Analyse des rendements et de la viabilité économique du millet : une perspective fourragère et céréalière

L’agriculture contemporaine est confrontée à des défis climatiques croissants, poussant les exploitants à diversifier leurs systèmes de culture. Si le maïs demeure une référence incontestée en termes de productivité brute, l’exploration de cultures alternatives, telles que le millet, le sorgho ou le teff grass, offre des perspectives nuancées tant sur le plan agronomique qu’économique. Cette analyse se propose d’explorer les rendements, les coûts de production et la place de ces cultures sur le marché.

Schéma comparatif des rendements en matière sèche par hectare selon les cultures fourragères

Dynamique des rendements fourragers : le maïs face aux alternatives

En termes de rendement, pour des cultures fourragères implantées post-méteil, c'est sans surprise le maïs qui s'en sort le mieux, avec 10 à 14 t de MS/ha alors que les autres cultures plafonnent à 7,5 t de MS/ha. Cela ne veut pas dire que les autres modalités sont dénuées d'intérêt. Dans un contexte d’aléas climatique, diversifier les cultures permet de sécuriser son rendement en fourrage, d'autant plus que certaines variétés présentent des valeurs alimentaires intéressantes. Dans un contexte d'été très chaud, le sorgho peut par exemple être une bonne alternative à mettre en place.

Le maïs, grand gagnant du rendement, impose toutefois une gestion rigoureuse. Lorsque le maïs est implanté en seconde culture, il faut se diriger sur des variétés plus précoces. Lorsqu’on dépasse la date de semis d’une dizaine de jours, on peut perdre jusqu’à 2 t MS/ha, donc il est important de bien choisir une variété adaptée. Certes le maïs consomme beaucoup d’eau, mais c’est sûrement lui qui la valorise le mieux.

Le millet dans le système fourrager : défis et limites

L'intégration du millet dans les systèmes fourragers, notamment dans des régions comme le Limousin, soulève des questions d'adaptation climatique. Lors des essais, le millet a eu davantage de mal à germer et semble peu adapté au climat du Limousin. Dans ces essais, le rendement a été essentiellement assuré par la vesce, qui s’est très vite développée et a vite couvert le sol. C’est essentiellement à la vesce que l’on doit le taux de MAT élevé.

Ramené à la tonne de matière sèche, ce mélange présente un coût de production élevé du fait de la faible production, et du coût assez élevé de la semence. Bien que la culture du millet ait ses avantages, elle « n’est pas la culture du siècle non plus ».

Le sorgho et le teff grass : alternatives thermiques

Le sorgho présente des rendements intéressants. C’est une plante qui a besoin de chaleur et d’eau, et qui continue à pousser autour des 30-35°C, là où le maïs stoppe sa croissance aux environs des 28°C. La plante présente des valeurs alimentaires intéressantes, comparables à celles d’un maïs, voire avec un taux de protéine sensiblement supérieur. Le sorgho monocoupe demande toutefois à être semé avec un semoir monograine. La culture a besoin d’une température du sol minimale de 12°C. Il est possible de l’utiliser en ensilage ou en enrubannage. La semence de sorgho est encore assez chère, et le rendement inférieur à celui d’un maïs le rend plus onéreux, mais la culture peut être complémentaire à celle d'un maïs. Elle permet de sécuriser son rendement en fourrage une année chaude.

De son côté, le teff grass présente de bons rendements et une valeur alimentaire intéressante. Il est possible de réaliser plusieurs coupes sur l’été car il a un cycle de culture de 40 jours. Il faut cependant être vigilent à récolter avant épiaison, car une fois ce stade passé, on observe une chute des valeurs alimentaires. Il faut être d’autant plus vigilent que le cycle de la culture est rapide. L’implantation doit se faire dans un sol bien réchauffé (autour de 15°C). Comme pour les autres cultures, le coût de la semence et les rendements moins bons qu’en maïs la rendent plus onéreuse qu’un maïs.

Sorgho, colza et Teff grass, ça pousse ou pas 🤞🍀🧐? N°81.2

Le marché du millet : entre volatilité et niche spécialisée

Au-delà de l'usage fourrager, le millet occupe une place spécifique sur le marché des grains. Le prix du millet peut être rémunérateur à condition d’avoir des rendements importants. À titre comparatif, là où le prix de vente du millet est de 22 €q, celui du tournesol est de 31 €q et celui du maïs de 15 €q seulement. Et les rendements moyens varient beaucoup : celui du maïs (sec) est de 75 q/ha là où celui du tournesol (sec) est de 25 q/ha, et celui du millet de 30 q/ha. Mais il peut varier de 10 à 50 q/ha.

Et le marché mondial ne s’aligne pas aux rendements locaux. Dans certains cas, le millet a le mérite d’être une culture de « remplacement » et de sauver des terres laissées vacantes par le blé inondé. Il y a toujours de la demande, mais comme il n’y a pas de production, le chiffre d’affaires n’est pas assez important pour dégager un revenu. Un prix raisonnable si la tonne est suffisamment multipliée.

L’un des avantages du millet est sa stabilité sur le marché - là où le prix du blé peut passer du simple au triple. Ces dernières années, le prix du millet s’est maintenu entre 220 et 280 € la tonne. L’entreprise Leplatre, organisme stockeur, confirme que le marché du millet est « très stable » malgré quelques fluctuations selon les récoltes des pays concurrents - l’Ukraine étant le principal concurrent pour cette culture.

Graphique montrant la stabilité du prix à la tonne du millet comparée au blé

Logistique et valorisation des récoltes

Les organismes stockeurs (coopératives ou négociants), en tant qu’intermédiaires, amortissent les fluctuations du marché en stockant les grains dans les silos de quelques mois à un an. L’entreprise a autant de contrats pour le millet jaune que pour le millet blanc, tous deux destinés à l’oisellerie, mais aussi pour celui destiné à la culture de champignons (en utilisant du mycélium).

Pour les mélanges fourragers, comme le moha et trèfle d’Alexandrie, le rendement est assez moindre par rapport à un sorgho, ça n’est pas une plante qui fait beaucoup de feuilles, mais elle présente une très bonne valeur alimentaire. En termes de récolte, c’est certainement la modalité la plus souple d’exploitation. Il est possible de l’utiliser en pâturage, ensilage, enrubannage voire en foin. Cependant, le coût de production à la tonne de matière sèche est parmi les plus élevés de l’essai, illustrant la complexité de l'arbitrage économique pour les producteurs cherchant à optimiser leurs marges dans un contexte de volatilité des prix des intrants et des semences.

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