La pomme de terre est une culture exigeante en eau. Son système racinaire, important mais peu profond (jusqu’à 60 cm), rend la plante sensible à la sécheresse. Il est donc essentiel d’assurer un apport en eau suffisant lors des phases de floraison, de stolonisation et de tubérisation. Dans le même temps, il devient indispensable de bien gérer la ressource en eau pour éviter les pertes, tout en tenant compte de l’état des dérogations et du taux de remplissage des nappes phréatiques.

Les fondamentaux de l'irrigation professionnelle
Les besoins de la pomme de terre pour une saison complète en France sont les suivants : entre 350 et 450 mm au total, avec 3 à 4 mm/jour avant la tubérisation, 5 à 6 mm/jour après la formation des tubercules, et un taux d’humidité minimum de 30 à 50 % dans le sol pour optimiser la production. La régularité de l’apport en eau est un critère essentiel pour le bon développement de la plantation. Les besoins en eau nécessaires dépendent de plusieurs facteurs : le type de sol (de sa structure dépend une rétention d’eau plus ou moins importante), la variété (Auréa, Caesar ou Magnum moins sensibles que Lady Claire ou Innovator), la date de maturité du cultivar, la densité des plants, le taux de fertilisation (influence le cycle végétatif de la pomme de terre), les conditions climatiques et les pratiques culturales.
La nature du sol est un critère majeur. Les terrains sableux requièrent davantage d’eau que les terres crayeuses ou argileuses. Cependant, un excès d’eau entraîne aussi des risques de maladie (comme le mildiou), de lessivage de l’azote et d’érosion.
Systèmes d'irrigation par aspersion
Trois systèmes par aspersion sont aujourd’hui à l’œuvre :
- L'aspersion déplacée à la main : c’est le modèle le plus économique et il offre une distribution uniforme. Il requiert toutefois une main-d’œuvre importante pour le déplacement des conduites secondaires dans les parcelles et s’avère peu adapté aux très grandes cultures.
- L'aspersion mobile ou canon enrouleur : ces systèmes représentent un investissement important, nécessitent peu de manutention et conviennent bien aux grands champs. Inconvénient : le vent a tendance à affecter la distribution.
- Le pivot central : le dispositif autopropulsé à pivot central, avec ses longues travées montées sur roues, s’adapte aux champs circulaires et plats. Le dispositif est coûteux, mais il requiert peu de main-d'œuvre durant la saison. Ces modèles sont les plus utilisés en France (près de 60 % du parc), du fait de leur fiabilité, d’un coût d’entretien modéré et d’une adaptabilité parcellaire reconnue.
Innovations en micro-irrigation
L’irrigation goutte-à-goutte de surface ou enterrée est plus intéressante en culture de pomme de terre. Bien qu’onéreux à l’installation le long des rangs ou à l’enterrement (autour de 5500 à 6500 €/ha), ces dispositifs, constitués de séries de canalisations, de goutteurs et de capteurs, sont facilement automatisables, économes en eau (-20 % par rapport à l’aspersion), peu gourmands en énergie, non sensibles au vent et compatibles avec la fertigation. L’apport en eau cible directement le pied et les racines.
[SIA 2014] Le goutte-à-goutte enterré, avantages et inconvénients 2/2
Pilotage et calendrier d'irrigation
La décision du lancement de la campagne d’irrigation repose sur les mesures du dessèchement du sol, via deux techniques : le bilan hydrique et la mesure de l’humidité du sol. L’agriculteur peut s’appuyer sur le bilan hydrique pour évaluer l'équilibre entre les entrées et les sorties d'eau. Pour estimer les besoins en eau, il s’appuie sur l'évapotranspiration potentielle (ETP), le coefficient cultural Kc et la Réserve Facilement Utilisable (RFU).
Dans le cas des pommes de terre à chair ferme, il convient d’irriguer dès le « stade levée » (mi-mai à mi-juin). Pour les pommes de terre de consommation courante, l’irrigation favorise l’augmentation du nombre de tubercules. Pour les pommes de terre de transformation, il faut plutôt viser le « stade initiation de la tubérisation ». Pour la première phase d’irrigation, l’apport doit être limité (entre 15 et 20 mm) afin de ne pas endommager les buttes. L’optimum pour arroser est le matin, au moment des températures plus fraîches.
Impact agronomique et enjeux environnementaux
L’irrigation en pomme de terre a un impact sur le calibre et le nombre des tubercules. Elle vise à réguler les rendements tout en limitant le stress hydrique. Un programme d’irrigation optimisé contribue à favoriser l’initiation des tubercules, à augmenter leur calibre et leur poids moyens, tout en uniformisant leur maturité. En régulant l’apport en eau, on limite les défauts internes et externes comme la gale commune, les fentes ou les cœurs creux. Toutefois, l’irrigation excessive peut être nuisible (dartrose, gale poudreuse).
Les réalités environnementales et économiques remettent sérieusement en question la rentabilité de l’arrosage systématique. Si l’irrigation permet d’augmenter le rendement, les hausses de température et l’augmentation des coûts (énergie, charges) tendent à réduire les marges dégagées. À cela s’ajoute la pression sociale des consommateurs, qui voient l’agriculture comme une utilisatrice bien trop gourmande en eau.
Techniques de culture domestique : la tour à pommes de terre
Le fonctionnement théorique de la tour à pommes de terre s'appuie sur le mode de reproduction végétative dudit légume : lorsque les tiges sont recouvertes de terre, elles émettent des stolons au bout desquels se développent des tubercules. La tour est un buttage XXL destiné à faire grandir le plus possible la tige afin d'obtenir un maximum de tubercules sur un espace réduit.

Une solution pour l'arrosage consiste à placer un tuyau percé ou microporeux au centre de la tour, et d'arroser très régulièrement. Si les rendements affichés peuvent laisser rêveur, dans la réalité, peu de jardiniers obtiennent des résultats probants, car les plants s'épuisent à produire sans cesse des feuilles que l'on recouvre systématiquement. La tour a toutefois l'avantage de pouvoir être installée partout et de préserver les pommes de terre des ravageurs.
Conseils pratiques pour le jardinier
La pomme de terre n'apprécie pas vraiment les excès d'eau. Un excès d’humidité pourrait entraîner l’apparition de maladies. Il faut arroser régulièrement pour maintenir un sol assez frais, mais sans mouiller le feuillage pour éviter les champignons. Stoppez les arrosages lorsque le feuillage sèche, afin d’éviter que le tubercule pourrisse. En général, il faut stopper les apports en eau un mois avant la récolte. Pour les variétés précoces, on récolte 2,5 mois après la plantation, tandis que pour les variétés tardives, on compte entre 100 et 130 jours. Le choix variétal reste déterminant : Marquise, Auréa, Caesar ou Magnum se comportent mieux que Lady Claire ou Innovator face à la sécheresse.