vent. Les conséquences sont directes sur la sécurité et la qualité du jeu : les glissades ne sont pas contrôlées, rendant le jeu dangereux. À partir du moment où la chappe calcaire se fissure, il faut arroser énormément pour que les fissures se rétractent. Si cela n'est pas fait, le rouge n'accroche plus, et le moindre courant d'air crée une tempête du désert.
Quant à la terre artificielle, bien que ses besoins soient différents, l'eau apporte principalement du confort, tout en évitant que la brique pilée s’envole et que de la poussière se forme en cas de vent.

Les systèmes d'arrosage : manuel et automatique, une combinaison gagnante
Pour les maîtres d’ouvrage hésitant sur le système d’arrosage de leurs futurs courts en terre battue, les professionnels du secteur sont unanimes : dès que c’est possible, il est vraiment important d’installer les deux, un système manuel et un système automatique.
L’arrosage automatique est idéal pour le premier arrosage de la journée et le dernier lorsqu’il n’y a plus personne sur les courts. Il permet une irrigation régulière des courts. Cependant, il est moins performant que l’arrosage manuel.
L’arrosage manuel est indispensable tout au long de la journée, entre deux parties afin que la surface reste humide pour offrir la meilleure qualité de jeu. L’humain va adapter la quantité d’arrosage en fonction du court (certaines zones peuvent être plus dures que d’autres) et de son environnement (il y a moins besoin d’arroser les zones situées à l’ombre d’un bâtiment par exemple).
Sur certains sites, un employé ou un agent de la collectivité est présent pour l’entretien, et donc l’arrosage. Toutefois, la plupart du temps, ce sont les joueurs eux-mêmes qui s’en chargent, d’où l’importance pour les responsables de clubs de transmettre quelques conseils en début de saison. Il est conseillé de procéder à une formation des licenciés, afin de les initier aux opérations à réaliser avant et après leur partie : arrosage avant, passage de la traîne et du balai et arrosage après la partie. Cette formation a un double objectif.
Recommandations pour l'installation d'un système d'arrosage automatique
Concernant l’arrosage automatique, il est conseillé d’utiliser de petits asperseurs, avec une rotation de 90 ou 180°. Afin d’obtenir une répartition homogène de l’eau, il est préconisé d’installer 8 arroseurs (4 de chaque côté du court), même si 6 peuvent suffire. Dans tous les cas, il faut compter sur une pression de 4,5 bars et un débit d’environ 4 à 5 m³/h. Dans le cas où le débit est insuffisant, il faut installer un surpresseur avec un réservoir de contenance variable selon le nombre de courts (à partir de 5 m³ et jusqu’à plusieurs dizaines de m³).
En outre, avec un système automatique, il est indispensable d’installer un programmateur afin de pouvoir déclencher le système la nuit, tôt le matin ou tard le soir. De plus, il existe la possibilité d’équiper le système avec un hygromètre ou un pluviomètre intégré. Toutefois, cela demande plus de connaissances et d’entretien car il faut vérifier ces appareils régulièrement.
Au niveau du coût, il faut compter entre 5 000 et 9 000 euros HT (travaux de VRD compris) pour un système d’arrosage automatique, sans compter l’éventuel surpresseur (plusieurs milliers d’euros selon la taille).
Différents types d'arroseurs sont disponibles pour optimiser l'arrosage. Un arroseur circulaire permet d’humidifier les terrains de sport sur une circonférence de 32 mètres. Des têtes de système peuvent être changées pour optimiser l'arrosage. Certains arroseurs sont particulièrement résistants au sable grâce à un joint d’étanchéité de haute qualité et à un mécanisme sans engrenage. Des tuyaux d’arrosage de qualité, spécialement étudiés pour terrain de tennis, résistent au froid, sont flexibles, résistants à la pression et aux intempéries, pour des tuyaux jusqu’à 2 pouces.
L'entretien de la terre battue 3 : l'arrosage
Stratégies de gestion de l'eau et entretien des courts
La terre battue traditionnelle doit rester humide tout au long de la journée. Par exemple, en période estivale, il faut compter environ 1h d’arrosage par court par jour. De manière générale, il faut arroser environ 10 minutes le matin avant l’arrivée des joueurs (arrosage automatique). Au cours de la journée, il faut compter environ 5 minutes entre chaque partie (arrosage manuel). Et en fin de journée (voire dans la nuit), il faut compter entre 15 et 20 minutes, soit entre 3 et 5 minutes par cycles de 2 arroseurs. L'arrosage devrait avoir lieu au besoin afin de garder les conditions de jeu optimales. Dans la plupart des cas, l’arrosage est effectué durant la nuit et une fois au milieu de la journée. Il est important de noter que plus la température est élevée, plus il est important d’arroser généreusement. Afin de bien rafraîchir le court et le maintenir dans le meilleur état possible, il est bon de l’arroser régulièrement et également sur toute la surface de jeu. L'arrosage d'un court sur une journée, dans des conditions optimales de chaleur et de soleil, nécessiterait un mètre cube d'eau, ce qui équivaut à cinq bains moyens.
L’entretien d’un système d’arrosage automatique n’est pas très compliqué, mais certaines opérations doivent être effectuées régulièrement. Par exemple, au printemps, il est nécessaire de nettoyer les arroseurs afin que la brique pilée ne les obstrue pas. Au cours de la saison, il faut aussi vérifier que les buses ne se bloquent pas. De même, lors d’une coupure de courant, le programmateur doit être inspecté afin d’être certain que tout fonctionne correctement.
En plus de l'arrosage, d'autres pratiques d'entretien sont cruciales. Passer le balai sur la surface d’un court de terre battue permet de bien redistribuer la poussière de roche et de lisser la surface. Comme le brossage assèche la surface de jeu, il est préférable de procéder avant l’arrosage ou si le court est mouillé. Le premier brossage se fera dans le sens de la largeur du court. Le suivant se fera dans le sens de la longueur. Cela a pour but de bien étendre la poussière de roche, de remplir le mieux possible toute déformation du court (trous, marques de chaussure, etc.) et finalement d’empêcher l’accumulation de poussière de roche le long de la clôture. Il est important de bien regarder autour du court.
Passer le rouleau sur le court rendra la surface plus ferme et plus rapide. Cela permet également d’éviter l’accumulation d’une trop grande quantité de terre battue sur la surface. Passer le rouleau est particulièrement important dans les régions où l’hiver est rigoureux, car le court est affecté par le cycle du gel et du dégel. Dans ce cas, passer le rouleau devrait être fait quotidiennement jusqu’à ce que le court atteigne une compaction optimale. Le rouleau peut également être passé ultérieurement, au besoin, afin d’obtenir les conditions de jeu souhaitées. Il est plus efficace de passer le rouleau le matin, lorsqu’il y a de l’humidité sur le court. Le rouleau doit être passé de long en large du court pour s’assurer de ne pas laisser de lisières non roulées. Après ce travail minutieux, il est nécessaire de brosser à nouveau et de balayer les lignes.
La pose de lignes est également une étape importante. Des nouvelles lignes de jeu doivent être installées. Sans cette opération, le court devient dur, la silice remonte à la surface, et il est alors impossible de lui redonner sa souplesse initiale. Il est préférable de privilégier les lignes peintes, qui sont plus fiables, plus esthétiques, moins onéreuses et qui n’entraînent pas de surépaisseur par rapport à la surface de jeu, comme le font les lignes plastiques.
Il est nécessaire de bien veiller à la praticabilité du court avant de le réutiliser sous peine de le détériorer, ce n'est pas parce qu'il ne pleut plus qu'un court est jouable.

Optimisation de la consommation d'eau et soutien aux clubs
Environ 20 % des clubs affiliés possèdent au moins un terrain de tennis en terre battue. Dans une logique d’accompagnement des clubs et des collectivités, la Fédération cherche à apporter une aide afin d’optimiser l’arrosage des terrains. Le premier volet identifié au niveau de la gestion de l’eau est de connaître les quantités réelles consommées à l’échelle nationale.
Pour cela, une aide est proposée pour l’installation de compteurs dédiés uniquement à l’arrosage des terrains. Le montant du bonus est de 500 € maximum pour un compteur classique ou 2000 € pour un compteur connecté avec relevé accessible en ligne. Cette aide ne peut pas dépasser 100 % du coût du devis. Chaque club affilié peut prétendre au bonus dans la limite de 5 compteurs maximum. Un compteur peut être utilisé pour suivre la consommation en eau de plusieurs terrains.

Au-delà de l'arrosage : la culture du jeu sur terre battue
La terre battue naturelle, c’est entrer dans un univers où chaque pas dessine la stratégie du point et où la lenteur du rebond devient synonyme d’audace maîtrisée. Deux passages quotidiens tôt le matin avant le premier jeu et après chaque session garantissent un taux d’humidité optimal et réduisent la poussière. Opter pour la terre battue naturelle, c’est choisir une surface qui forge le caractère du joueur. Sur terre battue rouge naturelle, il est recommandé de commencer par des drills de glisse contrôlée, où le joueur glisse latéralement sur 3 à 5 mètres avant de stopper net pour frapper en équilibre, renforçant ainsi son aisance sur l’argile. Il faut ensuite enchaîner des points construits en fond de court, en s'imposant au moins huit échanges avant de conclure, afin de développer patience tactique et régularité.
Il est important de ne pas abuser de l'apport de brique pilée. L’ajout de brique pilée n’est nécessaire que lorsque celle-ci n’est plus présente en surface. Il est déconseillé d’ajouter de la brique pilée en quantité trop importante. Il est également nécessaire de combattre l’idée reçue selon laquelle l’apport en brique pilée sur un court mouillé permet de le faire sécher plus rapidement.
Pour préserver la brique pilée, le vent est son ennemi. La mise en place de bâches autour du court (elles doivent faire 50 cm de hauteur minimum) permet de retenir la brique pilée, qu’il suffit ensuite de remettre sur la surface de jeu, évitant ainsi de recharger cette dernière en brique pilée neuve.
Pour l'entretien des courts à Roland-Garros, 187 agents d'entretien des courts sont mobilisés. Philippe Vaillant, responsable de 33 courts en région parisienne (18 à Roland-Garros et 15 pour les entraînements des meilleurs du monde), veille sur leur entretien durant toute l'année.